www.maglm.fr

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 31 mai 2008

La lettre, une aventure de haut vol

Une aventure de haut vol, les débuts de l'aéropostaleCe 23 septembre 1870, un immense ballon s'élève au dessus des toits de Paris. A son bord : Jules Duruof ; sa mission : escorter de pleines poignées de dépêches et de lettres. Le ballon s'appelle Neptune et n'a rien d'une invention de fantaisie. Il s'agit de rétablir les liaisons de la capitale assiégée par les Prussiens : voici quatre jours que les voitures postales ne peuvent plus sortir. Trois heures après son envol, immortalisé par le photographe et aéronaute Nadar, le Neptune se pose près d'Evreux.
C'est un succès. Le gouvernement décide alors de réaliser des ballons en série : jusqu'au 28 janvier 1871, pendant les quatre mois de siège, soixante-sept ballons quitteront Paris pour communiquer avec les armées et, pour les Parisiens, avec les proches de province.

Pour la suite de l'histoire, il faut bien sûr attendre l'invention de l'aviation grâce au toulousain Clément Ader. Près de trente ans après, en 1918, quelques mois avant la fin de la guerre, est mise en place la première ligne aéropostale ; elle est alors militaire. Dès cette époque, un jeune industriel, Latécoère, se lance dans le projet d'une folle ambition : créer une ligne aéropostale entre Paris et l'Amérique du Sud. L'avancée se fait par étapes : France-Maroc tout d'abord, puis Casablanca-Dakar en 1925. Les lieux traversés ne sont pas sans danger ; les pertes matérielles et humaines nombreuses. Aussi, pour porter secours aux avions égarés et négocier avec les populations locales, Antoine de Saint-Exupéry est nommé chef d'aérobase à Cap-Juby, un fortin en plein Sahara. Il y écrira Courrier sud.
Après bien des péripéties et de nouveaux exploits comme celui de survoler la Cordillère des Andes dû à Jean Mermoz notamment, le 7 janvier 1933, Buenos Aires est relié à Paris pour la première fois avec un seul et même avion, en seulement 14 heures de vol.

Telle est la belle aventure que le Musée des Lettres et Manuscrits fait revivre à travers une passionnante exposition consacrée aux débuts de l'aéropostale. Photos, cartes, lettres, manuscrits autographes, dessins (de Saint-Ex en particulier), affiches, carnets de vol et même menus dédicacés... entourent les beaux portraits de ces pionniers et héros que furent Montgolfier, Nadar, Ader, Blériot, Latécoère, Mermoz, Guillaumet... Aéronautes fous et obstinés qui en réalisant le vieux rêve de l'homme ont aussi fait voler les lignes, délivrant au plus vite aux êtres éloignés les mots qui ne pouvaient être entendus mais que la magie des lettres et de l'écriture permettait qu'ils soient dits et reçus.

La lettre, une aventure de haut vol
Les débuts de l'aéropostale
Musée des Lettres et Manuscrits
8, rue Nesle - Paris 6 (M° Odéon)
Jusqu'au 2 novembre 2008
TLJ sf le lun., de 10 h à 20 h (jsq 18 h sam. et dim.)

A lire : le dossier consacré aux débuts de l'aéropostale dans le magazine Plume
(n° 45 - juin/juillet/août 2008, 8 €)

Image : affiche Aéropostale, © Coll. Musée Air France

jeudi 22 mai 2008

Pas la couleur, rien que la nuance !

Exposition pas la couleur aux Musées des Augustins à ToulouseLa peinture, c’est le jeu des couleurs, des contrastes, des éclats lumineux ? Pas toujours. Le monochrome, le camaïeu, la grisaille, ont leur propre beauté. La preuve est donnée dans cette exposition à la thématique rarement rassemblée.

Oh, les artistes n’ont pas tout de suite trouvé une légitimité esthétique à se passer de couleurs.
Jusqu’au début du XVIIe siècle, les œuvres grises qui nous sont parvenues sont essentiellement des travaux préparatoires à des réalisations plus définitives : par exemple pour la gravure (l’inquiétant Les Morts sortent de leurs tombeaux de Barendsz), ou des maquettes pour de grandes compositions (La Résurrection de Rubens), ou encore des modèles pour la tapisserie (une bataille de Quellinus).

