L'exposition
que le Musée d'Orsay consacre au grand marchand d'art Ambroise
Vollard jusqu'au 16 septembre est l'occasion de visiter de nombreux chefs
d'oeuvre, dont la majorité sont issus de collections privées ou de prêts de
musées étrangers.
Le parcours s'articule en sections organisées autour de chacun des grands
peintres ou groupes de peintres que Vollard exposa dans sa galerie.
Une salle présente les portraits d'Ambroise Vollard lui-même réalisés par
quelques uns de "ses" peintres ; la dernière étant réservée aux activités
dites annexes du marchand d'art, mais auxquelles il se consacra avec autant
sinon plus de passion : celle d'éditeur de céramiques et surtout de
"livres d'artistes".
Cette dernière partie est un régal. Vollard - homme d'affaires fort
avisé, doté d'un solide sens du commerce - était aussi un amoureux des beaux
livres. Il n'y a qu'à regarder les extraits exposés pour en être
convaincu. Ici le superbe album composé de douze lithographies en couleur de
Pierre Bonnard Quelques aspects de la vie de Paris (1899) ; là
les Oeuvres de François Villon illustrées par Emile Bernard (1919),
sans parler de la magnifique et impressionnante Suite Vollard, un
ensemble d'eaux fortes et pointes sèches de Picasso aux thématiques
mythologiques qui ne compte pas moins de 117 planches !
Cette exposition remarquable à bien des égards permet aussi de nouer de
délicieuses correspondances entre les artistes.
Ainsi, l'exemplaire de La Maison Tellier de Maupassant illustrée par
Degas (1914), mis en regard avec l'original que l'artiste réalisa au pastel en
1878-1879 La fête de la patronne (quelles filles, quelle fête, et
quelle patronne !) est précédé de quelques mètres par le tableau de Vincent van
Gogh Nature morte avec statuette en plâtre (1888) représentant
notamment Bel-Ami du même Maupassant...
Magnifique salle d'ailleurs que celle réunissant quelques uns des
tableaux de van Gogh acquis par Vollard alors que le peintre "maudit" n'était
déjà plus de ce monde. Mais il était encore trop tôt pour que son
talent soit reconnu : les deux expositions que le marchand d'art organisa
furent un fiasco.
Même les artistes ne le comprenaient pas. "Une peinture de fou" : c'est
ainsi que Renoir et Cézanne considéraient ces oeuvres !
Et pourtant aujourd'hui le visiteur est envoûté devant Le Rhône à
Arles (1888), superbe triptyque de paysages : quelle lumière et
quelle fraîcheur ! On sent l'air, on est dans l'herbe, on est dans la pure
poésie. Mais ces tableaux semblent si loin du style le plus connu du peintre
néerlandais, que l'on retrouve, avec beaucoup de plaisir aussi, dans Les
lauriers roses ou La nuit étoilée (1888), qui fait partie de la
collection permanente du musée d'Orsay.
Face à cette nuit somptueuse, on a envie d'évoquer ce que van Gogh écrivait à
sa soeur à l'époque où il a peint ce tableau : "Souvent, il me semble
que la nuit est encore plus richement colorée que le jour".
On finit cette petite vue de l'exposition très bientôt avec Paul Cézanne...
De Cézanne à Picasso, chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard
Musée d'Orsay
Jusqu'au 16 septembre 2007
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h
nocturne le jeudi jusqu'à 21h45
RER C, bus 24, 68 et 69, M° ligne 12
Entrée 7,50 € (TR 5,50 €)
Catalogue d'exposition
Collectif, sous la direction d'Anne Roquebert
Musée d'Orsay / RMN, 56 €