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vendredi 10 août 2007

La fugitive. Le deuil d'Albertine

Marcel Proust La RechercheLe narrateur est terrassé de chagrin par la mort d'Albertine.

Mais petit à petit et inexorablement l'oubli fait son oeuvre :

« On n'est que par ce qu'on possède, on ne possède que ce qui nous est réellement présent, et tant de nos souvenirs (...) partent faire des voyages loin de nous-même, où nous les perdons de vue ! »

Les souvenirs s'en vont-ils pour autant définitivement ?

Ils ont des chemins secrets pour rentrer en nous. Et certains soirs, m'étant endormi sans presque plus regretter Albertine – on ne peut regretter que ce qu'on se rappelle – au réveil je trouvais tout une flotte de souvenirs qui étaient venus croiser en moi dans ma plus claire conscience, que je distinguais à merveille.

Au fur et à mesure que le souvenir d'Albertine s'éloigne, il se met à la voir autrement.

Il s'aperçoit alors seulement à quel point il l'aimait car « Une impression de l'amour est hors de proportion avec les autres impressions de la vie, mais ce n'est pas perdu au milieu d'elle qu'on peut s'en rendre compte ».

C'est avec beaucoup de tendresse et de respect qu'il pense alors à Albertine et à la dernière soirée qu'ils ont passé ensemble avant sa fuite :

Je tâchais d'embrasser l'image d'Albertine à travers mes larmes en pensant à toutes les choses sérieuses et justes qu'elle avait dites ce soir-là.

Dévoré par le remords, il refait le scénario, s'invente des « si » et leur suite plus favorable :

Or cette Albertine si nécessaire, de l'amour de qui mon âme était maintenant presque uniquement composée, si Swann ne m'avait pas parlé de Balbec je ne l'aurais jamais connue.

Réflexions qui immanquablement mènent à une culpabilité qui en rappelle une autre :

Et ainsi il me semblait que par ma tendresse uniquement égoïste j'avais laissé mourir Albertine comme j'avais assassiné ma grand'mère.

Très bel été, très belles lectures à tous.

mardi 19 juin 2007

Poèmes en archipel, René Char. Les Névons

portrait de René Char pour les NévonsPoèmes en archipel (lire le billet du 14 juin 2007) donne l'envie de célébrer à nouveau la beauté des poèmes et textes de René Char.

René Char ne cessa jamais de rendre hommage à sa terre natale, le pays de la Sorgue, où il reviendra, toute sa vie, au propre comme dans ses écrits, se ressourcer à la fraîcheur de son enfance provençale.

Dans Le deuil des Névons, du nom de la propriété familiale, le poète évoque la douleur éprouvée lors du partage successoral, à la suite de la mort de sa mère, qui conduira à la vente de la maison.
Chanson bucolique et magnifique sur le deuil, sous-titrée Pour un violon, une flûte et un écho, un peu trop longue pour être citée en intégralité :

Un pas de jeune fille
A caressé l'allée,
A traversé la grille.

Dans le parc des Névons
Les sauterelles dorment.
Gelée blanche et grêlons
Introduisent l'automne.

C'est le vent qui décide
Si les feuilles seront
A terre avant les nids.

(...)

Le bien qu'on se partage,
Volonté d'un défunt,
A broyé et détruit
La pelouse et les arbres,
La paresse endormie,
L'espace ténébreux
De mon parc des Névons.

Puisqu'il faut renoncer
A ce qu'on ne peut retenir,
Qui devient autre chose
Contre ou avec le coeur, -
L'oublier rondement,

Puis battre les buissons
Pour chercher sans trouver
Ce qui doit nous guérir
De nos maux inconnus
Que nous portons partout.

(La parole en archipel, 1952-1959)


Poèmes en archipel. Anthologie de textes de René Char
Edition de Marie-Claude Char, Marie-Françoise Delecroix, Romain Lancrey-Javal et Paul Veyne
Gallimard / Folio (mars 2007) 448 p., 11,50 €

Lire également le billet sur la belle Lettera Amorosa