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mardi 27 mai 2008

Pierre Paulin, le design au pouvoir

Pierre Paulin, le design au pouvoirLa Galerie des Gobelins célèbre cette année quarante ans de collaboration avec le designer Pierre Paulin à travers une passionnante rétrospective : lire ou relire le billet du 5 février 2008.

Dans ce cadre, demain mercredi 28 mai de 14h à 16 h 30, l'artiste accueillera le public à la Galerie. Il dédicacera à cette occasion les deux livres Pierre Paulin, le design au pouvoir (éditions RMN) et Pierre Paulin designer (éditions Archibooks).


Pierre Paulin, le design au pouvoir
Mobilier national - Galerie des Gobelins
42, av. des Gobelins - Paris XIIIème
Jusqu'au 20 juillet 2008
Tlj sauf le lundi de 12 h 30 à 18 h 30
Entrée : 6 € (TR 4 €)
Visite avec conférencier les mer., ven. et sam. à 15 h 30 et 17 h
Tarif 10 € (TR 7,50 €)

jeudi 17 avril 2008

Rencontres de la Villette 2008 : L'appartement

L'appartement, art brut aux rencontre de la VilletteVisiteurs et lecteurs franciliens, vous avez jusqu'au 27 avril pour vivre une expérience qui ne ressemble à nulle autre. Son énoncé, déambulation théâtrale dans une exposition d'art brut ne doit en rien vous effrayer.
La proposition ne coûte que 6 €, dure 40 minutes et a lieu dans le cadre des Rencontres de la Villette 2008, treizième édition d'une manifestation de cultures urbaines qui se plaît à mélanger les disciplines. L'état d'esprit est franchement au dialogue, à l'ouverture et à la découverte.

Avec L'appartement, vous entrerez dans l'un de ces petits mondes comme on les aime, cohérent, singulier et décalé, tellement humain.

Du petit salon rouge, lumières tamisées, piano, meubles anciens, tableaux, des voix vous entraînent vers le couloir, puis dans la grande cuisine, longue table, linge suspendu, pain, café chaud, tartes, tableaux. En face, le séjour, clair, canapé, télé, tableaux. Enfin la chambre, coiffeuse, miroirs, voile blanc sur le lit, tout en en féminité, encore des tableaux.

Dans chacune des pièces, vous aurez fait fait étape pour écouter autant les mots que les voix des comédiens professionnels (handicapés) de la compagnie de L'Oiseau-Mouche, disant des lettres, des fragments d'écrits de malades mentaux. Aimanté, vous aurez aussi contemplé longuement ces tableaux d'art brut issus de la collection de la galerie abcd à Montreuil. (1)

Le corridor est entièrement consacré à des dessins d'Adolf Wölfli, l'un des plus célèbres artistes de l'art brut, la chambre à ceux d'Aloïse Corbaz. Dans le séjour, de nombreuses oeuvres ne manquent pas de fasciner. Ce qui frappe le plus dans ces dessins, c'est peut-être le détail, la minutie avec laquelle ils ont été réalisés. Il faut s'approcher de près pour voir que la moindre "ornementation" est motif figuratif ; parfois ce sont des mots écrits tout petits comme un fil ininterrompu qui complètent le trait. Les compositions sont très denses mais finalement ordonnées.
Dans le dessin à l'encre de Lubos Piny, l'un des plus impressionnants de l'exposition, se mêlent hyper-réalisme des organes, vision éclatée du corps humain et mise en évidence des liens du fonctionnement organique. Impossible à décrire mais à voir absolument.

L'on se sent bien dans ce lieu, à écouter ces voix parfois accompagnées de musique. Le vocabulaire, pictural ou non, de ces artistes nous parle. A cette fatigue, à ces passions, à ces peurs et à ces délires, l'on entend des échos résonner en nous. L'ambiance intime et le décor ancien de l'appartement renvoient à une intériorité et à un passé rassurant. Comme si la vision de ces folies-là nous reposait.

