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lundi 14 juillet 2008

Hokusai "L'affolé de son art" au musée Guimet

Hokusai, l'affolé de son artL'artiste souleva l'engouement des Européens dans le dernier quart du XIXème siècle mais ne suscita de son vivant, malgré une production prolifique, qu'une admiration éphémère dans son pays.
Il est aujourd'hui le peintre japonais le plus connu dans le monde et, par le détour de son succès occidental, sa patrie célèbre désormais son génie.

L'on connaît de lui Sous la vague au large de Kanagawa, dite La grande vague et ses Trente-six vues du Mont Fuji, devenues des classiques. Des splendeurs qui en cachent bien d'autres : jusqu'au 4 août 2008, le musée Guimet sort de son fonds d'art graphique les oeuvres de Katsushika Hokusai (1760-1849), donnant en embrasser le parcours de cet artiste qui n'a cessé d'évoluer, allant jusqu'à déclarer "C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la forme et la nature vraie des oiseaux, des poissons, des plantes, etc. Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait beaucoup de progrès, j’arriverai au fond des choses ; à cent, je serai décidément parvenu à un état supérieur, indéfinissable, et à l’âge de cent dix, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant."

Il n'y a pourtant "rien à jeter" dans la rétrospective présentée par le musée Guimet ; au contraire, de retour chez soi, le catalogue - très réussi - donne le regret d'être passé trop vite devant certains dessins et estampes.
Ceux du début s'inscrivent dans la tradition de l'art de l’Ukiyo-e, scènes de maisons de thé, de spectacles, de geishas. Fourmillant de détails, d'actions, de personnages, ils se lisent comme des pièces de théâtre. Puis, autour des années 1830, Hokusai bascule vers le paysage. Voici donc nos "classiques", enfin vus dans leurs véritables couleurs, leur pleine beauté ; mais aussi d'autres paysages oniriques et puissamment enracinés dans la culture japonaise, dont les titres à eux seuls enchantent.

Viennent ensuite de magnifiques estampes de grandes fleurs associées à un petit animal, oiseau à la posture pour le moins acrobatique, insecte, voire grenouille qui disparaît dans les feuilles. Les cadrages évoquent la photographie moderne et les bouquets n'ont aucune apparence de composition. Economie de moyens, audace, épure, douceur des teintes... dans la suite des paysages, cette série souligne la sensibilité à la fois esthétique, enjouée, spirituelle et poétique du maître japonais.

Le clou de l'exposition figure dans la dernière salle, juste à côté d'un paravent grandiose : le diptyque des Tigre sous la pluie et Dragon, composés par Hokusai à la toute fin de se vie et dont le lien n'a été établi que récemment (la première de ces deux oeuvres appartenant au musée Ota de Tokyo et l'autre faisant partie d'une donation récente au musée Guimet). Avec le beau jeu de diagonales, les regards croisés des animaux, l'opposition lumineuse et chromatique, la symétrie et la complémentarité des deux pièces sont fascinantes. On dit qu'il s'agit du testament d'Hokusai. Et l'on ne peut s'empêcher de songer avec émotion à cet homme mort dans la misère dans sa quatre-vingt-dixième année alors qu'il pensait qu'il avait encore beaucoup à apprendre...

Hokusai "L'affolé de son art"
Jusqu'au 4 août 2008
Musée national des Arts asiatiques Guimet
6, place d’Iéna - Paris 16ème
Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Catalogue Hokusai 1760-1849, « l’affolé de son art », sous la direction d’Hélène Bayou
Coédition musée Guimet / RMN, 2008, (245 p., 39 €)

Image : Trente-six vues du Mont Fuji, Vent frais par matin clair (1830-32), legs Charles Jacquin, 1938, AA 380 © musée Guimet / Thierry Ollivier

jeudi 13 septembre 2007

Les Multiples de Beuys au Musée du dessin et de l'estampe originale

Les multiples de Beuys au musée de GravelinesIl n'existe en France qu'un seul musée exclusivement dédié à l'estampe originale.

Il est joliment installé à Gravelines, entre Dunkerque et Calais, dans la poudrière de l'ancien château de la ville ceinturée de remparts.