Puis une mode se répand : l’imitation de la sculpture par le pinceau. L’utilisation des gris est alors évidente, avec une extraordinaire variété de nuances. Le Massacre des Innocents de Jacques Stella est très représentatif de ces performances. Certains vont nettement jusqu’au trompe l’œil : imitation de bas relief de pierre, mais aussi de bronze patiné, avec de belles gradations de jaunes et de verts chez Piat-Joseph Sauvage, ou encore de vieil or chez Alexandre François Desportes.
Bien des fois l’artiste a réussi une œuvre originale alors qu’elle ne se voulait que le moyen d’en préparer une autre. Ainsi Gabriel François Doyen dans sa préparation au fameux Miracle des Ardents de l’église Saint Roch à Paris : après des esquisses en couleur, il réalise une grisaille où les nuances disent l’essentiel.

pas_la_couleur_carpeaux.jpgMais c’est au XIXe siècle que l’on assume totalement l’intérêt de la grisaille ou de la monochromie comme méthode à effet esthétique à part entière. Et l’on découvre ici de belles œuvres de Puvis de Chavannes, des deux Gustave, Doré et Moreau, de Benjamin Constant. Un des tableaux les plus étonnant est celui de Jean-Baptiste Carpeaux : cette Scène d’accouchement toute en suggestion de violence, souffrance et délivrance est très impressionnante.

Même si quelques unes de cette soixantaine d’œuvre ont traversé les frontières pour venir à Toulouse, on remarque que les musées des villes en région constituent l’essentiel de l’exposition, et l’on se dit : que de tours de France à projeter à la découverte de ces trésors, de Dieppe à Albi, de Castres à Douai, de Reims à La Rochelle !

Pas la couleur, rien que la nuance !
Trompe-l'oeil et grisailles de Rubens à Toulouse-Lautrec
Jusqu'au 15 juin 2008
Musée des Augustins - Musée des Beaux-Arts de Toulouse
21, rue de Metz - Toulouse
TLJ de 10 h à 18 h, nocturne le mercredi jusqu'à 21 h
Entrée : 6 € (TR : 4 € et gratuit pour les moins de 18 ans)

Images : Ce que font les gens pour de l'argent, Adriaen Van de Venne (1589-1662), H. s. bois (Lons-le-Saunier, musée des Beaux-Arts Photo © Lons-le-Saunier, musée)
et Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), H. s. t. (Paris, musée du Petit Palais © Paris, musée du Petit Palais, photo : Roger-Viollet)

mercredi 14 mai 2008

Musée de l’Arles et de la Provence antiques

Musée de l’Arles et de la Provence antiques, danseuse romaineLorsque les habitants de l’Arles du deuxième siècle (Arelate) devaient aller assister aux courses de char, ils quittaient le haut de la ville pour cette zone de marais en bord de Rhône où venait d’être construit le cirque.
Quel cirque ! On a enfoncé 28 000 pieux de bois dans le marais pour stabiliser une piste qui faisait son kilomètre de boucle. 20 000 spectateurs s’entassaient pour hurler les noms de leurs favoris.

Le visiteur d’aujourd’hui fait le même chemin pour rejoindre le Musée, sans les marais, sans la foule (s’il s’agit d’un jour de février), mais avec quelques traces du cirque.
Le bâtiment qui protège les collections antiques est nettement moderne, et on aimerait que le lien avec la ville soit mieux dessiné par l’urbaniste. Mais l’intérieur est vaste, les grosses pierres y sont à l’aise, les grandes mosaïques s’y étalent sans complexe, on peut y flâner sans qu’aucune cloison ne vienne rompre l’errance.

On s’arrêtera ainsi au hasard de la séduction de l’objet : cette grande danseuse en bas relief dont le mouvement rappelle Botticelli, est-elle vraiment en pierre ? Les amours de Leda et de son cygne ne devraient-ils pas être plus discrets ? Quel drame nous crie cet acrotère en calcaire ? Quelle procession suivent ces pères qui tiennent leurs enfants par la main ou les portent sur les épaules ? Le colis que ces esclaves serrent sera-t-il assez bien ficelé ? Le Christ assis sous la galerie arrivera-t-il à convaincre ceux qui l’écoutent ? (le troisième à sa gauche semble nettement s’assoupir).

