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mercredi 24 juin 2009

L'Italie des architectes : du relevé à l'invention. Musée d'Orsay

L'Italie des architectes au Musée d'OrsayPour compléter l'exposition Voir l'Italie et mourir, un accrochage de quelques soixante-dix dessins met en évidence l'importance de l'architecture italienne dans la formation des architectes français.

Depuis 1663, aux lauréats du Grand Prix de Rome, revenait le privilège de passer plusieurs années à l'Académie de France à Rome. Mais avec le développement des moyens de communication et de l'intérêt pour l'archéologie, les architectes furent au XIXème siècle de plus en plus nombreux à accomplir leur "Grand Tour" pour découvrir de visu les bâtiments qu'ils avaient étudié dans les livres.

Les deux salles réunissent ainsi des dessins des plus grands architectes français de l'époque, Charles Garnier, Eugène Viollet-le-Duc ou Hector Lefuel, mais également de très belles aquarelles - traduisant l'influence de la peinture chez les architectes français, souvent venus en Italie, il est vrai, accompagnés d'amis peintres.

Une belle place est faite à Louis Boitte qui, outre l'Italie, eu également la possibilité de visiter la Grèce. Le futur architecte du château de Fontainebleau passa cinq ans à la Villa Médicis et a laissé un fonds de quelques huit cents documents de toutes natures, études, relevés archéologiques, croquis, photographies, dont on voit ici d'instructifs échantillons, y compris des dessins de sa participation au concours ouvert en 1883 par l'Etat italien pour le monument dédié à la mémoire de Victor-Emmanuel II.

L'Italie des architectes : du relevé à l'invention
Dessins d'architecture de la collection du musée d'Orsay
Jusqu'au 19 juillet 2009
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Image : Eugène Viollet-le-Duc (Paris 1814 - Lausanne 1879), Fragment d'architecture pompéienne pour " Histoire d'un dessinateur ", crayon et aquarelle, H. 0.17 x L. 0.108m, musée d'Orsay, Paris, (c) musée d'Orsay / Patrice Schmidt

jeudi 13 septembre 2007

Les Multiples de Beuys au Musée du dessin et de l'estampe originale

Les multiples de Beuys au musée de GravelinesIl n'existe en France qu'un seul musée exclusivement dédié à l'estampe originale.

Il est joliment installé à Gravelines, entre Dunkerque et Calais, dans la poudrière de l'ancien château de la ville ceinturée de remparts.

A travers l'exposition permanente Histoire et techniques de l'art de l'estampe, il explique les principales techniques de l'estampe, des origines, au XVème siècle, à nos jours (1).
Des oeuvres majeures de la riche collection du musée côtoient des outils de graveur et des presses : ce parcours esthétique est instructif rappelle que l'estampe est une oeuvre d'art à part entière et que, d'Albrecht Dürer à Picasso, en passant par Gustave Doré et Fernand Léger, des artistes très différents y ont recouru au fil des siècles.

Partie prenante de la manifestation Dunkerque l'Européenne 3, biennale de culture contemporaine qui se déroule jusqu'au mois de novembre 2007 sur le thème de l'Allemagne, le musée de Gravelines présente jusqu'au 28 octobre une exposition inédite consacrée aux Multiples de Joseph Beuys (1921-1986), artiste allemand qui n'avait pas été montré en France depuis 1994 (rétrospective au Centre Georges Pompidou).

Le Musée du dessin et de l'estampe est idéal pour valoriser les oeuvres (une centaine au total) d'un artiste qui, tenant que l'art devait être partagé et accessible au plus grand nombre, éditait ses oeuvres en grandes séries (pouvant aller jusqu'à 12 000 exemplaires), qu'il s'agisse d'estampes, de photographies, d'objet ou de vidéos.

C'est ainsi qu'à côté de différents multiples, où l'on peut souvent voir un hommage à Marcel Duchamp (de même que dans les tirages sur feuilles vinyles de photos retravaillés de ready-made de Duchamp), l'exposition met tout particulièrement en valeur l'oeuvre gravé et lithographié de Joseph Beuys.

On y découvrira, récemment acquis par le Musée, un très bel ensemble de neuf lithographies éditées en 1974 à partir de dessins réalisés dans les années 1950, ainsi que les émouvantes eaux-fortes de la Suite Larmes (1985), qui marquent un « retour aux sources » de l'artiste, le dessin ayant toujours eu chez ce grand admirateur de Leonard de Vinci une importance première, mais aussi la fidélité aux thématiques qui furent les siennes dès ses premières créations, notamment le monde animalier et la femme.

De ces motifs simplissimes mais éminemment symboliques, cerfs, cygnes, abeilles, de ces femmes (espiègle Jupons !), du trait parfois épuré, parfois violent, se dégage un grand lyrisme (poignante Tête de cerf, larme à l'oeil...).
Un sentiment que les teintes, lavis d'encre et aquarelle, véritablement naturelles à l'origine renforcent : Joseph Beuys utilisait en effet pour dessiner des matériaux organiques telles le sang ou la cire d'abeille.
Il était au demeurant fasciné par la nature et en particulier par la transformation de la matière, du liquide au solide notamment ; ainsi du sang qui se fige en séchant, de la cire d'abeille qui se fait miel...

