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samedi 31 mai 2008

La lettre, une aventure de haut vol

Une aventure de haut vol, les débuts de l'aéropostaleCe 23 septembre 1870, un immense ballon s'élève au dessus des toits de Paris. A son bord : Jules Duruof ; sa mission : escorter de pleines poignées de dépêches et de lettres. Le ballon s'appelle Neptune et n'a rien d'une invention de fantaisie. Il s'agit de rétablir les liaisons de la capitale assiégée par les Prussiens : voici quatre jours que les voitures postales ne peuvent plus sortir. Trois heures après son envol, immortalisé par le photographe et aéronaute Nadar, le Neptune se pose près d'Evreux.
C'est un succès. Le gouvernement décide alors de réaliser des ballons en série : jusqu'au 28 janvier 1871, pendant les quatre mois de siège, soixante-sept ballons quitteront Paris pour communiquer avec les armées et, pour les Parisiens, avec les proches de province.

Pour la suite de l'histoire, il faut bien sûr attendre l'invention de l'aviation grâce au toulousain Clément Ader. Près de trente ans après, en 1918, quelques mois avant la fin de la guerre, est mise en place la première ligne aéropostale ; elle est alors militaire. Dès cette époque, un jeune industriel, Latécoère, se lance dans le projet d'une folle ambition : créer une ligne aéropostale entre Paris et l'Amérique du Sud. L'avancée se fait par étapes : France-Maroc tout d'abord, puis Casablanca-Dakar en 1925. Les lieux traversés ne sont pas sans danger ; les pertes matérielles et humaines nombreuses. Aussi, pour porter secours aux avions égarés et négocier avec les populations locales, Antoine de Saint-Exupéry est nommé chef d'aérobase à Cap-Juby, un fortin en plein Sahara. Il y écrira Courrier sud.
Après bien des péripéties et de nouveaux exploits comme celui de survoler la Cordillère des Andes dû à Jean Mermoz notamment, le 7 janvier 1933, Buenos Aires est relié à Paris pour la première fois avec un seul et même avion, en seulement 14 heures de vol.

Telle est la belle aventure que le Musée des Lettres et Manuscrits fait revivre à travers une passionnante exposition consacrée aux débuts de l'aéropostale. Photos, cartes, lettres, manuscrits autographes, dessins (de Saint-Ex en particulier), affiches, carnets de vol et même menus dédicacés... entourent les beaux portraits de ces pionniers et héros que furent Montgolfier, Nadar, Ader, Blériot, Latécoère, Mermoz, Guillaumet... Aéronautes fous et obstinés qui en réalisant le vieux rêve de l'homme ont aussi fait voler les lignes, délivrant au plus vite aux êtres éloignés les mots qui ne pouvaient être entendus mais que la magie des lettres et de l'écriture permettait qu'ils soient dits et reçus.

La lettre, une aventure de haut vol
Les débuts de l'aéropostale
Musée des Lettres et Manuscrits
8, rue Nesle - Paris 6 (M° Odéon)
Jusqu'au 2 novembre 2008
TLJ sf le lun., de 10 h à 20 h (jsq 18 h sam. et dim.)

A lire : le dossier consacré aux débuts de l'aéropostale dans le magazine Plume
(n° 45 - juin/juillet/août 2008, 8 €)

Image : affiche Aéropostale, © Coll. Musée Air France

lundi 31 décembre 2007

Parlez-moi d'Amour ! au Musée des lettres et manuscrits

Parlez-moi d'amour ! Exposition au musée des lettres et manuscritsMots doux ou enflammés, mais mots toujours lyriques, à la fois si près du ridicule et si beaux. Que ne donnerait-on pas pour être dans l'état qui fait jaillir ce mouvement fou, ces mots maladroits, magnifiques, poétiques ?

Cette exposition de lettres et poèmes d'amour où, de Hugo à Piaf en passant par Apollinaire ou Picabia, les plus grands côtoient les plus célèbres voire les plus costauds, est à visiter tranquillement, au calme. Une ambiance que le Musée des lettres et manuscrits, dans un hôtel particulier retiré au fond d'un passage entre l'Odéon et la Seine, réserve à ses visiteurs heureux initiés.

Sous les vitrines, l'encre, les mots manuscrits, le papier vieilli et les sentiments si forts de tous ces disparus : l'émotion venue du passé ne tarde pas à renaître et très vite nous gagner. Magie de l'écriture.
Et des belles histoires, venues d'"anonymes" aussi, comme celle d'Alfred Roselau qui, durant le Siège de Paris en 1870-71, écrit à son épouse installée dans leur château d'Aubusson deux lettres par jour. N'ayant pas confiance dans le nouveau système postal du ballon monté, il affranchit ses lettres, inscrit au recto "A remettre à la Poste de France" et les attache à un ballon de baudruche qu'il laisse s'envoler de son balcon du 23 rue des Gravilliers dans le 3ème arrondissement de Paris. Il paraît que certaines sont arrivées à son heureuse destinataire...

