www.maglm.fr

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 10 mai 2009

Elégance et modernité 1908-1958 : un Renouveau à la Française

Elégance et modernité, exposition à la Galerie des Gobelins, paravent PyrénéesLes amateurs d'arts décoratifs ne peuvent que trouver leur bonheur dans la nouvelle exposition visible depuis le 5 mai à la Galerie des Gobelins. La quatrième depuis sa réouverture en 2007 et, une fois de plus, une démonstration de la richesse et de la qualité du fonds détenu par le Mobilier national et les Manufactures nationales.

Avec Elégance et modernité 1908-1958, la sélection embrasse cinquante ans de production mobilière, période passionnante puisqu'elle fut celle d'une étroite collaboration entre les trois établissements des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie (réunis administrativement en 1937 seulement). De plus, phénomène tout aussi nouveau, l'association entre les artistes qui dessinèrent les meubles et ceux qui en réalisèrent la "peinture" en tapisserie fut également très forte.

Ce processus créatif a eu pour résultat une nette cohérence entre la forme et le motif. D'où l'élégance parfaite des meubles, un régal pour l'œil, qui tourne autour des dossiers finement sculptés, descend vers les pieds délicatement courbés, caresse les laques et les essences de bois précieux, flatte la marqueterie, la dorure, le galuchat et la patine.
Ces joliesses constituent l'écrin de pièces de tapisseries tout aussi recherchées. Car à partir de 1908, le directeur des Gobelins, puis celui de Beauvais en 1917, et ensuite leurs successeurs ont initié un renouvellement des motifs pour ce mobilier destiné à orner les palais de la République, demeures présidentielles et ambassades.
Représenter le savoir-faire et le bon goût français encore et toujours, mais en le modernisant. On fait appel aux grands décorateurs de l'époque pour créer les cartons : Raoul Dufy, Paul Vera, Odilon Redon, André Groult, proches du monde de la haute-couture et du luxe national.
Avec Paris, ensemble composé d'un spectaculaire paravent et de multiples sièges, Dufy réalise un tableau de la capitale des plus bucoliques, où les monuments les plus célèbres sont magnifiés dans un décor tout de rose, de bleu et de mauve, réalisé sur un tissage extrêmement serré, héritage de la finesse de travail atteinte au XIXème siècle.

Sac à main à l'exposition Elégance et modernité de la Galerie des GobelinsCe renouveau thématique est visible tout au long de l'exposition. On représente (en poétisant beaucoup) les régions de France, les Pyrénées, la Provence..., les fleuves, mais aussi des oiseaux exotiques et des scènes arabes ; on illustre les contes de fées ; on montre les villes et la nature à la manière des peintres. En haut de l'escalier d'honneur, il ne faut pas manquer (sa pâleur pourrait la faire passer inaperçue, à côté d'une profusion de couleurs) "l'adaptation tapissière" des Nymphéas de Monet : quelle délicatesse, quel fondu, et quel contraste aussi entre la transparence du motif et la chaleur du support !
La production du Mobilier national reflète aussi les aspirations de son temps. Apparaissent ainsi les thèmes du sport et des loisirs, vogues nées dans cette première moitié du XXème siècle. Dans ce registre, au rez-de-chaussée, l'on découvre avec ravissement, sur canapé et fauteuils, Les beaux dimanches de Paul Vera et René Prou, ode nette et pimpante à l'heureux temps des loisirs, ou encore le surprenant Plaisirs de la plage, où modernité et histoire se mêlent : sur un divan aux formes pures et contemporaines, dans des coloris très clairs et lumineux, les plaisirs de la plage prennent les traits de figures mythologiques, comme pour faire un dernier clin d'œil à la tradition du noble motif...

Galerie des Gobelins
42, av. des Gobelins - Paris XIIIème
Jusqu'au 26 juillet 2009
Tlj sauf le lundi de 12 h 30 à 18 h 30
Entrée : 6 € (TR 4 €)
Visite avec conférencier les mer., ven. et sam. à 15 h 30 et 17 h (10 €, TR 7,50 €)
Gratuité le dernier dimanche de chaque mois