Le film de l'interview donné par l'artiste au Musée des Beau-Arts de Calais en 1984 que l'on peut voir à la fin du parcours permettra d'en savoir plus sur cet artiste qui accordait à la spiritualité une place fondamentale.
Son discours humaniste, en appelant aux valeurs esthétiques, à la culture, à la créativité de chacun - même dans les actes les plus courants de la vie quotidienne -, considérés comme les seuls chemins d'accès à la liberté, s'écoute avec passion plus de 20 ans après sa mort : sa fraîcheur est souveraine.

Les Multiples de Beuys
Musée du dessin et de l'estampe originale
Château, Arsenal – 59 820 Gravelines
Tél. : 03 28 51 81 00
musee.de.gravelines@wanadoo.fr
TLJ sauf le mardi, de 14 h à 17 h
De 15 h à 18 h les samedi, dimanche et jours fériés
Entrée 2 € (TR : 1 €)
Gratuit chaque 1er dimanche du mois
Le 18 octobre prochain de 14 h à 16 h, une table ronde réunira Dominique Vieville, Directeur du Musée national Auguste Rodin, Jan Hoet, Directeur artistique du MARTa Herford (Allemagne), Maurice Blaussyld, Artiste, Yves Brochard, Professeur Agrégé, Université de Lille3 pour évoquer l'héritage de Joseph Beuys Plus de 20 ans après sa mort, quel héritage laisse Beuys ? Quelle place a t-il dans les musées ? Quelle influence a t-il sur les jeunes artistes ?

(1) Une estampe originale est une création artistique entièrement réalisée ou supervisée par l'artiste, puis attestée par la signature de ce même artiste.

Image : Non titré (Geyser, nymphe et cerf géant saignant), lithographie couleurs sur Zerkall gris-vert

jeudi 1 mars 2007

Cabu et Paris

cabuCabu a débarqué à Paris en 1956 et, depuis plus de 50 ans, entre celui qui a publié ses premiers dessins à Châlons-en-Champagne à l'âge de 15 ans – alors signés K-BU – et la capitale, c'est une véritable histoire d'amour.

De cette conquête quotidienne, sont nés d'innombrables dessins.
Quoi de plus naturel que ce soit l'Hôtel de Ville de Paris qui consacre à Cabu sa première exposition personnelle.

Accompagnés de commentaires bien sentis ; ses croquis font mouche.
Fouillés, parfois fouillis en apparence, ils regorgent de détails et d'annotations. Il faut prendre le temps de « lire » le trait et le texte pour les savourer.

Car il ne s'agit pas, avec Cabu, de rire aux éclats, mais de goûter le talent du caricaturiste-reporter, qui observe et pointe du crayon ce qui irrite : une part de modernité que décidément on n'accepte pas tout à fait, lorsqu'elle est synonyme de toujours plus de boutiques et de moins de poésie.
Bref, lorsqu'on trouve que Paris perd son âme. Car la plume de Cabu porte l'histoire de la capitale, celle de son décor, celle de ses habitants, celle dont notre imaginaire était déjà chargé, lorsque, comme lui, on a débarqué un beau jour sur les quais de Paris.

Paris qui émerveille toujours au détour d'une rue, sur la banquette d'un café, au bord d'un comptoir. Paris qui amuse, avec ses petites japonaises en goguette viuttonisées ; qui surprend lorsque le métro se fait soudain aérien, émeut inlassablement lorsqu'au regard s'offre la Seine.
La Seine, en éternel énamouré, Cabu n'en finit pas de la dessiner. Il traverse, retraverse, prend l'eau, le ciel, les ponts, les monuments, les lumières.

Alors, sous son trait sarcastique – qui relève pour nous, tel un comptable, toutes les mutations de Paris – se cache, mais à peine, une immense tendresse.

Celle que l'amoureux éprouve pour la belle, qu'à force d'arpenter, tracer, croquer, moquer, il a fait sienne.
Lui qui se dit, désormais, Parisien.


Cabu et Paris
Salon d'accueil de l'Hôtel de Ville
29, rue de Rivoli – Paris 4ème
Jusqu'au 24 mars 2007
De 10 h à 19 h tlj sauf dimanches et fêtes
Entrée libre

lundi 5 février 2007

L'Evénement, les images comme acteurs de l'histoire

evenement1Le Jeu de Paume ouvre ses grands espaces à une réflexion sur l'image.
Le titre et le sous-titre peuvent paraître un peu pompeux ; ils soulignent en réalité un travail d'exposition remarquable.

Au delà de la question du propos, le parcours a le mérite de nous entraîner, d'emblée, loin des sentiers battus.
Départ immédiat pour la guerre de Crimée. C'était entre 1853 et 1856. On commençait à photographier et, compte tenu de l'état de la technique, il fallait beaucoup de temps pour prendre un cliché.