Mais le clou de l'exposition est assurément la révélation au public d'un manuscrit exceptionnel. Il s'agit des lettres qu'Antoine de Saint-Exupéry a adressées, jusque dans les derniers mois avant sa disparition, en 1944, à une inconnue qu'il avait rencontrée dans le train et dont il était tombé immédiatement amoureux. La belle, mariée et enceinte, l'avait éconduit. Cet ensemble de douze feuillets, dont la moitié est ornée de dessins à l'aquarelle de l'artiste, est poignant au possible. Sur l'un des premiers, à côté du Petit Prince, on peut lire "Il était triste et donc injuste. J'ai cassé tout ce qu'il disait mais j'ai gardé le dessin parce qu'il est tellement ressemblant... Il n'est pas si méchant que ça mais il est tellement mélancolique".

Et puisqu'il est naturellement impossible de tous les citer, finissons sur ces mots écrits par Romain Gary à son amie Christel Kryland : "Et rien jamais, ni le mariage, ni l'amour ni les enfants ne te rapprocheront de moi plus que ça : l'effort d'être un homme".
Et voilà.

Parlez-moi d'Amour !
Exposition prolongée jusqu'au 18 mai 2008
Musée des lettes et manuscrits
8, rue de Nesle - Paris 6ème (M° Odéon, St-Michel, Pont-Neuf)
Du mar. au ven. de 10 h à 20 h, les sam. et dim. de 10 h à 18 h
Entrée 6 € (TR 4,50 €)
Programme des manifestations autour de l'exposition sur le site

lundi 13 août 2007

Albert Camus, René Char. Correspondance 1946-1959

Albert Camus René Char correspondanceDès leur première rencontre, en 1946, ils se reconnurent.

Derrière eux, il y avait la guerre, la Résistance, et les engagements d'avant-guerre.

Ils appartenaient à la même espèce d'hommes.

De ce passé, des combats menés, et de ceux à mener encore naquit un respect mutuel sur lequel s'épanouit une profonde amitié.

La correspondance d'Albert Camus et René Char suit le lien précieux que l'écrivain et le poète développèrent au fil de leurs écrits respectifs, de leurs doutes, de leurs succès, de leurs préoccupations.

Tous deux se tiennent au courant de leurs travaux, s'envoient ou se font envoyer leurs manuscrits à peine achevés, se dédicacent leurs livres.
Il tient dans ces gestes non seulement une admiration réciproque, mais aussi et surtout le sentiment de maintenir le cap dans la même direction.

Si l'un comme l'autre demeure le plus souvent laconique sur les difficultés qu'il rencontre, pour ne pas « encombrer » l'autre, ni alourdir un quotidien qu'il sait déjà chargé, l'ami vient rappeler sa présence, demander des nouvelles, renouveler sans cesse son soutien. Leur commune délicatesse est exemplaire.

Malgré la pudeur, lorsqu'avec le temps les soucis deviennent trop pesants, et qu'avec le temps aussi la confiance et l'estime se renforcent encore, ils s'épanchent plus longuement.
Leur correspondance en devient extrêmement attachante. La figure de Char se dessine à travers ses lettres de façon progressive. Colosse qui sait si bien se défendre (comme on peut le voir à travers les aventures littéraires de l'époque) et qui a souvent l'air de « protéger » un Albert Camus en proie à la maladie aussi bien qu'aux attaques virulentes, notamment de Jean-Paul Sartre, René Char se met pourtant à exprimer furtivement sa souffrance.
Quant à Camus, malgré l'anxiété permanente, et souvent pire, il ne lâche rien de son amour de la vie, de son humanisme.

Enviable amitié :

« Un peu, où êtes-vous, cher Albert ?
J'ai la sensation cruelle, tout à coup, de vous avoir perdu. Le Temps se fait en forme de hache.
A quand ? »
(carte postale de René Char, le 14 septembre 1957).

Réponse de Camus :

« Plus je vieillis et plus je trouve qu'on ne peut vivre qu'avec les êtres qui vous libèrent, et qui vous aiment d'une affection aussi légère à porter que forte à éprouver. (...) C'est ainsi que je suis votre ami, j'aime votre bonheur, votre liberté, votre aventure en un mot, et je voudrais être pour vous le compagnon dont on est sûr, toujours. »
(17 septembre 1957).

Et Char d'ajouter :

« Ils sont en si petit nombre ceux que nous aimons réellement et sans réserve, qui nous manquent et à qui nous savons manquer parfois, mystérieusement, si bien que les deux sensations, celle en soi et celle qu'on perçoit chez l'autre emporte même élancement et même souci ... »
(septembre 1957).

