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jeudi 20 novembre 2008

Chansons de Jacques Brel en B.D.

Les chansons de Jacques Brel en BDJaques Brel disparaissait voici trente ans, le 9 octobre 1978 exactement. Il nous a laissé des chansons lyriques et inoubliables sur l'amour, l'amitié, la vieillesse, la mort.

Après avoir vécu des débuts difficiles, Brel a connu une gloire éclatante ; mais il a vite arrêté la chanson et s'est lancé dans le cinéma. Puis il s'est retiré aux Marquises, y a mis sa personne et son avion au service des autochtones, avant de s'éteindre pour y reposer à jamais, aux côtés de Paul Gauguin.

De ses chansons, le grand Jacques disait que sur quatre-cent-quarante, il y en avait peut-être trois qui se lisaient. Évidemment, ceci est faux, surtout lorsqu'elles sont accompagnées de dessins, comme ces Bigotes drôlement bien croquées, qui "vieillissent à petits pas / de petits chiens en petits chats... s'embigotent les yeux baissés / comme si Dieu dormait sous leurs chaussures..." jusqu'à ce qu'elles "cimetièrent à petits pas / au petit jour d'un petit froid"...
Le fils de bourgeois qui a fui l'entreprise cartonnière familiale pour embrasser l'art, l'éternel intranquille pris par l'urgence de vivre n'émoussait pas sa plume lorsqu'il pointait les tièdes qui se tiennent au chaud, "le cœur au repos, les yeux bien sur terre... entre notaires, on passe le temps...".
Oui, ses chansons se lisent et en outre s'illustrent, car elles sont des poèmes poignants et sans âge comme ce Tango funèbre :

"Ah, je les vois déjà, compassés et frileux, suivant comme des artistes
Mon costume de bois
Ils se poussent du coeur
Ils se poussent du bras
Pour être le plus premier
Pour être le plus triste
Z'ont amené des vieilles
Qui ne me connaissaient plus
Z'ont amené des enfants
Qui ne me connaissaient pas
Pensent au prix des fleurs et trouvent indécent
De ne pas mourir au printemps
Quand on aime le lilas..."

A redécouvrir dans :
Chansons de Jacques Brel en bandes dessinées
Editions petit à petit
96 p., 15 €

Contenu de l'album :
La Fanette, par David Signoret
Ne me quitte pas, par Antoine Ronzon
Les Bigotes, par Kevin Henry et Julien Lamanda
Les Bourgeois, par Olivier Martin
Au suivant, par Benoît Frébourg
Les Bonbons, par Heidi Jacquemoud
Jef, par Marie Terray
Mathilde, par Kevin Henry et Christine Circosta
Le Tango funèbre, par Nathalie Bodin
Ces Gens-là, par Olivier Desvaux
Jaurès, par Chandre et Manolo Prolo

mercredi 12 septembre 2007

Chansons de... en bandes dessinées

Les chansons de Claude Nougaro en BDLa force et la pérennité des grandes chansons tient notamment aux images qu'à partir de quelques mots elles font surgir dans notre esprit.

Prenez Le coq et la pendule : sur le scénario quelque peu surréaliste de Claude Nougaro, c'est tout un film que l'auditeur voit se dérouler dans sa tête...

Cette puissance d'évocation, soulignée à merveille par le phrasé et la musicalité de "la Nougue", fait que cette chanson reste profondément gravée dans notre mémoire, sans qu'aucune écoute ne vienne jamais l'user.

Mettre des images, au sens propre cette fois, sur des grands textes de la chanson française, telle est l'aventure que les éditions petit à petit ont proposée à de jeunes dessinateurs de la BD.

Exercice délicat, tant le rapport à cet édifice sacré qu'est le patrimoine de la chanson touche à la poésie, nécessairement intime, de chacun.

L'exigence est si grande que forcément le lecteur sera à certains moments déçu (« l'esprit n'est pas tout à fait là ! »), voire heurté (« aucun rapport ! »).

Mais devant d'autres illustrations, on a plaisir à voir de « vraies » images sur ces chansons, et on accueille alors la subjectivité du dessinateur avec fraternité et complicité.

Le coq et la pendule est justement de celles-là. Sébastien Amouroux a choisi des teintes rosées en accord avec l'onirisme du texte, quand son trait vif et expressif souligne avec délice l'humour de la fable : très réussie.

Autre coup de coeur du recueil qui, selon le principe de la collection, compte onze chansons illustrées par autant de jeunes dessinateurs différents, Le jazz et la java réinterprétée par Emmanuel Romeuf : ses lignes qui swinguent, ses couleurs vives un peu fanées, les yeux pleins de malice de ses personnages donnent toute sa force à ce cruel combat, restitué dans l'ambiance enjouée et haute en tempérament des bals des années 1920/30...