L'appartement, Déambulation théâtrale dans une exposition d'art brut
Rencontres de la Villette 2008, Grande Halle, studio 1
Les 18, 19, 25 et 26 avril à 17 h, 18 h 30 et 21 h ; le 24 avril à 19 h et 22 h
Entrée 6 €
Entrée libre à l'exposition/projection le mer. à partir de 19 h et le dim. à partir de 14 h
Conception et réalisation : Bruno Decharme, Kate France et Sylvie Reteuna
En partenariat avec la galerie abcd, la Cie de L'Oiseau-Mouchet et la Cie La Sibylle

(1) L'art brut désigne les oeuvres spontanées, échappant à toute influence culturelle, réalisées par des personnes créant en dehors des normes esthétiques convenues, par exemple par les pensionnaires d'asiles psychiatriques. Ce terme a été inventé en 1945 par Jean Dubuffet.
Lire le billet sur Le plancher de Jean
Dossier assez fouillé sur le site de la galerie abcd.

jeudi 18 octobre 2007

Les Gobelins 1607-2007, Trésors dévoilés, quatre siècles de création

galerie des Gobelins, Mobilier nationalLe mot "tapisseries" évoque aujourd'hui pour beaucoup des vieilleries aux couleurs fanées et aux motifs historiques un peu assommants.

C'est ignorer que les manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie continuent de produire chaque année, comme il y a quatre cents ans, des oeuvres d'art tissées d'après les modèles originaux d'artistes contemporains.

Telle est la découverte que nous offre l'exposition Les Gobelins 1607-2007, Trésors dévoilés, quatre siècles de création présentée à la Galerie des Gobelins jusqu'au 25 novembre prochain.

Le rez-de-chaussée réserve ainsi un déploiement spectaculaire de couleurs intenses, chatoyantes, où l'on peut admirer des tapisseries signées Alechinsky, Philippe Favier (magistral hommage à Miro) ou encore le tapis de Matali Crasset (Hommage à l'utopie de Ledoux, 2006).

Au pied de ces véritables tableaux, sont harmonieusement exposés des meubles issus de l'Atelier de recherche et de création du Mobilier national, dans d'heureux mariages de lignes et de tonalités.

Le 1er étage, réservé au passé, crée l'événement avec la Tenture Royale d'Artémise. Cet ensemble de quinze tapisseries tissées au fil d'or et d'argent d'après des dessins d'Antoine Caron avait été commandé par Henri IV pour être offert à Catherine de Médicis. Scindé dès le XVIIème siècle, il est présenté pour la première fois au public dans son intégralité.

A découvrir enfin, un échantillon du mobilier créé au fil des siècle pour orner les lieux du pouvoir. Ors, magnificence, splendeur : rien ne semble trop beau pour le décor des palais de l'Etat.
Si l'on contourne certaines pièces témoins de la folie des grandeurs de nos gouvernants – tel cet immense bénitier en cristal, cadeau à l'impératrice Eugénie – ce sera pour mieux d'approcher de splendides oeuvres du XVIIIème siècle : un adorable bonheur du jour en acajou, bronze et marbre, ou encore un cartonnier orné d'une pendule, avec marqueterie en bronze et écaille de tortue, signé André-Charles Boulle.

Un petit film (15 mn) met joliment en perspective l'héritage du passé et le savoir-faire des ateliers, en montrant le travail et les techniques des artisans qui, aujourd'hui encore, fabriquent et restaurent tapis, tapisseries et mobilier. Entre art et histoire, il met en valeur un délicat travail d'observation et de minutie passionné et passionnant.

Les Gobelins 1607-2007, Trésors dévoilés
Galerie des Gobelins
42, avenue des Gobelins – Paris 13ème
Jusqu'au 21 novembre 2007
Tlj sauf le lundi de 12 h 30 à 18 h 30
M° Gobelins, bus 27, 47, 83 et 91

On peut aussi visiter les ateliers des manufactures toute l'année, les mardi, mercredi et jeudi de 14 h à 16 h 30 (10 €, TR : 7,50 €)

mercredi 17 octobre 2007

La Galerie des Gobelins

galerie des Gobelins, restaurationLa manufacture des Gobelins a été créée sous le règne d'Henri IV en 1601.

Mais c'est avec Louis XIV qu'elle prit toute son ampleur, devenant Manufacture Royale à l'initiative de Colbert.
Sous l'autorité de Charles Le Brun, elle produisit des tapisseries de haute qualité destinées à l'ameublement des Maisons royales et aux présents diplomatiques, établissant ainsi sa réputation bien au delà des frontières de la Couronne.

