Il aurait pu devenir un peintre de
l'Académie Royale et s'en tenir à la peinture de genre en vigueur à l'époque.
Au lieu de quoi, il se consacre à une clientèle privée, qui lui permet,
semble-t-il, de laisser libre cours à son bon plaisir.
Les tableaux les plus connus de Fragonard (1732-1806) montrent des sujets
frivoles, emprunts de légèreté et de grâce. Ce sont d'adorables jeunes filles,
femmes-enfants aux joues roses et rebondies, un peu coquines, tenant un chiot
près du sein ; ce sont des couples s'embrassant tendrement ; des
scènes se déroulant dans des cadres idylliques.
Et il y souffle souvent un air de liberté, comme dans La poursuite et
La surprise, deux tableaux peints en 1771 dans la même veine, où les
petites touches du peintre frôlent l'esquisse : les personnages sont venus
se perdre dans des jardins où la maîtrise de l'homme est dépassée. Sur presque
toute la hauteur des toiles, la végétation laissée à l'abandon s'épanouit et
déborde ; la cascade et la sculpture se trouvent prises dans un écrin de
feuillages à la superbe harmonie de verts et de roux.
Fragonard, peintre de la volupté amoureuse, a aussi peint beaucoup de scènes
familiales, telles La visite à la nourrice, où il place le nouveau-né
au centre d'une chaleureuse lumière.
Ainsi que le propos de l'exposition le souligne, l'artiste était également un
passionné de littérature. Il s'est plu à lui rendre hommage en peignant les
écrivains (voir le sombre et magnifique Songe de Plutarque par
exemple), en illustrant les fables et contes de La Fontaine, mais encore en
accomplissant une oeuvre graphique remarquable.
Les planches illustrant les seize premiers chants du poème de l'Arioste
(1474-1533) l'Orlando Furioso, marquées par un trait à la fois enlevé,
lyrique et foisonnant, révèlent une inspiration bouillonnante.
Il se consacrera avec davantage de sobriété mais non moins d'efficacité au
Don Quichotte de Cervantés : le coup de crayon est plus bref,
plus stylisé, et souligne à merveille l'ironie du texte.
Preuve que Fragonard n'était pas seulement un virtuose du pinceau dont la
manière libre et enlevée annonçait le XIXème siècle, mais également un
graphiste exceptionnel, qui n'a cessé en toutes occasions de manifester une
malice et une audace des plus réjouissantes.
Fragonard, Les plaisirs d'un siècle
Musée Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann - Paris 8ème
M° St-Augustin, Miromesnil ou St-Philippe du Roule, RER Charles de
Gaulle-Étoile
Jusqu'au 13 janvier 2008
TLJ de 10 h à 18 h, nocturne le lundi jusqu'à 21 h
Entrée 9,50 € (TR 7 €)
Catalogue de l'exposition préfacé par Pierre Rosenberg, de l’Académie
française, président-directeur honoraire du musée du Louvre, 39 € (éditions
Snoeck)
Image : Fragonard, La Poursuite, Musées d'Angers © Musées d'Angers, photo Pierre David