Musée de l’Arles et de la Provence antiques, donne la main petit romainOn peut apprendre aussi beaucoup de choses sur la vie dans une colonie romaine, en particulier par les maquettes, patiemment réalisées, qui nous montrent par exemple la façon dont le velum protégeait les 20 000 spectateurs du soleil, dans l’amphithéâtre. Ou celle de la meunerie hydraulique de Barbegal, véritable industrie minotière qui produisait jusqu’à quatre tonnes et demie de farine par jour.

Les monuments antiques ne sont pas morts avec la fin de l’empire romain. Une gravure nous montre d’ailleurs l’amphithéâtre au Moyen-Âge : il est devenu forteresse, les maisons ont été construites sur l’arène et les gradins, et des tours défensives ont surmonté le niveau d’origine. Ces Arlésiens d’alors n’hésitent pas à s’exposer à travers leurs œuvres, et nous semblent si proches.

Musée de l’Arles et de la Provence antiques
Presqu’île du cirque romain - Arles (13)
Tél. : 04 90 18 88 88
Du 1er avril au 31 octobre TLJ de 9 h à 19 h
Du 2 novembre au 31 mars TLJ de 10 h à 17 h
Entrée 5,5 € (TR 4 €)

mercredi 7 mai 2008

Babylone au Musée du Louvre

Exposition Babylone au Louvre, dragon passant à droiteCité mythique et tour de légende, Babylone et Babel n'ont cessé de nourrir l'imagination des Occidentaux au fil des siècles. Elles n'en finissent pas de fasciner, à voir les foules qui se pressent à l'exposition du Musée du Louvre.

Il n'empêche que Babylone a bel et bien existé, il en reste des traces, découvertes il est vrai tardivement, à la fin du XIXème siècle. Une double dimension - historique et mythique - que l'exposition se proposer de restituer.

Parcours savant, donc - on est bien au Louvre ! - pour présenter quelques quatre-cents pièces dont beaucoup ne sont pas très "parlantes". L'effort de vulgarisation n'est pas tout à fait tangible (textes denses avec phrases à tiroirs, polices de caractères peu lisibles) et l'on se demande ce que les visiteurs - au demeurant affublés d'écouteurs poussés au volume maximum ; ce qui peut-être change tout - en retiendront.

Mais finalement peu importe : voici de petites tablettes d'argile couvertes d'écriture cunéiforme, ; les plus anciennes ont quatre mille deux cents ans, certaines évoquent des rites qui semblent aussi vieux que le monde, comme l'interprétation des rêves ; à leur étrange manière, elles nous parlent de nous. Voici le fameux Code d'Hammurabi, trois mille huit cents ans d'âge (visible dans le plus grand calme toute l'année dans le même musée, tout comme un grand nombre d'objets présentés dans cette partie de l'exposition) : cette stèle en basalte nous dit les lois qui régissaient la société de la grande Babylone et notamment la célèbre loi du talion. Et ces stèles de calcaire ou de schiste, belles et finement gravées, véritables pages illustrées, nous montrent une représentation de la puissance du roi qui fera long feu : assis sur son trône, associé au disque solaire, autrement dit à la justice...
Ainsi se déroule sous nos yeux l'histoire de la cité mésopotamienne, du prince Gudéa de Lagash, modèle du souverain sage et pacifique à Alexandre le Grand qui y mourut en 323 av. J.-C. (en rêvant de rendre toute sa splendeur à la déjà vieille Babylone), en passant par Nabuchodonosor II, bâtisseur de la néo-Babylone, puis la conquête par Cyrus en 539 av. J.-C. et la fin de son indépendance.

Un saut de puce, et l'on passe des tablettes d'argile et de la culture cunéiforme (éteinte probablement en l'an 75 de notre ère) aux bons vieux volumen, la forme de livres que l'on connaît : c'est le moment où l'exposition s'intéresse à "la Babylone des récits". Parmi les premiers à s'être attaqués à la question : les Grecs de l'époque classique. Hérodote, qui ne s'y est probablement jamais rendu introduit des éléments de légende comme celle de Sémiramis. Puis naît la tradition des "merveilles du monde" : Babylone, avec ses murailles et ses jardins suspendus y occupe une belle place.
Evidemment, les écrits bibliques sur la conquête de Jérusalem et la déportation des Hébreux en Babylonie par Nabuchodonosor II ne sont pas pour rien dans la légende noire de la cité. Idem pour l'épisode de la Tour de Babel dans la Genèse, symbole de l'orgueil des hommes.
Plus tard, les peintures illustreront ces malédictions et l'on verra que, de forme carrée à l'origine, la fameuse tour à étages ou ziggourat de Babylone est devenue ronde sous le pinceau de Pierre Brueghel l'Ancien et de bien d'autres. L'on verra également la terrible gravure de Dürer montrant la cité sous les traits d'une prostituée...