A lire aussi, Les chansons de Jacques Brel en bandes dessinées, pour l'illustration soignée, évidemment tordante, des Bigotes, en parfaite osmose avec les paroles ciselées de la chanson ; mais aussi pour le simple plaisir de relire des textes comme ceux de Ces gens-là, La Fanette, Au suivant ou encore Jaurès.

A découvrir également, dans la même collection : Les chansons de Boby Lapointe, Georges Brassens, Edith Piaf, Nino Ferrer, Raphaël et bien d'autres.

Chansons de... en bandes dessinées
Editions petit à petit (2007)
90 p. environ, 15 €
Voir le catalogue complet et des extraits sur le site www.petitapetit.fr

mardi 4 septembre 2007

Chorus : un anniversaire enchanté

Chorus numéro soixanteQuinze ans déjà ! Voici quinze ans qu'au premier jour de chaque saison, Chorus paraît, après l'aventure de Paroles et musiques qui a duré dix ans, pour en arriver cet été à son soixantième numéro.

A l'occasion de ce bel anniversaire, la revue de référence de la chanson francophile nous offre une livraison exceptionnelle.

Revenant sur quinze ans de travail passionné de sélection du meilleur de la chanson, tous genres confondus, la rédaction a concocté son « Top 60 » des albums de ces quinze dernières années, « ceux qu'il convient absolument de posséder dans sa discothèque », comme le souligne le rédacteur en chef, Fred Hidalgo.

« Et voilà ces types qui se penchent sur nos mots, nos notes, nos contextes, nos petites personnes ; ces journalistes qui ont vraiment écouté, jusqu'au bout, et qui visiblement ne nous confondent pas avec un présentateur télé ou un footballeur ».

Ces mots que Jean-Jacques Goldman a écrits depuis sa retraite (lire l'intégralité de la lettre en ouverture de la revue) décrivent parfaitement la qualité de Chorus, qui se livre à une tâche d'autant plus nécessaire qu'elle n'est menée nulle part ailleurs dans la presse avec une telle curiosité et un tel sérieux.

Le « Top 60 » de la rédaction, donc, on y revient, et on l'adore : Souchon-le chouchou arrive en tête, avec C'est déjà ça, puis encore deux fois dans le classement avec La vie Théodore et Au ras des pâquerettes.
Un tel palmarès valait bien une interview, à laquelle l'artiste s'est prêté avec – c'était bien le moins – une bonne humeur toute folle de joie.

On retrouve bien sûr dans la sélection les « magnifiques » de la chanson française : Alain Bashung (Fantaisie militaire et L'imprudence), Claude Nougaro (Embarquement immédiat), Christophe (Comme si la terre penchait), Jacques Higelin (Paradis païen), Juliette (Mutatis mutandis et Rimes féminines), Francis Cabrel (Samedi soir sur la terre, Hors saison et Les Beaux Dégâts)...

Mais les plus jeunes sont plébiscités aussi, et c'est là tout Chorus : on ne peut les citer tous mais ce n'est que justice que Thomas Fersen (Le Bal des oiseaux, 4 et Pièce montée des grands jours), Benabar (Bon anniversaire), Camille (Le Fil) ou Raphaël (Caravane) soient de la partie.
Car justement, Chorus s'est toujours attaché à déceler et porter haut dans ses pages les nouveaux talents.
La rédaction est donc également revenue, dans ce soixantième numéro, sur les quinze « grandes découvertes », une par année, depuis 1992, donnant la parole à chacun des heureux élus sur les sentiments qu'ils ont gardés de leurs débuts, les artistes qui leur ont donné « l'envie », leurs sources d'inspiration...

Voici un extrait de ce qu'a répondu Vincent Delerm, où on vérifie que l'enfant gâté de la nouvelle chanson française a non seulement bon goût, mais aussi le sens du respect, et celui de l'humour :

« Je suis venu à la chanson en écoutant des disques, en allant aux concerts, en me disant que ce devait être marrant d'être Alain Souchon, que je retrousserais les manches au-dessus du coude comme Alain Souchon justement, dont j'aimais l'attitude, la séduction ; que derrière mon piano j'aurais la même position de jambes que Michel Berger ; que je m'habillerais en noir comme Barbara, qui m'impressionnait par son perfectionnisme, sa théâtralité... Sheller en solitaire, Romain Didier, Michel Berger ou Barbara ont fait que j'ai choisi le piano pour chanter ».

