Combien de temps a-t-il fallu à Yasmina
Reza pour être séduite par Nicolas Sarkozy ? On ne le sait pas
exactement.
En tout cas, à la page 40, elle semble déjà "cuite" : De temps en
temps, il se tait et me détaille. Il a des yeux doux et rieurs...
Cette phrase pourrait être extraite de n'importe quel roman d'amour, elle
décrirait le moment où le lecteur est invité à comprendre que le narrateur
commence à se sentir exister dans les yeux de l'autre.
Cette impression d'"histoire d'amour" (platonique), visiblement irrésistible
conséquence de l'intimité qui se crée au fil de la campagne du candidat, dont
l'auteur partage chaque instant, ne fera que se confirmer, l'auteur avouant,
vers la fin du livre Pourtant, c'est souvent hors micro, hors caméra,
livrant, sans y penser, la pleine mesure de sa liberté que je l'admire sans
réserve.
On ne saurait dénier à Yasmina Reza l'authenticité de son intention
artistique : connaître par soi-même ce personnage fascinant qu'est le
probable futur président de la République, l'homme le plus médiatisé de France,
celui qui fait couler le plus d'encre ("Je suis quand même une source
inépuisable pour vos articles de merde !", aurait-il déclaré à des
journalistes du Monde et du Figaro).
Donc, aller visiter les coulisses, faire de l'homme le sujet d'un roman, d'un
récit, d'une pièce de théâtre, peu importe, le projet était excitant.
Et ne pouvait qu'être destiné à un colossal succès commercial compte tenu de la
notoriété de l'auteur et de son sujet.
Mais le résultat révèle, hélas, bien peu de choses. Yasmina Reza fait de
Nicolas Sarkozy un portrait attachant puisqu'elle souligne ce que le personnage
a de profondément humain : l'enfance, la peur de la solitude, la peur du
temps, de la mort... aspects dont on a pas attendu ce livre pour avoir un
aperçu.
Seulement, en insistant sur l'humanité de l'animal politique extraordinairement
puissant, ne commet-elle pas une hagiographie inespérée ?
Reste que Yasmina Reza avait une intention seconde (ou première) en
entreprenant L'aube le soir ou la nuit : déceler chez Nicolas
Sarkozy ce dans quoi elle pourrait se reconnaître : se regarder dans le
miroir qu'il a accepté de lui tendre.
Le livre distille alors au fil des pages une sorte de quête de soi via le futur
président, quête qui, dans ce cadre de référence, prend une ampleur
incommensurable...
Malgré le talent et la finesse de Yasmina Reza, le résultat est sans surprise.
Plus on avance dans l'ouvrage, plus on se demande "à quoi il sert."
Si on apprend quelques détails propres à satisfaire notre curiosité de grand
public, d'un point de vue littéraire, ce journal de "l'accompagnatrice" est
d'une vanité proche de l'absolu.
La fin en queue de poisson, où l'écrivain est censée avoir avec celui qui est
désormais le nouveau président de la République sa première conversation
réelle, mais dont elle affirme qu'elle ne peut rien tirer pour
l'écriture a tendance à le confirmer furieusement.
L'aube le soir ou la nuit. Yasmina Reza
Flammarion (août 2007)
186 p., 18 €