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dimanche 20 septembre 2009

La ''Planète Parr'' au Jeu de Paume à Paris

Planète ParrPlanète Parr, à voir au site Concorde du Jeu de Paume et dans le jardin des Tuileries jusqu'au 27 septembre, n'est pas une simple exposition de photographies de Martin Parr.
Celles-ci n'arrivent d'ailleurs qu'en fin de parcours.

En réalité, est ici recréé, par échantillons représentatifs, tout l'univers de l'artiste, sorti pour l'occasion de sa maison de Bristol.
Un univers constitué de différentes galaxies qui, appréhendées dans leur ensemble, tracent une espèce d'autoportrait du célèbre photographe britannique.

L'on découvre ainsi d'impressionnantes collections de cartes postales (certaines très anciennes, d'autres très amusantes), d'objets kitsch au possible (du papier toilette Ben Laden au slip kangourou Obama en passant par les assiettes figurant la grève des mineurs en 1984 et les mugs Margaret Thatcher), mais aussi de livres de photographies - une autre passion chez lui, qu'il a fait partager dans son ouvrage Le Livre de photographies : une histoire (1) - et enfin de photographies.

Dans ces deux dernières collections se révèlent les sources d'inspiration de Martin Parr : la photographie documentaire britannique (l'une des parties les plus intéressantes de l'exposition), représentée notamment par Tony Ray-Jones, Chris Killip et Graham Smith, mais pas seulement : apparaissent aussi dans son petit panthéon personnel Robert Frank, William Eggleston, ou encore Henri Cartier-Bresson, dont la découverte, en 1969, fut un moment très fort pour celui qui allait devenir en 1994 membre de l'agence Magnum.

Mais Martin Parr est indubitablement un homme de son temps ; il éprouve pour son époque une insatiable curiosité, comme en témoigne sa manie des collections, prétexte aussi à une exploration sans relâche de ce qui se fait ici ou ailleurs. Ainsi, parmi des acquisitions récentes, figurent des œuvres de photographes japonnais tels que Osamu Kanemura.

Les collections de cartes postales et d'objets du quotidien « fétichistes » ou commémoratifs participent elles aussi de cet autoportrait, où l'on retrouve l'intérêt de Parr pour la société de consommation, la publicité, l'image « cliché »... Une société qu'il a lui-même abondamment chroniquée, sans ménagement aucun mais avec beaucoup d'humour et un immense talent, au fil de ses reportages depuis plus de trente ans.

Exposition Martin Parr, Planète ParrAprès avoir montré les milieux ouvriers et les classes moyennes, il a consacré ses derniers travaux aux privilégiés de la planète.
Dans cette série Luxury, le regard de Martin Parr est ici encore sans concession : sur de très grands formats aux couleurs criardes s'étale le monde des très-argentés, où l'ostentation semble poussée au stade de la compétition. De Dubaï à Miami, en passant par Moscou et Chantilly, les codes sont finalement peu dissemblables. Chapeaux, lunettes, sacs, vêtements, et bien sûr montres, il faut que ce soit gros et que ça brille, si possible toutes griffes dehors. La vulgarité de comportement, comme la voracité devant un buffet, n'échappe jamais à l'œil impitoyable de l'Anglais, qui s'amuse à souligner sans en avoir l'air la grosse tache sur la robe de soie ou des ongles bien trop vaguement vernis...

A voir aussi : sa série sur dix villes du Royaume-Uni, effectuée pour The Guardian et, dans le jardin des Tuileries, Small Wordl, reportage sur le tourisme de masse.

Planète Parr, La collection de Martin Parr
Jusqu'au 27 septembre 2009
Jeu de Paume – site Concorde
1, place de la Concorde – Paris VIIIème
TLJ sf le lundi, jusqu'à 19 h, le mardi jusqu'à 21 h
Entrée 6 € (TR : 4 €)

(1) Publié en deux tomes aux éditions Phaidon en 2005

Images : Russia. Moscow. Fashion Week, 2004, série "Luxury", Martin Parr, © Martin Parr, Magnum Photos / Kamel Mennour
et USA. Hollywood. Attendees at a charity function, 2000, série "Luxury", Martin Parr, © Martin Parr, Magnum Photos / Kamel Mennour

samedi 25 juillet 2009

PHotoEspaña. Dorothea Lange. Los años decisivos

Dorotea Lange, los anos decisivos, photoespana 2009Comment clôturer cette série de billets dédiés à au festival PHotoEspaña 2009 à Madrid sans évoquer la magnifique rétrospective consacrée à Dorothea Lange au Museo de colecciones ICO ?

Les 140 tirages relatent son travail des années décisives, 1930 et 1940 dans les Etats-Unis en crise.