Des récits bibliques au XXème siècle, le rapport à Babylone ne sera qu'ambivalence, passant tour à tour (et selon les points de vue plus ou moins dogmatiques) de la haine à l'émerveillement. L'on voit par là que l'histoire de Babylone relatée dans cette exposition est bien plus que celle d'une ville de l'Antiquité, elle est aussi une histoire de notre pensée, de nos croyances et de nos fantasmes.

Babylone
Jusqu'au 2 juin 2008
Musée du Louvre, Hall Napoléon
TLJ de 9h à 18h, sauf le mardi
Jusqu'à 22h les mercredi et vendredi, 20 h le samedi
Et du 22 mai au 1er juin : jusqu'à 22 h TLJ sauf le mardi et le 29 mai
Entrée 9.50 €
Gratuit le premier dimanche du mois.

L'exposition sera ensuite présentée au Pergamon Museum de Berlin du 26 juin au 5 octobre 2008, puis au British Museum du 13 novembre 2008 au 15 mars 2009

A visiter également : le mini-site de l'exposition

Image : Dragon passant à droite, panneau de briques en relief, terre cuite à glaçure de couleur, H. : 1,16 m ; L. : 1,67 m ; ép. : 8 cm. Règne de Nabuchodonosor II, début du VIe siècle av. J.-C (dernier état de la Porte d’Ishtar), Babylone, Porte d’Ishtar. Fouilles Koldewey 1902, Vorderasiatisches Museum Berlin, VA Bab 4431 - © Olaf M. Tessmer / SMB - Vorderasiatisches Museum Berlin

vendredi 11 avril 2008

Le Musée national du Message biblique Marc Chagall

Musée national du Message Biblique Marc Chagall"Depuis ma première jeunesse, j'ai été captivé par la Bible. Il m'a toujours semblé et il me semble encore que c'est la plus grande source de poésie de tous les temps. Depuis lors, j'ai cherché ce reflet dans la vie et dans les Arts (...) Au fur et à mesure de mes forces, au cours de ma vie, bien que parfois j'aie l'impression que le monde est pour moi un grand désert dans lequel mon âme rode comme un flambeau, j'ai fait ces tableaux à l'unisson de ce rêve lointain. J'ai voulu les laisser dans cette maison pour que les hommes essaient d'y trouver une certaine paix, une certaine religiosité, une spiritualité, un sens de la vie (...) Et tous, quelle que soit leur religion, pourront y venir et parler de ce rêve, loin des méchancetés et de l'excitation (...) ; dans l'Art comme dans la vie, tout est possible si, à la base, il y a l'Amour."

Inauguré en 1973, le Musée national du Message biblique à Nice a été conçu par l'architecte André Hermant, en étroite collaboration avec l'artiste, qui décida lui-même de la disposition des tableaux : dix-sept grandes toiles inspirées par la Genèse, l'Exode et le Cantique des Cantiques.
Marc Chagall les a peintes entre 1956 et 1966 et en a fait aussitôt donation à l'Etat. Il a également créé, pour le Musée, bâtiment sobre et moderne, une mosaïque surplombant une pièce d'eau et des vitraux pour l'auditorium.

Le tout est une splendeur absolue ; il ne séduira pas seulement les croyants, tant la beauté des toiles et la sérénité qui se dégage des lieux appellent au recueillement et à la contemplation.
Dans la première salle, l'accrochage des douze peintures illustrant les deux premiers livres de l'Ancien Testament obéit davantage aux rapports de couleurs des tableaux qu'à l'ordre du récit biblique. Les épisodes traités par l'artiste sont très axés sur l'humain et les motifs qui sont siens (personnages mi-hommes, mi-bêtes, oiseaux, poissons volants, hommes et femmes en lévitation, soleil et lune, couples et maternités...) semblent y trouvent leur place naturelle.
L'utilisation des couleurs dans leur complémentarité et leur succession relève de la virtuosité ; les compositions peuplées et vivantes mais jamais surchargées contribuent à conférer à l'ensemble un sentiment d'apesanteur.