A travers l'exposition permanente Histoire et techniques de l'art de l'estampe, il explique les principales techniques de l'estampe, des origines, au XVème siècle, à nos jours (1).
Des oeuvres majeures de la riche collection du musée côtoient des outils de graveur et des presses : ce parcours esthétique est instructif rappelle que l'estampe est une oeuvre d'art à part entière et que, d'Albrecht Dürer à Picasso, en passant par Gustave Doré et Fernand Léger, des artistes très différents y ont recouru au fil des siècles.

Partie prenante de la manifestation Dunkerque l'Européenne 3, biennale de culture contemporaine qui se déroule jusqu'au mois de novembre 2007 sur le thème de l'Allemagne, le musée de Gravelines présente jusqu'au 28 octobre une exposition inédite consacrée aux Multiples de Joseph Beuys (1921-1986), artiste allemand qui n'avait pas été montré en France depuis 1994 (rétrospective au Centre Georges Pompidou).

Le Musée du dessin et de l'estampe est idéal pour valoriser les oeuvres (une centaine au total) d'un artiste qui, tenant que l'art devait être partagé et accessible au plus grand nombre, éditait ses oeuvres en grandes séries (pouvant aller jusqu'à 12 000 exemplaires), qu'il s'agisse d'estampes, de photographies, d'objet ou de vidéos.

C'est ainsi qu'à côté de différents multiples, où l'on peut souvent voir un hommage à Marcel Duchamp (de même que dans les tirages sur feuilles vinyles de photos retravaillés de ready-made de Duchamp), l'exposition met tout particulièrement en valeur l'oeuvre gravé et lithographié de Joseph Beuys.

On y découvrira, récemment acquis par le Musée, un très bel ensemble de neuf lithographies éditées en 1974 à partir de dessins réalisés dans les années 1950, ainsi que les émouvantes eaux-fortes de la Suite Larmes (1985), qui marquent un « retour aux sources » de l'artiste, le dessin ayant toujours eu chez ce grand admirateur de Leonard de Vinci une importance première, mais aussi la fidélité aux thématiques qui furent les siennes dès ses premières créations, notamment le monde animalier et la femme.

De ces motifs simplissimes mais éminemment symboliques, cerfs, cygnes, abeilles, de ces femmes (espiègle Jupons !), du trait parfois épuré, parfois violent, se dégage un grand lyrisme (poignante Tête de cerf, larme à l'oeil...).
Un sentiment que les teintes, lavis d'encre et aquarelle, véritablement naturelles à l'origine renforcent : Joseph Beuys utilisait en effet pour dessiner des matériaux organiques telles le sang ou la cire d'abeille.
Il était au demeurant fasciné par la nature et en particulier par la transformation de la matière, du liquide au solide notamment ; ainsi du sang qui se fige en séchant, de la cire d'abeille qui se fait miel...

Le film de l'interview donné par l'artiste au Musée des Beau-Arts de Calais en 1984 que l'on peut voir à la fin du parcours permettra d'en savoir plus sur cet artiste qui accordait à la spiritualité une place fondamentale.
Son discours humaniste, en appelant aux valeurs esthétiques, à la culture, à la créativité de chacun - même dans les actes les plus courants de la vie quotidienne -, considérés comme les seuls chemins d'accès à la liberté, s'écoute avec passion plus de 20 ans après sa mort : sa fraîcheur est souveraine.

Les Multiples de Beuys
Musée du dessin et de l'estampe originale
Château, Arsenal – 59 820 Gravelines
Tél. : 03 28 51 81 00
musee.de.gravelines@wanadoo.fr
TLJ sauf le mardi, de 14 h à 17 h
De 15 h à 18 h les samedi, dimanche et jours fériés
Entrée 2 € (TR : 1 €)
Gratuit chaque 1er dimanche du mois
Le 18 octobre prochain de 14 h à 16 h, une table ronde réunira Dominique Vieville, Directeur du Musée national Auguste Rodin, Jan Hoet, Directeur artistique du MARTa Herford (Allemagne), Maurice Blaussyld, Artiste, Yves Brochard, Professeur Agrégé, Université de Lille3 pour évoquer l'héritage de Joseph Beuys Plus de 20 ans après sa mort, quel héritage laisse Beuys ? Quelle place a t-il dans les musées ? Quelle influence a t-il sur les jeunes artistes ?

