Jamais exposition au Grand Palais
n'avait, semble-t-il, été à ce point mise en scène.
Le propos est affiché d'emblée : une pièce en trois actes.
Le fait est que l'ensemble est pour le moins théâtral ; c'est même à une
tragédie qu'il nous est donné d'assister.
La vie, la personnalité et le goût de Marie-Antoinette devenue Reine de
France en 1774 sont ainsi présentés en trois grandes parties.
Premier acte : la vie très encadrée de l'archiduchesse d'Autriche, de la
dauphine de France et de la Reine.
Deuxième : le temps des libertés, des choix de décors, avec en point
d'orgue Le Petit Trianon.
Troisième acte : le temps du destin, dénoué place de la Concorde un
certain 16 octobre 1793.
Le visiteur verra ainsi quelques trois cents tableaux, sculptures,
dessins, manuscrits, meubles et objets décoratifs. Pour l'accompagner,
une discrète musique classique qui varie d'un espace à l'autre, tout comme les
couleurs : rouge pour l'enfance autrichienne, bleu pour les débuts à la
cour, vert pour la période des libertés. Naturellement la partie consacrée à
l'enfermement au Temple, à la critique et à la fin de Marie-Antoinette le
plonge dans une obscurité quasi-complète.
Scénographie réussie et façon agréable de suivre l'itinéraire de
Marie-Antoinette, même si l'on apprend rien de vraiment frappant au
fil de l'exposition.
Ceci dit, et pour l'anecdote, à regarder les bustes sculptés par Boizot, et
autres Lemoyne, et les innombrables tableaux - y compris celui peint par
Elisabeth Vigée-Le Brun, le premier jugé digne d'être envoyé à sa mère par la
Reine - on s'aperçoit que celle que les Français avait surnommée
lAutrichienne était loin d'incarner la grâce. Menton effacé et
double-menton pesant, nez fort et yeux globuleux, ovale peu dessiné : si
Marie-Antoinette était, selon Vigée-Le Brun exceptionnelle par l'éclat de son
teint, elle ne brillait guère en revanche par la finesse de ses traits.
Grande beauté en revanche autour
d'elle sur le plan des arts décoratifs : le goût éclectique et
raffiné de la Reine associé au savoir-faire des artisans de l'époque - et à des
dépenses inconsidérées ! - est l'occasion d'admirer aujourd'hui des pièces
exceptionnelles.
Il faut dire que la petite Marie-Antoinette a grandi au milieu de mobiliers et
objets de choix ; les goûts de sa mère l'impératrice Marie-Thérèse se
portant sur des meubles en marqueterie de style Boulle, des porcelaines
chinoises et japonaises, des laques d'orient, des services rocaille d'une
grande finesse... dont on peut découvrir plusieurs exemples remarquables.
Plus loin, on admirera l'adorable coffret à bijoux sur pieds créé par
Martin Carlin (placage et marqueterie de bois de rose, filets de buis
et d'ébène, porcelaine de Sèvres, bronze doré, velours et soie), offert à
Marie-Antoinette pour son mariage : bouquets de fleurs polychrome, frise
vert émeraude et or, splendeur de "simplicité" si l'on ose dire.
A cligner des yeux également, le secrétaire à cylindre et la table en
auge de Riesener, décorés de nacre découpée en losange et enserrée
dans une résille de laiton. Ils ornaient le boudoir de Fontenaibleau, en
harmonie avec les murs d'or et d'argent semés de fleurs.
A défaut de pouvoir tous les citer, à signaler aussi, les chefs
d'oeuvre de la Manufacture royale de Sèvres, avec notamment ce service
"riche en couleurs et riche en or". Polychromie des motifs de roses et
de végétaux, fond marine sur lequel se détachent les rubans de perles, associé
à une abondance de l'or, simplicité des formes, formats relativement réduits
des pièces, cet ensemble est une merveille d'équilibre. Il s'agissait du
service dont la Reine se servait pendant son séjour forcé aux Tuileries, alors
contrainte à un style de vie plus sobre qu'à Versailles...
Marie-Antoinette
Galeries nationales du Grand
Palais
(entrée par le square Jean Perrin)
Jusqu'au 30 juin 2008
Tous les jours de 10 h à 22 h, sauf le jeudi jusqu'à 20 h
Fermé le mardi
Entrée 10 € (TR 8 €)
Audioguide en français, anglais et japonais (5 €)
Images : Portrait de la reine Marie-Antoinette, dit « à la
rose », Elizabeth Louise Vigée-Le Brun, Versailles © Photo Rmn
Gobelet du service de la Laiterie de Rambouillet, Manufacture royale de
Sèvres, Porcelaine, 11 x 10 x 11,5 cm, Musée national de Céramique © Photo RMN
/ Martine Beck-Coppola
Dès l'entrée, on sent qu'on va avoir le
champ libre.