Musée national du Message Biblique Marc Chagall, Cantique des CantiquesDans la deuxième salle, beaucoup plus intime, cinq tableaux à dominante rouge sont consacrés au Cantique des Cantiques, autre livre de l'Ancien Testament. Si le caractère sacré est bien présent, notamment avec la représentation de Jérusalem et de David, ces peintures sont avant tout une exaltation de l'amour de l'homme et de la femme, où couples enlacés, colombes, arbres multicolores, ânes paisibles n'évoquent que douceur, sensualité et poésie.

Musée national du Message biblique Marc Chagall
Avenue Docteur Ménard - Nice (bus n° 22)
De mai à octobre de 10 h à18 h
De novembre à avril de 10 h à 17 h
TLJ sauf le mardi
Entrée : 6,50 € (TR 4,50 €)
Gratuit jusqu’à 18 ans et le premier dimanche du mois.

Images : La Création de l'homme' et Le Cantique des Cantiques II'', © ADAGP, Paris, 2002

mardi 1 avril 2008

Bernard Piffaretti en V.O. au Musée Matisse Le Cateau-Cambrésis

Bernard Piffaretti, version originaleL'oeuvre de Bernard Piffaretti s'inscrit à bien des égards dans un jeu de mémoire.
Son processus de création picturale est depuis plus de vingt ans fondé sur la duplication : après avoir divisé la toile en deux et peint d'un côté ou l'autre du large trait vertical, il duplique le motif sur l'autre pan, non pas en le copiant, mais en essayant de retrouver les gestes successifs qui ont guidé le premier acte créatif.
Le résultat n'est donc jamais identique de part et d'autre du trait ; l'impression de double est fausse ; le spectateur se trouve toujours face à un seul tableau. Ou comment "1 + 1 n'égale pas 2, mais 1 + 1 égale 1", comme l'artiste se plaît à le souligner.

Puis, tous les 6, 8 ou 12 mois, il interrompt sa peinture et se met à dessiner ses tableaux peints. Ce travail de duplication n'a rien à voir avec celui qui caractérise l'élaboration des tableaux, et, intervenant a posteriori n'a aucune valeur de genèse. Bernard Piffaretti explique qu'au fil des ans, la reproduction des tableaux en dessins lui est devenue nécessaire, comme d'un temps de "désœuvrement" pour régénérer sa création.
En écho aux oeuvres peintes, de grandes dimensions, ces petits dessins au crayon de couleurs ne manquent pas d'évoquer un album photos, le recueil d'images que l'on constitue à un point d'étape pour tenter de rassembler les enregistrements des épisodes précédents.
A cette remarque l'artiste sourit et approuve, mais rappelle que, comme entre les deux parties du tableau "ici aussi, il y a un écart, le dessin ne peut être la photographie du tableau".
Peut-être une autre façon de dire que rien ne peut être refait à l'identique, mais tout au plus, "fait une nouvelle fois".

Enfin, à travers cette magnifique exposition, Bernard Piffaretti rend hommage à la mémoire d'Henri Matisse, figure fondatrice du Musée.
C'est davantage aux mots de Matisse qu'à sa peinture que l'artiste fait référence, en associant à vingt de ses tableaux déjà peints une phrase extraite des Ecrits et propos sur l'art d'Henri Matisse.
L'idée ? Pas de juxtaposition de phrases aux accrochages, mais un film (présenté en début d'exposition et inséré dans le catalogue) offrant des vues sur les tableaux de Piffaretti et sur lesquelles les phrases de Matisse apparaissent en sous-titrage (d'où le titre de l'expo).
Le résultat est très réussi, d'autant que la résonance de l'influence de Matisse dans les toiles de Piffaretti est tout à fait visible, notamment dans la combinaison des aplats de couleurs vives et du trait noir, dans les motifs de grilles, points et arabesques. Une jolie et originale marque de l'héritage décidément très large laissé par l'enfant du pays.

