Emotion au théâtre du Rond-Point samedi
soir pour le dernier solo de Guy Bedos. Avant, pendant et après le spectacle,
il fut longuement applaudi. Salle en grande partie acquise, certes, mais sa
prestation a prouvé que la retraite de ce type de "one-man-show" qu'il a décidé
de prendre arrive bien trop tôt.
Son humour féroce, voire carrément noir parfois est toujours souverain.
Mêlant sketches déjà connus, tels Si j'étais une femme... à une revue
de presse forcément fraîche, le regard de l'humoriste sur la situation
politique était évidemment très attendu.
Il n'a pas déçu, se déchaînant presque autant contre une gauche muette et/ou
rachetée par la droite ("comme des joueurs de football", comparant à
cette occasion les méthodes du Président à celles de Bernard Tapie) que contre
les dirigeants actuels.
Hortefeux ? " Il sent trop le blanc ". Boutin ? " Je
laisse Christine Boutin, catholique pratiquante, face à son miroir ". Il
décoche aussi quelques flèches contre Johnny Hallyday " Réfugié fiscal
suisse, belge, monégasque, on ne sait plus très bien ", et autres artistes
de " la Concorde ", remarquant qu"on a les soutiens culturels
qu'on mérite ".
Mais le point rouge de sa cible reste bien sûr celui qu'il appelle "le
nain", " little big ", " Tom Pouce " ou encore "
Nabot-léon ", le plus savoureux de ces qualificatifs étant sans doute
" le cocu ontologique "...
Guy Bedos affirme vouloir se consacrer désormais au théâtre, au cinéma et à
l'écriture. C'est un choix que l'on regrette, tant il est peu évident que dans
le domaine de la satire politique la relève soit assurée. (1)
" Sur ce point, ma vie est un échec absolu. Je n'ai jamais cessé de
combattre le racisme, les discriminations, les injustices sociales, de plaider
pour les déshérités et les sans-papiers. Or plus je radote, plus je m'énerve,
et plus la situation empire (...) Je suis allé voir Mitterrand, Jospin,
Chevènement, Sarkozy, et ça n'a servi à rien. Dans le privé et les salons
dorés, tous ces hommes m'ont donné raison, et ils ont toujours fait le
contraire. " expliquait-il récemment dans le Nouvel Observateur (2).
Que répondre à cela ?
Que son humour est nécessaire et qu'il nous manque déjà.
Hier, aujourd'hui, demain. Guy Bedos
Théâtre du Rond-Point
Textes de Guy Bedos et Jean-Loup Dabadie
Mise en scène Roger Louret
(1) Exception faite d'une poignée d'artistes dont un des représentants les
plus cinglants pourrait être Didier Porte
(2) Le Nouvel Observateur du 13 au 19 décembre 2007, entretien avec
Jérôme Garcin
Photo : Guy Bedos © Sandrine Roudeix
Le Rêve de Cassandre commence comme une comédie, mais qui cède vite le
pas au drame, lorsque le poids lourd de la conscience vient charger l'envolée
juvénile du début.