Des libellules,
des plumes de paon, des pivoines, des iris, des fleurs de chèvrefeuille, des
glycines, des jonquilles et des magnolias : ces splendeurs fragiles et
éphémères, Tiffany les a rendues éternellement vivantes, chatoyantes et
fraîches.
Un paradoxe magnifique puisqu'elles sont figées dans le verre et serties dans
le plomb...
Tels sont le talent, l'inventivité et l'audace incroyables de Louis Comfort
Tiffany (1848-1933) : faire entrer ces motifs délicats dans les maisons et
les appartements, mais en y faisant pénétrer aussi la lumière.
Son médium : le verre, le verre, encore et toujours le verre.
Si ses aspirations sont celles de son temps, Orientalisme, Japonisme,
Symbolisme, Art nouveau et Art déco, lui seul est en revanche l'inventeur de
mille et une façons de travailler ce matériau, tant sur le plan de la technique
que dans la façon de l'utiliser.
Dès le début de sa carrière de décorateur d'intérieur, ses innovations lui valent un grand succès auprès de la riche clientèle américaine, tels Henry O. Havemeyer de l'American Sugar Refining Company, l'écrivain Mark Twain ou le président Chester Arthur. Il fait réaliser des paravents, des chenets, des écrans de cheminée, des panneaux muraux... qui ne ressemblent à aucun autre, incrustés de mosaïques de verre serties dans du fil métalliques aux volutes orientales. Il associe les lignes géométriques et les éclats irréguliers, la couleur et le noir, avec un style assuré qu'il ne cessera d'épanouir par la suite.
Déambuler librement comme dans une galerie dans l'exposition très agréablement mise en scène par Hubert Le Gall (le scénographe notamment de Mélancolie en 2005 au Grand Palais et de Lalique dans ce même musée du Luxembourg en 2007) permet d'admirer tous les aspects de l'oeuvre de Tiffany : les célèbres lampes, bien sûr, placées au centre, véritables bouquets à elles seules avec leurs motifs floraux ; sur les côtés, les vases aux formes organiques, que le verrier a interprété de multiples façons. Commercialisés sous le nom de Favrile (du latin fabriles, fait à la main), certains sont enrobés d'une couche de verre transparente et incrustés de fleurs "en flottaison", d'autres, les lava ont l'aspect de la matière en fusion, très inspirés des céramiques japonaises aux formes libres.
Tiffany a
également réalisé des bijoux et d'adorables objets décoratifs, comme cet
encrier en verre et argent, ou des flacons à parfum en or, tourmaline et verre.
Louis Comfort était bel et bien le fils du joailler new-yorkais Charles Lewis
Tiffany : dans sa jeunesse, il avait baigné tant et plus dans le célèbre
magasin dédié au luxe, où l'on trouvait aussi des vases en verre soufflé du
français Emile Gallé, des porcelaines de Sèvres, des pièces en verre vénitien,
ou encore anglais (superbe vase-camée signé Webb & Sons). Ces influences,
ce raffinement, ce goût pour les milles couleurs et l'éclat se retrouvent tout
naturellement dans les créations du fils. Mais lorsque Louis C. créé des
bijoux, lui ne les incruste pas de diamants... mais de verre - le tour de cou
aux scarabées bleus en est un bel exemple.
La grande découverte de cette exposition reste le travail sur vitraux de Tiffany : le maître-verrier les a fait installer dans les intérieurs de ses clients, mais a aussi reçu des commandes pour des édifices religieux. Les séries présentées au Luxembourg emportent l'enthousiasme. L'un de ses premiers vitraux, réalisé en 1880 pour son appartement new-yorkais témoigne de son talent artistique d'avant-garde : totalement abstrait, avec ses teintes originales et ses pièces de verre irrégulières, le vitrail se contemple comme un tableau. Occasion unique de les voir à Paris, les vitraux commandés pour l'église américaine de Montréal allient l'élancement et les motifs du gothique à la douceur des scènes bibliques. Les autres exemples présentés sont totalement renversants : ici une sirène aux écailles nacrées chevauche un hippocampe dans un océan aux verts et bleus enchanteurs, là une scène de cirque dessinée par Henri de Toulouse-Lautrec d'une modernité folle (encore plus belle vue à distance), plus loin des anémones et des étoiles de mer se devinent dans les couleurs outre-marines de denses compositions, quand La Nouvelle Jérusalem nous emporte dans un monde de dégradés de mauves, de bleus et de verts, où s'épanouissent plantes luxuriantes, iris et nymphéas...
Louis Comfort Tiffany. Couleurs et lumières
Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard - Paris 6ème
Jusqu'au 17 janvier 2009
TLJ de 10 h 30 à 19 h, jusqu'à 22 h les lun. et ven.
Sam., dim. et jours fériés de 9 h 30 à 20 h
Entrée 11 € (TR 9 €)
Images : Louis C. Tiffany, Vitrail "Magniolas", c. 1900, verre,
plomb, Saint Petersbourg, Musée de l'Ermitage © Photo Yuri
Molodkovets
et Louis C. Tiffany, Encrier, c. 1900-1903, verre, argent, Newark, The
Newark Museum, Don de Mr & Mrs Ethan D. Alyea, 1967 © Photo The Newark
Museum
Titien, Tintoret,
Véronèse, mais aussi Bassano, que l'on connaît moins : c'est à une
véritable rencontre au sommet que le musée du Louvre nous convie jusqu'au 4
janvier 2010.