Bernard Piffaretti V.O. (version originale sous-titrée)
Jusqu'au 15 juin 2008
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
Palais Fénelon - 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois
Visites guidées sans réservation le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h 30
Accès : à 90 km de Lille et 170 de Paris ; les week-ends et jours fériés un train Corail Intercités fait la liaison Paris/Le Cateau-Cambresis
Catalogue : Emilie Ovaere, Bernard Marcadé, Michel Giroud, 120 p. avec le DVD du film, 25 €

Image : Bernard Piffaretti Sans titre, 1993 Acrylique sur toile, 181 x 222 cm Atelier de l’artiste, Paris © ADAGP, Paris 2008 Photo Bertrand Huet/Tutti
Henri Matisse « Les moyens les plus simples sont ceux qui permettent le mieux au peintre de s’exprimer. S’il a peur de la banalité, il ne l’évitera pas en se représentant par un extérieur étrange, en donnant dans des bizarreries du dessin ou les excentricités de la couleur. »

Toutes les citations d'Henri Matisse sont extraites de Ecrits et propos sur l'art, Editions Hermann, Paris 1972

vendredi 1 février 2008

La donation Alice Tériade au musée Matisse-Le-Cateau-Cambresis

Salle à manger de la donation TériadeImaginez une villa dans le Midi ; bâtisse simple et élégante, jardin garni et verdoyant. Entre les orangers, les citronniers, les arums et les palmiers, une statue de Giacometti, une sculpture en céramique de Miró, une fontaine de Laurens.
A l'intérieur, la salle à manger minuscule est ornée d'un vitrail multicolore et d'un mur en céramique dessinés par Matisse. Le lustre et les coupes sont de Giacometti ; dans un angle, une statue sculptée par Laurens complète le décor.
Nous sommes à Saint-Jean-Cap Ferrat, chez Tériade et son épouse Alice, dans la Villa Natacha, où, à partir de la fin des années 1940 se réunissaient les plus grands.
Ce cadre raffiné, témoignage de l'amitié qui unissait Tériade à ces artistes, est aujourd'hui restitué au Cateau-Cambresis, grâce à la donation qu'Alice Tériade a consentie au Musée avant sa disparition en 2007.
Le 27 janvier 2008, ont ainsi été révélés au public la salle à manger et les sculptures de la Villa Natacha, mais également des tableaux offerts par Léger, Picasso, Rouault, Chagall.

Rappelons que Tériade (1889-1983), originaire de l'île grecque de Lesbos, se fit connaître à Paris comme critique et fondateur de la revue d'art Verve avant de se lancer dans l'édition de livres d'artistes. Diverstissement de Rouault, Jazz de Matisse, Chant des morts de Picasso, L'enfance d'Ubu de Miró... au total vingt-sept livres de peintres sont nés de ces collaborations.
Avec Chagall, il acheva les entreprises initiées par Vollard et interrompues par la mort brutale du marchand d'art en 1939 : Les Fables de La Fontaine, Les âmes mortes de Gogol, La Bible, mais édita en outre les magnifiques Daphnis et Chloé et Cirque.
En 2002, Alice Tériade a fait donation de ces livres exceptionnels au Musée Matisse du Cateau-Cambresis. Elle fit le même choix pour les oeuvres de Saint-Jean-Cap-Ferrat, non seulement pour éviter leur dispersion mais aussi pour perpétuer l'amitié qui liait Tériade et Matisse.

Picasso, Tête de femme couronnée de fleursC'est donc très naturellement que les oeuvres réalisées par Matisse pour Tériade rejoignent le musée et y retrouvent leurs voisines créées par les autres habitués de la Villa Natacha. La cohésion de l'ensemble est ainsi conservée.
La mise en valeur simple, claire et harmonieuse dans de nouvelles salles est une marque de plus du savoir-faire du Musée Matisse. La salle à manger, dont les volumes sont parfaitement respectés est un véritable bijou. Les tableaux sont également exceptionnels et participent de l'unité de l'ensemble : Tête de femme couronnée de fleurs de Picasso (1969), empreint de mythologie grecque ; l'idyllique Amoureux au bouquet (1949) de Chagall où ciel, mer, fleurs roses, fruits, végétation luxuriante, semblent se faire l'écho du splendide jardin de Tériade. Mais aussi ceux de Léger, de Rouault, et bien sûr le magnifique portrait de Tériade par Giacometti (1960). Des photographies, notamment celles, très belles, d'Henri-Cartier-Bresson montrant Tériade ou Matisse dans le jardin, rappellent la poésie des lieux.

