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vendredi 10 août 2007

La fugitive. Le deuil d'Albertine

Marcel Proust La RechercheLe narrateur est terrassé de chagrin par la mort d'Albertine.

Mais petit à petit et inexorablement l'oubli fait son oeuvre :

« On n'est que par ce qu'on possède, on ne possède que ce qui nous est réellement présent, et tant de nos souvenirs (...) partent faire des voyages loin de nous-même, où nous les perdons de vue ! »

Les souvenirs s'en vont-ils pour autant définitivement ?

Ils ont des chemins secrets pour rentrer en nous. Et certains soirs, m'étant endormi sans presque plus regretter Albertine – on ne peut regretter que ce qu'on se rappelle – au réveil je trouvais tout une flotte de souvenirs qui étaient venus croiser en moi dans ma plus claire conscience, que je distinguais à merveille.

Au fur et à mesure que le souvenir d'Albertine s'éloigne, il se met à la voir autrement.

Il s'aperçoit alors seulement à quel point il l'aimait car « Une impression de l'amour est hors de proportion avec les autres impressions de la vie, mais ce n'est pas perdu au milieu d'elle qu'on peut s'en rendre compte ».

C'est avec beaucoup de tendresse et de respect qu'il pense alors à Albertine et à la dernière soirée qu'ils ont passé ensemble avant sa fuite :

Je tâchais d'embrasser l'image d'Albertine à travers mes larmes en pensant à toutes les choses sérieuses et justes qu'elle avait dites ce soir-là.

Dévoré par le remords, il refait le scénario, s'invente des « si » et leur suite plus favorable :

Or cette Albertine si nécessaire, de l'amour de qui mon âme était maintenant presque uniquement composée, si Swann ne m'avait pas parlé de Balbec je ne l'aurais jamais connue.

Réflexions qui immanquablement mènent à une culpabilité qui en rappelle une autre :

Et ainsi il me semblait que par ma tendresse uniquement égoïste j'avais laissé mourir Albertine comme j'avais assassiné ma grand'mère.

Très bel été, très belles lectures à tous.

vendredi 3 août 2007

La Fugitive. La mort d'Albertine

Marcel Proust La RechercheAlbertine est partie et ne reviendra pas.

Elle s'est tuée au cours d'une promenade à cheval, ainsi que Mme Bontemps l'a annoncé dans une lettre.

La nouvelle de la mort d'Albertine, aussi brutale qu'inattendue laisse le narrateur complètement « sonné », dans un de ces états où l'on ne parvient ni à bouger, ni à rester vraiment immobile :

L'élan de ces souvenirs si tendres, venant se briser contre l'idée qu'elle était morte, m'oppressait par l'entrechoc de flux si contrariés que je ne pouvais rester immobile ; je me levais, mais tout d'un coup, je m'arrêtais, terrassé.

A partir de ce jour, même l'aurore est différente ; elle n'est plus désormais que lumière froide et blafarde venant rappeler avec cruauté la chaleur de l'aube au temps d'Albertine :

Le même petit jour que je voyais au moment où je venais de quitter Albertine encore radieux et chaud de ses baisers, venait tirer au-dessus des rideaux sa lame maintenant sinistre dont la blancheur froide, implacable et compacte me donnait comme un coup de couteau.

Le profond chagrin dans lequel le narrateur s'enfonce lui fait renoncer à ses désirs les plus anciens et pourtant demeurés les plus vifs :

Cette Venise où j'avais cru que sa présence me serait importune (sans doute parce que je pensais confusément qu'elle m'y serait nécessaire), maintenant qu'Albertine n'était plus, j'aimais mieux ne pas y aller.

Bel été et belles lectures à tous.