Les plus connus sont ceux montrant les conséquences de la grande dépression de 1929, où l'on voit des files d'attentes pour trouver un emploi, la misère dans laquelle se retrouvent un grand nombre d'Américains, les déplacements de travailleurs du monde agricole.

L'empathie et le regard humaniste de Dorothea Lange semblent tout entier concentrés dans les portraits ultra-célèbres de cette Mère migrante entourée de ses enfants, dans la pauvreté et la détresse la plus absolue, dont le visage est déjà marqué par de profonds sillons alors qu'elle est âgée d'à peine trente ans.

Beaucoup moins connue en revanche est la série consacrée au déplacement forcé des personnes d'origine japonaise après l'attaque de Pearl Harbor en 1941. Le gouvernement décide en effet de regrouper et d'interner dans des camps tous ces hommes, femmes et enfants, même ceux de citoyenneté américaine. Dans un contexte de racisme anti-japonais affiché, des familles entières sont forcées des plier bagage, de quitter leurs biens pour aller s'entasser dans des centres précaires.
De format beaucoup plus réduit, ces photos sont tout aussi poignantes tant elles montrent elles aussi la résignation et la souffrance. Si ces images sont restées longtemps cachées, c'est parce qu'elles étaient bien peu glorieuses pour l'image de marque du gouvernement. C'est d'ailleurs la première fois, ici à Madrid, plus d'un demi-siècle après qu'elles aient été prises, que ces 28 photographies sont exposées.

Dorothea Lange. Los años decisivos
PHotoEspaña 2009
Jusqu'au 26 juillet 2009
Museo de colecciones ICO - Zorrilla, 3 - 28014 Madrid
Du mar. au sam. de 11 h à 20 h et le dim. de 10 h à 14 h

Image : Dorothea Lange, Migrant mother, © Dorothea Lange

dimanche 15 mars 2009

Robert Frank. Paris / Les Américains

Robert Frank, exposition Les Americains, Jeu de PaumeFuyant le confort bourgeois de sa famille installée en Suisse, Robert Frank arrive aux Etats-Unis en 1947, pour y découvrir un monde dominé par l'argent. Embauché pour Harper's Bazaar, il reçoit quelques années plus tard une bourse de la fondation Guggenheim avec pour objectif d'explorer la civilisation américaine. S'en suit un voyage de près de deux ans, entre 1955 et 1956, au cours duquel il prend quelques vingt mille clichés. Il en sélectionnera quatre-vingt trois (tous exposés ici), réunis dans un livre, Les Américains, édité d'abord en France, puis aux Etats-Unis.

C'était en 1958 et le pays croyait en son rêve de modernité, d'uniformisation des modes de vie, de progrès matériel. Le travail de street photography de Robert Frank choqua cette société toute empreinte du modèle de l'American way of life, en présentant des images de bords de route, de rues, de cafés, où les sujets semblent se traîner d'ennui, attendre quoi et n'espérer rien. Point de paillettes ni de stars, mais des gens simples, des lieux parfois presque déserts, dans un univers d'immobilité et de silence.
Cinquante ans après, le climat de ces photos touche toujours, tant les sentiments de vide et de résignation qui s'en dégagent peuvent résonner encore aujourd'hui. Les cadrages - admirables - scandalisèrent à l'époque, trop éloignés du canon de la belle photographie léchée. Au contraire, Robert Frank a travaillé sur le vif, d'où des prises de vue et des perspectives audacieuses, dont la spontanéité n'empêche pas de superbes nuances de noir et de blanc.

La deuxième partie de l'exposition présente un aspect totalement différent de l'oeuvre de Robert Frank, avec une cinquantaine de tirages de clichés pris à Paris entre 1949 et 1952. Ici, contrairement aux photos américaines, les contrastes s'estompent, l'ambiance est brumeuse et onirique, et fait ressortir un Paris d'aspect fort ancien. Les rues sont occupées par des petits marchands, de journaux et surtout de fleurs. Des fleurs qui reviennent très souvent dans ces images, comme les petits cailloux d'une promenade personnelle, émue et toute poétique. Comme si le photo-reportage n'était pas encore à l'ordre du jour, mais l'œil, la sensibilité et la singularité déjà tout à fait en place.

