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jeudi 5 avril 2007

René Lalique, Créateur d'exception 1890-1910.

lalique epingleDes moineaux à la gorge gonflée délicatement posés sur une branche, couverts de brillants : voici l'une des premières créations de René Lalique, lorsqu'il travaillait dans l'anonymat pour les grands joaillers Boucheron et Vever.

Déjà éclatent la finesse et le travail profondément créatif de l'artiste.

Né en Champagne en 1860, Lalique puise dans son enfance champêtre une constante inspiration.
Motifs végétaux, floraux et animaux les plus ordinaires demeureront présents tout au long de sa prolifique carrière, conférant à son œuvre une simplicité que ses autres inspirations - bien de son temps - n'altèreront pas.

Lorsqu'il fonde son propre atelier en 1887, il abandonne la joaillerie et a l'audace d'utiliser des matériaux moins nobles, comme l'ivoire et la corne, des pierre fines aux couleurs étranges comme l'onyx, le jaspe, l'agate, l'opale, qui lui permettent d'explorer sans limite le champ des couleurs et des formes, à la mesure de son génie créatif et de son imagination débordante.
Sensible aux inspirations de l'époque, son œuvre permet de retrouver les grandes tendances des arts décoratifs de la fin du XIX° et du tout début du XX°.

De l'éclectisme fin de siècle, avec la veine égyptienne qui persiste depuis les conquêtes napoléoniennes, à l'Art Déco du XX°, René Lalique se délectera un long moment dans le mouvement de l'Art Nouveau avec sa faune, sa flore, ses volutes, mais aussi un symbolisme très marqué avec le cygne, le serpent ...
Des estampes japonaises qui circulent alors à Paris, il utilise les motifs de pivoines, chrysanthèmes, branches de prunier, pavots, ombelles, qu'il incruste dans des peignes de bois laqués.

De tous ces mouvements, il fait un miel qui lui est propre, reconnaissable entre tous (un coup d'œil sur les créations d'autres concepteurs contemporains permet de le vérifier) : délicatesse, grâce, originalité, mais aussi une délicieuse ambiguïté dans sa représentation - constante - de la femme.
Au lissé des visages à l'ovale parfait, à la nudité innocente des corps féminins, se mêle le doux effroi des animaux qui font frissonner, insectes, iguanes, crapauds, chauves-souris ...

Au delà de la beauté pure de ses bijoux d'exception, René Lalique ouvre ainsi au visiteur attentif tout un monde de poésie, de fantasmes et de fantaisie, qui fait de cette exposition un véritable enchantement.


René Lalique, Créateur d'exception 1890-1910
Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard - Paris 6ème
Jusqu'au 29 juillet 2007
Entrée 10 €
Catalogue de l'exposition, 264 p., 32 €

Image : épingle à chapeau Guêpes, or, émail, opale, diamant (vers 1890-1900)

mardi 13 février 2007

Les estampes japonaises. La collection de Claude Monet

estampeClaude Monet débuta sa collection d'estampes (1) japonaises en 1871 en achetant ses premières gravures Ukiyo-e chez un marchand hollandais.

Dans ce dernier tiers du XIX° siècle, le Japonisme était en plein essor : artistes, collectionneurs, industriels s'entichaient pour tout ce qui venait du Japon. L'engouement, parfois raillé, dura un demi siècle.
L'exposition Katagami, a été l'occasion de mesurer l'influence des motifs et lignes japonaises sur l'architecture et les arts décoratifs, manifestée dans les mouvements apparus en Europe et aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle, diversement désignés mais unanimement connus sous l'appellation d'Art nouveau.

Claude Monet fit ainsi installer un petit pont japonais dans son jardin de Giverny, qu'il a peint à toutes les heures, sous toutes ses lumières, en faisant un véritable objet d'étude.

Sa collection d'estampes, riche de plus de 200 pièces, fruit d'une véritable passion, est à découvrir sans délai au Musée Mamottan Monet.

La première salle est consacrée aux œuvres de Kitagawa Utamaro (1753-1806) représentant des maisons de geisha. Faute d'équivalent en occident, la « traduction » retenue est celle de maisons de « courtisanes ».
Les jeunes filles y étaient éduquées pour devenir de jeunes femmes élégantes, jusque dans leur démarche et leur maintien, mais aussi cultivées dans les différents domaines de l'art. Elles devaient savoir danser, chanter et tenir une conversation : le rôle de la geisha était de divertir.
Ces estampes, trait noir sur fond écru, teintes délavées de verts et de beige, donnent une idée de l'élégance des costumes – drapés de kimonos superposés, aux imprimés variés – mais aussi de celle des mouvements : beaucoup de scènes devant le miroir, au cours desquelles s'élaboraient des coiffures compliquées.
Peu d'expression sur les visages, comme si l'estampeur avait traduit l'impassibilité, l'égale humeur dont les geisha devaient faire montre en toutes circonstances.
Et souvent, même dans les scènes d'intérieur, l'artiste a pris soin de place un élément naturel, fleur ou animal venant compléter le charme de l'adorable tableau.

