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Tag - littérature française

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vendredi 19 janvier 2007

Proust : Un amour de Swann

proust&Dans le premier volume de la Recherche, Proust brosse le portrait de Charles Swann, être raffiné, cultivé, discret, reçu dans les milieux les plus élevés.

N'est-il pas celui qui a cette phrase merveilleuse :

"Ce que je reproche aux journaux, c'est de nous faire faire attention tout les jours à des choses insignifiantes, tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie les livres où il y a les choses essentielles."

Sa passion pour Odette de Crécy, « cocotte » qui deviendra sa femme, va l'emmener à fréquenter assidûment les mercredi de Mme Verdurin, cercle réunissant quelques artistes, médecins, milieu petit bourgeois où il n'aurait jamais mis les pieds s'il n'avait voulu Odette pour lui tout seul.

Morceaux choisis de cet amour fou.

L'émotion de l'attente :

Et il s'était si bien dédoublé que l'attente de l'instant imminent où il allait se retrouver en face d'elle le secoua d'un de ces sanglots qu'un beau vers ou une triste nouvelle provoquent en nous, non pas quand nous sommes seuls, mais si nous les apprenons à des amis en qui nous nous apercevons comme un autre dont l'émotion probable les attendrit.

L'anxiété et la jalousie:

Il la voyait mais n'osait pas rester de peur de l'irriter en l'ayant l'air d'épier les plaisirs qu'elle prenait avec d'autres et qui – tandis qu'il rentrait solitaire, qu'il allait se coucher anxieux comme je devais l'être moi-même quelques années plus tard les soirs où il viendrait dîner à la maison, à Combray lui semblaient illimités parce qu'il n'en avait pas vu la fin.

L'aveuglement :

Swann comme beaucoup de gens avait l'esprit paresseux et manquait d'invention. Il savait bien comme une vérité générale que la vie des êtres est pleine de contrastes, mais, pour chaque être en particulier, il imaginait toute la part de sa vie qu'il ne connaissait pas comme identique à la partie qu'il connaissait. Il imaginait ce qu'on lui taisait à l'aide de ce qu'on lui disait.

Le désespoir lorsque Odette lève le voile sur ses « quelques » tromperies :

Swann avait envisagé toutes les possibilités. La réalité est donc quelque chose qui n'a aucun rapport avec les possibilités, pas plus qu'un coup de couteau que nous recevons avec les légers mouvements des nuages au dessus de notre tête, puisque ces mots « deux ou trois fois » marquèrent à vif une sorte de croix dans son coeur.

Les grandes lignes des rapports que le narrateur lui-même établira plus tard avec les femmes, notamment Gilberte, la fille de Swann, sont peut-être tracées ...

Bon week-end à tous !

jeudi 18 janvier 2007

Les sœurs de Prague - Jérôme Garcin

garcinLe roman commence par une cinglante lettre d'insultes bien soignée adressée par une certaine Klara à un « cher petit grand con ».

Le « cher petit grand con » en question, c'est le narrateur. Ecrivain, il mène sa vie d'habitudes à l'abri des passions. Un peu indécis, il est un garçon rangé et propre.

Pourtant, très vite, il va tomber sous la coupe de Klara, agent artistique à l'ambition dévorante, aussi puissante qu'elle est séduisante.
Le roman raconte l'ascension de l'agence de Klara, à laquelle s'est jointe sa soeur Hilda, puis de sa chute vertigineuse, et des « dommages collatéraux » qu'elles feront sur le narrateur...

Dans quel état notre « petit écrivain » sortira-t-il de cet ouragan ? Certainement dévasté, mais ce n'est pas si simple.
N'avoue-t-il pas : « J'ignore ce qui me lie à ce destin brisé et pourquoi il me tient éveillé, alors que j'ai tout abdiqué. Je ne sais pas davantage d'où vient que j'aie le sentiment de lui être redevable. Elle ne m'a pourtant apporté, depuis notre première rencontre, que des déconvenues (...) Mais elle m'a aussi révélé, le voulait-elle seulement, la part la plus noire de mon âme. Elle m'a sauvé du confort, elle a griffé ma bonhomie, elle m'a dessillé. En somme, je lui dois de ne pas m'être assoupi. »

Dans sa façon de décrire par le détail de menus gestes quotidiens, dans sa manière d'installer l'intrigue autour d'une mystérieuse blonde aux yeux verts ... il y a du Jean Echenoz dans cette plume-là.
On retrouve vite, toutefois, le pays d'Auge, Stendhal, les chevaux, l'écriture léchée et un peu mélancolique qui signent bien leur auteur, celui de Théâtre intime et de Cavalier seul.

C'est avec un vif plaisir qu'on découvre l'ironie de Jérôme Garcin lorsqu'il croque sans complaisance le petit-bourgeois et l'hypocrisie de certains milieux artistiques.
Mais il y a aussi beaucoup de bonheur à retrouver, au fil des pages, la bienveillance de Jacques Chessex, le génie de Kundera, la légèreté des Demoiselles de Rochefort... et l'irrésistible douceur de certaines journées d'automne.

Les sœurs de Prague
Jérôme Garcin
Gallimard
175 p., 14,50 €
Lire les bonnes feuilles

vendredi 12 janvier 2007

La petite madeleine de Proust

proust&En novembre 1913, Marcel Proust publie à compte d'auteur le premier volume de la Recherche, Du côté de chez Swann.

Les éditions Gallimard acceptent rapidement le deuxième volume, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, pour lequel il reçoit le prix Goncourt en 1919.

Le dernier volume, le Temps retrouvé, sera publié en 1927.

Le passage le plus fameux de son œuvre est celui de la petite madeleine qu'il déguste avec une cuillère de thé, saveur grâce à laquelle il va retrouver un doux souvenir.

C'est le tout début de la recherche du temps perdu, qu'il poursuivra sur plus de 3000 pages. Depuis près d'un siècle, cette quête, portée par une écriture incomparable, touche inlassablement le lecteur.

L'extrait de la petite madeleine, c'est la très chaleureuse invitation de Mag à lire ou relire, toutes affaires cessantes, l'oeuvre de Marcel Proust.

Bon week-end à tous.

« Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j'avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d'abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, finalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse : ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi. (...)
Et tout à coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. (...) Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, les plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir. »