L'artiste souleva l'engouement des
Européens dans le dernier quart du XIXème siècle mais ne suscita de son vivant,
malgré une production prolifique, qu'une admiration éphémère dans son
pays.
Il est aujourd'hui le peintre japonais le plus connu dans le monde et, par le
détour de son succès occidental, sa patrie célèbre désormais son génie.
L'on connaît de lui Sous la vague au large de Kanagawa, dite La
grande vague et ses Trente-six vues du Mont Fuji, devenues des
classiques. Des splendeurs qui en cachent bien d'autres : jusqu'au 4 août
2008, le musée Guimet sort de son fonds d'art graphique les oeuvres de
Katsushika Hokusai (1760-1849), donnant en embrasser le
parcours de cet artiste qui n'a cessé d'évoluer, allant jusqu'à déclarer
"C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la forme
et la nature vraie des oiseaux, des poissons, des plantes, etc. Par conséquent,
à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait beaucoup de progrès, j’arriverai au
fond des choses ; à cent, je serai décidément parvenu à un état supérieur,
indéfinissable, et à l’âge de cent dix, soit un point, soit une ligne, tout
sera vivant."
Il n'y a pourtant "rien à jeter" dans la rétrospective présentée par le musée
Guimet ; au contraire, de retour chez soi, le catalogue - très réussi -
donne le regret d'être passé trop vite devant certains dessins et
estampes.
Ceux du début s'inscrivent dans la tradition de l'art de l’Ukiyo-e,
scènes de maisons de thé, de spectacles, de geishas. Fourmillant de détails,
d'actions, de personnages, ils se lisent comme des pièces de théâtre. Puis,
autour des années 1830, Hokusai bascule vers le paysage. Voici donc nos
"classiques", enfin vus dans leurs véritables couleurs, leur pleine
beauté ; mais aussi d'autres paysages oniriques et puissamment enracinés
dans la culture japonaise, dont les titres à eux seuls enchantent.
Viennent ensuite de magnifiques estampes de grandes fleurs associées à un petit
animal, oiseau à la posture pour le moins acrobatique, insecte, voire
grenouille qui disparaît dans les feuilles. Les cadrages évoquent la
photographie moderne et les bouquets n'ont aucune apparence de composition.
Economie de moyens, audace, épure, douceur des teintes... dans la suite des
paysages, cette série souligne la sensibilité à la fois esthétique, enjouée,
spirituelle et poétique du maître japonais.
Le clou de l'exposition figure dans la dernière salle, juste à côté d'un
paravent grandiose : le diptyque des Tigre sous la pluie et
Dragon, composés par Hokusai à la toute fin de se vie et dont le lien
n'a été établi que récemment (la première de ces deux oeuvres appartenant au
musée Ota de Tokyo et l'autre faisant partie d'une donation récente au musée
Guimet). Avec le beau jeu de diagonales, les regards croisés des animaux,
l'opposition lumineuse et chromatique, la symétrie et la complémentarité des
deux pièces sont fascinantes. On dit qu'il s'agit du testament d'Hokusai. Et
l'on ne peut s'empêcher de songer avec émotion à cet homme mort dans la misère
dans sa quatre-vingt-dixième année alors qu'il pensait qu'il avait encore
beaucoup à apprendre...
Hokusai "L'affolé de son art"
Jusqu'au 4 août 2008
Musée national des Arts asiatiques
Guimet
6, place d’Iéna - Paris 16ème
Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Catalogue Hokusai 1760-1849, « l’affolé de son art », sous la
direction d’Hélène Bayou
Coédition musée Guimet / RMN, 2008, (245 p., 39 €)
Image : Trente-six vues du Mont Fuji, Vent frais par matin clair (1830-32), legs Charles Jacquin, 1938, AA 380 © musée Guimet / Thierry Ollivier
Il n'existe en France qu'un seul musée
exclusivement dédié à l'estampe originale.
A la fin du XIXème siècle, Ambroise
Vollard (1866-1939), marchand d’art établi à Paris, fit des choix audacieux et
éclairés qui, associés à un sens des affaires certain, lui assurèrent une place
importante sur la scène artistique.
Claude Monet débuta sa collection
d'estampes (1) japonaises en 1871 en achetant ses premières gravures Ukiyo-e
chez un marchand hollandais.