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jeudi 11 octobre 2007

Elles. J.-B. Pontalis

Elles de JB PontalisDans Elles, succession de courts récits sur les femmes que J.-B. Pontalis a connues, aimées, dont il a lu ou entendu l'histoire, le célèbre psychanalyste parle-t-il véritablement des femmes ?
Rien n'est moins sûr.

Cette galerie de Elles qu'il passe en revue semble plutôt être celle des amours, dont la banalité, le « classique » laisse à penser qu'il n'existe pas d'histoire d'amour singulière mais simplement quelques grands types, destinés à se répéter inlassablement, tous essentiellement malheureux.

Car malgré Noces, conclusion du livre qui se voudrait optimiste, il ne semble pas exister pour J.-B. Pontalis d'amour heureux.
D'ailleurs, l'amour existe-t-il en dehors de la passion, que le psychanalyste prend pourtant grand soin d'opposer à l'amour car « elle exige la possession de l'autre tout en la sachant impossible et ignore qu'en retour elle fait de vous un possédé » ?
C'est dans les pas de Charles Swann que Pontalis pose ici les siens, avouant qu'il a lui aussi connu son Odette.

De références littéraires, le recueil est largement émaillé, des poèmes de Ronsard qui ont éveillé son adolescence aux maîtresses d'Ulysses dont sa préférée fut Naussicaa - qui malgré son apparence de vagabond l'accueillit d'une voix douce et le trouva beau -, en passant par une lecture psychanalytique d'une scène de Lady Chatterley de D. H. Lawrence.

Malgré tout, sur Elles, les femmes, J.-B. Pontalis n'a pas levé le mystère, cristallisé dans la question originelle de l'homme « à quoi rêvent nos mères ? ».

Quant à l'amour, il en souligne joliment l'énigme, rappelant qu'il est attirance pour l'Autre, qui est bien autre, avec toute la différence qu'il porte, et qui porte l'amoureux hors de soi.

Elles. J.-B. Pontalis
Gallimard (2007)
197 p., 15,50 €.

lundi 3 septembre 2007

Caramel. Nadine Labaki

Caramel de Nadine LabakiElles sont fraîches, souriantes, vives, riantes. Et surtout : elles sont magnifiquement belles.

Leur port d'attache ? Un salon de beauté à Beyrouth, où elles travaillent, viennent se faire coiffer, manucurer, épiler – aïe, avec ce fameux caramel !

Ce qui les occupe, les surprend, les réunit : l'amour.

L'amour qui inquiète, quand il oblige à agrafer son col et ôter ses boucles d'oreilles pour aller dîner dans sa future belle-famille, et, à la veille du mariage, à retrouver à un hymen tout neuf...

L'amour qui se fait silencieux lorsque le coup de foudre frappe deux femmes mais que les codes sociaux n'autorisent que la sensualité d'un shampoing.

L'amour qui se fait souffrance lorsqu'il a pour décor une voiture cachée dans un terrain vague et pour musique la sonnerie du téléphone ou du klaxon qui annoncent les quelques instants volés de l'adultère amoureux.

Et puis, il y a ce flic qui rôde autour du salon de beauté, avec sa liasse de contraventions toujours prête, mais qui zieute doucement la superbe Layale, et qui est beau comme un acteur du cinéma en noir et blanc.

Autour de ces jeunes femmes, il y a aussi celles pour qui le temps a passé ; tante Rosa, qui est restée vieille fille mais n'a rien perdu de son charme infini ; et la "comédienne" qui, de liftings en brushings excentriques, voudrait faire croire qu'elle est encore en âge d'être indisposée...

En contrepoint des rigidités et des contraintes de la société libanaise – au carrefour de la modernité et des traditions : la solidarité féminine, la complicité, la tendresse.

Histoires d'amour et d'amitié, Caramel nous montre de magnifiques portraits de femmes, qui, à certains égards, pourraient se retrouver dans bien d'autres villes que Beyrouth.

Cette comédie provoque le rire gai et franc au détour d'une réplique ou d'une situation inattendue.
Mais c'est aussi un film-coup de coeur, qui nous émeut profondément par la grâce de ses personnages, et de très belles scènes loin d'être convenues.