Mais c'est aussi à l'amour de la lumière du sud que les deux hommes se sont reconnus. L'un né en Algérie ne se fera jamais à Paris, l'autre natif de l'Isle-sur-Sorgue n'aura de cesse d'y revenir. C'est là-bas dans le Vaucluse qu'ils partageront et assouviront leurs besoins de soleil et de grands espaces.
René Char y invitera systématiquement Albert Camus et cherchera pour lui une maison à acheter dans la région.

En peu de mots, la communion sur ce sujet semble totale.

« Ici il pleut, Paris a sa gueule d'acné. Je vous envie d'être au pays, le seul. »
(Camus, le 19 septembre 1950).

« Le contre-poison à l'arbre de bâtisse parisien, c'est l'arbre saisonnier de la forêt. »
(René Char, 20 octobre 1952).

Et encore :

« Le bel arc-en-ciel de vos livres fait ma joie. ensemble, ils miroitent entre le jour et la lampe, comme une truite de la Sorgue, entre gravier et cresson.
»
(René Char, 29 octobre 1953).

Albert Camus – René Char, Correspondance 1946-1959
Edition établie, présentée et annotée par Franck Planeille
Gallimard, 263 p., 20 € (mai 2007)

mardi 22 mai 2007

Un plaisir trop bref (lettres). Truman Capote.

un plaisir trop brefLire la correspondance de Truman Capote (1924-1984) est un vrai régal.
Fichtre, quelle plume !

Et quel personnage attachant se dessine entre les lignes de l'auteur de ces lettres ! On est loin de l'image de la fofolle en châle griffé débarquant avec fracas au fin fond du Kansas pour enquêter sur ce qui deviendra De sang-froid.

Truman Capote est certes cela, et alors il amuse ou irrite ; mais sa personnalité est infiniment plus intéressante.

Ecrivain d'abord et avant tout, son travail est au centre de ses préoccupations, de ses angoisses, de ses apaisements. Et il travaille comme un fou ; même alité, il ne s'arrête pas.

Mais « l'écrivain de la décennie », titre que lui valut De sang-froid après sa publication en 1966 écrivait aussi beaucoup de lettres.
Il le faisait en partie, et il le dit clairement, pour avoir la joie de recevoir à son tour des nouvelles de ses amis, et si possible, les commérages que ceux-ci pouvaient lui confier.
Ce besoin était particulièrement pressant au cours des années qu'il a passées loin de New-York, les plus prolifiques du reste.
Pour pouvoir écrire (mais aussi en raison du sort réservé aux homosexuels aux Etats-Unis dans les années 1950), il s'isolait en effet de longs mois en Europe, de préférence dans une île, comme en Sicile ou à Paros, ou sur la Costa Brava, puis au Verbier, dans les Alpes suisses. Dans son exil, il tenait à demeurer informé de tout ce qui se passait dans son milieu, et ne se privait pas de le commenter dans ses lettres.

Mais la raison de cette abondance correspondance ne tient pas qu'à ce goût pour les potins. A la lire, on sent qu'il avait un vrai plaisir à les écrire, y faisant le point sur son travail, sa santé, ses états d'âme, ses relations, ses avis et critiques sur la littérature contemporaine, les créations théâtrales, les films ... Si bien que ce recueil de lettres finit par constituer un journal, d'où un immense plaisir de lecture.

Ecrite dans l'instant, cette sorte d'autobiographie n'a rien de l'empesé des mémoires. Bien au contraire, quelle liberté de ton, quel naturel, quel enlevé ! D'ailleurs, au fil des années, le style est de plus en plus spontané – manque de temps pendant l'écriture de De sang-froid ? Il semble plutôt que son écriture soit de plus en plus assurée.

Puis, après l'immense succès de De sang-froid, Truman Capote n'est plus le même ; il n'écrit presque plus que quelques cartes postales. Il tombe dans l'alcool et autres dépendances.
L'écriture devient lourde, ordinaire, dénuée d'humour.
Comme si le colossal travail d'écriture de De sang-froid lui avait pompé une énergie qu'il n'a jamais pu retrouver.
Quel contraste, et quelle tristesse, tout à coup ...

Mais avant d'en arriver là, le lecteur aura passé près de 500 pages passionnantes avec Truman Capote, dont l'ironie mordante cohabite avec la délicatesse, la générosité et la tendresse, et dont l'humour réjouit en permanence.
Il aura aussi eu quelques nouvelles de Lee Harper, Carson McCullers, la famille Chaplin, André Gide ... et, bien sûr, il aura suivi « en direct », presque au jour le jour, l'écriture de son chef d'œuvre.
Ce n'est pas rien.

Un plaisir trop bref (lettres). Truman Capote
Traduit de l'américain par Jacques Tournier
Editions 10/18 (2007)
510 p., 15 €

mardi 1 mai 2007

Calamity Jane. Lettres à sa fille

Lettres à sa filleLa terrible Calamity Jane qui chevauchait à travers le Grand Ouest, se mêlait aux batailles, jouait et buvait parmi les hommes, était aussi une tendre maman.

