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Tag - installation

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mercredi 14 octobre 2009

How does it feel ? Ugo Rondinone au CENTQUATRE

Le Centquatre à l'automne 2009Vu de loin, il est un peu difficile à appréhender, ce fameux CENTQUATRE. Centre d'artistes davantage que centre d'exposition, lieu de création multidisciplinaire dont les ateliers peuvent être visités à certains moments, et en même temps ouvert au public jusqu'à 21 h, voire jusqu'à 23 h... Finalement, quand se déplacer dans ce coin du XIXème arrondissement, et pour y voir quoi ? Un an après son ouverture, l'installation de l'artiste suisse aux multiples talents, Ugo Rondinone, dont le titre How does it feel plaît déjà beaucoup, provoque enfin l'occasion d'une visite.

Est-ce le calme de la mi-journée d'un beau samedi d'automne qui rend la surprise si agréable ? Le lieu séduit immédiatement, et son côté un peu inclassable n'y est certainement pas pour rien. L'architecture aux dimensions impressionnantes de la fin du XIXème siècle, qui abritait autrefois le service municipal des pompes funèbres a été conservée, avec ses lignes simples et aérées. Le bâtiment est largement ouvert sur le ciel, soit directement soit grâce à ses verrières, mais il est aussi un univers en soi. A peine fini ou en devenir, brute et élégante, l'enfilade d'espaces, ici jardin, là librairie, plus loin snack, donne envie de s'arrêter partout. Mais l'attrait de l'installation d'Ugo Rondinone l'emporte. Elle est presque au fond, on ne peut pas la louper, une petite maison carrée dont les murs blancs quadrillés de noir figurent des briques.

Tandis qu'une télévision déroule un documentaire sur le montage du projet expliqué par l'artiste, les visiteurs isolés font le tour de l'oeuvre et recommencent, car l'entrée est invisible ! Quant enfin on aperçoit la porte dissimulée dans la façade, on passe de l'espace monumental et semi-ouvert du CENTQUATRE à un lieu petit, carré et parfaitement clos. L'intérieur est aussi minimaliste que l'extérieur. Sol en béton, textile gris aux murs, néons au plafond. Une bande-son diffuse une conversation en anglais entre un homme et une femme. Puis le même dialogue est repris, rôles inversés. Banale et courte, la conversation nous rapproche de Beckett et nous renvoie à nous-même. Un seul regret : que l'on ne puisse s'asseoir, car la douceur et le caractère obsédant des bruissements de voix donne envie de s'installer un moment.

La halte se fera donc dans le passage du CENTQUATRE, les bancs des tables de bois au soleil y invitent. De là, un autre spectacle, lui vivant et improvisé, commence : des jeunes du quartier profitent de l'endroit pour s'entraîner à danser, dans leur coin et ensemble, en silence, ou la musique à l'oreillette. Passionnant à voir (il y a quelques surdoués), réjouissant aussi, car ils ont vraiment l'air de se faire plaisir.
Il faudra quand même finir par partir, après un antépénultième arrêt au jardin, urbain, branché, un programme en soi, suivi d'un dernier à la librairie (tout à fait conseillée). Le restaurant, lui, n'est pas encore prêt, mais on peut se restaurer soit au café-terrasse à l'autre bout, soit carrément sur les tables-bancs-parasols de tout à l'heure, en achetant une pizza à la guitoune.
C'est frais, et ça fait du bien.

How does it feel
Ugo Rondinone
Une manifestation du Festival d'Automne
CENTQUATRE
104 rue d'Aubervilliers / 5 rue Curial - Paris XIX°
Du mar. au dim. de 11 h à 21 h et jusqu'à 23 h les ven. et sam.
Jusqu'au 10 janvier 2010
Entrée libre

A découvrir également du même artiste :
Sunrise east dans le jardin des Tuileries
Jusqu'au 15 novembre 2009, de 7 h 30 à 19 h 30, entrée libre

jeudi 15 janvier 2009

Raymond Depardon - Paul Virilio. Terre natale

Raymond Depardon, Paul Virilio à la Fondation CartierQue sont nos racines devenues ? Pourront-elles résister encore demain ?
Dans ses trois documentaires (dont le dernier en date La vie moderne) consacrés au monde paysan, Raymond Depardon montrait des éleveurs de moyenne montagne en voie de disparition.