La collection Matisse est par ailleurs enrichie, notamment du tableau Jeune femme à la pelisse, fond rouge (1944) donné par Claude et Barbara Duthuit, petits-enfants de l'artiste. Dans un cadre vermillon, citron et blanc, les parties non peintes du personnage féminin, sa robe et son manteau semblent absorber et refléter les couleurs lumineuses du décor : épuré et superbe.
Enfin, dans la cour, le bas-relief Dos I donné par Matisse doit désormais cohabiter avec Grande Femme III de Giacometti et Lune de Laurens, toutes deux à peine arrivées du Midi. Elles ont plutôt l'air de s'y plaire...

La donation Alice Tériade est installée à demeure au
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
Palais Fénelon - 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Visites guidées le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h 30
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois

Accès : à 22 km de Cambrai, 35 km de Valenciennes, 90 km de Lille
et 170 km de Paris. Train direct depuis Paris le week-end

Catalogue : La donation Alice Tériade, La collection d'un éditeur d'art, 136 p., 25 €. Texte riche et clair dans une belle mise en page.

Images : Vue de la salle à manger de la Villa Natacha à Saint-Jean-Cap-Ferrat, 2003, Musée départemental Matisse, Le Cateau-Cambrésis (Photo François Fernandez)
et Pablo Picasso, Tête de femme couronnée de fleurs, 22 juillet 1969, Huile et crayon sur papier, Donation Alice Tériade, Musée départemental Matisse,
Le Cateau-Cambrésis © Succession Picasso 2007 (Photo Philip Bernard)

vendredi 18 janvier 2008

Ferdinand Hodler au Musée d'Orsay

Ferdinand Hodler, exposition au Musée d'OrsayC'est l'excitant chemin de la découverte qu'empruntent la plupart des visiteurs de l'exposition organisée au Musée d'Orsay jusqu'au 3 février, tant la peinture du suisse Ferdinand Hodler (1853-1918) est restée dans l'ombre depuis près d'un siècle.
Un de ses tableaux, pourtant, lui a valu en 1890-1891 le scandale à Genève et la consécration à Paris : La Nuit, monumentale toile horizontale et sans couleur, dont la composition symétrique place un homme nu assailli par une silhouette couverte d'un voile noir, évocation de la mort, au milieu de six personnages, deux couples, un homme et une femme, également allongés mais eux endormis dans une cruelle indifférence.

Quelques années plus tard, en 1904, Hodler est l'invité d'honneur du Salon de la Sécession à Vienne : l'exposition laisse la conviction qu'il avait effectivement toute sa place dans l'avant-garde européenne du tournant du XXème siècle.

Le parcours met l'accent sur la personnalité mystique du peintre, lisible dans ses grands tableaux symbolistes, géométriquement composés et mettant en scène de grands corps nus qui se déploient dans une nature irréelle et magnifiée. Postures d'offrandes sur ces "îles" vert émeraude au milieu des cieux : on approche de près la dimension cosmique.
Mais l'ode à la nature est infiniment plus fine dans ses paysages, de toute beauté.
Dès les deux premiers, l'on voit bien que ce paysagiste-là n'était pas comme les autres. Voici le Bois des Frères (1885) : qu'est-ce donc que ce bois ? Ces branches fines et sinueuses, mortes mais pleines d'élan, décoratives et poétiques, dans un paysage d'hiver dont la lumière n'est pas celle de l'hiver ? Celui d'à côté, L'Avalanche (1887) fascine tout autant, avec sa neige épaisse, non pas simplement éclairée, mais saturée d'une lumière qui happe littéralement le regard.
Ils ne sont que la mise en bouche, si l'on peut dire, de la longue série de paysages qui se succèdent sans lasser jamais, tant ils expriment le regard amoureux que le peintre portait à la nature.
L'épure des compositions, faites de nuages, d'eau et de montagnes n'exclut pas l'onirisme, tel celui de l'écrin de brume qui entoure le Niesen vu de Heutrich comme une parure qui s'écarte doucement pour dévoiler la majestueuse montagne.
La stylisation, japonisante et poétique, frôle parfois l'abstraction.
Les bleus extraordinaires, de l'indigo au bleuet, harmonisés à des verts mousse tendres évoquent un sentiment de sérénité que la rigueur des lignes simples renforce.