L'exposition organisée au Musée des Lettres et des Manuscrits (1) trace un portrait tout en contrastes de cette femme de légendes autour de l'album manuscrit des lettres que Calamity Jane a écrites à sa fille, laquelle n'en a eu connaissance qu'après la mort de sa mère.

La lecture de ces fameuses lettres, dans une nouvelle édition corrigée et enrichie, a quelque chose de surprenant et de très attachant.

On y découvre une Calamity Jane en proie à la solitude et à des souffrances morales plus pesantes encore que les rudes conditions d'existence qui sont les siennes dans l'Ouest.
On y voit une maman cow-girl se soucier du bonheur de sa fille, mettre les points sur les i pour qu'elle soit fière de ses origines, que la mémoire de ses parents ne soit pas salie.
Sa plume franche et sans détour amuse ou effraie lorsqu'elle relate son quotidien, mais prend aux tripes dans ses moments de tendresse et de découragements.

J'espère qu'un jour tu pourras venir dans ce pays, tu sauras alors comment j'ai dû exister. Encore deux ans et j'irai te voir, Chérie je sais qu'alors je me sentirai mieux à ton sujet. (...) T'abandonner m'a presque tuée, Janey.

Je me demande souvent dans quelles mains ces pages finiront par tomber. Je veux croire que tu seras cette personne un jour après que je serai partie. Je l'espère car c'est toi que j'aime Janey. Il ne me reste plus personne sur terre à part toi. Je m'endors chaque nuit avec ta photo serrée contre mes lèvres. Oh si seulement je pouvais t'avoir la nuit tombée pour une heure aux côtés des feux de camp pour briser cette solitude.

Ma vie avec ton père, je saurai toujours que ce furent les jours les plus heureux de ma vie, Janey. Dans mon errance sans but, je l'ai rencontré. Il a reçu son surnom de Wild Bill à Rock Creek, Kansas, parce qu'il avait tué en légitime défense une bande de meurtriers, ce qui l'a rendu fameux comme grand tireur des deux mains. Les hors-la-loi le traquaient à plusieurs, ils étaient toujours une demi-douzaine ou plus à l'avoir dans leur ligne de mire. Souviens-toi, Janey, son nom ne mourra jamais tant que le soleil brillera.

A la fin du recueil, sont ajoutées des lettres que Calamity Jane a écrites à Jim O'Neil, le père adoptif de sa fille.
La fibre maternelle se fait rage lorsqu'elle apprend le malheureux mariage de sa fille. On y retrouve tout le mordant et l'ironie Calamity Jane qui sont aussi pour beaucoup dans le plaisir de lecture de ces Lettres.

Je suis triste d'apprendre que le mariage de Janey est un échec. Ne vous-ai je pas dit qu'il n'était pas bien. Les journalistes sont tous des menteurs. Ils ne se soucient que de leur publicité et de convaincre les gens de leur intelligence alors qu'ils n'ont certes pas inventé le fil à couper le beurre. (...). Je remercie Dieu pour vous avoir vous et le révérend Sipes ».

Lettres à sa fille. Calamity Jane
Payot & Rivages
Collection Rivages Poche, Bibliothèque étrangère (janv. 2007)
Traduit de l'anglais par Marie Sully et Gregory Monro
113 p., 5,95 €

(1) Jusqu'au 13 mai prochain, voir le billet du 16 avril 2007

lundi 16 avril 2007

Calamity Jane ou les Légendes de l'Ouest

Calamity JaneFemme de légende, Calamity Jane l'était, mais peut-être pas tout à fait celle qu'on a longtemps cru.

Née en 1856 (?) dans une ferme du Missouri, elle se retrouve vite dans le Montana où la petite famille, attirée par l'or, a émigré.

Mais sa mère meurt alors qu'elle est encore toute jeune, avant que son père ne les quitte à son tour : Martha Jane Canary, de son vrai nom, prend alors en charge ses frères et soeurs.

Le monde sauvage du grand Ouest n'est pourtant pas fait pour les femmes seules. Alors Martha s'y adapte ; elle apprend à monter à cheval, manier le lasso, vivre au jour le jour, sillonnant les Etats du Wioming, du Montana, du Sud Dakota ...

Et pour se faire respecter dans ce monde d'hommes, elle se comporte comme eux : elle boit, fume, jure, s'habille comme les hommes, et aime à se trouver parmi eux.

En 1875, elle fait partie de la mission géologique envoyée par le gouvernement dans les Black Hills (Collines noires) du Dakota pour vérifier qu'il y a bien de l'or, comme la rumeur le prétend.
Si différentes versions s'opposent sur l'origine du nom de Calamity Jane, c'est à ce moment qu'il apparaît pour la première fois.

