www.maglm.fr

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 22 août 2007

Espace Georges Brassens. Sète (2/2)

supplique pour être enterré sur la plage de SèteSuite et fin de la visite du bel espace Georges Brassens (lire le billet du 20 août 2007)

L'artiste a eu l'occasion de s'expliquer longuement sur sa façon de travailler.

Laissons-le parler et apprécions l'élégance du bonhomme :

« Il faut que mes chansons aient l'air d'être parlées, il faut que ceux qui m'entendent croient que je parle, croient que je ne sais pas chanter, que je fais des petites musiquettes comme ça ... ».

Sur ses textes :

« Je ne veux pas faire rire aux éclats, je veux faire sourire. Je suis un ennemi du "langage à signes" ; je préfère suggérer les choses que les dire. Si j'avais dû en dire plus, je l'aurais fait. Mais j'estime qu'il faut en dire peu et permettre à celui qui vous écoute de continuer à se faire sa fête tout seul. »

Mais il disait aussi que pour faire une chanson, il lui fallait tout un mois, et un cahier entier, tant il retravaillait son texte. Il récrivait toute la chanson s'il modifiait un seul de ses vers.

Sur sa musique :

« Lorsque les paroles sont mûres, je saisis ma guitare et je lis et récite mes vers et mes mots, en commençant à rythmer avec la guitare ... C'est ainsi que tout doucement, je découvre les petites mélodies qui vont venir scander mes vers, y "coller" jusqu'à n'en plus pouvoir s'en séparer. Je fais sept ou huit musiques par chanson, je n'en fais pas qu'une. Et c'est celle qui tient le coup le plus longtemps que je garde, je veux dire celle qui, après avoir été répétée cent fois, me plaît encore ou me déplaît le moins ».

Il ajoute : « Ma musique doit être in-entendue, comme la musique d'un film ».

Dans un coin, sur un simple tourniquet à cartes postales, le visiteur peut lire les hommages que les chanteurs d'hier et d'aujourd'hui ont rendus au poète en quelques mots, des plus anciens comme Charles Trenet, aux plus jeunes comme Magyd Cherfi ou Bénabar ...

Donnons la parole à un autre regretté, grand parmi les grands, Claude Nougaro, qui tout à coup se fait sobre et lapidaire :

« Brassens
C'est un poète de la Pléïade ».

René Fallet, l'écrivain, journaliste et ami :
« Les réacteurs peuvent vrombir, ils ne peuvent effacer de l'oreille l'oiseau, la parole d'amour, le rire du copain. C'est pourquoi Georges Brassens sera là tout à l'heure, un pied sur le tabouret de votre cuisine et fera s'envoler les papillons de votre papier peint. »

Le film d'un concert à Bobino, estampillé 1972, nous montre le regard franc, tour à tour sérieux et enjoué du grand bonhomme grattant « son ventre » en chantant Les filles de joie, Le temps ne fait rien à l'affaire ou encore Les dames du temps jadis ...
Dans le public Raymond Devos applaudit avec force, mais aussi René Fallet, sa compagne Pupchen ...
Quelle joie dans cette salle-là ...

La visite se finit sur une pause longue, tranquille mais si émouvante, le casque toujours vissé sur les oreilles : l'intégralité de Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, extraordinaire chanson de plus de sept minutes, dans laquelle se retrouve presque tout Brassens, son « théâtre intérieur », selon une formule que lui-même employait.
On quitte le poète sur ces notes et ces mots.

On a passé un moment merveilleux.

Espace Georges Brassens
67, boulevard Camille Blanc – 34200 Sète
Ouvert de 10 h 12 h et de 14 h à 18 h
Jusqu'à 19 h en juillet et août
Fermé les jours fériés sauf les 14 juillet, 15 août et 1er novembre
En hiver, fermeture hebdomadaire le lundi
Tel. : 04 67 53 32 77
Entrée de 2 à 5 €

lundi 20 août 2007

Espace Georges Brassens. Sète (1/2)

espace georges brassensL'Espace Georges Brassens a rouvert ses portes le 1er décembre dernier après avoir été totalement rénové.
Surface doublée, nouvelle scénographie, parcours aéré : l'ancienne version était très bien ; celle-ci est encore mieux !

Dans le même esprit que le précédent, le nouvel espace Georges Brassens est pensé avec respect et simplicité.
Il rend hommage à l'artiste, au bonhomme et à son œuvre.
C'était la seule chose à faire.
Et elle est parfaitement réussie.

Des écouteurs nous bercent de la voix grave et puissante, au débit calme et régulier de Georges Brassens, avec les confidences qu'il a livrées à Philippe Némo en 1972 lors d'un entretien pour France-Culture.

