Il
faut le reconnaître, une aquarelle ne séduit pas forcément du premier coup
d'oeil. Contrairement à la peinture à l'huile et à la gouache, plus hautes en
couleurs, plus pleines, plus aguicheuses, le fin lavis de l'aquarelle a le
charme si discret que l'on pourrait passer devant sans le remarquer.
Un petit tour à la Galerie des Arts graphiques du Musée d'Orsay jusqu'au 7
septembre rectifiera cette erreur. Le choix parmi le fonds du Musée est
resserré - deux salles : bonne raison pour s'y attarder un peu.
Alors que les artistes anglais en étaient friands et maîtres depuis le XIXème
siècle, en France l'aquarelle était traditionnellement réservée à l'exercice du
peintre, à l'étude qui précédait l'exécution de la toile en atelier. Il en est
ainsi des croquis et des esquisses de Pierre Bonnard, Jules Elie Delaunay,
Edgar Degas, Edouard Manet. Ces deux derniers, contrairement à leurs
contemporains plus franchement au coeur du mouvement impressionniste ne furent
jamais des peintres de plein air ; leurs aquarelles ne resteront que des
sortes de notes préparatoires à leurs travaux d'atelier.
Mais passons dans la seconde salle, et nous voici "dehors" avec le peintre de
marines Eugène Boudin (1824-1898), Normand resté fidèle toute sa vie à
Honfleur : scènes de bord de mer, élégantes sur la plage à Trouville, vues
de port. Il fut l'un des précurseurs en France d'un genre nouveau qui allait
connaître un grand succès avec les impressionnistes : la saisie des
paysages en extérieur.
Tout près, les belles aquarelles du néerlandais Johan Barhold Jongkind
(1819-1891) : marines et scènes côtières également, mais dont se dégage
l'impression que la présence de l'eau n'est qu'un prétexte. Le motif qui attire
irrésistiblement l'oeil est le ciel. Immense, toujours différent, parfois d'une
couleur inattendue, il joue l'harmonie avec les autres teintes (superbe vert
mousse du jardin qui fait écho au jaune du ciel dans Jardin de la ferme
Toutin à Honfleur) et constitue l'écrin idéal, faisant magistralement
ressortir la beauté et l'harmonie des compositions.
Quelques mètres plus loin, éblouissement avec Paul Signac et notamment sa
Vue de Bayonne toute multicolore. Fi des teintes délavées, voici de
l'orange, du jaune vif, du bleu Majorelle. Quelle audace, et quel équilibre
remarquable, avec son bouquet de lignes sinueuses pour définir l'eau et les
arbres, et emporter le regard loin des lignes géométriques du bateau et du pont
sur l'autre partie du tableau.
Avant de partir, un regard pour les esquisses de Cézanne, notamment ce Four
à plâtre très épuré mais où la recherche des lignes et des volumes est
tout à fait présente. Au fond, la montagne Sainte-Victoire non peinte apparaît
comme l'émouvante annonce de ce qui suivra. En une cinquantaine d'aquarelles,
ce très bel accrochage nous fait parcourir, discrètement, un chemin fondamental
et passionnant de l'histoire de la peinture.
Aquarelle : atelier et plein air
Musée d'Orsay
Jusqu'au 7 septembre 2008
TLJ sf le lundi de 9 h 30 à 18 h et le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée 8 € (TR : 5,5 €)
Image : Paul Cézanne (1839-1906), Le Four à plâtre (au fond, la montagne Sainte-Victoire). Vers 1890-1894. Crayon noir et aquarelle sur papier vélin, trous d'épingles aux angles, 42 x 52,9 cm © Photo RMN / © Jean-Gilles Berizzi
Avec la très belle exposition autour des
premières photographies sur papier britanniques,
Ample, passionnante, l'exposition
consacrée à Annie Leibovitz jusqu'au 14 septembre à la Maison européenne de la
photographie est aussi très surprenante. La célèbre photographe des couvertures
glacées américaines, de Rolling Stone à Vogue en passant par
Vanity Fair a choisi de mêler à ses portraits les plus connus toute
une série d'images personnelles.
Lorsqu'une fée de la robe prend ses
quartiers dans le palais d'un fou de tissus et de décors, le séjour promet
d'être heureux.
En finir avec le mythe d'une origine
exclusivement romaine de l'Europe en montrant les apports des peuples dits
Barbares, tel est le propos de la vaste exposition présentée jusqu'au 20
juillet au Palazzo Grassi de Venise.
Sarcophages, mosaïques, sculptures,
textiles, statues, bijoux, manuscrits enluminés, armes, vaisselle, le tout
magnifiquement mis en valeur témoignent de ce foisonnement et de ces
interpénétrations, tenant toutefois éloignées les sources qui pourraient venir
de l'autre rive de la Méditerranée, au demeurant vaguement qualifiées
"d'éléments exogènes". Il s'agit de raconter l'histoire de la naissance de
l'Europe, entre Italie, où est présentée l'exposition, France (par son
commissaire d'exposition, Jean-Jacques Aillagon et son mécène) et Allemagne
(manifestation organisée en association avec la Kunst und Ausstellungshalle de
Bon). Le propos est on ne peut plus clair.
Au moment où, en France, Louis Daguerre
mettait au point un procédé photographique sur plaque de cuivre argentée, de
l'autre côté de la Manche, William Henry Fox Talbot inventait dans la plus
grande discrétion la photographie sur papier. Mais la révélation en janvier
1839 de la découverte de Daguerre, accueillie dans l'enthousiasme suscita
l'émulation et poussa ce gentleman de Talbot, botaniste, mathématicien et féru
d'art à sortir de sa réserve.
La photographie est aussi le moyen rêvé
pour immortaliser les sites visités par les membres des classes aisées
britanniques lors de leur fameux Grand Tour en Europe.
Ce 23 septembre 1870, un immense ballon
s'élève au dessus des toits de Paris. A son bord : Jules Duruof ; sa
mission : escorter de pleines poignées de dépêches et de lettres. Le
ballon s'appelle Neptune et n'a rien d'une invention de fantaisie. Il
s'agit de rétablir les liaisons de la capitale assiégée par les
Prussiens : voici quatre jours que les voitures postales ne peuvent plus
sortir. Trois heures après son envol, immortalisé par le photographe et
aéronaute Nadar, le Neptune se pose près d'Evreux.
Que faire lorsqu'après avoir passé 2
heures dans une exposition présentée comme réunissant des oeuvres
exceptionnelles autour d'un thème inédit, vous en ressortez au bord de la
nausée, avec le sentiment de n'avoir rien vu de beau et une idée de son propos
aussi vague qu'avant d'y entrer ?
Jamais exposition au Grand Palais
n'avait, semble-t-il, été à ce point mise en scène.
Grande beauté en revanche autour
d'elle sur le plan des arts décoratifs : le goût éclectique et
raffiné de la Reine associé au savoir-faire des artisans de l'époque - et à des
dépenses inconsidérées ! - est l'occasion d'admirer aujourd'hui des pièces
exceptionnelles.
Mettez-vous à la place de ces archéologues
qui, un jour de mars 1974 découvrirent dans la région du Shaanxi une nécropole
remplie de soldats de terre cuite à échelle humaine !
L'oeuvre de Bernard Piffaretti s'inscrit à
bien des égards dans un jeu de mémoire.
Avec Joan Miró, qui dispose de son
labyrinthe paysager constitué de statues et de céramiques exposées au milieu
des pins, Alberto Giacometti est l'une des stars de la Fondation Maeght à
Saint-Paul.