(1) Une estampe originale est une création artistique entièrement réalisée ou supervisée par l'artiste, puis attestée par la signature de ce même artiste.

Image : Non titré (Geyser, nymphe et cerf géant saignant), lithographie couleurs sur Zerkall gris-vert

lundi 16 juillet 2007

Ambroise Vollard : parcours d'un marchand d'art exceptionnel

vollardA la fin du XIXème siècle, Ambroise Vollard (1866-1939), marchand d’art établi à Paris, fit des choix audacieux et éclairés qui, associés à un sens des affaires certain, lui assurèrent une place importante sur la scène artistique.

C'est le parcours exceptionnel de cet homme parti de rien mais entreprenant et visionnaire que l’exposition présentée au musée d’Orsay jusqu’au 16 septembre se propose de visiter.

Débarqué à Paris en 1890 après une enfance passée sur l'Ile de la Réunion, il monte sa première "galerie" dans un deux-pièces au pied du Sacré-Coeur. Il n'a alors ni fortune, ni relation, ni expérience dans le monde de l'art.
Il commence donc par revendre des dessins et estampes achetés sur les quais.

Assez rapidement, il expose un ensemble de dessins et esquisses à l'huile acquis auprès de la veuve de Manet. A cette occasion, il fait la connaissance de Renoir et Degas. C'est ainsi qu'il commence à mettre en place une technique - l'achat par lots - et un positionnement - la proximité avec les artistes - qui seront des éléments-clés de son succès commercial.

Mais c'est aussi et surtout à son goût pour l'avant-garde qu'il doit sa réussite ; un goût qui, associé à une vision sûre le conduit à lancer Cézanne, Gauguin, Picasso, Derain et les autres fauves, mais aussi les Nabis (Bonnard, Vuillard, Roussel).
L'accrochage des oeuvres de Paul Cézanne qu'il organise en 1895 marque un tournant dans sa carrière : première exposition monographique consacrée à l'artiste aixois, elle séduit immédiatement, à défaut des critiques, les artistes et les collectionneurs.
Ambroise Vollard prend alors sa véritable assise : d'une part parce qu'il s'est assuré le monopole des oeuvres de Cézanne, d'autre part parce qu'il commence à se constituer un réseau international d'acheteurs.

L'année suivante il peut installer sa galerie au coeur du marché de l'art parisien, rue Laffitte.
C'est à cette époque qu'il se lance dans l'exposition et l'édition d'albums d'estampes, en particulier avec les Nabis .
S'il tente (en vain) de faire connaître Van Gogh, en organisant deux accrochages, il expose également Matisse et Gauguin dont il est le mécène, entretient une profonde et durable amitié avec Renoir ... mais il est aussi celui qui fait découvrir au public parisien, en 1901, un jeune artiste âgé de 19 ans : Pablo Picasso !

Force est de constater, face à un tel panorama, que peu de ceux qui devinrent les maîtres de l'art moderne les plus reconnus échappèrent aux mains de Vollard ...

Visite de certaines salles de l'exposition très bientôt : promesse de "chefs d'oeuvre" tenue !

De Cézanne à Picasso, chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard
Musée d'Orsay
Jusqu'au 16 septembre 2007
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h
nocturne le jeudi jusqu'à 21h45
RER C, bus 24, 68 et 69, M° ligne 12
Entrée 7,50 € (TR 5,50 €)

Catalogue d'exposition
Collectif, sous la direction d'Anne Roquebert
Musée d'Orsay / RMN, 56 €

mardi 13 février 2007

Les estampes japonaises. La collection de Claude Monet

estampeClaude Monet débuta sa collection d'estampes (1) japonaises en 1871 en achetant ses premières gravures Ukiyo-e chez un marchand hollandais.