Ruée vers l'or, batailles de l'homme blanc contre l'homme rouge, grandes expéditions à la découverte de terres nouvelles à conquérir ... , ainsi naît la légende de Calamity Jane, première femme libérée venue s'immiscer dans ce monde dur régi par les hommes.

Entière, excessive même, son alcoolisme est notoire ; pourtant, Calamity Jane était aussi un cœur tendre.
Elle eut de nombreuses aventures, aima profondément, se maria même peut-être plusieurs fois.
Ceux qui l'ont côtoyée s'accordent à dire qu'elle était surtout très généreuse, toujours prête à aider les plus faibles, et vouant une affection toute particulière aux enfants.
Les enfants ? Nous y voilà.

La légende de Calamity Jane, qui a commencé de son vivant – dès la fin du XIX°, on vendait des livres très populaires et jouait des pièces mettant en scène ses exploits –, a été bâtie sur l'image d'une femme vivant à la dure dans un monde violent. Un mode de vie hors norme qui, pour une femme, ne permettait d'envisager une quelconque famille.

Or, le 8 mai 1941, coup de théâtre : Jean McCormick, 68 ans, invitée sur une émission de la radio CBS de New-York à l'occasion de la fête des mères, déclare être la fille de Calamity Jane. Pour preuves : les lettres que sa mère lui a écrites durant 25 ans sans jamais les lui envoyer !
Ces lettres viennent d'être rééditées dans une collection de poche, enrichie et corrigée¹.

On peut aussi les voir au Musée des Lettres et des Manuscrits de Paris, où une exposition est consacrée à la vie de Calamity Jane et aux Légendes de l'Ouest jusqu'à la fin du mois².
Parmi les nombreux documents, une lettre que Calamity Jane à écrite en 1898 à Jim O'Neil, le père adoptif de sa fille : '' Elle était si petite Jim et sa vie si elle était restée à mes côtés, aurait été sans avenir ... lorsque j'aurai rendu l'âme, gardez bien les petites affaires pour Janey (...). Je n'ai pas peur de mourir, mais je ne veux pas mourir seule.''

En revisitant cette légende admirable, on découvre le destin poignant de celle qui, en 1903, mourut sans le sou et seule, sans avoir expédié les lettres adressées à sa fille ; mais qui a fait en sorte qu'un jour sa petite Jean sache qui était sa mère, et trouve, dans ses mots, les preuves de son amour.


Calamity Jane ou les Légendes de l'Ouest
Une exposition conçue et réalisée par Gregory Monro
Prolongée jusqu'au 13 mai 2007
Musée des Lettres et des Manuscrits
8 rue de Nesle – Paris 6ème
Du mardi au vendredi de 10 h à 20h, samedi et dimanche de 10h à 18h.
M° Odéon, Saint-Michel ou Pont Neuf, bus 58 ou 70
www.museedeslettres.fr

(1) Lettres à sa fille. Calamity Jane
Rivages, collection Poche Bibliothèque étrangère (janv. 2007)
113 p., 5,95 €
(2) L'exposition au Musée des Lettres et des Manuscrits est prolongée jusqu'au 13 mai 2007, ainsi que Gregory Monro me l'a gentiment signalé.

vendredi 6 avril 2007

La grand'mère du narrateur. Délicatesse et littérature

proust2Un personnage des plus délicats, des plus discrets et des plus attachants à la fois de La Recherche est certainement la grand-mère maternelle du narrateur.

Très présente dans son enfance, d'une grande importance affective, elle sera celle qui, dans A l'ombre des jeunes filles en fleurs l'emmènera à Balbec, séjour initiatique fondamental pour lui.

Le début du premier volume, Du côté de chez Swann, met en scène nombre de situations et de « rites » familiaux. L'un d'eux, cruel pour sa grand'mère, marque particulièrement le tout jeune narrateur :

Ce supplice que lui infligeait ma grand'tante, le spectacle des vaines prières de ma grand'mère et de sa faiblesse, vaincue d'avance, essayant inutilement d'ôter à mon grand-père le verre à liqueur, c'était de ces choses à la vue desquelles on s'habitue plus tard jusqu'à les considérer en riant et à prendre le parti du persécuteur assez résolument et gaiement pour se persuader à soi-même qu'il ne s'agit pas de persécution ; elles me causaient alors une telle horreur que j'aurais aimé battre ma grand'tante.

