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jeudi 26 février 2009

L'Autre

L'Autre, avec Dominique BlancL'Autre est d'abord l'occasion de retrouver à l'écran la magnifique Dominique Blanc, justement récompensée pour ce rôle au festival de Venise.

Elle y incarne Anne-Marie, une assistante sociale divorcée de quarante-sept ans, qui entend enfin "vivre sa vie". Cette raison, précisément, l'amène à rompre - presque joyeusement - avec Alex, son jeune et bel ami du moment qui, lui, souhaite s'engager dans une relation maritale.
Peu de temps après, celui-ci annonce à Anne-Marie qu'il a retrouvé "quelqu'un". Cette fois, le désir de vie commune est partagé.

Peut-être Anne-Marie entre-t-elle dans le cercle infernal de la jalousie au moment où, pressé par ses questions, Alex lui apprend que sa nouvelle compagne a le même âge qu'elle. A cet instant, la si légère et assurée Anne-Marie se trouble ; un voile se déchire et un souffle irrésistible l'attire vers cette Autre dont Alex refuse de dire le nom. Le chemin que prend alors Anne-Marie va la mener à une descente aux enfers, où la connaissance de cette femme devient une obsession. Que fait-elle, où habite-t-elle, comment vit-elle,... qui est-elle ?? Le monde d'Anne-Marie se referme sur cette quête. Dans son appartement hautement sécurisé, la femme moderne, indépendante, qui "contrôle tout", se met à perdre complètement les pédales.
Mais, au bout de sa folie, réalise-t-elle que cette rivale traquée sans relâche n'est peut-être autre qu'elle-même ? Comme si, à travers sa soif de tout savoir de cette congénère il y avait l'attrait - autant que la répugnance - pour soi-même ?

Dominique Blanc, dont le talent excède la mesure du prêt-à-jouer, endosse ce rôle de haute-couture avec une maestria époustouflante. Elle révèle petit à petit la jalousie et l'angoisse qui peuvent surgir sans crier gare derrière la tranquillité d'un individu apparemment tout à fait à l'aise dans ses baskets.
La mise en scène porte cette traversée de façon magistrale, filmant la banlieue parisienne d'une façon nouvelle, loin de tout cliché, s'attardant sur les architectures modernes, bureaux et appartements hauts perchés, centre commercial devenu refuge des moments d'intimité, y compris pour écouter un morceau de piano, RER, arrêts de bus, voies périphériques empruntées sans cesse. Les cinéastes en font un monde à part entière, l'univers - comme un autre, mais qui en constitue un de bien précis - dans lequel leurs personnages travaillent, vivent, aiment. Aucun jugement, mais des glissements de caméra dans la nuit et les lumières qui, sur une très belle photo, invitent tour à tour à la poésie ou à l'inquiétude. Quant à la dimension fantastique, souvent frôlée pour mieux évoquer le trouble d'Anne-Marie, elle contribue à conférer une ambiance singulière à ce film ambitieux, brillant et tenu de bout en bout.

L'Autre
Un film de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic
Avec Dominique Blanc, Cyril Gueï
Durée 1 h 37

lundi 12 février 2007

La vie des autres (Das Leben der Anderen)

rdaUn soir, au théâtre, la décision est prise en quelques minutes, un échanges de regards, 3 ou 4 phrases : le dramaturge Dreyman – jusque là plus blanc que blanc aux yeux du gouvernement – est devenu suspect : il faut le surveiller, trouver une faille et s'en débarrasser.

Le motif réel est abject. Nous sommes en 1984 en R.D.A. La politique servait à tout ; couvrait toutes les salades.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Dreyman – qui partage sa vie avec une belle comédienne - est mis sous écoutes serrées ; un agent de la Stasi, Wiesler, s'installe dans le galetas au dessus de leur appartement et écoute, note tout ce qui s'y dit et s'y fait.
A son visage, l'immuable expression du fonctionnaire zélé, l'insupportable satisfaction de celui qui fait son effroyable devoir – et celle, moins supportable encore, d'y prendre quelque plaisir.
En dessous, dans l'appartement, la vie des artistes comme elle va sous un régime communiste : on essaie de ne pas trop se faire remarquer pour pouvoir continuer à travailler ; mais un ministre vient vous chercher des poux alors que vous dansez avec votre belle ; mais un de vos amis meurt de ne plus pouvoir s'exprimer ...
Alors, le silence, les compromis, jusqu'à quand ?...
Wiesler, lui, le premier de la classe du régime, est toujours au dessus, à tout écouter, noter ...
Tout ?
Peut-être pas vraiment. Pourquoi ?
C'est toute l'histoire du film.

Très bien fait, bien joué – tous les rôles, principaux comme secondaires sont magnifiquement interprétés – le film a des moments extrêmement forts,qui sonnent très juste ; en particulier tous ceux qui ont trait au rapport de Dreyman avec son ami metteur en scène ; et aussi ceux qui concernent la comédienne, la compagne du dramaturge.

Peut-être l'épilogue donne-t-il l'impression de n'être pas tout à fait nécessaire – pour le spectateur français en tout cas -, donne au film un caractère un peu trop démonstratif dans les bons sentiments.

Qu'importe, après avoir vu La vie des autres, on pense aux metteurs en scène qui se sont suicidés parce qu'on les a empêchés de travailler ; aux machines à écrire qui ne sont pas passées à l'Est, à celles qu'on a fait passer vainement ; aux mots qui n'ont pu être écrits, à ceux qui n'ont pu être lus.
Tout ce silence laisse un poids sur l'estomac, estompe la fiction de « l'homme bon », et laisse, tenace, une affreuse envie de vomir.

La vie des autres
Florian Henckel von Donnersmarck
Allemagne, 2006
Avec : Ulrich Mühe (Wiesler), Sebastian Koch (Dreyman), Martina Gedeck
Durée : 2 h 17
Site officiel du film