Nous voici partis pour un bon moment de balade et de flânerie auprès du poète.
Des films, des photos, des affiches, des pochettes de disques, des extraits de textes et bien sûr des chansons nous font suivre suivre le parcours de l'artiste.

Enfance sétoise dans une famille où tout le monde chantait, en amoureux de la chanson, notamment la maman napolitaine, dont il livre cet émouvant témoignage : « à 50 ans passés, elle recopiait des textes de chansons, puis allait chez des copines pour compléter les passages qui lui manquaient ».
Jeunesse à Sète avec les copains : il découvre le jazz à l'âge de 10-11 ans, dans les années 1931-1932 : « Je suis né en 1921. Je suis né avec Django Reinhard, avec Amstrong, avec Duke Ellington. »

Il arrive à Paris en 1940 et étudie les poètes en autodidacte, à la bibliothèque, pendant plusieurs années, pour « ornementer mon esprit » comme il le dit joliment.

Puis voici ses débuts dans la chanson, sa rencontre avec Patachou en 1952, qui le présente à Jacques Canetti, impressario, directeur artistique et fondateur du théâtre des Trois Baudets, où il débute officiellement le 19 septembre de la même année pour 170 représentations.

On passe bien sûr un moment dans l'impasse Florimont, devenue légendaire avec la Chanson pour l'Auvergnat, écrite pour Marcel et Jeanne. Dans le plus grand dénuement eux-mêmes, le couple et sa ménagerie l'ont accueilli dès 1944 ; il y demeura, en famille finalement, bien qu'il parle plutôt « d'Arche de Noé », jusqu'en 1966.

Place est également faite à l'évocation des femmes, parmi lesquelles Pupchen, sa fidèle compagne, son éternelle fiancée, la dame de ses pensées ...

Toute une partie est réservée à la façon dont Georges Brassens travaillait. Elle est passionnante : suite et fin de la visite très bientôt ...

Espace Georges Brassens
67, boulevard Camille Blanc – 34200 Sète
Ouvert de 10 h 12 h et de 14 h à 18 h
Jusqu'à 19 h en juillet et août
Fermé les jours fériés sauf les 14 juillet, 15 août et 1er novembre
En hiver, fermeture hebdomadaire le lundi
Tel. : 04 67 53 32 77
Entrée de 2 à 5 €

lundi 11 juin 2007

Volte-Face avec Jean Rochefort

portrait Jean RochefortLundi 14 mai au Rond-Point a eu lieu un nouvel enregistrement de l'émission Volte-Face, qui sera diffusée sur France-Culture dans le courant de l'été. Olivier Barrot y recevait Jean Rochefort.

D'emblée, le ton est donné : Jean Rochefort, seul en face d'Olivier Barrot sur l'immense scène du théâtre, meublée en tout et pour tout de deux chaises grises placées au milieu, regarde autour de lui et constate :
« C'est d'une austérité, ici ! ».

La salle s'esclaffe aussitôt.
Tel est Jean Rochefort : une voix, un ton, un phrasé, une attitude, un sourire ; une moquerie livrée avec un sourire d'ange ...

Ce soir-là, tout paraîtra simple, sincère, détendu ; et même le pantalon violet de Jean Rochefort aura l'air classe.

Olivier Barrot "présente" Jean Rochefort en référence à la prodigieuse génération de comédiens à laquelle il appartient : Jean-Paul Belmondo, Philippe Noiret, Claude Rich, Jeanne Moreau, Annie Girardot, Jean-Pierre Marielle ... Il rappelle que ces talents sont apparus en deux ans, ce qui est inédit.

« Ce n'est pas les personnes, ce sont les époques qui changent. Nous sortions des années de guerre. Vivre était merveilleux, monter sur scène était un rêve. Nous avions une soif de vivre extraordinaire, une curiosité. Nous appartenions à une génération pleine de désirs ».

De plus, il semblait y avoir de l'intensité dans leurs relations.
« Oui. Et Belmondo était le leader, le personnage le plus exceptionnel, par sa merveilleuse inculture. Etre contemporain lui suffisait. Mais il était en réalité plus que contemporain, il était d'avant-garde. En 1950, alors que nous étions encore avec nos cravates, il était déjà en haillons ... il était soixante-huitard en 1950 ! »

Petit retour en arrière pour évoquer le soir où Jean Rochefort a trouvé sa vocation. Il a passé son enfance à Nantes. Sa mère l'emmenait de temps en temps à Paris. A ces occasions, ils allaient au théâtre.
« J'étais allé trois ou quatre fois à la Comédie-Française avec ma mère. Au cours de ces soirées, j'étais heureux, mais je m'ennuyais un peu ... Une fois, nous sommes allés voir un spectacle à la Gaîté-Montparnasse, où jouaient Yves Robert, les Frères Jacques, Grenier et Hussenot. Les Frères Jacques entrent et se mettent à chanter une chanson sur la fête foraine. Et moi, immédiatement, je vois la fête foraine. Je devais avoir dix-sept ans et je me dis "Je serai acteur, je serai acteur ..." ».