Elle veillera de près sur son éducation, notamment en ce qui concerne ses lectures, fût-ce contre l'avis du père du narrateur. Ainsi s'explique-t-elle simplement lorsqu'elle choisit en définitive pour lui quatre romans de George Sand :

« Ma fille, disait-elle à maman, je ne pourrais pas me décider à donner à cet enfant quelque chose de mal écrit. »

Elle voue une adoration véritable aux Lettres de Mme Sévigné, goût que ne partage guère son amie Mme de Villeparisis.
Petite scène à Balbec où toutes deux en villégiature entretiennent une amitié attentionnée :

« Ah, oui, vous lisez Mme de Sévigné. Je vous vois depuis le premier jour avec ses Lettres (elle oubliait quelle n'avait jamais aperçu ma grand'mère dans l'hôtel avant de la rencontrer dans cette porte). Est-ce que vous ne trouvez pas que c'est un peu exagéré ce souci constant de sa fille, elle en parle trop pour que ce soit bien sincère. Elle manque de naturel. » Ma grand'mère trouva la discussion inutile et, pour éviter d'avoir à parler des choses qu'elle aimait devant quelqu'un qui ne pouvait les comprendre, elle cacha, en posa son sac sur eux, les Mémoires de Madame de Beausergent.


Bon week-end et bonne lecture à tous.

lundi 26 février 2007

Lettres d'Iwo Jima (Letters from Iwo Jima). Clint Eastwood

lettresAvec Mémoires de nos pères, Clint Eastwood a réalisé l'an dernier un film bouleversant dont le point de départ est la prise de l'Ile d'Iwo Jima par les Américains en 1945.

A peine débarqués, les Marines plantent le drapeau américain sur l'île. Un photographe immortalise l'instant ; la photo fait la Une des journaux. Afin de lever les capitaux dont le pays a besoin, le gouvernement s'en empare, exhibe les "héros". Mais aux aux yeux des intéressés, les véritables héros étaient au contraire leurs jeunes compagnons d'armes morts à Iwo Jima.

Clint Eastwood avait magnifiquement filmé les sentiments d'imposture et d'injustice ; le dégoût que les mises en scène patriotiques dont ils faisaient l'objet leur inspirait, y compris celui de soi-même .

C'était un film profondément touchant, terriblement humain.

Lors de la sortie de Mémoire de nos pères, Clint Eastwood annonçait qu'il avait d'ores et déjà tourné un autre film sur cet épisode de la guerre du Pacifique, mais vu du côté japonais.

Du premier au dernier plan, Lettres d'Iwo Jima se déroule sur cet affreux bout de rocher, "où il fait chaud, où il n'y a rien d'autre que du sable noir, des bestioles, et même pas d'eau", comme le dit l'un des personnages principaux, tout jeune soldat, au début du film.
Le nouveau commandant, héros très eastwoodien, organise les préparatifs de la bataille avec vigueur. Lorsque les Américains lancent l'offensive, les japonais sont prêts à tout pour défendre leur "terre sacrée".

D'une mise en scène magnifique, impeccable, servie par une photo noir et blanc nuancée, accompagnée d'une musique sobre, Clint Eastwood signe ici encore un film extrêmement humain.
Il y a un moment où on comprend à quel point son projet est réussi, où Lettres d'Iwo Jima répond véritablement à Mémoires de nos pères. C'est celui où les combats éclatent : les balles sifflent, le sable noir vole sous les tirs, les nuages de fumée se propagent. On tremble pour les japonais terrés dans les tunnels, et on se souvient avoir vu la même scène dans le premier volet du dyptique, et avoir alors tremblé de la même façon pour les Américains.

Là est aussi l'immense talent, la maîtrise totale d'Eastwood : il s'empare d'un sujet, la défaite des Japonais sur Iwo Jima, ce qui est en soi inédit ; et il adopte le regard des Japonais, il est complètement avec eux.
Le film a d'ailleurs été très bien accueilli au Japon où cet épisode douloureux était resté enterré, avec ses 20 000 morts, sur l'île-mémorial.

Avec Lettres d'Iwo Jima, Clint Eastwood poursuit la quête qu'il a entreprise depuis plusieurs films : celle du souvenir, de la mémoire, de l'importance de sa transmission.
Transmission qui se fait ici encore grâce à des lettres, les lettres que les pères ont écrites et laissées aux « enfants ».
Et sur ce thème, Eastwood demeure obstinément magistral ; le dernier plan du film est à couper le souffle.


Lettres d'Iwo Jima (Letters from Iwo Jima).
Clint Eastwood
Etats-Unis, 2006
Durée 2 h 19
A lire : la très bellle interview de Clint Eastwood
dans le numéro de février des Cahiers du Cinéma DVD : Ce film est sorti en dvd

mardi 20 février 2007

Juliette Drouet. Mon âme à ton cœur s'est donnée ... Victor Hugo (suite et fin)

drouet 2La vie que Juliette Drouet, immense amoureuse de Victor Hugo, dédie tout entière à l'écrivain n'est pas pour autant une vie cloîtrée.
Pendant plusieurs années, durant l'été, le couple part régulièrement en Normandie, en Bretagne, en Belgique, dans le Nord de la France, au bord du Rhin. Ces voyages sont source d'inspiration pour Victor Hugo ; il évoquera les paysages, en particulier la mer dans ses poèmes mais aussi ses peintures et dessins.