On aime bien aussi ce que dit le tout jeune Raphaël : « Je pense qu'écrire des chansons, c'est d'abord pour se faire plaisir à soi-même, un truc pour se rendre heureux (...). Et cela prend encore une autre valeur quand, dans un deuxième temps, ces chansons sont découvertes par les gens, qui se les approprient. On se nourrit de tout ce que l'on voit. On est saisi, tous les jours, par les contrastes de la vie. Par la beauté des choses. Par la tristesse ».

Ils sont donc quinze ; quinze à prendre, avec Chorus, ces accents de sincérité.
Allez vite les lire, les écouter et faire votre marché.

Chorus, les cahiers de la chanson
N° 60, été 2007
En kiosque et sur abonnement, 13 €
Site : www.chorus-chanson.fr

mercredi 22 août 2007

Espace Georges Brassens. Sète (2/2)

supplique pour être enterré sur la plage de SèteSuite et fin de la visite du bel espace Georges Brassens (lire le billet du 20 août 2007)

L'artiste a eu l'occasion de s'expliquer longuement sur sa façon de travailler.

Laissons-le parler et apprécions l'élégance du bonhomme :

« Il faut que mes chansons aient l'air d'être parlées, il faut que ceux qui m'entendent croient que je parle, croient que je ne sais pas chanter, que je fais des petites musiquettes comme ça ... ».

Sur ses textes :

« Je ne veux pas faire rire aux éclats, je veux faire sourire. Je suis un ennemi du "langage à signes" ; je préfère suggérer les choses que les dire. Si j'avais dû en dire plus, je l'aurais fait. Mais j'estime qu'il faut en dire peu et permettre à celui qui vous écoute de continuer à se faire sa fête tout seul. »

Mais il disait aussi que pour faire une chanson, il lui fallait tout un mois, et un cahier entier, tant il retravaillait son texte. Il récrivait toute la chanson s'il modifiait un seul de ses vers.

Sur sa musique :

« Lorsque les paroles sont mûres, je saisis ma guitare et je lis et récite mes vers et mes mots, en commençant à rythmer avec la guitare ... C'est ainsi que tout doucement, je découvre les petites mélodies qui vont venir scander mes vers, y "coller" jusqu'à n'en plus pouvoir s'en séparer. Je fais sept ou huit musiques par chanson, je n'en fais pas qu'une. Et c'est celle qui tient le coup le plus longtemps que je garde, je veux dire celle qui, après avoir été répétée cent fois, me plaît encore ou me déplaît le moins ».

Il ajoute : « Ma musique doit être in-entendue, comme la musique d'un film ».

Dans un coin, sur un simple tourniquet à cartes postales, le visiteur peut lire les hommages que les chanteurs d'hier et d'aujourd'hui ont rendus au poète en quelques mots, des plus anciens comme Charles Trenet, aux plus jeunes comme Magyd Cherfi ou Bénabar ...

Donnons la parole à un autre regretté, grand parmi les grands, Claude Nougaro, qui tout à coup se fait sobre et lapidaire :

« Brassens
C'est un poète de la Pléïade ».

René Fallet, l'écrivain, journaliste et ami :
« Les réacteurs peuvent vrombir, ils ne peuvent effacer de l'oreille l'oiseau, la parole d'amour, le rire du copain. C'est pourquoi Georges Brassens sera là tout à l'heure, un pied sur le tabouret de votre cuisine et fera s'envoler les papillons de votre papier peint. »

Le film d'un concert à Bobino, estampillé 1972, nous montre le regard franc, tour à tour sérieux et enjoué du grand bonhomme grattant « son ventre » en chantant Les filles de joie, Le temps ne fait rien à l'affaire ou encore Les dames du temps jadis ...
Dans le public Raymond Devos applaudit avec force, mais aussi René Fallet, sa compagne Pupchen ...
Quelle joie dans cette salle-là ...

La visite se finit sur une pause longue, tranquille mais si émouvante, le casque toujours vissé sur les oreilles : l'intégralité de Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, extraordinaire chanson de plus de sept minutes, dans laquelle se retrouve presque tout Brassens, son « théâtre intérieur », selon une formule que lui-même employait.
On quitte le poète sur ces notes et ces mots.

On a passé un moment merveilleux.

