Ces
têtes anthropomorphiques faites de fruits, de fleurs, d'animaux, maintes fois
reproduites font partie de notre paysage, de notre culture picturale commune.
On croit les avoir toujours vues.
Et pourtant, de sa mort, à la fin du XVIème siècle jusqu'au XXème siècle, où il fut redécouvert, notamment grâce aux surréalistes, Arcimboldo (1526-1593) est demeuré dans l'oubli complet.
Et il a fallu attendre plus de temps encore pour qu'une importante
exposition monographique lui soit consacrée. Voici chose enfin faite au Musée
du Luxembourg à Paris jusqu'au 13 janvier 2008.
L'on s'aperçoit alors que de Giuseppe Arcimboldo on ne connaissait rien du
tout. Que plus que jamais les pâles reproductions ne donnent pas à connaître
l'oeuvre peinte.
Mais aussi, et cela a quelque chose de merveilleux, qu'une part de mystère
demeure inviolée. Celle du sens, bien sûr.
Quelle mouche a piqué ce portraitiste, concepteur de fêtes, de décors et de
costumes à la cour des Hasbourg, pour se mettre à peindre ces figures
indescriptibles, natures mortes à visage humain, s'amusant même à créer des
portraits réversibles (un miroir placé dessous permet d'apprécier le génie des
deux perspectives) ?
L'Automne, tutti fruti, a pour pomme d'Adam une poire et
L'Eau, tout poissons, coquillages et crustacés, porte un collier et
une boucle d'oreille en perles fines. Et que dire des représentations des
métiers, ultra-caricaturistes, tel le bibliothécaire, dont le corps énorme
constitué de livres immenses semble emmêlé dans le rideau de la
bibliothèque ?
On a surtout envie d'y lire l'humour et l'audace d'un artiste bien établi dans son temps qui s'est trouvé pris d'envie de bizarre et de fantaisie...
Mais on peut aussi y voir des allégories (les quatre saisons pour les quatre âges de la vie), éventuellement se laisser convaincre par l'analyse structuraliste de Roland Barthes...
Le tout est d'aller voir par soi-même, de se laisser charmer par la beauté
des tableaux, de s'abîmer longuement dans les détails minutieusement peints, et
de se laisser surprendre dans le clair-obscur...
L'ambiance y est d'ailleurs tout à fait propice, l'exposition mêlant aux
oeuvres de l'artiste des vitrines garnies d'objets décoratifs issus de cabinets
de curiosités de l'époque. Ici, un serpent et un crapaud en bronze, là un
tourteau et un escargot de mer, sans compter une curieuse aiguière avec
coquillage et écrevisse de Bernard Palissy.
Vous en voulez encore ? Noix de coco sculptée et oeuf d'autruche montés
sur argent en gobelets. Et le chouchou : la lampe à huile en forme de
coquillage reposant sur une serre d'aigle.
Tout cela pour dire qu'Arcimboldo était bien de son temps : celui où l'on aimait à connaître la nature, où l'on découvrait de nouveaux mondes et donc de nouvelles espèces, où l'on voulait embrasser et confronter la diversité de ce qui existe, réunir en un même lieu les différents règnes...
Et si Arcimboldo, tout passionné qu'il était de ces cabinets, avait voulu dépasser cela, créer le merveilleux, le monstre, en transgressant les frontières entre ces différents ordres (on en revient à Barthes) ?
Artiste de génie connu et méconnu, univers fantastique et symbolique : les amateurs de curieux et de mystérieux vont adorer Arcimboldo.
Arcimboldo (1526-1593)
Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard - Paris 6ème
Du 15 septembre 2007 au 13 janvier 2008
Horaires d'ouverture : lun., ven., sam., de 10 h 30 à 22 h
mar., mer., jeu., de 10 h 30 à 19 h et dim. de 9 h à 19 h
Entrée 11 € (TR de 5 € à 9 €)
Catalogue 328 p., 38 € ; DVD 60 mn, 23 €, livre-CD 17 €
L'exposition s'installera ensuite à Vienne au Kunsthistorisches Museum, du 11 février au 1er juin 2008.
Image : Giuseppe Arcimboldo, Le Printemps (1573), huile sur toile, 76 x 64 cm, Paris, Musée du Louvre, ©RMN - Gérard Blot / Photo de presse
Cabu a débarqué à Paris en 1956 et, depuis
plus de 50 ans, entre celui qui a publié ses premiers dessins à
Châlons-en-Champagne à l'âge de 15 ans – alors signés K-BU – et la capitale,
c'est une véritable histoire d'amour.