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lundi 12 mars 2007

Pascale Ferran. Lady Chatterley

lady_chatterleyLady Chatterley est un film sur le désir, la découverte de l'autre, la découverte de soi, la transformation, la renaissance. On en sort sous l'emprise d'un charme – qui n'est peut-être autre que le charme de la vie-même – et, longtemps, durable, son empreinte demeure.

Après avoir été conquis par ce film magnifique, on découvre sa réalisatrice, Pascale Ferran. Elle apparaît comme une dame simple, sincère, dont la timidité s'efface derrière la détermination.

Sa voix, singulière, semble venir d'un autre monde, qui n'est pas celui du cinéma. Pourtant, qui mieux qu'elle au cours de ces dernières années a aussi justement parlé du cinéma ?

Que ce soit à l'émission Le Masque et la Plume sur France-Inter, dont les auditeurs ont désigné Lady Chatterley meilleur film français de l'année, ou lors de la soirée de remise des Césars, dont le jury de professionnels a confirmé le choix du – d'un certain – public, Pascale Ferran, après son film, a elle-même séduit.

Avec le numéro du mois de mars, Les cahiers du cinéma offrent à leurs lecteur un petit « Carnet d'une cinéaste » contenant des notes de Pascale Ferrand, des croquis, photos qui ont servi à la préparation et à la réalisation du film.

Tout y est beau, simple, extraordinairement précis, délicat.

Notamment, on peut lire une longue « note d'intention en forme de lettre au futur coscénariste du film ».
La lettre est une telle merveille qu'on ne peut que conseiller de la lire dans son intégralité.
Elle commence par des considérations – passionnantes – purement cinématographiques pour se clôturer sur de très belles réflexions personnelles de la cinéaste. En voici tout de même des extraits.

4. (...) Il me semble de la plus haute importance d'arriver à restituer cinématographiquement l'extraordinaire impression de première fois qui se dégage du livre :
La première fois que cette histoire a été racontée.
La première fois que cet homme et cette femme se sont rencontrés.
La première fois qu'un homme et une femme se sont aimés.
(Il y a quelque chose d'archaïque dans ce projet, de pré-moderne. Je pense tout le temps à Blissfully Yours et aux films de Boris Barnett. Je ne sais pas grand-chose et pourtant j'ai souvent l'impression que c'est un projet pour lequel il me faudrait encore désapprendre).
5. Etre le plus possible dans le présent des choses, dans l'espoir d'arriver à faire venir au premier plan la présence des choses et des gens. C'est évidemment l'un des motifs souterrains du livre (et du film à venir) : le miracle de l'incarnation. L'émerveillement devant la pure présence de l'autre. Mais on n'a pas le droit d'en parler. C'est comme la poésie pour Cocteau.
8.Il n'empêche, c'est un projet fou. La tâche paraît, par moments, écrasante. Mais la beauté du projet tient tout entier dans son étranger paradoxe : l'ambition la plus folle n'est accessible ici qu'au moyen de la plus grande modestie.


Carnet d'un cinéaste. Pascale Ferran, Lady Chatterley
Supplément au dernier numéro des Cahiers du Cinéma (mars, n° 621)
A lire également : le discours de Pascale Ferran lors de la cérémonie des Césars
sur le site du journal Le Monde

mercredi 7 mars 2007

Carte blanche à Fabrice Luchini

Luchini afficheAprès un voyage au long cours avec Céline, qui emmenait son public sinon au bout de la nuit, au moins au terme d'une excellente soirée, Fabrice Luchini reprend ses lectures pour une Carte blanche originale.

Ouvrages de Paul Valéry et Roland Barthes en main, porté par sa folle énergie, il ose cette fois des choix plus audacieux.

L'artiste ouvre le spectacle avec un extrait de Tel quel, Le pont de Londres de Valéry et des citations qu'il reprendra plusieurs fois au cours de la soirée :

La plupart des hommes ont une idée si vague de la poésie que ce vague même leur tient lieu de définition de la poésie.

Il n'existe pas d'être capable d'aimer un être tel qu'il est. On demande des modifications.

Puis il poursuit avec un décodage des premières pages des Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes. Le ton est celui du professeur idéal, passionné ; la salle s'accroche.

La brèche est ouverte, le comédien lâche ses livres pour se lancer dans son propre texte.
Point de départ : un article dans Le Nouvel Observateur, dans lequel le célèbre essayiste louait le film d'Eric Rohmer Perceval le Gallois.
Le comédien, qui jouait dans le film, se lance dans une évocation de Perceval : le public est d'abord tout aussi perplexe que l'était la salle lors de la première du film.
Mais très vite Luchini-le pitre sort de sa boîte, se met à mimer et à chanter, pour la plus grande joie des spectateurs, rendus carrément hilares.

Il enchaîne avec le récit de sa mémorable rencontre avec Barthes. Façon plus nuancée qu'il n'y paraît de souligner son portrait : à l'immense déférence se mêle une tendre moquerie.

Le programme annonçait aussi du Flaubert : il y en eut deux lignes ; du Molière : il n'y en eut point.
A la place, une fable de La Fontaine avortée puis une autre littéralement abattue...

Fin de spectacle décevante pour une soirée qui avait plutôt bien commencé.
L'extraordinaire énergie semblait épuisée ; le fou de littérature et de scène, fébrile et pressé d'en finir, avait hâte de renvoyer son public - joliment éveillé - à ses livres...


Carte blanche à Fabrice Luchini
Complet au théâtre Paris-Villette
Reprise au Petit Montparnasse à partir du 20 mars