Par la suite, son activité déclina, notamment en raison des difficultés financières de l'Etat. Elle retrouva quelque vigueur sous l'impulsion de Napoléon, qui voulait que ses productions soient "le principal ornement des maisons impériales".

Incendiée par les Fédérés en 1871, la manufacture nationale des Gobelins fut reconstruite au début du XXème siècle selon les plans de Jean-Camille Formigé, Grand prix de Rome et architecte du métro aérien.

Rattachée à l'administration du Mobilier national depuis 1937, sa galerie a été fermée en 1972 pour des raisons de place.

Après d'importants travaux de rénovation, elle a rouvert en mai dernier, quelques quatre cents ans après sa création, afin de présenter au public tapisseries, tapis, meubles et objets d'arts issus des ateliers du Mobilier national et des trois manufactures nationales (Gobelins, Beauvais et la Savonnerie).

Son exposition inaugurale Les Gobelins 1607-2007, Trésors dévoilés, quatre siècles de création, prolongée jusqu'au 25 novembre prochain, met formidablement en avant ce bel ancrage dans l'histoire du patrimonial national.

Mais elle est également, pour le non-initié, une révélation : celle des créations issues chaque année de ses ateliers, des merveilles qui « tombent du métier », pour reprendre l'expression consacrée par la profession.

C'est notamment ce que l'on verra demain, avec la visite de l'exposition...
A très bientôt.

Galerie des Gobelins
42, avenue des Gobelins – Paris 13ème
Exposition Les Gobelins 1607-2007, Trésors dévoilés jusqu'au 21 novembre 2007
Tlj sauf le lundi de 12 h 30 à 18 h 30
M° Gobelins, bus 27, 47, 83 et 91

On peut aussi visiter les ateliers des manufactures toute l'année, les mardi, mercredi et jeudi de 14 h à 16 h 30 (10 €, TR : 7,50 €)

mercredi 26 septembre 2007

Grande Galerie. Le Journal du Louvre

Grande Galerie, Le journal du LouvreSa belle maquette s'affiche dans les kiosques depuis la rentrée : Grande Galerie est le nouveau magazine "maison" du Louvre destiné au grand public.

Si son but est naturellement (et légitimement) de faire la promotion du Musée, on apprécie qu'il le fasse sans prétention ni style journalistique accrocheur, en étant sobrement tourné vers les oeuvres et les collections.

Il offre d'abord un panorama des actualités du Musée pour la saison en cours. On se prépare ainsi à l'ouverture des expositions Chefs d'oeuvre islamiques de l'Aga Khan Museum et Le chant du monde. L'art de l'Iran safavide, 1501-1736, annoncées pour le 5 octobre prochain, ainsi que celle consacrée au style Biedermeier à partir du 18 octobre.

Mais Grande Galerie se veut aussi recueil à conserver, en présentant dans sa rubrique L'encyclopédie des collections, une section de ses collections permanentes.
Le premier numéro propose un parcours dans les salles dédiées à la peinture vénitienne du XVIème siècle.
Il s'agit peut-être de la rubrique la plus précieuse de la revue car elle vient justement rappeler qu'à côté de l'événementiel des expositions organisées ici et là tout au long de l'année, sont également à notre portée, et en abondance, des oeuvres magnifiques, à découvrir ou revisiter sans cesse, tranquillement et loin des foules qu'agglomèrent inévitablement les expos temporaires, dans l'anxiété de louper l'unique et l'indispensable.

Sur le strict plan rédactionnel, les articles sont bien calibrés, le contenu docte, le ton didactique : il s'agit d'édifier sagement le lecteur, à la façon d'un cours d'histoire de l'art et en évitant les mots compliqués.

Séduit par sa maquette classe et sobre, sa consistance justement dosée, ses bonnes idées (telle la proposition de balade parisienne dont les étapes sont les peintures d'Eugène Delacroix dans les églises et les palais), le rappel de l'agenda des nombreuses activités du musée, on ne peut que souhaiter longue vie à une revue qui, en donnant envie "d'y aller" devrait atteindre son objectif de rapprocher oeuvres et large public.