De son côté, Juliette attend avec impatience ces escapades estivales :

3 juin 1839, matin
Je sens couver en moi la la maladie du voyage et je suis sûre même que ce que j'attribue à l'effet de la vaccine vient de la fièvre périodique du voyage. Et je ne crois pas qu'il y ait d'autre ordonnance pour ce genre de maladie qu'un passeport, d'autre pharmacie que des auberges, d'autres émollients ou cataplasmes que les banquette de diligence ou de cabriolet. Qu'en dites-vous ? Moi j'en dis que je vous adore.
Juliette

Viendront ensuite les combats politiques : lors de la tourmente de 1848, Juliette Drouet tient un journal de l'insurrection que Hugo retranscrit parfois mot pour mot.
Puis, en 1851, c'est elle qui l'aide à quitter clandestinement Paris.
Durant les 19 années d'exil, elle restera fidèle à son amour, le suivant partout, s'installant près de lui à Guernesey.
Elle lui apportera un soutien sans faille :

Guernesey. 24 février 1870 jeudi matin 8 h
Bonjour, mon cher grand bien-aimé adoré, et salut à la République dont le 22ème anniversaire se lève aujourd'hui. Puisse-t-il te rendre à ta chère France cette année, afin que tu lui apportes tout ce qui lui manque depuis que tu l'as quittée : Lumière, Honneur, Paix et Bonheur. C'est le voeu héroïque et désintéressé de mon mon coeur (...)
Juliette

Après le retour à Paris en 1870, Juliette demeurera aux côté de Hugo, l'aidant, l'assistant, veillant sur le foyer comme une épouse, continuant à l'adorer comme l'amante qu'elle n'a jamais cessé d'être, poursuivant son écriture malgré la fatigue de l'âge :

Paris 11 juillet 1882 mardi matin 7 h ½
(...) Je ne sais quand, ni comment cela finira, mais je souffre tous les jours de plus en plus et je m'affaiblis d'heure en heure. En ce moment, c'est à peine si j'ai la force de tenir ma plume et j'ai grand peine à garder la conscience de ce que je t'écris. Je me cramponne cependant à la vie de toute la puissance de mon amour pour ne pas te laisser trop longtemps sans moi sur la terre. Mais hélas ! La nature regimbe et ne veut pas (...)
Juliette

Elle s'éteindra en 1883 ; Victor Hugo deux ans plus tard seulement.

L'homme infidèle aura été pour Juliette le poète fidèle :

Quand deux coeurs en s'aimant ont doucement vieilli,
Oh ! quel bonheur profond, intime, recueilli !
Amour ! hymen d'en haut ! ô pur lien des âmes !
Il garde ses rayons même en perdant ses flammes.
Ces deux coeurs qu'il a pris jadis n'en font plus qu'un.
Il fait, des souvenirs de leur passé commun,
L'impossibilité de vivre l'un sans l'autre.
(Juliette, n'est-ce pas, cette vie est la nôtre !)
Il a la paix du soir avec l'éclat du jour,
Et devient l'amitié tout en restant l'amour !

Victor Hugo, Toute la lyre, VI, 64 (1ère publication en 1897)


A la fin de l'exposition, un très beau et émouvant tableau représentant Juliette Drouet au soir de sa vie (image), fait écho aux portraits de la jeune Juliette exposés au début du parcours : celui de Champmartin, représentant Juliette toute fraîche, rebondie, belle, et celui de Léon Noël qui souligne l'ovale parfait du visage, ses grands yeux noirs, ses cheveux bruns et épais, ses épaules en courbes, ses lèvres charnues.
Juliette Drouet est désormais une vieille femme, ses longs cheveux sont devenus blancs, sa peau est ridée.
Mais ses yeux noirs ont la même profondeur, expriment le même mélange de résignation, de calme, de pugnacité et d'ardeur.
Comme si son amour fidèle avait conservé son énigmatique beauté, imprimé en elle une présence passionnée à la vie, gardé intacte, visible alors dans la seule expression du regard, une éternelle jeunesse.


Quand je ne serai plus qu'une cendre glacée,
Quand mes yeux fatigués seront fermés au jour,
Dis-toi, si dans ton coeur ma mémoire est fixée :
Le monde a sa pensée, moi, j'avais son amour !

Victor Hugo. Dernière Gerbe LXIX
Épitaphe de Juliette Drouet


Juliette Drouet. Mon âme à ton cœur s'est donnée ... Victor Hugo
Maison de Victor Hugo
Hôtel de Rohan-Guéménée
6, place des Vosges
Paris – 4ème
Tél. : 01 42 72 10 16
Jusqu'au 18 mars 2007
Tlj de 10 h à 18 h sauf lundi et jours fériés
Entrée : 7 € (TR : 5,5 € et 3,5 €)
Catalogue de l'exposition : 34 €

lundi 19 février 2007

Juliette Drouet. Mon âme à ton cœur s'est donnée ... Victor Hugo

drouetJulienne Gauvain (Juliette Drouet) est née le 10 avril 1806 à Faugères.
Elle n'a pas 2 ans lorsque ses parents, artisans-tailleurs, la laissent orpheline.

