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dimanche 8 mars 2009

Journée de la Femme : femmes de lettres

Mme Riccobono, Histoire de M. le marquis de CressyOn aime cette série de la collection Folio 2 € (qui propose, pour le prix d'un café, des textes de haute tenue et faciles à emporter), intitulée Femmes de lettres : elle nous a déjà permis de découvrir de jolis petits romans comme Pauline de George Sand ou Les amants d'Avignon d'Elsa Triolet.

A l'occasion de la Journée de la Femme, Gallimard a préparé une nouvelle livraison de textes introuvables ou délaissés écrits par des auteurs féminins des XVIIème, XVIIIème et XIXème siècles.
Des noms célèbres comme Mme de Sévigné ou Mme de Lafayette côtoient ici des écrivaines moins connues.

Le moment est donc venu de lire, par exemple, Mme Riccoboni (1713-1792), longtemps actrice à la Comédie-Française, amie de Diderot, et dont les romans rencontrèrent à l'époque un très grand succès.

Dans Histoire de M. le marquis de Cressy, elle raconte l'existence galante et mondaine d'un jeune homme des plus ambitieux qui, pour élever sa fortune, sacrifie la tendresse d'une pure énamourée, avant de piétiner le profond amour d'une très digne femme.
"L'apparence des vertus est bien plus séduisante que les vertus elles-mêmes, et celui qui feint de les avoir a bien de l'avantage sur celui qui les possède" : en dénonçant la redoutable efficacité de l'hypocrisie et de la belle figure, Marie-Jeanne Riccoboni souligne le mal que peut faire à deux nobles âmes un homme empreint de "fausseté".

Face à ce charmant marquis de Cressy, la sincérité et la pureté des sentiments vrais et durables viennent se heurter en permanence au jeu, à la bassesse et à la manipulation : "il affectait un air attendri, pénétré, l'entretenait avec feu d'une ardeur déjà refroidie, et dont les faibles restes n'avaient pour objet que lui-même"...

Porté par le français raffiné et musical du XVIIIème, entre descriptions psychologiques, conversations galantes et billets secrets, ce court roman ne manque ni de saveur :
"Cette espèce de commerce où le caprice et la liberté, tenant la place du sentiment, ôtent à l'amour toutes ces erreurs aimables dont il se nourrit, en font une sorte de goût où le cœur ne prend jamais de part, et qui donne moins de plaisir qu'il ne produit de regret"
...ni d'aphorisme :
"En maltraitant M. de Cressy, elles croyait remplir son devoir ; mais les démarches que la raison nous conseille ne sont pas celles qui donnent le plus de satisfaction à notre cœur"
...encore moins de morale :
"Il fut grand, il fut distingué ; il obtient tous les titres, tous les honneurs qu'il avait désirés : il fut riche, il fut élevé ; mais il ne fut point heureux".

Histoire de M. le marquis de Cressy
Marie-Jeanne Riccoboni
144 p., Folio 2 € Gallimard
Egalement parus en mars 2009, dans la série Femmes de lettres :
Madame d'Agoult Premières années
Madame de Lafayette Histoire de la princesse de Montpensier et autres nouvelles
Madame de Sévigné Je vous écris tous les jours... Premières lettres à sa fille
Madame de Staël Trois nouvelles

Chaque volume de la série Femmes de lettres est présenté par Martine Reid, diplômée de Yale aux Etats-Unis et professeur à l'université de Lille-III.
Le 20 mars prochain, elle organisera à la BNF François Mitterrand une journée d'étude consacrée à la place des femmes dans le discours critique et l'histoire littéraire.
Renseignements sur le site de la Bibliothèque nationale de France.

jeudi 17 janvier 2008

Petit éloge de la douceur. Stéphane Audeguy

Petit éloge de la douceur, Stéphane AudeguyVoici un livre qui permet d'oublier vite fait bien fait la sale humidité de janvier.
Dans ce recueil de petits textes déroulés à la façon d'un abécédaire, Stéphane Audeguy dresse l'inventaire des « douceurs » de la vie.
Qu'on ne s'y méprenne, la douceur n'est pas mièvrerie, ni résignation ; encore moins régression du côté de la guimauve et des doudous. Le propos d'Audeguy, ô combien délectable, est « d'appeler ici douceur l'ensemble des puissances d'une existence libre ».
Le programme est donc tout ce qu'il y a de plus actif : une pensée, une volonté, une vigilance, des choix. C'est ainsi que d'Amitié à Transgression (en cinq lignes superbes), en passant par la Cuisine (« art des délicatesses »), le Silence, les Tapas, les « beaux Jardins démocratiques de Gilles Clément », ou encore bien sûr la Lecture (« la plus subtile, la plus tendre, la plus raffinée, la plus raffinante de toutes les activités »), Stéphane Audeguy pointe du doigt ces petites et grandes choses dans lesquelles on s'apaise et se retrouve.
Citant Barthes et Nietzsche à point nommé, il ne s'interdit pas quelques flèches à l'encontre de « la haine petite bourgeoise... à l'égard de toutes les différences », ou encore de l'usage du sac à dos dans le métro, observant qu'« un nombre grandissant d'individus négligent de s'interroger sur leur encombrement ».
Beau, frais et drôlement bien tourné.

Petit éloge de la douceur. Stéphane Audeguy
Folio Gallimard, 2 €