Robert Frank. Un regard étranger. Paris / Les Amécains
Jusqu'au 22 mars 2009
Galerie nationale du Jeu de Paume
1, place de la Concorde - Paris 1er
Du mer. au ven. de 12 h à 19h, mar. jusqu'a 21 h
Sam. et dim. de 10 h à 19 h
Entrée 6 € (Tarif réduit 4 €)

Image : Detroit, 1955, Robert Frank © Robert Frank, from The Americans

jeudi 25 décembre 2008

L'Art de Lee Miller au Jeu de Paume

L'art de Lee Miller au Jeu de PaumeElle connaît l'expérience de modèle très tôt, lorsque, adolescente, son père photographe amateur la fait poser nue. Très vite, elle devient mannequin vedette pour Vogue, dont elle fait la couverture en 1927. Les premières photos de cette exposition, qui en compte plus de cent quarante témoignent de la plastique parfaite de Lee Miller, bouche charnue, grands yeux rêveurs en amande, cheveux épais coiffés courts à la mode des années 1920, corps mince et souple magnifiant tous les vêtements. Elle fait craquer les plus grands, comme Steichen, Hors Hoyningen-Huene et surtout Man Ray, qu'elle conquit aussitôt installée à Paris en 1929. Si elle devient sa muse et sa compagne, c'est avec lui qu'elle s'initie à la technique de la photo dès cette époque. On dirait d'ailleurs qu'elle ne doit qu'à elle-même son plus beau portrait, avec cet Autoportrait en serre-tête (publié en 1933), d'une beauté classique et d'une douceur dignes des grands peintres italiens.
Mais son travail n'a pourtant rien de classique : si, lorsqu'elle monte son propre studio à New-York en 1932, ses clients sont les publicitaires et les grandes maisons de cosmétiques, si elle réalise des portraits pour le théâtre et le cinéma (magnifique Charlie Chaplin !), Lee Miller est très influencée par les expériences des surréalistes, notamment par le procédé de la solarisation. Surtout, elle adopte un regard qui lui fait préférer les points de vue les plus inattendus, les angles les plus étranges. Un esprit libre et original qui se lit tout particulièrement dans ses photographies d'Egypte, où la belle a vécu dans les années 1930, un moment l'épouse d'un riche Cairote : point d'image d'Epinal dans ce reportage d'un monde pauvre et déserté, mais l'esthétique d'une grande artiste qui a fréquenté l'avant-garde parisienne, Cocteau (elle a joué pour lui dans Le sang d'un poète), Dora Maar, Max Ernst, Picasso... Une modernité qui crève les clichés.
Rentrée d'Egypte en 1939 pour s'installer à Londres avec le peintre et photographe Roland Penrose, qu'elle épousera en 1947, Lee Miller reste une femme de son temps. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle obtient son accréditation de l'US Army et réalise des reportages en tant que correspondante de guerre en Normandie, à Saint-Malo, à Paris, en Alsace, mais aussi dans l'appartement de Hitler et les camps de concentration de Buchenwald et de Dachau. Des images qui créeront le choc dans l'édition américaine de Vogue en juin 1945.
Sur les exemplaires de la célèbre revue visibles au Jeu de Paume, l'on voit que Lee Miller signait également ses articles, d'une plume brillante, avec une sens du phrasé et de la formule séduisants (voir aussi les titres de certaines de ses photos, notamment celles prises en Egypte).
Pour finir l'exposition, un film documentaire confirme à quel point Lee Miller a su allier une vie de femme bien remplie à une carrière d'artiste accomplie, menant les deux avec un même désir d'indépendance.

L'Art de Lee Miller
Jusqu'au 4 janvier 2009
Galerie nationale du Jeu de Paume
1, place de la Concorde - Paris 1er
Du mer. au ven. de 12 h à 19h, mar. jusqu'a 21 h
Sam. et dim. de 10 h à 19 h
Fermeture le 25 décembre et le 1er janvier
Fermeture exceptionnelle à 18 h les 24 et 31 décembre
Entrée 7 € (Tarif réduit 4 €)

Image : Autoportrait, 1932, Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2008. All rights reserved. www.leemiller.co.uk

mercredi 15 août 2007

Italie, doubles visions. Maison européenne de la photographie

Scanno, Henri Cartier-BressonAvec Italie, doubles visions, la Maison européenne de la photographie propose jusqu'au 30 septembre un enrichissant voyage en Italie.

Déclinée en dix thèmes organisés autour d'une centaine de photos, l'exposition propose deux regards différents sur un même site ou un même événement italien.

Les travaux d'un photographe autochtone et d'un photographe international présentés à proximité donnent lieu à de belles comparaisons.

Scanno, un village des Abruzzes, avec son église, sa place, ses enfants et ses vieillards, silhouettes, chapeaux et coiffes noires, fut photographié tour à tour par Henri Cartier-Bresson et Mario Giacomelli.
D'un côté les clichés impeccables, le regard fin et original de celui qui fut l'un, sinon le plus grand des photo-journalistes.
De l'autre, la singularité et la poésie du photographe italien le plus connu.
Deux variations profondément différentes dont la présentation simultanée ne fait que renforcer leurs beautés respectives.