Son oncle la recueille et l'emmène avec lui à Paris ; puis la place au couvent de Sainte-Madeleine, rue Saint-Jacques.
Elle y restera 5 années.

Elle est une adolescente âgée de 15 ans à peine lorsque elle en sort pour faire à Paris l'apprentissage de la liberté.

En 1825, la belle jeune femme elle devient le modèle et la maîtresse du sculpteur James Pradier. De cette courte liaison naîtra Claire son unique enfant.

Très vite, celle qui prend alors le nom de Mlle Juliette décide de devenir comédienne, faisant ses débuts sur les planches au Théâtre du Parc à Bruxelles. Encouragée par la critique, elle revient rapidement à Paris.
Au début de l'année 1833, elle interprète la princesse Negroni dans la pièce de Victor Hugo Lucrèce Borgia au théâtre de la Porte Saint-Martin : l'auteur est complètement sous le charme de Juliette, alors âgée de 27 ans.
Le dramaturge et la comédienne deviennent amants dans la nuit du 16 ou 17 février 1833.

Du premier billet « Viens me chercher ce soir chez Mme K. Je t'aimerai jusque là pour prendre patience – et ce soir oh ! ce soir ce sera tout ! Je me donnerai à toi toute entière. » et de la première nuit s'ensuivront cinquante années de passion et cinquante années de correspondance ininterrompue, dont témoignent les 20 000 lettres écrites par Juliette Drouet à l'écrivain.

A travers l'exposition organisée à la maison Victor Hugo autour de lettres, gravures, dessins, peintures (de Manet, Redouté, Corot, Champmartin ...), sculptures, costumes, c'est avant tout le destin d'une amoureuse qui nous est restitué.
Mais c'est également de celui de Victor Hugo - car toute la vie de Juliette Drouet aura été indissociable de celle de l'écrivain - et à travers lui, d'une partie de l'histoire du XIX° siècle dont le couple illégitime à la longévité exceptionnelle témoigne.

A la suite de son échec retentissant dans le rôle de Jane dans Marie Tudor, Mlle Juliette tente en vain durant 5 années de jouer de nouveau .
Mais en 1839 à la demande de Hugo, elle abandonne définitivement la carrière théâtrale, se retire du monde et se voue à l'adoration de l'écrivain.

De femme de scène, la muse de Victor Hugo devient femme « de lettres » : l'écriture destinée à son amant devient son activité quotidienne :

12 septembre 1851. vendredi après-midi 2 h ½
O mon Dieu inspirez-moi la confiance puisque vous ne pouvez pas m'ôter l'amour. Faites que je croie en lui puisque je ne peux cesser de l'aimer (...) vous savez ce que je vous dis à vous seul,ô mon Dieu, avec toutes les larmes de mes yeux, avec toutes les tendresses de mon cœur, avec toutes les adorations de mon âme. Faites qu'il soit heureux, n'importe avec qui, n'importe comment pourvu qu'il le soit, et faites de moi ce que vous voudrez (...)

Elle sera aussi sa première lectrice, toujours attentive, admirative, passionnée, « vivant » véritablement les romans de Victor Hugo :

J'ai eu toutes les peines de m'endormir (...). Je ressens toutes les atroces tortures de ce pauvre « Jean Tréjean » (1) et je pleure malgré moi sur le sort de ce pauvre martyr, car je ne connais rien de plus navrant que cette pauvre Fantine et de plus douloureux que ce pauvre être abruti de « Champmathieur ». (...) Je partage leurs douleurs comme s'ils étaient de vrais personnages en chair et en os et tant tu les as faits nature. (...)

Ecrit-elle le 3 février 1848 après que l'écrivain lui a fait lecture à voix haute de passages des Misérables.


Mais le dévouement, l'adoration exclusive de Juliette pour Hugo ne sera pas qu'enfermement ; l'amoureuse passionnée partagera la vie de l'homme de lettres et de l'homme politique dans ses pérégrinations et ses combats.

A suivre demain.


(1) nom de Valjean à cette époque de la rédaction du roman qui avait alors pour titre Les Misères.


Juliette Drouet. Mon âme à ton cœur s'est donnée ... Victor Hugo
Maison de Victor Hugo
Hôtel de Rohan-Guéménée
6, place des Vosges
Paris – 4ème
Tél. : 01 42 72 10 16
Jusqu'au 18 mars 2007
Tlj de 10 h à 18 h sauf lundi et jours fériés
Entrée : 7 € (TR : 5,5 € et 3,5 €)
Catalogue de l'exposition : 34 €