L'exposition visible à la Fondation Cartier jusqu'au 15 mars 2009 permet de prolonger et d'élargir la réflexion sur le maintien des peuples minoritaires sur leur terre natale. Dans un documentaire de 33 minutes, le photographe et cinéaste (accompagné de Claudine Nougaret à la prise de son) a donné la parole à ceux qui, au Brésil, au Chili, en Bolivie, en Afrique et même en France, en Bretagne et en Occitanie (où l'on retrouve Raymond Privat) voient leur enracinement menacé, et par là même leur langue maternelle.

Le film est saisissant - son impact est en outre renforcé par le dispositif de projection sur un écran monumental de huit mètres sur dix -, donnant à voir des visages immenses au regard franc, et à entendre des langues auxquelles l'on ne comprend goutte mais à la portée universelle. Dans la forêt amazonienne, deux très jeunes femmes répètent "Je veux protéger ma terre-forêt". Elles sont calmes et dignes, des victimes en résistance. Comme si elles puisaient leur force - impressionnantes de détermination - de leur terre et l'entretenaient avec leurs mots. Mais en creux, de façon poignante, on entend cette question : "Que nous restera-t-il si on nous enlève notre terre et notre langue ?". Plus loin, au Chili, bout de continent battu par les vents, une femme mapuche, seule avec ses enfants raconte combien il est difficile pour elle de survivre, combien bien peu de son peuple sont encore près d'elle. Elle sourit, serre ses filles autour d'elle, et puis pleure, se tait, s'excuse : "Je n'ai plus de mots". Et c'est, précisément, le plus bouleversant.

En écho à ces témoignages, la seconde partie de l'exposition est une interpellation de l'urbaniste et philosophe Paul Virilio sur les risques qui menacent à l'échelle planétaire. A travers des installations video, Paul Virilio dénonce l'importance des mouvements migratoires, actuels et plus encore des décennies à venir, liés à la mondialisation et aux changements climatiques. L'exode rural fait place à l'exode urbain, qui fait enfler les gares et les aéroports, lieux "d'outre-ville", de départs. Les villes moyennes disparaissent au profit de mégapoles de plusieurs dizaines de millions d'habitants. Les camps de réfugiés se multiplient et grossissent. "Le nomade est celui qui n'est nulle part chez lui", tandis que le sédentaire devient celui qui "très mobile, est partout chez lui, avec son téléphone mobile et son ordinateur portable".

Ces réflexions entrent en résonance avec l'autre documentaire de Raymond Depardon présenté en première partie du parcours, montrant l'extraordinaire rapidité avec laquelle on peut faire le tour de la planète, en passant par ses grands centres urbains - pour y voir une uniformisation effrayante. Ou comment la question des racines est ici mise en perspective, de façon vertigineuse, avec celle des distances et du devenir de l'espace géographique même.

Raymond Depardon - Paul Virilio
Terre natale - Ailleurs commence ici
Jusqu'au 15 mars 2009
Fondation Cartier pour l'art contemporain
261, boulevard Raspail - 75014 Paris
TLJ sauf le lundi, de 11 h à 20 h, nocturne le mardi jusqu´à 22 h
M° 4 et 6, Raspail ou Denfert-Rochereau, bus 38 ou 68, RER B, Denfert-Rochereau
Entrée : 6,50 € (TR 4,50 €)
Accès libre pour les moins de 18 ans le mercredi de 14 h à 18 h

dimanche 11 mai 2008

Monumenta 2008 - Richard Serra, Promenade

Monumenta 2008, Richard Serra dans la nef du grand palais, PromenadeVous n'entrerez dans la nef du Grand Palais que pour une oeuvre seulement, constituée de cinq plaques d'acier plantées à la verticale sous la voûte. Mais vous y resterez plus longtemps que prévu, progressivement happé par cet étrange dispositif. L'installation qui au départ ne semble représenter que d'immenses stèles va peu à peu s'intégrer sous vos yeux en un vaste et changeant paysage.