Grande Galerie. Le Journal du Louvre
Trimestriel
En kiosque et sur abonnement
Prix : 6,90 €
Présentation sur le site du Musée du Louvre

lundi 23 juillet 2007

Chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard : Paul Cézanne

Les trois baigneuses, Paul CézanneAujourd'hui, suite et fin de la visite de l'exposition De Cézanne à Picasso, chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard.

On a vu ce que Renoir et Cézanne pensaient des oeuvres de van Gogh : "une peinture de fou !" (lire le billet Galerie Vollard : autour des livres d'artistes et de van Gogh).

Les relations entre les artistes à cette époque paraissaient pourtant le plus souvent marquées par l'admiration.

D'ailleurs, si l'opinion des artistes sur les oeuvres de leurs semblables mérite d'être soulignée dans l'exposition organisée autour d'Ambroise Vollard, c'est parce qu'ils étaient souvent les premiers acheteurs de tableaux.

Ce fut le cas de ceux de Cézanne - dont on rappelle qu'il fut véritablement lancé par le marchand d'art grâce à la première exposition monographique qu'il lui consacra en 1895.
Ses premiers "clients" furent Degas, Monet et Pissarro.

Comment ne pas s'extasier, en effet, devant ses superbes paysages, mais aussi ses portraits d'une touchante humanité, mettant en scène des hommes démunis, tels Le fumeur accoudé (1891), Les joueurs de carte (1893) ou encore des êtres mélancoliques comme ce pensif Garçon au gilet rouge (1888-1890) ?

On trouve aussi chez Cézanne de belles correspondances avec d'autres artistes. Son admiration pour Delacroix était telle qu'il conserva toute sa vie dans son appartement une aquarelle du peintre représentant un bouquet. Un jour, il finit par se décider à réinterpréter ce tableau. Les deux oeuvres sont accrochées côte à côte : un beau chemin...

Cézanne avait également peint, en 1870, en écho à la provocante Olympia de Manet (1863), Une moderne Olympia. Quoi de mieux que ces réinterprétations d'un même sujet pour apprécier ce qui fait la singularité et en l'occurrence le talent de chacun des artistes, à savoir le style ?

Cézanne admirateur donc, mais ensuite admiré à son tour. Touchante anecdote que celle autour de son tableau Trois baigneuses (1876-1877) : c'est Matisse qui l'acheta, mais à crédit sur douze mois... et lorsqu'il l'offrit au Petit-Palais en 1936, il déclara que l'oeuvre l'avait "soutenu moralement dans les moments critiques de mon aventure artistique. J'y ai puisé ma foi et ma persévérance".

Tel fut aussi le grand mérite d'Ambroise Vollard : avoir permis ces liens, ces admirations et cette stimulation entre les plus grands.

De Cézanne à Picasso, chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard
Musée d'Orsay
Jusqu'au 16 septembre 2007
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h
nocturne le jeudi jusqu'à 21h45
RER C, bus 24, 68 et 69, M° ligne 12
Entrée 7,50 € (TR 5,50 €)

Catalogue d'exposition
Collectif, sous la direction d'Anne Roquebert
Musée d'Orsay / RMN, 56 €

Image : Les trois baigneuses de Paul Cézanne (1876-1877)

mercredi 18 juillet 2007

Galerie Vollard : autour des livres d'artiste et de van Gogh

nuit étoilée van GoghL'exposition que le Musée d'Orsay consacre au grand marchand d'art Ambroise Vollard jusqu'au 16 septembre est l'occasion de visiter de nombreux chefs d'oeuvre, dont la majorité sont issus de collections privées ou de prêts de musées étrangers.

Le parcours s'articule en sections organisées autour de chacun des grands peintres ou groupes de peintres que Vollard exposa dans sa galerie.

Une salle présente les portraits d'Ambroise Vollard lui-même réalisés par quelques uns de "ses" peintres ; la dernière étant réservée aux activités dites annexes du marchand d'art, mais auxquelles il se consacra avec autant sinon plus de passion : celle d'éditeur de céramiques et surtout de "livres d'artistes".

Cette dernière partie est un régal. Vollard - homme d'affaires fort avisé, doté d'un solide sens du commerce - était aussi un amoureux des beaux livres. Il n'y a qu'à regarder les extraits exposés pour en être convaincu. Ici le superbe album composé de douze lithographies en couleur de Pierre Bonnard Quelques aspects de la vie de Paris (1899) ; là les Oeuvres de François Villon illustrées par Emile Bernard (1919), sans parler de la magnifique et impressionnante Suite Vollard, un ensemble d'eaux fortes et pointes sèches de Picasso aux thématiques mythologiques qui ne compte pas moins de 117 planches !

