Au XIXème
siècle a lieu ce qu'on a l'habitude d'appeler la "deuxième révolution du
livre", après celle de Gutemberg.
Mais il s'agit d'une révolution progressive, qui s'est étendue de 1840
à 1870.
De nouvelles technologies sont avant tout mises en œuvre.
Elles concernent d'abord le papier, qui pesait alors très
lourd dans le prix du livre.
En 1799, Nicolas Robert a déposé le brevet du papier en rouleau,
remplaçant le "feuille à feuille" : il permet d'importantes économies, en
particulier de main d'œuvre.
Par ailleurs, le chiffon est remplacé par d'autres matières premières,
notamment la paille.
Surtout, à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1867, la
profession entérine l'usage du bois, qui plus tard sera rentabilisé
par l'utilisation de nouvelles machines.
Le domaine de l'imprimerie n'avait en effet pas connu d'innovation majeure
depuis Gutemberg : au début du XIX° siècle, on se servait toujours de
presses à bras...
Vont être mises en œuvre au cours du siècle la stéréotypie (1), la
presse hand scope, en métal, qui, avec son large plateau permet de
tirer de grands formats et donc d'augmenter de façon importante la production
(une centaine de feuilles à l'heure).
Mais l'innovation la plus marquante est la mise au point de la
rotative, en 1872. Cette technique, qui permet de rendre mille feuilles à
l'heure, a d'abord été utilisée pour la production de journaux, le
Times notamment. C'est d'ailleurs pour cette
raison que le terme de presse a fini par désigner aussi les journaux
!
Les procédés évoluent également du point de vue de l'image, avec la mise en
place de la lithographie : elle permet à l'artiste de graver directement,
d'où une plus grande expression personnelle.
Agrandissant les formats, Jules Chéret adapte la technique de la
lithographie à l'affiche : il met ainsi la lithographie à la disposition
des publicités, en particulier pour les livres, qui seront installées dans les
librairies.
Son style aurait inspiré Vuillard, Bonnard, Henri de Toulouse-Lautrec.
Avec cet ensemble d'innovations, le monde du livre a changé d'échelle
au XIX° siècle : on est passé de petits ateliers à de véritables
usines.
La profession va considérablement évoluer elle aussi, avec l'apparition de
nouveaux personnages : ce sera "Le temps des éditeurs."
A suivre ...
Nouveau livres, nouveaux publics au XIX° siècle.
Bibliothèque Nationale de
France
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence d'Eve Netchine,
Service de l'inventaire rétrospectif
Conférence du 5 avril 2007
(1) La stéréotypie consiste à mouler, dans de l'argile par exemple, les
caractères. A partir de ces moules, on réalisait des plaques en plomb, qui
pouvaient être conservées et réutilisées. Mais la stéréotypie sera "tuée" par
la rotative.
Image : rotative Marinoni.
Tag - imprimerie
mercredi 11 avril 2007
L'histoire du livre au XIX° siècle. L'industrialisation de la production (1/4)
Par Mag le mercredi 11 avril 2007, 08:00 - Histoire et civilisations
mercredi 21 mars 2007
Le livre au Grand Siècle. Sous l'emprise de la Monarchie absolue (4/4)
Par Mag le mercredi 21 mars 2007, 08:00 - Histoire et civilisations
Suite et fin de la conférence sur l'histoire du livre au XVII° siècle
L'épisode
d'insubordination de La Fronde précipite la reprise en main par le pouvoir
central des Parlements de province, et donc des libraires.
Louis XIV et ses ministres remettent de l'ordre dans les métiers du
livre parisiens (l'instauration d'un numerus clausus fait disparaître
les petits ateliers), y placent des « personnages de confiance ».
Sébastien Cramoisy, un des plus grands imprimeurs-libraires du XVII° siècle
sera imprimeur du roi, de la Compagnie de Jésus, des Hôpitaux, et le premier
directeur de l'Imprimerie royale à sa création en 1640 ; Antoine Vitré est
également imprimeur-libraire du roi et du clergé.
Cette nouvelle élite de libraires parisiens exerce auprès du roi un
véritable lobby pour écarter au maximum la concurrence de la
province.
Pour favoriser ses protégés, la grande Chancellerie royale utilise alors l'arme
des privilèges de librairie : concédés par le roi, ils assurent à leurs
bénéficiaires un monopole temporaire.
Mais les Parlements de province en avaient octroyé également : Louis XIV,
avec l'aide de ses intendants tente d'y mettre bon ordre et renouvelle les
privilèges royaux pour des durées de plus en plus longues.
A la fin du XVII° et au XVIII° siècle, la continuation des privilèges sera la
norme : transmissibles, ils assureront aux éditeurs parisiens une
véritable « rente éditoriale ».
Un autre aspect de la politique culturelle centralisatrice de Louis
XIV est l'institution d'une série d'établissements stables destinés à encadrer
la vie de l'esprit, à Paris en particulier : l'Académie française, créée
par Richelieu en 1635, l'Académie royale, le réseau des Académies royales,
l'Observatoire de Paris, la Comédie française.
Ils s'ajoutent à des institutions plus anciennes comme le Collège royal, le
Jardin du Roy, où travaillent des savants chargés de l'histoire
naturelle.
Louis XIV instaure également les pensions, qu'il octroie à des gens de lettres,
des savants ; la censure préalable (l'Académie française est une pépinière
de censeurs mis à la disposition de la Chancellerie pour examiner les
livres) ; la confiscation des périodiques (les journalistes et rédacteurs
sont choisis par le roi, notamment au sein de la même Académie ...).