La première impression est certainement celle de la déstabilisation : non, ces plaques ne sont pas plantées verticalement ; l'une tangue d'un côté, une autre de l'autre, quand une troisième penche encore selon un axe différent. C'est en tout cas ce qui apparaît à un moment donné, mais l'instant d'après, c'est-à-dire quelques pas plus loin, la perception visuelle a encore changé. Les éléments ne sont pas alignés, c'est un fait mais ce désordre est lui aussi bien variable...

Alors on n'en finit pas de se promener, prenant à la lettre le titre de l'installation, pour le seul plaisir d'embrasser successivement ces perspectives, voir tous ces paysages en un seul. Du haut du belvédère, ces monumentales sculptures semblent soudain toutes petites, elles qui nous ont fait presque peur lorsqu'on s'approchait d'elles, tête penchée en arrière, avec la sensation d'aller se cogner contre un gratte-ciel ! Mais c'était pour s'amuser ; tout comme quand, menton contre la plaque et oeil au somment de la stèle, on joue à oublier notre position verticale : la longue surface lisse qui s'étale devant nous pourrait très bien être horizontale, et nous avec !

Puis vient le moment d'aller s'asseoir sur l'un des nombreux bancs disposés autour de la nef. Ces jours-ci, en milieu de journée, les lieux sont baignés de soleil, l'ossature de fer et les sculptures dessinent des ombres, les visiteurs sont éloignés, minuscules dans ce vaste espace. Vous regardez le ciel, vous regardez le vert de l'architecture, vous regardez ces hautes plaques. Tout à l'heure en les caressant, le poli marbré de leur surface brune teintée de roux vous a rappelé l'écorce des arbres. Là maintenant, il vous semble entendre le bruit du vent dans les pins, celui des vagues ; vous regardez à nouveau les visiteurs en bermuda qui marchent calmement, prennent des photos et admirent. Vous n'êtes plus vraiment sûr d'être dans une salle d'exposition, au coeur de la capitale, mais dans un lieu indéterminé, qui s'invente sous vos yeux, en vous faisant basculer d'une intense contemplation à un vague et doux vagabondage.

Monumenta 2008 - Richard Serra, Promenade
Jusqu'au 15 juin 2008
Grand Palais - av. Winston Churchill, Paris 8ème
M° Franklin Roosevelt, Champs-Elysées-Clémenceau
Bus 28, 32, 42, 72, 73, 80, 83, 93
TLJ sauf le mardi
Lun. et mer. de 10h à 19h ; jeu. à dim. jsq 23h
Ouvert lundi 12 mai
Entrée : 4 € (TR 2 €)

Si vous voulez en savoir plus sur l'artiste, son parcours, son travail, la façon dont il conçoit et pense ses oeuves et celle-ci en particulier, Monumenta met à votre disposition, sur place, tout un arsenal destiné à rapprocher l'art contemporain du grand public : audioguide et fascicule gratuits, espace documentaire, DVD en boucle et médiateurs. Vous pouvez également visiter le site internet (lien-ci-dessus).

Image : Promenade, 2008 I (acier, cinq éléments de 1700 x 400 x 13 cm chacun) - photo Lorenz Kienzle - tous droits réservés Monumenta 2008, ministère de la Culture et de la Communication

mercredi 27 juin 2007

Les messagers. Annette Messager au Centre Pompidou

annette messagerAvec l'exposition Les Messagers, vaste panorama de l'oeuvre d'Annette Messager, le Centre Pompidou invite à l'exploration de l'univers fantastique d'une artiste majeure de la création contemporaine. (1)

Le visiteur n'en sortira pas déçu : Annette Messager fait preuve d'une audace et d'une inventivité exceptionnelles.