Images : Augustin HANICOTTE et Eric BAGGE, Les Pyrénées, paravent, 1926 © Isabelle Bideau / Mobilier national
et CHOUASNARD, sac à main, 1928, © Isabelle Bideau / Mobilier national

jeudi 15 novembre 2007

Biedermeier, de l’artisanat au design. Musée du Louvre

Biedermeier, exposition au LouvreAprès les excès du rococo, les arts décoratifs marquent à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle un retour aux sources classiques grecques et romaines, inspirations majestueuses qui siéront à l'Empire avec ses marbres, ses bronzes dorées, ses soieries et ses damas de velours.
Alors que le style Empire français se répand en Europe, se développe à partir de 1815 en Autriche, dans cette mouvance néo-classique, un style original que l'on appellera rétrospectivement Biedermeier.
Il ne tardera pas à gagner les autres régions de l'Europe orientale et de l'Allemagne, où il perdurera jusqu'à 1850 environ.
Le nom de Biedermeier est celui d'un personnage de fiction créé tardivement pour un hebdomadaire satirique munichois pour parodier le mode de vie de la société bourgeoise d'Europe centrale. Si effectivement ce type de mobilier robuste et confortable évoque avant tout les milieux bourgeois conservateurs du début du XIXème siècle, l'on apprend en parcourant l'exposition que les idées esthétiques à l'origine de ce mouvement furent d'abord promues par la famille impériale autrichienne et par l'aristocratie. Celles-ci, après les guerres napoléoniennes, rejettent le grandiose et l'ostentatoire (qui avait cours en France) et mettent en avant un mode de vie replié sur les valeurs morales et la sphère familiale.
Et, contrairement à ce que ses lignes simples et sa faible ornementation laissent présumer, le mobilier et les arts décoratifs Biedermeier sont au départ des œuvres artisanales. Ce ne sera qu'à partir des années 1830-1840 que l'Empire Austro-Hongrois adoptera les modes de fabrication industriels développés plus précocement en Angleterre et que le style se diffusera alors dans les intérieurs bourgeois.
L'exposition vaut le détour tant il est vrai que le Biedermeier est un style singulier, une sorte de synthèse lointaine du Regency anglais et de l'Empire français, mais qui, surtout, annonce le design moderne adapté à la production de masse.
Cela est frappant avec les arts de la table : dès le début du XIXème siècle, les modèles d'orfèvrerie sont extrêmement dépouillés si bien que les plats et les théières paraissent étonnamment "d'aujourd'hui".
Les meubles sont certes imposants, parfois même un peu "mastoc", mais leur grandes lignes géométriques arrondies, leur sobriété évoquent un sens pratique, voire un souci d'ergonomie novateur et séduisant. Les bureaux révèlent des rangements astucieux, les tables deviennent multi-usages, les chaises s'équipent de dossiers en éventail, bas et courbés. L'austérité des formes était par ailleurs largement réchauffée et égayée par le choix des couleurs de garniture et de papier peint, avec des jaunes, des bleus et des verts très vifs.
La simplicité et l'épure, le pragmatisme voire l'audace confèrent au Biedermeier, deux siècles après son émergence, un aspect moderne tout à fait surprenant.

Biedermeier, de l’artisanat au design
Musée du Louvre
Aile Sully, 1er étage, salle de la Chapelle
Jusqu'au 14 janvier 2008
TLJ sauf le mar., de 10 h à 18 h, nocturne (22 h) mer. et vend.
Entrée 9 €, 6 € après 18 h mer. et vend. (billet collections permanentes)
Catalogue, en partenariat avec le musée de Milwaukee, le musée historique de Berlin et l’Albertina de Vienne (Coédition Musée du Louvre Éditions /Officina Libraria /Éditions Nicolas Chaudun), 240 p., 35 euros.

mercredi 14 février 2007

Grammaire des Arts Décoratifs. De la Renaissance au post-modernisme

grammairePour ceux qui ont aimé le Musée des Arts décoratifs, ceux qui n'y connaissent rien et le regrettent parfois, ceux qui ont quelques notions éparses des différents styles et souhaitent les préciser et/ou en acquérir une vision d'ensemble, pour ceux, enfin, nombreux, qui se trouvent intimidés au seuil d'une échoppe d'Antiquités, voici un précieux ouvrage : la Grammaire des Arts Décoratifs.

Ce très beau livre devrait combler affamés et curieux : de la Renaissance au post-modernisme, il fait le tour des courants esthétiques majeurs sur une période de plus de 500 ans.

Baroque, Rococo, néo-classicisme, Arts & Crafts, Art Nouveau, Art Déco, Art contemporain ... chaque chapitre, après une introduction fort utile qui place le mouvement dans son contexte et en donne les principales lignes, présente un panorama du mobilier, des arts du verre, de la céramique, du textile, papier peint, orfèvrerie ...