Progressivement, le roi devient donc le mécène unique de la vie culturelle nationale.
De leur côté, les auteurs – Boileau, les frères Corneille, Molière, les frères Perrault ...– ont approuvé cette dépendance, qui était le moyen pour eux d'obtenir le plus grand rayonnement possible et la garantie d'une reconnaissance sociale.
Si les auteurs classiques ont joué le jeu, l'absolutisme royal va
conduire les plus audacieux à se réfugier dans les marges. Deux
possibilités s'offrent alors aux non-conformistes : la clandestinité
provinciale (ce sera le cas de Pierre Le Pesant de Boisguilbert, lieutenant
général de police de Rouen, écrivain fondateur de l'économie politique, mais
aussi du Maréchal Vauban) ou la clandestinité étrangère.
Se font ainsi publier à l'étranger : Antoire Arnauld, dit « le Grand
Arnauld », théologien, chef de file du parti janséniste ; Richard Simon,
fondateur de la critique biblique ; Antoine Furetière, abbé,
écrivain et lexicographe : son dictionnaire, concurrent du dictionnaire
royal, est mal vu en France. Il confie donc le manuscrit aux
Pays-Bas.
C'est pourquoi son Dictionnaire universel, pionnier de la lexicologie
française est d'abord édité à l'étranger !
A Rouen, avec l'aide des pouvoirs locaux, les imprimeurs-libraires essaient
de battre en brèche les privilèges parisiens : sont ainsi mis sur le
marché, en toute illégalité, des ouvrages peu chers, copies des éditions
parisiennes, mais aussi des éditions prohibées.
Cette opposition, à la fin de la monarchie de Louis XIV, entre les imprimeurs
locaux et l'Imprimerie royale entraîne des perquisitions, saisies, procès,
embastillements ...
Jusqu'à ce qu'en 1709 l'abbé Bignon, directeur de la Librairie près
le chancelier de France, considérant que cette situation va finir par perturber
le royaume, décide d'instaurer des tolérances, qui sont des
permissions tacites, des autorisations d'imprimer délivrées par la direction de
la Librairie, sans pour autant que la mention de celle-ci y figure.
Cette situation, un peu hypocrite, durera tout au long du Siècle des Lumières,
notamment sous la direction de Malesherbes.
Le livre au Grand Siècle.
Bibliothèque Nationale de
France
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence de Jean-Dominique Mellot,
Service de l'inventaire rétrospectif
Conférence du 8 mars 2007
Le découpage et le titre sont le choix de Mag
mardi 13 mars 2007
Le livre au Grand Siècle. L'art du livre (1/4)
Par Mag le mardi 13 mars 2007, 08:00 - Histoire et civilisations
Le
« Grand Siècle » évoque les splendeurs de Versailles, le classicisme
français, le siècle de Louis XIV, l'apogée du l'absolutisme.
En revanche, le XVII° siècle est du point de vue de l'art du livre un
siècle d'austérité.
Cette période n'a connu en ce qui concerne les métiers du livre aucune
innovation technologique importante par rapport l'époque de Gutemberg.
L'esthétique du livre est même en retrait par rapport à la Renaissance.
Raison essentielle : le papier, élément important du prix de revient du
livre, et dont la France est alors le premier producteur en Europe, se voit
lourdement taxé (à hauteur d'environ 30 %) suite à la décision prise par
Richelieu en 1630 pour financer la guerre de 30 ans.
En conséquence, on va rogner sur la qualité du papier.
Par ailleurs, se généralise au XVII° siècle une nouvelle technique de
gravure : la gravure en taille-douce, qui se fait sur
cuivre et donne un rendu plus fin que la gravure sur bois. Mais elle
oblige à recourir à la presse en taille-douce, qui demande plus de temps et
d'argent.
Dès lors, l'image se raréfie. On assiste à un « divorce » entre le
texte et l'image : d'un côté des livres, d'un autre des estampes.
Ainsi, dans la plupart des livres, l'essentiel des images sera constitué soit d'un frontispice (gravure placée en regard du titre), soit de portraits.
En matière typographique, on se contente d'unifier les caractères mis au point au XVI° siècle, à savoir ceux de Claude Garamond.
A cette époque, l'essentiel de l'innovation a en fait lieu dans les Pays-Bas
du Nord (Provinces Unies), où les imprimeurs Hollandais fabriquent – selon un
procédé tenu secret – une encre de qualité supérieure, plus brillante, nette,
propre.
La famille Elzévir, établie à Leyde et Amsterdam, conçoit en outre des
caractères qui seront imités en Belgique et en France.
Mais la nouveauté la plus importante tient à la mise en page : afin
d'aérer le texte et respecter l'articulation de la pensée, on introduit des
alinéas et des paragraphes.
Le pionnier est René Descartes : il insistera pour que les
imprimeurs respectent ses paragraphes ; Le Discours
de la méthode sera d'ailleurs édité pour la première fois
aux Pays-Bas (image).
« Point zéro » de l'art du livre en France, le XVII° siècle est
toutefois l'époque au cours de laquelle l'offre d'imprimés va augmenter de
façon spectaculaire : on s'achemine alors vers le « livre populaire
».
Tel est le programme de demain...
Le livre au Grand Siècle. Bibliothèque Nationale de France
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence de Jean-Dominique Mellot,
Service de l'inventaire rétrospectif
Conférence du 8 mars 2007
Le découpage et le titre sont le choix de Mag