Le résultat est troublant : des tranchées désertes dans la steppe russe, avec leurs sacs de sable, leurs soutènements d'osier. Le front paraît abandonné ; on se sent loin des combats.
De magnifiques vaisseaux pris dans la glace surgissent dans une étendue de blanc, leur silhouette inquiétant et fascinante n'est pas sans nous rappeler quelque chose (le Rivage des Syrthes ? ...)
Un siècle et demi nous sépare du moment où ces belles et grandes photos en noir et blanc, légèrement jaunies mais bien nettes, ont été prises. Il se dégage de ces images lointaines un calme et une beauté inattendus.
Puis les dessins de Durand-Brager saisissent le mouvement et viennent nous rappeler qu'il s'agissait de combats, d'assauts, de luttes, de violence. A cette époque, le trait du crayon était le plus à même de rendre compte de l'action, du « direct », de l'événement, que la photographie.

Le 2ème sujet choisi (il y en a 5 en tout, dont la chute du Mur de Berlin, les congés payés et les attentats du 11 septembre) traite d'une belle et passionnante aventure : celle de la conquête de l'air.
Louis Blériot réussit la traversée de la Manche en 1909 : il n'y a qu'à regarder les photos (et le film) de son départ et de son arrivée pour comprendre ce qu'a pu représenter cet exploit aux yeux de ses contemporains. En particulier, celles d'un groupe de personnes à terre, photographié de loin et de dos, regardant un petit point qui s'éloigne dans le ciel ... ou de son épouse portant à ses yeux des jumelles pour mieux suivre son parcours. Tout le miracle du vieux rêve de l'homme en train de se réaliser se lit dans ces images - et peut-être aussi dans le film d'actualités, montrant le sourire timide et fier, mais finalement franc et très émouvant du victorieux Blériot.
Suivent des prises de vues alors inédites : l'objectif se met à la verticale, vise d'en haut, ou bien d'en bas (ne pas louper la photo prise de la tour Eiffel).
Suivront aussi, dans la presse, des mises en page nouvelles : des exemplaires de « La vie au grand air » (chouette titre !) montrent que le bon vieux journal illustré commence à bousculer la platitude des maquettes, à en oser de plus complexes pour mieux rendre compte de l'événement ... on se dirige alors doucement vers la presse magazine telle qu'on la connaît aujourd'hui ... VU naîtra moins de 20 ans plus tard ...

Après ces deux passionnantes salles, on poursuit la visite - et la réflexion - demain avec l'espace consacré à la couverture médiatique des attentats du World Trade Center.

L'Evénement, les images comme acteurs de l'histoire
Jeu de Paume – Concorde
1, place de la Concorde – Paris 8ème
Jusqu'au 1er avril 2007
Ouvert tlj sauf le lundi de 12h à 19h, le week-end dès 10h et le mardi jusqu'à 21h.
Entrée 6 € (TR 3 €)
Catalogue de l'exposition : 30 €

jeudi 1 février 2007

Rodin. Les figures d'Eros. Dessins et aquarelles érotiques 1890-1917

Rodin1Auguste Rodin a commencé à dessiner très jeune, bien avant de devenir le sculpteur admiré que l'on sait.
Parallèlement à son activité de sculpteur, il a continué à dessiner, et son oeuvre graphique est riche d'environ 9000 dessins.

Dans les années 1880, ses dessins son essentiellement liés à ses travaux pour La porte de l'enfer, dessins appelés « noirs » par Bourdelle, très beaux, tourmentés, dont quelques uns sont présentés au début de l'exposition.

Puis, à partir des années 1890, sa fascination pour le corps féminin va l'amener à tenter de saisir, inlassablement, le nu féminin et sa puissance érotique.
L'ensemble de 140 dessins et aquarelles réunis ici montre qu'il y est largement parvenu.

Le trait ondule, place au centre de ses courbes fesses, seins, sexe, cuisses largement ouvertes.
Les poses sont osées, voire acrobatiques ; visiblement, Rodin parvenait à obtenir de ses modèles une confiance, une impudeur complètes.

Les aquarelles sont magnifiques de teintes roses, violettes, brunes ; la couleur déborde largement des contours, l'inspiration est presque japonisante.

Mais les oeuvres les plus réussies sont peut-être celles où Rodin ne se contentait plus que du crayon graphite, l'estompant parfois légèrement – on dit que l'artiste laissait la mine glisser sur le papier, sans quitter le modèle des yeux.

L'expression du visage est à peine esquissée, mais pleine de sensualité ; un jupon se soulève jusqu'à la taille, un kimono s'ouvre, le corps s'abandonne, confiant, désiré, désirant.

Une intimité d'un érotisme extrême que le visiteur recueille en pleine face, dans un silence d'église.


Musée Rodin
79, rue de Varenne – Paris 7ème
Jusqu'au 18 mars 2007
De 9h30 à 16h45, tlj sauf le lundi
Tarif : 6 € (TR : 4 €)
Catalogue : 39 €