Il se souvient ensuite de ses débuts sur scène dans les années 1950, puis de son travail avec Jean Vilar, livrant alors cette anecdote :
« Nous étions en tournée à Bruxelles. Après la représentation, je vois Jean Vilar devant une panière... Il vérifiait qu'il y avait bien toutes les chaussures de location dans la panière, avant que la troupe ne remonte dans le car.
J'avais trouvé cela dérisoire et ridicule.
Aujourd'hui, je trouve cela admirable. »

Puis Olivier Barrot et Jean Rochefort parcourent l'immense carrière cinématographique de l'acteur.
Cartouche de Philippe de Broca en constitue un moment particulièrement important. C'est au cours du tournage de ce film, en 1960, qu'il découvre sa passion pour l'art équestre :
« Belmondo se fichait du cheval, alors il restait bien assis. Mais pour moi, c'était une telle émotion, que j'étais toujours par terre ... ! »

Des films de Philippe de Broca, dans lesquels il a beaucoup joué, il dit joliment : « Ses films ont beaucoup d'élégance ; ils ont une épaisseur pudique ».

En 1972, il travaille pour la première fois avec Yves Robert, dans Le Grand Blond avec une chaussure noire. C'est le début d'une longue histoire : il y aura Le retour du Grand Blond, Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au paradis ... Ces films sont devenus des classiques.

« Ces films n'étaient pas que des films légers, ils étaient très travaillés, très écrits.
Jean-Loup Dabadie et Yves Robert avaient le talent de raconter cette époque-là, celle des trente glorieuses ; l'époque des résidences secondaires, des barbecues, de la consommation, du chômage zéro ... Le bonheur était peut-être plus épais. Ces films ont encore du succès aujourd'hui parce qu'ils parlent de cette époque ».

Sur le tournage de Salut l'artiste, il se souvient de sa rencontre avec Marcello Mastroianni :
''« J'étais très impressionné par Macello Mastroianni. Alors j'ai trouvé la solution : je l'ai appelé Marcel ! Cela m'a enlevé mon trac, je me suis détendu. Ensuite, nous avons eu tous les deux la sensation extraordinaire qu'on aurait pu être copains en classe de 6ème : on se voyait en culottes courtes ! »''

En 1973, il joue dans le premier long-métrage de Bertrand Tavernier L'horloger de Saint-Paul, avec Philippe Noiret.
« Tout à coup, avec Bertrand Tavernier, on avait l'impression qu'on pouvait tutoyer la caméra. Ce fut un grand virage car avant tourner était une cérémonie, c'était très protocolaire. Sa façon de tourner nous a libérés : se tromper n'était pas si grave, inventer sur l'instant n'était pas si grave ... ce jeune homme a désacralisé la caméra.»

Jean Rochefort a aussi beaucoup travaillé avec Patrice Leconte. Il avoue avoir joué le rôle du Mari de la coiffeuse avec beaucoup de passion, ce personnage « résolument enfantin et inquiétant ».
Dans Ridicule, Olivier Barrot lui rappelle qu'il a été grimé d'une façon baroque, grotesque ...
« On ne m'a pas grimé ! » s'exclame Jean Rochefort.

Lorsque le journaliste l'interroge sur Johnny Halliday, avec qui il a tourné dans L'Homme du train, il répond :
« Mes enfants, on peut en parler jusqu'à l'aube !
Johnny Halliday, quelle sincérité !
J'ai passé avec lui des moments extraordinaires, proches de la science-fiction ... ». Et de raconter une merveilleuse anecdote d'une soirée au restaurant avec la star ...

L'évocation de Jean-Pierre Marielle respire l'amitié inoxydable, faite de vieille complicité et d'humour ...
« Marielle, c'est une amitié de soixante-ans ? » demande Olivier Barrot.
Réponse lapidaire : « Hélas ! »
Plus tard, il se souvient d'un très beau sourire, du sourire de bonheur de Jean-Pierre Marielle au cours du tournage des Grands Ducs. C'est lorsque Marielle aperçoit un début de tonsure chez Jean Rochefort : « Il l'attendait depuis cinquante ans ! » dit-il avec son rire irrésistible.

Pour finir, Olivier Barrot lui fera cette déclaration :

« On est bien avec vous ! »

Oui, trois fois oui.

Volte-Face avec Jean Rochefort
Emission diffusée l'été prochain sur France-Culture
Prochain enregistrement public de Volte-Face :
Ce soir au Théâtre du Rond-Point avec Nicole Garcia.
Entrée libre
Réservation indispensable au 01 44 95 58 81