Elle s'empare de matériaux simples et tout domestiques, bouts de laine et de tissu, sacs plastiques, ficelle et caoutchouc, pour créer des installations insolites et surprenantes, toujours "en bordure" du réel.
Car elle part de sujets simples, corps humain, animaux, objets du quotidien, pour en déranger la figuration, déplacer le regard, déstabiliser le spectateur, qui est en permanence balotté entre l'émerveillement et la frayeur.

C'est particulièrement le cas avec ses grandes installations, dont les composantes sont des membres du corps humain, en mousse tendue de tissu ou de simili noir, ou bien des pantins de chiffon, ou encore des peluches animales : suspendus, tantôt ils glissent sur un câble dans un tournoiement sans fin, tantôt ils s'élancent à la verticale, sous la menace constante de la chute.
Aucun des mouvements qui les agitent n'est prévisible ; il y a des chocs, d'autres sont évités de justesse...

Si Annette Messager affectionne ce qui "pendouille", elle se penche aussi sur ce qui gît, telle cette pauvre vache condamnée à tourner inlassablement couchée sur son flanc... Ou l'indescriptible installation Gonflés-Dégonflés, au rythme et au souffle proprement fascinants.

Rares sont donc les oeuvres simplement accrochées.
Lorsque l'artiste s'y résout, c'est pour utiliser au maximum l'espace dégagé sur le mur : sous de petites photos en noir et blanc montrant des paumes de mains décorées, elle écrit au crayon de couleur, à même le mur et répétés à l'infini, des mots comme solitude, surprise, promesse, rencontre, crainte, hésitation, confiance...

Annette Messager est aussi une grande collectionneuse ; elle classe et aligne, parfois se contente d'entasser : ici la collection de poupée, là celle de sacs en plastique, plus loin celle de livres... sans oublier Les pensionnaires, alignement de tout petits oiseaux emmaillotés.
Dans une pièce que le visiteur ne fait qu'apercevoir par quelques ouvertures, elle a rassemblé de grandes séries de photos de magazines de femmes : portraits de femmes d'un côté ; femmes en train de s'administrer des soins corporels d'un autre.
Cette Chambre secrète de la collectionneuse est symbolique des inspirations d'Annette Messager : une certaine féminité, ou une certaine vision de la féminité, avec ses intérieurs, ses placards, ses amas de "choses", photos, étoffes ; mais qui déborde aussi de manies enfantines, peluches, poupées, mots répétés, crayons de couleur.

Tout un chacun peut découvrir en entrant dans le hall du Centre Pompidou le curieux mélange de l'univers de l'artiste, avec la spectaculaire installation La Ballade de Pinocchio à Beaubourg spécialement réalisée pour le Forum : le tragique des corps fragmentés et estropiés cohabite avec le jeu des polochons au milieu desquels circule un petit train transportant une figurine de bois qui n'est autre que Pinocchio...

Toute l'oeuvre d'Annette Messager porte ces ambigüités et ce balancement : quotidienne et extraordinaire ; grave et innocente ; mouvementée et gisante ; noir et blanc et colorée ; violente et rassurante ... comme un concentré de vie, sur lequel souffle un vent de créativité et d'humour renversant.

Les messagers, Annette Messager
Centre Pompidou (2)
Place Georges Pompidou – Paris 4ème
Jusqu’au 17 septembre 2007
Tlj sauf le mardi de 11 h à 21 h, le jeudi jusqu’à 23 h
Entrée 10 € (TR 8 €)
Nouvelle parution de la monographie Annette Messager
Sous la direction de Sophie Duplaix
Coédition Centre Pompidou/Editions Xavier Barral (juin 2007)
608 pages, - 44,90 €

(1) Annette Messager, née en 1943, a représenté la France à la Biennale de Venise de 2005 où elle obtenu le Lion d'Or.

(2) A l'occasion du 30ème anniversaire du Centre Pompidou, c'est Annette Messager qui a conçu l'original Laissez-passer 2007.

Image : articulés-désarticulés, 2002, détails © Centre Pompidou - Adagp, Paris 2007, photo : André Morin