Dans ce dernier tiers du XIX° siècle, le Japonisme était en plein essor : artistes, collectionneurs, industriels s'entichaient pour tout ce qui venait du Japon. L'engouement, parfois raillé, dura un demi siècle.
L'exposition Katagami, a été l'occasion de mesurer l'influence des motifs et lignes japonaises sur l'architecture et les arts décoratifs, manifestée dans les mouvements apparus en Europe et aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle, diversement désignés mais unanimement connus sous l'appellation d'Art nouveau.

Claude Monet fit ainsi installer un petit pont japonais dans son jardin de Giverny, qu'il a peint à toutes les heures, sous toutes ses lumières, en faisant un véritable objet d'étude.

Sa collection d'estampes, riche de plus de 200 pièces, fruit d'une véritable passion, est à découvrir sans délai au Musée Mamottan Monet.

La première salle est consacrée aux œuvres de Kitagawa Utamaro (1753-1806) représentant des maisons de geisha. Faute d'équivalent en occident, la « traduction » retenue est celle de maisons de « courtisanes ».
Les jeunes filles y étaient éduquées pour devenir de jeunes femmes élégantes, jusque dans leur démarche et leur maintien, mais aussi cultivées dans les différents domaines de l'art. Elles devaient savoir danser, chanter et tenir une conversation : le rôle de la geisha était de divertir.
Ces estampes, trait noir sur fond écru, teintes délavées de verts et de beige, donnent une idée de l'élégance des costumes – drapés de kimonos superposés, aux imprimés variés – mais aussi de celle des mouvements : beaucoup de scènes devant le miroir, au cours desquelles s'élaboraient des coiffures compliquées.
Peu d'expression sur les visages, comme si l'estampeur avait traduit l'impassibilité, l'égale humeur dont les geisha devaient faire montre en toutes circonstances.
Et souvent, même dans les scènes d'intérieur, l'artiste a pris soin de place un élément naturel, fleur ou animal venant compléter le charme de l'adorable tableau.

La visite se poursuit avec un grand nombre de scènes d'extérieur, notamment les paysages de Utagawa Hiroshige : l'occasion pour les artistes de représenter la nature, dont ils étaient fous visiblement. Les éléments choisis étaient plus ou moins toujours les mêmes, ceux des paysages qu'ils avaient sous les yeux, certainement, ou peut-être ceux dont ils rêvaient : abondance de montagnes, rivières, cascades, ponts, plages, océan.
Ils adoraient représenter la lune, les saisons, en particulier l'hiver : ils excellaient à peindre la neige, dont ces dames se protégeaient à l'aide de fines ombrelles ...
Les teintes sont bleues et briques, dans des harmonies surprenantes et très vivantes. Le plaisir qu'on éprouve à contempler ces estampes vient peut-être aussi de l'agréable sentiment que l'on a, avec chacune d'entre elles, de pénétrer dans un petit monde en soi – petit univers qui nous est si lointain.

Beaucoup d'expressions et d'hommes en revanche dans la petite salle est consacrée aux scènes de théâtre (les femmes ont été interdites de scène en 1600) : costumes extravagants, mimiques et gestuelles exagérées jusqu'au grotesque, la jubilation du théâtre et des estampeurs est palpable !

Plus d'un siècle après sa découverte, l'exotisme du Japon – du moins dans ses représentations traditionnelles, empreintes de raffinement, de calme et d'esthétisme – continue de nous charmer. Si le trait noir et les motifs stylisés nous sont devenus familiers, la magnifique collection de Claude Monet révèle une palette chromatique bleutée qui n'est pas sans rappeler les couleurs qu'affectionnèrent les « preneurs de lumière », les peintres du paysage que furent les impressionnistes.

(1) image imprimée au moyen d'une planche gravée de bois ou de cuivre (eau-forte, taille-douce ...) ou par lithographie.


Les estampes japonaises. La collection de Claude Monet
Musée Mamottant Monet
2, rue Louis-Boilly – Paris 16ème
Prolongée jusqu'au 18 mars 2007
De 10 h à 18 h tlj sauf le lundi
Tarif : 8 € (TR : 4,5 €)