Mais certaines de ces confrontations sont aussi l'occasion de souligner la puissance créative de photographes moins connus.
Ainsi du thème des volcans, classiquement interprété par l'Américian Roger Ressmeyer, avec des clichés très "National Geographic" (il y travailla de 1987 à 1995), mais totalement réinventé par Antonio Biasiucci qui photographie de très près lave, magma et fumée, pour saisir non pas le mouvement effrayant et spectaculaire de la lave incandescente, mais les plis, le lissé, les bulles et stries de la matière volcanique dans un noir et blanc très sensuel.

Ou encore, lorsque le brésilien Sebastiao Salgado fait un reportage sur les thoniers, il en restitue l'action et le formidable danger, alors que Giorgia Fiorio fait de ces pêcheurs des êtres de l'attente, émouvants et mélancoliques.

Une veine poétique décidément très présente chez les photographes italiens : coup de coeur pour la Venise de Luca Campigotto, qui photographie sa ville de nuit, tout en silence et mystère, ombres larges et lumières furtives, détours et dédales de pierres humides ; une promenade dans une Venise littéraire qui semble surgir d'un rêve profond.

Le thème le plus fort de l'exposition demeure certainement celui des reportages réalisés dans les hôpitaux italiens par Carla Cerati et Raymon Depardon.

A la fin des années 1960, afin de dénoncer les conditions de vie des malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques, Carla Cerati, avec Berengo Gardin, dresse de leur situation un tableau brutal. Les vues des patients sont frontales, presque choquantes, ce qui correspondait bien à la finalité du reportage.

Plus de dix ans après, Raymon Depardon photographie à son tour la vie dans les hôpitaux, notamment celui de San Clemente à Venise.
C'est avec son respect et sa délicatesse qu'il montre l'extrême solitude et l'abandon.
Sous son objectif, les corps se recroquevillent avec pudeur.
Clichés poignants qui disent mieux que bien d'autres la souffrance et la désolation.

Italie, doubles visions
Maison européenne de la photographie
Jusqu'au 30 septembre 2007
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
M° Saint-Paul ou Hôtel de Ville
Du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h 45
Entrée 6 € (TR 3 €)

Image : Henri Cartier-Bresson, Scanno, 1951 (Magum Photos)

lundi 30 juillet 2007

Le cuir des arbres. Marc Fumaroli. Maison européenne de la photographie

Le cuir des arbres, Marc Fumaroli« Les arbres, a dit un sage un peu misanthrope, me consolent des hommes mieux que les animaux, avec lesquels ils ont trop de ressemblance.

J'ai été tenté de faire des portraits photographiques d'arbres. Aucun n'a répondu au sentiment qu'ils m'inspirent. Alors je me suis rabattu sur la vue rapprochée, et j'ai découvert que la photographie pouvait du moins fixer ce que l'on ne regarde le plus souvent qu'en passant et distraitement, le cuir des arbres.

Par la brève anthologie que propose cette exposition, je souhaite partager avec les promeneurs en forêt, les visiteurs de jardins botaniques, les explorateurs de pays lointains, les joies esthétiques que donne l'incroyable et infaillible génie plastique de la Nature, graveur et peintre " abstraits " sur le cuir de nos amis les arbres... ».

C'est ainsi que Marc Fumaroli présente lui-même ses clichés exposés à la Maison européenne de la photographie jusqu'au 2 septembre.

Tout semble être dit.
Il ne reste plus qu'à contempler tranquillement les très grands tirages en couleur et laisser son imagination prendre son envol à la surface des arbres.

Apparaîtront alors peut-être des vues du ciel, ici terre découpée et archipel d'îles vertes, là chemins ocres tracés dans la forêt.
Ou encore, dans un camaïeux de verts et de gris, la peau d'un serpent, à moins que cela ne soit celle d'un autre reptile ; ailleurs, couleur chair, voici une parcelle de peau humaine, quand plus loin deux photos côte à côte, « oeils » sur les troncs d'arbres forment ensemble un visage humain creusé de sillons et de rides.

Tout cela est peut-être gravé dans le cuir des arbres.
C'est aussi simple que poétique.
Il n'y a qu'à regarder.

Le cuir des arbres. Marc Fumaroli
Maison européenne de la photographie
Jusqu'au 2 septembre 2007
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
M° Saint-Paul ou Hôtel de Ville
Du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h 45
Entrée 6 € (TR 3 €)

Image : Le cuir des arbres, Marc Fumaroli, 2006