Cette exposition remarquable à bien des égards permet aussi de nouer de délicieuses correspondances entre les artistes.
Ainsi, l'exemplaire de La Maison Tellier de Maupassant illustrée par Degas (1914), mis en regard avec l'original que l'artiste réalisa au pastel en 1878-1879 La fête de la patronne (quelles filles, quelle fête, et quelle patronne !) est précédé de quelques mètres par le tableau de Vincent van Gogh Nature morte avec statuette en plâtre (1888) représentant notamment Bel-Ami du même Maupassant...

Magnifique salle d'ailleurs que celle réunissant quelques uns des tableaux de van Gogh acquis par Vollard alors que le peintre "maudit" n'était déjà plus de ce monde. Mais il était encore trop tôt pour que son talent soit reconnu : les deux expositions que le marchand d'art organisa furent un fiasco.
Même les artistes ne le comprenaient pas. "Une peinture de fou" : c'est ainsi que Renoir et Cézanne considéraient ces oeuvres !

Et pourtant aujourd'hui le visiteur est envoûté devant Le Rhône à Arles (1888), superbe triptyque de paysages : quelle lumière et quelle fraîcheur ! On sent l'air, on est dans l'herbe, on est dans la pure poésie. Mais ces tableaux semblent si loin du style le plus connu du peintre néerlandais, que l'on retrouve, avec beaucoup de plaisir aussi, dans Les lauriers roses ou La nuit étoilée (1888), qui fait partie de la collection permanente du musée d'Orsay.
Face à cette nuit somptueuse, on a envie d'évoquer ce que van Gogh écrivait à sa soeur à l'époque où il a peint ce tableau : "Souvent, il me semble que la nuit est encore plus richement colorée que le jour".

On finit cette petite vue de l'exposition très bientôt avec Paul Cézanne...

De Cézanne à Picasso, chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard
Musée d'Orsay
Jusqu'au 16 septembre 2007
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h
nocturne le jeudi jusqu'à 21h45
RER C, bus 24, 68 et 69, M° ligne 12
Entrée 7,50 € (TR 5,50 €)

Catalogue d'exposition
Collectif, sous la direction d'Anne Roquebert
Musée d'Orsay / RMN, 56 €

lundi 16 juillet 2007

Ambroise Vollard : parcours d'un marchand d'art exceptionnel

vollardA la fin du XIXème siècle, Ambroise Vollard (1866-1939), marchand d’art établi à Paris, fit des choix audacieux et éclairés qui, associés à un sens des affaires certain, lui assurèrent une place importante sur la scène artistique.

C'est le parcours exceptionnel de cet homme parti de rien mais entreprenant et visionnaire que l’exposition présentée au musée d’Orsay jusqu’au 16 septembre se propose de visiter.

Débarqué à Paris en 1890 après une enfance passée sur l'Ile de la Réunion, il monte sa première "galerie" dans un deux-pièces au pied du Sacré-Coeur. Il n'a alors ni fortune, ni relation, ni expérience dans le monde de l'art.
Il commence donc par revendre des dessins et estampes achetés sur les quais.

Assez rapidement, il expose un ensemble de dessins et esquisses à l'huile acquis auprès de la veuve de Manet. A cette occasion, il fait la connaissance de Renoir et Degas. C'est ainsi qu'il commence à mettre en place une technique - l'achat par lots - et un positionnement - la proximité avec les artistes - qui seront des éléments-clés de son succès commercial.

Mais c'est aussi et surtout à son goût pour l'avant-garde qu'il doit sa réussite ; un goût qui, associé à une vision sûre le conduit à lancer Cézanne, Gauguin, Picasso, Derain et les autres fauves, mais aussi les Nabis (Bonnard, Vuillard, Roussel).
L'accrochage des oeuvres de Paul Cézanne qu'il organise en 1895 marque un tournant dans sa carrière : première exposition monographique consacrée à l'artiste aixois, elle séduit immédiatement, à défaut des critiques, les artistes et les collectionneurs.
Ambroise Vollard prend alors sa véritable assise : d'une part parce qu'il s'est assuré le monopole des oeuvres de Cézanne, d'autre part parce qu'il commence à se constituer un réseau international d'acheteurs.

