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lundi 17 mars 2008

Jean-Louis Trintignant, extraits choisis. Théâtre du Rond-Point

Jean-Louis Trintignant, extraits choisis au Théâtre du Rond-PointIl pourrait s'asseoir n'importe où, le calendrier des Postes posé devant lui sur une table et égrener les nom des saints ; on l'écouterait les yeux plein de larmes, aimant chaque prénom et amoureux de sa voix à la fois.
Jean-Louis Trintignant a cette grâce et l'on n'y trouve pas d'explication.

Après avoir lu des extraits du Journal de Jules Renard avec Clémentine Célarié et Manuel Durand en décembre 2005 au théâtre du Petit Hébertot, ce qui était une merveille, Jean-Louis Trintignant reprend ce spectacle au Théatre du Rond-Point jusqu'au 19 avril.

Cette fois, aux textes de Jules Renard se mêlent ceux de Jean-Michel Ribes et la lecture est à quatre voix : Joëlle Belmonte, Manuel Durand et Jean-Louis Bérard l'accompagnent.
Aphorismes, réflexions et historiettes évoquent avec esprit, lucidité et un humour souvent caustique les femmes, l'amour, le couple, l'adultère, la vie, la mort, le bonheur, le théâtre, Dieu, la nature et la poésie. Au plaisir de réécouter ces textes s'ajoute celui des quatre comédiens, tous très bons, convaincus et complices. Le résultat est délicieux.
Mais demeure difficile à exprimer l'émotion qui nous saisit à écouter la voix de cet homme, Jean-Louis Trintignant, si calme, grave et profonde, si habitée et si vivante, à voir cet homme qui fut si jeune et si beau dans des films inoubliables, porter aujourd'hui les années avec tant de splendeur et peut-être plus de simplicité et d'humilité que jamais. Et cela est autre chose qu'un délice ; c'est un bouleversement.

Jean-Louis Trintignant, Extraits choisis
Journal 1887-1910 de Jules Renard, Sursauts, brindilles et pétard et autres textes de Jean-Michel Ribes
Lus par Jean-Louis Trintignant, Jean-Louis Bérard, Manuel Durand, Joëlle Belmonte
Théâtre du Rond-Point
2bis, av. Franklin D. Roosvelt - Paris 8ème
Du mardi au samedi à 18 h 30
Durée 1 h 1/4
Places de 10 € à 33 €

Photo : © Brigitte Enguerand

mercredi 2 mai 2007

L'histoire du livre au XIX° siècle. De nouvelles stratégies de diffusion (4/4 )

affiche librairieProduction industrialisée, essor des tirages, évolution des contenus, apparition des "éditeurs", la révolution que connaît le livre au XIX° siècle se manifeste également dans de nouveaux modes de diffusions, de nouvelles techniques de vente.

En trente ans, entre 1870 et la fin du siècle, le réseau traditionnel de colportage, hérité de l'Ancien Régime, va disparaître.

Les librairies, de leur côté, évoluent considérablement : on passe du comptoir auquel on doit s'adresser et qui empêche de circuler entre les rayons, à des librairies d'un type complètement neuf, où les clients peuvent circuler librement, feuilleter les libres exposés sur des tables... Il s'agit d'un nouveau monde du commerce, un monde de sociabilité , où on peut rentrer pour acheter, ou ne pas acheter.
C'est toute l'ambiance que Zola a décrite dans Le Bonheur des Dames.

Les libraires se mettent à afficher des publicités de livres (les lithographies mises au point par Jules Chéret notamment). Les catalogues se transforment, pour devenir de véritables vitrines de l'offre de livres.

Les éditeurs peaufinent également leur stratégie pour vendre directement au client. Ils promettent par exemple des cadeaux de fidélité à ceux qui achèteront une série complète (flacon de parfum, montre ...).
Bien entendu, ces procédés déclencheront l'ire des libraires ...

A côté des "nouvelles" librairies, subsistent les cabinets de lecture, institués au XVIIème siècle. Ce sont des boutiques de livres, qui permettent soit d'acheter, soit d'emprunter, soit de lire sur place un livre.
Cabinets privés, ils sont en général tenus par des libraires. Leur clientèle est constituée de la petite bourgeoisie, artisans, commerçants, rentiers modestes. Leur offre fait une belle part au roman, leurs horaires sont très étendus ; ils ont joué un grand rôle dans le développement de la lecture à une époque où les bibliothèques ne pouvaient proposer une offre suffisante.

Mais ces lieux, tout comme le colportage, étaient considérés comme dangereux par les autorités, car on y trouvait "le meilleur comme le pire".
Les pouvoirs publics se sont alors servi des écoles, des instituteurs et des enfants, pour mettre en place les bibliothèques d'école et y diffuser des livres spécialement édités pour cet usage ...