La visite se poursuit avec un grand nombre de scènes d'extérieur, notamment les paysages de Utagawa Hiroshige : l'occasion pour les artistes de représenter la nature, dont ils étaient fous visiblement. Les éléments choisis étaient plus ou moins toujours les mêmes, ceux des paysages qu'ils avaient sous les yeux, certainement, ou peut-être ceux dont ils rêvaient : abondance de montagnes, rivières, cascades, ponts, plages, océan.
Ils adoraient représenter la lune, les saisons, en particulier l'hiver : ils excellaient à peindre la neige, dont ces dames se protégeaient à l'aide de fines ombrelles ...
Les teintes sont bleues et briques, dans des harmonies surprenantes et très vivantes. Le plaisir qu'on éprouve à contempler ces estampes vient peut-être aussi de l'agréable sentiment que l'on a, avec chacune d'entre elles, de pénétrer dans un petit monde en soi – petit univers qui nous est si lointain.

Beaucoup d'expressions et d'hommes en revanche dans la petite salle est consacrée aux scènes de théâtre (les femmes ont été interdites de scène en 1600) : costumes extravagants, mimiques et gestuelles exagérées jusqu'au grotesque, la jubilation du théâtre et des estampeurs est palpable !

Plus d'un siècle après sa découverte, l'exotisme du Japon – du moins dans ses représentations traditionnelles, empreintes de raffinement, de calme et d'esthétisme – continue de nous charmer. Si le trait noir et les motifs stylisés nous sont devenus familiers, la magnifique collection de Claude Monet révèle une palette chromatique bleutée qui n'est pas sans rappeler les couleurs qu'affectionnèrent les « preneurs de lumière », les peintres du paysage que furent les impressionnistes.

(1) image imprimée au moyen d'une planche gravée de bois ou de cuivre (eau-forte, taille-douce ...) ou par lithographie.


Les estampes japonaises. La collection de Claude Monet
Musée Mamottant Monet
2, rue Louis-Boilly – Paris 16ème
Prolongée jusqu'au 18 mars 2007
De 10 h à 18 h tlj sauf le lundi
Tarif : 8 € (TR : 4,5 €)

mardi 9 janvier 2007

Katagami, les pochoirs japonais et la japonisme

katagamiLes Katagami sont des pochoirs en papier utilisés au Japon dès le XIII° siècle pour décorer les tissus.

Les modèles en papier brun présentés dans la première partie de l'exposition nous donnent un aperçu de la variété des motifs choisis, qui puisaient leur source dans les mondes animal, végétal et plus particulièrement floral, avec une infinie poésie. Il n'y a d'ailleurs qu'à lire le nom de certains d'entre eux pour commencer à rêver : Feuilles de cerisier au fil de l'eau, Fleurs de prunier, motifs d'oxalides en arabesques...

Des costumes, notamment des kimonos décorés à l'aide de ces pochoirs, avec leurs belles teintes profondes nous donnent une idée de l'élégance des réalisations rendues possibles grâce à cette technique.

Datant essentiellement des XVIII et XIX° siècles, âge d’or des Katagami, ils nous paraissent cependant d’une grande modernité.
La raison en est essentiellement que cette beauté épurée a plus tard séduit les Occidentaux : à la fin du XIX° et au début du XX° siècles, les mouvements Art nouveau puis Art déco vont trouver une formidable inspiration dans ce qu'on va alors appeler le japonisme : les volutes, courbes sinueuses et épurées, motifs stylisés inspirés de la nature seront repris dans l’architecture (Hoffmann à Vienne, Guimard à Paris), le mobilier, les arts décoratifs, les bijoux ... Dans cette deuxième partie de l'expo, on admire meubles, afiches, frises de Gustav Klimt, couvertures de livres, mais aussi les splendeurs que, dans cette veine, Lalique a créées : vases en verre dépoli, bijoux aux lignes ondulées, d'un raffinement et d'une simplicité remarquables.


Le coup de coeur Mag :

A la finesse des motifs floraux de la première partie de l'exposition répond celle d'une écharpe de soie brodée simplement baptisée "Champ de marguerites", en teintes délicates et lumineuses. Du XVIII° siècle japonnais au XX° siècle européen : de superbes réinterprétations dont on ne peut que se réjouir.

Maison de la culture du Japon à Paris - 101 bis, quai Branly à Paris 15ème
Jusqu’au 20 janvier 2007, du mardi au samedi de 12h à 19h / Nocturne le jeudi jusqu’à 20h.
Tarif : 6 € (TR 4 €)
Catalogue de l’exposition : 30 €
M° Bir Hakeim/ Rer Champs de Mars Tour Eiffel