L'année suivante il peut installer sa galerie au coeur du marché de l'art parisien, rue Laffitte.
C'est à cette époque qu'il se lance dans l'exposition et l'édition d'albums d'estampes, en particulier avec les Nabis .
S'il tente (en vain) de faire connaître Van Gogh, en organisant deux accrochages, il expose également Matisse et Gauguin dont il est le mécène, entretient une profonde et durable amitié avec Renoir ... mais il est aussi celui qui fait découvrir au public parisien, en 1901, un jeune artiste âgé de 19 ans : Pablo Picasso !

Force est de constater, face à un tel panorama, que peu de ceux qui devinrent les maîtres de l'art moderne les plus reconnus échappèrent aux mains de Vollard ...

Visite de certaines salles de l'exposition très bientôt : promesse de "chefs d'oeuvre" tenue !

De Cézanne à Picasso, chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard
Musée d'Orsay
Jusqu'au 16 septembre 2007
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h
nocturne le jeudi jusqu'à 21h45
RER C, bus 24, 68 et 69, M° ligne 12
Entrée 7,50 € (TR 5,50 €)

Catalogue d'exposition
Collectif, sous la direction d'Anne Roquebert
Musée d'Orsay / RMN, 56 €

mardi 12 juin 2007

Silences. François Sagne (Galerie Frédéric Moisan)

françois sagneFrançois Sagne est un photographe de la pierre et de lumière, qu'il décline en une palette infinie de gris, de noirs et de blancs.

Avec l'exposition Silences, la galerie Frédéric Moisan propose jusqu'au 30 juin une sélection de ses travaux.

Ici, de grands blocs de marbre de Carrare prennent la lumière blanche pour mieux faire ressortir leur coupes nettes, leur matière lisse et douce qui se fait presque texture.

Là, d'immenses pierres sont dans l'ombre, viennent reposer le regard fatigué d'une lumière trop crue. Les grands formats se succèdent ; petit à petit le sombre devient menaçant, l'angoisse pointe.

Après ce face-à-face inédit avec la matière minérale, l'artiste invite à d'autres découvertes.

Nous voici sur les terres d'Egypte et de Jordanie, à Pétra, où la pierre travaillée par l'homme dans de monumentales sculptures offre un spectacle éblouissant.
Le champ est élargi ; la lumière abrupte du soleil au zénith blanchit, épure les paysages, les réduit à leur plus simple expression, celle de leurs reliefs naturels ou crées.
Silences la bien-nommée offre alors un voyage méditatif aux pays des ruines, sous une lumière cristalline qui éblouit et incite, à nouveau, à chercher l'ombre entre les pierres ... une quête sans fin dont François Sagne capte des instants majestueux.

Silences. François Sagne.
Galerie Frédéric Moisan
72, rue Mazarine – Paris 6ème
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h
Jusqu'au 30 juin 2007

mardi 3 avril 2007

L'Aventure orientale. Galerie Le Château d'Eau (Toulouse)

aventure orientaleProposant plus de deux cents tirages originaux d'époque, cette exposition est la plus riche consacrée à ce jour au travail des ateliers photographiques au Proche-Orient et au Maghreb de 1860 à 1914.

Le visiteur est ainsi transporté dans l'Egypte des années 1870 et 1880, près des grandes pyramides, du temple de Louxor, mais surtout au Caire, pour des scènes de rue « typiques » : épiciers, bazars, restaurateurs ambulants, écrivain public, groupes d'hommes fumant et jouant devant un café ; scène d'école, où une poignée d'enfants sont assis par terre autour d'un homme âgé qui officie une longue baguette rudimentaire à la main, l'air infiniment grave et sérieux.

Les nouveaux « reporters » sont captivés par le mode de vie oriental, où toutes les activités semblent se dérouler dans la rue.
Ainsi à Istambul, Guillaume Berggren photographie sur le vif des scènes autour de la Grande Fontaine du sultan Ahmed II, qui réunit des hommes installés sur des chaises, discutant, le livrant à leurs occupations.