Portraits
de patriciens et patriciennes, autoportraits, nus féminins (avec notamment une
confrontation de Tarquin et Lucrèce de haut vol), scènes religieuses
quelque peu "profanées", nocturnes sacrés singuliers (des Saint-Jérôme plus
poignants les uns que les autres) ... les différentes sections de l'exposition
sont tout aussi passionnantes. On s'attarde aussi sur celle consacrée au
reflet, qui renvoie notamment à l'un des grands débats esthétiques et
théoriques de la Renaissance : le paragone, à savoir la question
des mérites respectifs de la peinture et de la sculpture. Dans la suite de
Giorgione qui avait peint au tout début du siècle un tableau avec une figure
d'homme dont le corps se reflétait à la fois dans une armure polie, un miroir
et une fontaine d'eau (aujourd'hui disparu), les artistes vénitiens se sont
surpassés dans le domaine du reflet et du miroir en peinture, permettant de
représenter tous les aspects d'un personnage sans se déplacer, alors qu'avec
une sculpture, le spectateur est obligé de tourner autour... Tintoret a
interprété ce thème avec espièglerie (l'humour et la légèreté sont d'autres
traits que l'on retrouve chez ces artistes), dans son fameux Suzanne et les
vieillards de Vienne. La représentation de cette scène par Jacoppo
Bassano, exposée, à juste titre, dans la partie Femmes en péril est
beaucoup plus directe et inquiétante. Elle montre au passage l'influence du
Titien sur Bassano qui dans son dernier style emprunte au maître sa large
touche. Un tableau admirable de simplicité et de clarté dans sa composition, de
douceur et de sobriété dans les visages, avec ce goût des chairs blanches
éclairées dans une atmosphère sombre chère à Bassano, décidément devenu lui
aussi un grand de Venise.
La
mode a été lancée dès la fin du XVIème siècle par les Anglais fortunés, elle
eut rapidement un grand succès auprès des Européens et ne cessa de se
développer au cours des siècles suivants.
Pour autant,
l'exposition réserve bien des surprises. L'une de ses révélations est la
singulière beauté de certains tirages sur papier albuminé, procédé qui offre un
rendu de la lumière du sud tel que l'on croit la "sentir", mais aussi des
contrastes d'une remarquable précision. L'architecture et les perspectives en
sont encore magnifiées. L'on y découvre aussi des photos et des peintures d'une
grande poésie, comme ces vues de Venise au clair de lune, tout à fait
extraordinaires.
Le pan de l'histoire de
l'art que le musée du Luxembourg nous révèle aujourd'hui a pour cadre la ville
de Prato, longtemps occultée par le rayonnement de sa voisine Florence.
De
ce parcours toscan à la présentation très élégante, on retient avant tout le
travail de Filippo Lippi. Son évolution est ici bien visible. Déjà très beau
mais encore hiératique dans les années 1430, il devient ensuite de plus en plus
vivant, de plus en plus soigné dans les détails comme dans la
composition.
L'exposition présentée
au Musée d'Orsay jusqu'au 31 mai est non seulement belle, mais encore tout à
fait convaincante.
On n'est pas encore
dans le cubisme (qui ne s'exprime alors qu'en peinture), encore moins dans le
non-figuratif ; mais le chemin parcouru depuis Rodin est immense -
quelques unes des sculptures du maître permettent de le souligner. Plus de
démonstration, plus de tour de force ; la ligne directrice est tout
autre.
Cette exposition, l'un
des volets du triptyque "Picasso et les maîtres" présenté en même temps au
Louvre, au Grand Palais et au Musée d'Orsay, constitue une formidable
démonstration de la créativité de Picasso, de sa faculté, non pas de copier ou
d'imiter, mais de repenser une œuvre, en cherchant, en s'amusant, avec liberté
et obstinément.
Objet de son obsession chez le peintre qui n'a cessé toute sa vie de figurer
des femmes, il s'en empare pour mieux enfler, parfois jusqu'à la démesure,
réduire ou déplacer ses rondeurs féminines. Ce qui ne l'empêche pas de faire
subir à ses voisins toutes sortes de variations quant à leur emplacement, leurs
accessoires ou leurs vêtements (dans les cas où il conserve ces
derniers)...
Au musée Matisse, le
contraste, à la veille de la Toussaint, entre le ciel gris et bas, le froid
piquant du Nord et l'explosion de couleurs de ces Fauves hongrois a quelque
chose de revigorant. D'autant que les œuvres présentées au
Dans ces paysages,
natures mortes, portraits et autoportraits se lisent de grandes influences de
la peinture française de l'époque : Cézanne, Gauguin, Derain, Van Gogh...
et bien sûr Matisse.
Les
musées n’ont pas seulement pour fonction de faire découvrir des œuvres qui
méritent l’arrêt du visiteur.
Il
faut le reconnaître, une aquarelle ne séduit pas forcément du premier coup
d'oeil. Contrairement à la peinture à l'huile et à la gouache, plus hautes en
couleurs, plus pleines, plus aguicheuses, le fin lavis de l'aquarelle a le
charme si discret que l'on pourrait passer devant sans le remarquer.
Avec la très belle exposition autour des
premières photographies sur papier britanniques,
Lorsqu'une fée de la robe prend ses
quartiers dans le palais d'un fou de tissus et de décors, le séjour promet
d'être heureux.