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mercredi 4 avril 2007

Les Bottin aux sports d'hiver. Jean-Marc Aubry

bottin aux sports d'hiverDans la série « la montagne et nous », voici Les Bottin aux sports d'hiver.

Une fois le matériel acheté – à Paris ... – la petite famille commence par passer une journée orange bien foncé sur la route des vacances qui se transformera vite en galère.

A leur arrivée, les Bottin découvrent enfin leur lieu de séjour rêvé ; mais cette station alpine ressemble étrangement au quartier de la Défense...
Nous voici alors embarqués pour une semaine « multi-sports » bien remplie : un cours de ski alpin avec un inénarrable moniteur, une journée de ski de fond avec un autre tout aussi gratiné, une très odorante visite de la fromagerie locale, ou encore, passage désopilant du récit, une inoubliable ballade en chiens de traîneaux apathiques, clôturée par une soporifique soirée diapos.

Avec l'humour qu'on lui connaît, Jean-Marc Aubry passe en revue les péripéties, mille et un tracas, petites et grosses crises qui font le quotidien de cette famille "exemplaire".

Occasion aussi pour l'auteur de brosser d'une plume corrosive le tableau des rapports familiaux (le couple, la fille aînée en pleine puberté ...), sans se priver au passage de donner un bon coup de griffe à certains professionnels des sports d'hiver...

Skectches, burlesque de situation, description minutieuse et satirique de scènes et personnages de la vie quotidienne, Jean-Marc Aubry, malgré une écriture un peu trop démonstrative, qui est l'excès du genre, a le chic pour nous faire passer, bien à l'abri des dangers alpins, un joyeux moment de détente.

Là, pour une journée « Chiens de traîneaux », nous avions gagné un Franck. Il y allait avoir probablement beaucoup de soleil, parce qu'il portait un chapeau de cow-boy, type « Stetson » à large bord, ceint d'un bandeau de sioux orné de perles de couleur. Il arborait également un énorme collier sioux sur sa chemise, canadienne bien évidemment, entrevue par le col de sa veste en peau et à frange, au-dessus d'un pantalon en cuir, cousu par sa femme, sioux elle aussi. Aux pieds, des bottes « grand froid », fabriquées par un ami à lui, inuit d'Alaska.
La totale, la panoplie ! Mais même avant d'apprendre de source sûre (et malveillante) que sa femme était originaire de Bécon les Bruyères et son fabricant inuit, nul autre que Le Vieux Campeur rue des Ecoles à Paris, il était trop ce type. Trop tout.
Il avait ce côté ringard des illustrations des années trente pour un roman de Jack London. Même sa barbe, on avait envie de tirer dessus, pour si c'était du vrai, comme dans Tintin.


Les Bottin aux sports d'hiver. Jean-Marc Aubry
Editions Guérin
242 p., 14 €

jeudi 1 mars 2007

Cabu et Paris

cabuCabu a débarqué à Paris en 1956 et, depuis plus de 50 ans, entre celui qui a publié ses premiers dessins à Châlons-en-Champagne à l'âge de 15 ans – alors signés K-BU – et la capitale, c'est une véritable histoire d'amour.

De cette conquête quotidienne, sont nés d'innombrables dessins.
Quoi de plus naturel que ce soit l'Hôtel de Ville de Paris qui consacre à Cabu sa première exposition personnelle.

Accompagnés de commentaires bien sentis ; ses croquis font mouche.
Fouillés, parfois fouillis en apparence, ils regorgent de détails et d'annotations. Il faut prendre le temps de « lire » le trait et le texte pour les savourer.

Car il ne s'agit pas, avec Cabu, de rire aux éclats, mais de goûter le talent du caricaturiste-reporter, qui observe et pointe du crayon ce qui irrite : une part de modernité que décidément on n'accepte pas tout à fait, lorsqu'elle est synonyme de toujours plus de boutiques et de moins de poésie.
Bref, lorsqu'on trouve que Paris perd son âme. Car la plume de Cabu porte l'histoire de la capitale, celle de son décor, celle de ses habitants, celle dont notre imaginaire était déjà chargé, lorsque, comme lui, on a débarqué un beau jour sur les quais de Paris.

Paris qui émerveille toujours au détour d'une rue, sur la banquette d'un café, au bord d'un comptoir. Paris qui amuse, avec ses petites japonaises en goguette viuttonisées ; qui surprend lorsque le métro se fait soudain aérien, émeut inlassablement lorsqu'au regard s'offre la Seine.
La Seine, en éternel énamouré, Cabu n'en finit pas de la dessiner. Il traverse, retraverse, prend l'eau, le ciel, les ponts, les monuments, les lumières.

Alors, sous son trait sarcastique – qui relève pour nous, tel un comptable, toutes les mutations de Paris – se cache, mais à peine, une immense tendresse.

Celle que l'amoureux éprouve pour la belle, qu'à force d'arpenter, tracer, croquer, moquer, il a fait sienne.
Lui qui se dit, désormais, Parisien.


Cabu et Paris
Salon d'accueil de l'Hôtel de Ville
29, rue de Rivoli – Paris 4ème
Jusqu'au 24 mars 2007
De 10 h à 19 h tlj sauf dimanches et fêtes
Entrée libre