Mais de ces tirages albuminés (1), clairs et jaunis, se dégage souvent une grande mélancolie, en particulier lorsqu'ils montrent des enfants musiciens, ou des femmes portant leur progéniture sur leurs épaules, ou encore des jeunes filles des corbeilles de fruits immenses sur leur tête.

Les vues du Nil, eau, palmiers, animaux, pêcheurs, lumière impriment un calme et une poésie émouvante.
Notamment, très belle photo de femmes au bain : non dévêtues, la chevelure également couverte, chacune portant sa cruche, elles profitent du déplacement au fleuve pour se baigner, silencieuses, ignorant l'objectif.

Si ces vues de plein extérieur sont les plus touchantes, c'est certainement parce que qu'elles échappent à la mise en scène qui semblait être la règle à l'époque.
Lorsque les photographes se consacrent à l'art du portrait, on assiste en effet à de savantes poses : Tancrède Dumas (dignitaire turc, Bédouine de la Mer Morte, homme priant) comme Pascal Sebah (eunuque du sultan, femmes, raïs) ont voulu saisir une gravité, une dignité, un mystère, qui ne viennent pas seulement des imposants costumes, mais aussi des regards portés de côté, loin de l'objectif...

En Tunisie, on admirera de magnifiques tirages en héliogravure, aux tons bruns et clairs, qui ont un rendu proche du dessin, notamment celui de la jeune fille portant un couffin.
Puis des portraits de superbes jeunes filles aux lèvres charnues et cheveux épais, montrant un sein, certaines chargées de bijoux, turban savamment tressé, fleurs sur la tempe.
Les sourires sont parfois éclatants ; mais d'autres révèlent un regard pensif, voire empli de tristesse.

Au delà de la vision coloniale que l'on sait et de l'aspect documentaire des premières vues réalisées dans ces régions, on lit dans ces photographies la fascination des Occidentaux pour le Proche-Orient et le Maghreb ; notamment pour ce que cet exotisme contient de poésie et de douce mélancolie.


(1) Papier sensibilisé aux sels d'argent dispersés dans une couche de blanc d'œuf (albumine). Commercialisé à partir de 1855, il s'emploiera jusqu'à la fin du XIX° siècle. Son rendu qui permet les contrastes revêt toutes les nuances de sépia.


L'aventure orientale, entre art, documentaire et commerce.
Les grands ateliers photographiques au Proche-Orient et au Maghreb de 1860 à 1914.
Galerie Le Château d'Eau – 1, place Laganne à Toulouse
Jusqu'au 15 avril 2007
Ouvert de 13 h à 19 h tous les jours sauf le lundi
L'aventure orientale de Alain Fleig, publié à l'occasion de l'exposition aux éditions « D'une certaine manière », 19 €.

mardi 27 février 2007

Bernard Guillot. Le Jardin des simples.

guillotBernard Guillot est un photographe de la nature. Son oeil capte la poésie d'un arbre, d'un oiseau, d'une eau tranquille. Il en réalise des tirages en noir et blanc argentiques clairs et éthérés.

Le choix des prises des vues renforce l'impression d'étrangeté, l'artiste privilégiant ce que la nature a gardé de sauvage : les rives des cours d'eaux, des étangs, où les végétaux poussent dans le désordre et forment un écrin flou onirique.

C'est un regard affranchi du présent qu'il nous offre lorsque son objectif gagne les bords de Seine, ou le delta du Nil. Dans les pas des peintres du XIX° siècle, il intitule l'une de ses photos des rives du Nil Déjeuner sur l'herbe (image) ; une autre est prise Chez Monnet à Giverny : un fouillis végétal qui a naturellement sa place dans Le Jardin des simples impressionniste de Bernard Guillot.

Certaines photos sont retravaillées à la gouache ou à l'encre de Chine : le trait ondule, sculpte, évoque le contours des feuilles, accentue le travail de composition photographique pour un rendu à la fois architectural et très libre.

Outre les photos et dessins, la Galerie Frédéric Moisan présente également des peintures a tempera, permettant ainsi au visiteur d'embrasser l'ensemble des techniques explorées par cet artiste singulier.


Le jardin des simples. Bernard Guillot
Galerie Frédéric Moisan
72, rue Mazarine - Paris 6ème
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h
Jusqu'au 17 mars 2007
Entrée libre