Espace Georges Brassens
67, boulevard Camille Blanc – 34200 Sète
Ouvert de 10 h 12 h et de 14 h à 18 h
Jusqu'à 19 h en juillet et août
Fermé les jours fériés sauf les 14 juillet, 15 août et 1er novembre
En hiver, fermeture hebdomadaire le lundi
Tel. : 04 67 53 32 77
Entrée de 2 à 5 €

lundi 18 juin 2007

Les Chansons d'amour (Christophe Honoré)

Les chansons d'amourUne jeunesse décomplexée et gentiment insolente interprétée par de beaux et brillants comédiens joue un trio amoureux dans le Paris d'aujourd'hui côté Bastille.

Un jeune cinéaste filme à toute vitesse une comédie musicale d'inspiration Nouvelle Vague et multiplie les références à Jacques Demy ...
Comme Dans Paris, le précédent film de Christophe Honoré, Les Chansons d'amour semble bien placé pour emporter la palme du film le plus branché de l'année.

Le film n'est pourtant pas que cela. Il devient même vite tout à fait plaisant et il est aussi très personnel : de ses inspirations, le cinéaste ne fait pas une simple imitation. Les références, explicites, font partie d'un tout marqué par une « patte » singulière, un univers inquiet et douloureux, mais léger et alerte, que Christophe Honoré capte et recrée à sa manière.
Lorsque le deuil surgit, Les chansons d'amour prend de l'épaisseur, les personnages sont de plus en plus attachants et gagnent en grâce encore davantage.

Même si les mélodies pop s'oublient vite – on est loin de Michel Legrand – les chansons, qui font partie intégrante des dialogues (il s'agit bien là d'un film chanté) sont agréables.
Et puis Christophe Honoré n'est pas seulement l'admirateur de ses aînés. Il appartient aussi à une génération de cinéastes, peut-être celle des « littéraires » : lorsqu'on voit le lycéen amoureux d'Ismaël sortir avec ses amis en plaisantant, on ne peut s'empêcher de penser aux Amitiés maléfique d'Emmanuel Bourdieu.
Le clin d'oeil aux éditions de l'Olivier, qu'on a déjà vu dans Je vais bien ne t'en fais pas (tiré du livre d'Olivier Adam, co-scénariste du film), est craquant lorsque le trio amoureux se couche, chacun tenant entre ses mains un livre de l'éditeur ... Dans la scène finale, lorsque le personnage joué par Chiara Mastroianni lève les yeux vers une nuée d'oiseaux de détachant des branches dénudées des arbres du parc sur fond de ciel crépusculaire, la référence prend un ton doucement mélancolique.

La réussite de ce film semble tenir à peu de choses.
C'est que Christophe Honoré a indubitablement du talent.
Y compris celui de bien choisir ses comédiens. Tous extrêmement doués et merveilleusement impliqués, ils ont eux aussi une belle part dans le charme de ces jolies chansons d'amour.

Les Chansons d'amour
Un film de Christophe Honoré (scénario et réalisation)
Avec Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Chiara Mastroianni, Clotilde Hesme ...
Durée : 1h 40min
Production Alma Productions (France), 2007
Distribution Bac Films
Les Chansons d'amour faisait partie des films sélectionnés en Compétition Officielle au 60ème festival de Cannes

lundi 2 avril 2007

Collection particulière. François Morel

francois morelFrançois Morel aime la chanson, cela se voit et cela s'entend.

Admirateur des grands maîtres, Brassens, Moustaki, Barbara, Ferré, Brel mais aussi de la jeune génération, Bénabar, Delerm et de l'inclassable Juliette, il se lance à son tour dans un récital, interprétant des textes de son cru.

Au programme, beaucoup d'humour bien sûr, mais aussi quelques ritournelles aux accents sentimentaux, voire nostalgiques sur le temps qui passe.

Les chansons s'enchaînent autour de petits numéros, écrits par Jean-Michel Ribes, des échanges verbaux avec Reinhardt Wagner, pianiste pince sans rire et bonhomme.

Voici un tour de chant qui s'inscrit dans la digne tradition des chansonniers, sans prétention, débordant de poésie et bonne humeur.

On a la joie d'y redécouvrir les talents de comédien de François Morel, aux mimiques et à la gestuelle enjouées et réjouissantes, qui fait ici la preuve qu'il sait aussi très bien chanter.

Collection particulière. François Morel
Textes des chansons François Morel
Texte et mise en scène Jean-Michel Ribes
Musique composée* et interprétée par Reinhardt Wagner (*sauf Les Documentaires : Vincent Delerm et Paulo Virginie : Juliette)
texte et mise en scène Jean-Michel Ribes
Théâtre du Rond-Point 2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt - Paris 8ème
Salle Renaud Barrault
Jusqu'au 14 avril 2007
Du jeudi au samedi à 18 h 30, durée 1 h 15 environ