Nouveau livres, nouveaux publics au XIX° siècle.
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence d'Eve Netchine,
Service de l'inventaire rétrospectif
Conférence du 5 avril 2007
Bibliothèque Nationale de France

Image : Librairie Sagot, lithographie de Jules Chéret (1891)

vendredi 6 avril 2007

La grand'mère du narrateur. Délicatesse et littérature

proust2Un personnage des plus délicats, des plus discrets et des plus attachants à la fois de La Recherche est certainement la grand-mère maternelle du narrateur.

Très présente dans son enfance, d'une grande importance affective, elle sera celle qui, dans A l'ombre des jeunes filles en fleurs l'emmènera à Balbec, séjour initiatique fondamental pour lui.

Le début du premier volume, Du côté de chez Swann, met en scène nombre de situations et de « rites » familiaux. L'un d'eux, cruel pour sa grand'mère, marque particulièrement le tout jeune narrateur :

Ce supplice que lui infligeait ma grand'tante, le spectacle des vaines prières de ma grand'mère et de sa faiblesse, vaincue d'avance, essayant inutilement d'ôter à mon grand-père le verre à liqueur, c'était de ces choses à la vue desquelles on s'habitue plus tard jusqu'à les considérer en riant et à prendre le parti du persécuteur assez résolument et gaiement pour se persuader à soi-même qu'il ne s'agit pas de persécution ; elles me causaient alors une telle horreur que j'aurais aimé battre ma grand'tante.

Elle veillera de près sur son éducation, notamment en ce qui concerne ses lectures, fût-ce contre l'avis du père du narrateur. Ainsi s'explique-t-elle simplement lorsqu'elle choisit en définitive pour lui quatre romans de George Sand :

« Ma fille, disait-elle à maman, je ne pourrais pas me décider à donner à cet enfant quelque chose de mal écrit. »

Elle voue une adoration véritable aux Lettres de Mme Sévigné, goût que ne partage guère son amie Mme de Villeparisis.
Petite scène à Balbec où toutes deux en villégiature entretiennent une amitié attentionnée :

« Ah, oui, vous lisez Mme de Sévigné. Je vous vois depuis le premier jour avec ses Lettres (elle oubliait quelle n'avait jamais aperçu ma grand'mère dans l'hôtel avant de la rencontrer dans cette porte). Est-ce que vous ne trouvez pas que c'est un peu exagéré ce souci constant de sa fille, elle en parle trop pour que ce soit bien sincère. Elle manque de naturel. » Ma grand'mère trouva la discussion inutile et, pour éviter d'avoir à parler des choses qu'elle aimait devant quelqu'un qui ne pouvait les comprendre, elle cacha, en posa son sac sur eux, les Mémoires de Madame de Beausergent.


Bon week-end et bonne lecture à tous.

mercredi 7 mars 2007

Carte blanche à Fabrice Luchini

Luchini afficheAprès un voyage au long cours avec Céline, qui emmenait son public sinon au bout de la nuit, au moins au terme d'une excellente soirée, Fabrice Luchini reprend ses lectures pour une Carte blanche originale.

Ouvrages de Paul Valéry et Roland Barthes en main, porté par sa folle énergie, il ose cette fois des choix plus audacieux.

L'artiste ouvre le spectacle avec un extrait de Tel quel, Le pont de Londres de Valéry et des citations qu'il reprendra plusieurs fois au cours de la soirée :

La plupart des hommes ont une idée si vague de la poésie que ce vague même leur tient lieu de définition de la poésie.

Il n'existe pas d'être capable d'aimer un être tel qu'il est. On demande des modifications.

Puis il poursuit avec un décodage des premières pages des Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes. Le ton est celui du professeur idéal, passionné ; la salle s'accroche.

La brèche est ouverte, le comédien lâche ses livres pour se lancer dans son propre texte.
Point de départ : un article dans Le Nouvel Observateur, dans lequel le célèbre essayiste louait le film d'Eric Rohmer Perceval le Gallois.
Le comédien, qui jouait dans le film, se lance dans une évocation de Perceval : le public est d'abord tout aussi perplexe que l'était la salle lors de la première du film.
Mais très vite Luchini-le pitre sort de sa boîte, se met à mimer et à chanter, pour la plus grande joie des spectateurs, rendus carrément hilares.

Il enchaîne avec le récit de sa mémorable rencontre avec Barthes. Façon plus nuancée qu'il n'y paraît de souligner son portrait : à l'immense déférence se mêle une tendre moquerie.

Le programme annonçait aussi du Flaubert : il y en eut deux lignes ; du Molière : il n'y en eut point.
A la place, une fable de La Fontaine avortée puis une autre littéralement abattue...

Fin de spectacle décevante pour une soirée qui avait plutôt bien commencé.
L'extraordinaire énergie semblait épuisée ; le fou de littérature et de scène, fébrile et pressé d'en finir, avait hâte de renvoyer son public - joliment éveillé - à ses livres...


Carte blanche à Fabrice Luchini
Complet au théâtre Paris-Villette
Reprise au Petit Montparnasse à partir du 20 mars