Illustrée d'une abondante et riche iconographie, la Grammaire présente en outre l'intérêt d'offrir une vision internationale des arts décoratifs. Ainsi, les productions des pays européens les plus dynamiques dans ce domaine, ainsi que les Etats-Unis sont autant représentés que les créations françaises.

Un bel ouvrage à avoir chez soi, à consulter au fil des ans ...

A signaler également : les éditions Le Robert ont publié récemment le Dictionnaire des mobiliers et objets d'art du Moyen Age au XXIème siècle. On y retrouve la qualité qui a fait le succès des dictionnaires Le Robert. L'ordre alphabétique permet de proposer une foultitude de notions, y compris les plus techniques. Mais pour une approche plus généraliste et initiatique, le dictionnaire est également aéré de dossiers thématiques sur les principaux courants qui ont marqué les arts décoratifs.

La Grammaire et le Dictionnaire : deux ouvrages de référence qui se complètent parfaitement.


Grammaire des Arts Décoratifs. De la Renaissance au post-modernisme
Noël Rilay, Patricia Bayer
Flammarion
545 p., 70 €

Dictionnaire des mobiliers et objets d'art. Du Moyen Age au XXIème siècle
Anne Lovreglio, Aurélia Lovreglio
Le Robert
480 pages, 42 €

mercredi 17 janvier 2007

Autour de 1900 : un ensemble Art nouveau. La donation Rispal

rispalcobra Antonin Rispal fut un passionné à qui les amateurs d'Art Nouveau peuvent dire un grand merci !

Une gratitude qui vaut aussi pour son épouse et sa fille, qui ont fait donation au Musée d'Orsay, deux après sa mort, de 300 pièces de son exceptionnelle collection.

Auvergnat venu en 1945 à Paris où il réussit dans l'hôtellerie, Antonin Rispal (1920-2003) s'éprend d'objets et meubles "style 1900" et commence très vite à les collectionner.

Ainsi, dans les années 1960, il va s'attacher à défendre un Art Nouveau, qui en avait alors bien besoin.

Ce style d'art décoratif, né à la fin du XIX° siècle, associé à la ligne courbe, sinueuse, asymétrique ; à l'emploi de formes organiques ou naturelles et à des structures géométriques, était en effet tombé dans le mépris dès les années 1910.

Pour accueillir la donation, le Musée d'Orsay organise une exceptionnelle exposition.

Le public découvrira ainsi une rare table à ouvrage en marqueterie de Dielh, présentée à l'Exposition universelle de 1878, ornée de petites tortues et sauterelles en bronze ; une cheminée élancée en bois sculptée qui n'est pas sans rappeler les célèbres entrées en fonte du métro parisien dessinées par Guimard, dont on verra, un peu plus loin, un modèle de plaque en plâtre satiné.

On admirera le mobilier de Pérol, aux formes courbes, en acajou orné de cuivre doré, celui de Bugatti, qui allie des formes géométriques et légères à un travail de marqueterie d'os et d'incrustation d'étain, presque d'inspiration andalouse, la vitrine Orchidées de Majorelle, un bureau de dame de Gallé, de magnifiques vases en verre translucide bleu et violet de Jean, aux lignes douces en volutes et corolles...

Dans le dernier espace, consacré au souvenir de Sarah Bernardt, une verrière à quatre panneaux déploie ses couleurs, un très beau lampadaire en métal patiné s'orne de roseaux et libellules...

Une exposition exemplaire des arts décoratifs de style 1900, qui avaient été inspirés par le désir de rompre avec les styles antérieurs, avec un objectif nouveau : rendre les arts décoratifs accessibles à des classes sociales plus étendues...


Le coup de coeur Mag :

Des sculptures de verre, oeuvres de Josette Rispal, fille du collectionneur, émaillent l'exposition. Ainsi, dans le 2ème espace, de surprenantes Fleurs lunaires et Fleurs intérieures sont posées à même le sol en un émouvant bosquet en verre de Murano, aux couleurs bleu, rouge, violet, vert, toutes magnifiques.
Un ensemble floral devant lequel on reste longtemps, fasciné par ce troublant mélange de force et de fragilité, de matière et de poésie, de naturel et de sophistication...
Une vraie découverte.

Musée d'Orsay 1 rue de la Légion d'Honneur Paris 7ème
Jusqu'au 28 janvier, TLJ sauf le lundi, de 9h30 à 18h et le jeudi jusqu'à 21h45
Tarif : 7,50 € (le dimanche : 5,50 €)
Gratuit le 1er dimanche du mois
Catalogue de l'exposition : 60 €
Photo : Presse-papier de Jean Dunand