Caramel
De Nadine Labaki
Avec Nadine Labaki, Yasmine Al Masri, Joanna Moukarzel, Gisèle Aouad
Durée 1 h 35

Nadine Labaki, âgée de 31 ans, est réalisatrice de films et de publicités au Liban. Caramel est son premier long-métrage.

mardi 3 avril 2007

L'Aventure orientale. Galerie Le Château d'Eau (Toulouse)

aventure orientaleProposant plus de deux cents tirages originaux d'époque, cette exposition est la plus riche consacrée à ce jour au travail des ateliers photographiques au Proche-Orient et au Maghreb de 1860 à 1914.

Le visiteur est ainsi transporté dans l'Egypte des années 1870 et 1880, près des grandes pyramides, du temple de Louxor, mais surtout au Caire, pour des scènes de rue « typiques » : épiciers, bazars, restaurateurs ambulants, écrivain public, groupes d'hommes fumant et jouant devant un café ; scène d'école, où une poignée d'enfants sont assis par terre autour d'un homme âgé qui officie une longue baguette rudimentaire à la main, l'air infiniment grave et sérieux.

Les nouveaux « reporters » sont captivés par le mode de vie oriental, où toutes les activités semblent se dérouler dans la rue.
Ainsi à Istambul, Guillaume Berggren photographie sur le vif des scènes autour de la Grande Fontaine du sultan Ahmed II, qui réunit des hommes installés sur des chaises, discutant, le livrant à leurs occupations.

Mais de ces tirages albuminés (1), clairs et jaunis, se dégage souvent une grande mélancolie, en particulier lorsqu'ils montrent des enfants musiciens, ou des femmes portant leur progéniture sur leurs épaules, ou encore des jeunes filles des corbeilles de fruits immenses sur leur tête.

Les vues du Nil, eau, palmiers, animaux, pêcheurs, lumière impriment un calme et une poésie émouvante.
Notamment, très belle photo de femmes au bain : non dévêtues, la chevelure également couverte, chacune portant sa cruche, elles profitent du déplacement au fleuve pour se baigner, silencieuses, ignorant l'objectif.

Si ces vues de plein extérieur sont les plus touchantes, c'est certainement parce que qu'elles échappent à la mise en scène qui semblait être la règle à l'époque.
Lorsque les photographes se consacrent à l'art du portrait, on assiste en effet à de savantes poses : Tancrède Dumas (dignitaire turc, Bédouine de la Mer Morte, homme priant) comme Pascal Sebah (eunuque du sultan, femmes, raïs) ont voulu saisir une gravité, une dignité, un mystère, qui ne viennent pas seulement des imposants costumes, mais aussi des regards portés de côté, loin de l'objectif...

En Tunisie, on admirera de magnifiques tirages en héliogravure, aux tons bruns et clairs, qui ont un rendu proche du dessin, notamment celui de la jeune fille portant un couffin.
Puis des portraits de superbes jeunes filles aux lèvres charnues et cheveux épais, montrant un sein, certaines chargées de bijoux, turban savamment tressé, fleurs sur la tempe.
Les sourires sont parfois éclatants ; mais d'autres révèlent un regard pensif, voire empli de tristesse.

Au delà de la vision coloniale que l'on sait et de l'aspect documentaire des premières vues réalisées dans ces régions, on lit dans ces photographies la fascination des Occidentaux pour le Proche-Orient et le Maghreb ; notamment pour ce que cet exotisme contient de poésie et de douce mélancolie.


(1) Papier sensibilisé aux sels d'argent dispersés dans une couche de blanc d'œuf (albumine). Commercialisé à partir de 1855, il s'emploiera jusqu'à la fin du XIX° siècle. Son rendu qui permet les contrastes revêt toutes les nuances de sépia.


L'aventure orientale, entre art, documentaire et commerce.
Les grands ateliers photographiques au Proche-Orient et au Maghreb de 1860 à 1914.
Galerie Le Château d'Eau – 1, place Laganne à Toulouse
Jusqu'au 15 avril 2007
Ouvert de 13 h à 19 h tous les jours sauf le lundi
L'aventure orientale de Alain Fleig, publié à l'occasion de l'exposition aux éditions « D'une certaine manière », 19 €.