Mais Ferdinand Hodler était également un saisissant portraitiste. Difficile de détourner les yeux de ses autoportraits où il nous interpelle de son regard pénétrant, mystérieux et interrogateur.
Malgré la mise en valeur de la peau, livide, orange vif, voire parfois presque fluorescente, c'est sur les mains, très présentes et longues à l'excès comme chez Schiele, et sur les yeux que Hodler s'attarde pour traduire avec force l'expression de ses personnages. Cette intensité atteindra son apogée avec la série de tableaux dit Le cycle de Valentine, témoignage vibrant de l'agonie de sa compagne malade.

Ferdinand Hodler. Musée d'Orsay
Musée d'Orsay
Jusqu'au 3 février 2008
TLJ sf le lun. de 9 h 30 à 18 h, le jeu. jusqu'à 21 h 45
Entrée 8 € (TR : 5,50 €)
Catalogue Ferdinand Hodler 1853-1918, collectif, sous la direction de Serge Lemoine et Sylvie Patry (Musée d'Orsay / Réunion des musées nationaux), 45 €

Image : Ferdinand Hodler Autoportrait© Musée d'Art et d'Histoire / photo Bettina Jacquot-Descombes

vendredi 11 janvier 2008

Expositions : perspectives 2008

Tres de Mayo, Francisco de GoyaLes grandes expositions inaugurées cet automne à Paris s'achèvent ce mois-ci.
Si les magnifiques expositions du Louvre viennent de se terminer, il reste encore quelques jours pour profiter de celles consacrées à Arcimboldo, qui s'achève le 13 janvier (tout comme l'expo Fragonard), aux Peintres japonais à Paris visible jusqu'au 26 à la Maison de la culture du Japon et à Courbet jusqu'au 28 au Grand Palais.
L'exposition Soutine est quant à elle prolongée jusqu'au 2 mars à la Pinacothèque de Paris.

Et pour 2008 ? Quelques pistes...
A Paris, le Musée du Luxembourg mettra en lumière L'Instinct Fauve de Vlaminck dès le 20 février, la BNF Richelieu rendra hommage au caricaturiste Daumier à partir du 4 mars. Le Petit Palais présentera une sélection de l'oeuvre gravé de Goya à partir du 13 mars. Une exposition consacrée à Babylone ouvrira ses portes le 14 mars au Louvre.
Au printemps, nous partirons peut-être en Chine avec la Pinacothèque pour découvrir une sélection de soldats de terre cuite retrouvés enterrés dans le mausolée de l'empereur Qin, avec Les soldats d'éternité, les guerriers de Xi'an à partir du 14 avril. Au même moment le Musée Rodin accueillera une grande partie de l'oeuvre de Camille Claudel.
A l'automne, toujours à Paris, Picasso est annoncé au Grand Palais, Bonaparte et l'Egypte à l'Institut du Monde Arabe et Le Zen et l'art à Kyoto au Petit Palais.

Ailleurs, au Nord comme au Sud, on aura toutes les chances de croiser les chemins de Goya (Les Caprices, série de 80 estampes seront exposés au Palais des Beaux-arts de Lille à partir du 24 avril quand le musée du Prado à Madrid présentera Goya durant la guerre dès le 14).
La belle expo Courbet s'installera à cet été au Musée Fabre à Montpellier.
Et encore à Madrid, le Musée Thyssen-Bornemisza rendra hommage à Modigliani du 5 février au 18 mai, puis à Miro à partir du 17 juin.

Bien des choses à suivre...

Image : Tres de Mayo, Francisco Goya, 1814, Museo del Prado

vendredi 4 janvier 2008

Les statues-menhirs du musée Fenaille à Rodez (Aveyron)

Les statues-menhirs du musée Fenaille à Rodez, Notre-dame-de-st-SerninLe musée Fenaille est au cœur de la ville, et il faut monter au dernier étage du bâtiment pour découvrir le trésor du musée : 17 statues-menhirs, bien plantées dans le sol, et certaines de belle taille (2 mètres).

Il s’agit de véritables statues, qu’on a pris l’habitude d’appeler aussi menhirs parce qu’elles se trouvaient, comme leurs cousines non sculptées ou gravées, dressées dans les champs et prés du Rouergue des alentours. Elles sont datées de l’âge du cuivre dit-on, c'est-à-dire pour cette région de 3000 ans avant le Christ.
Ce sont incontestablement des statues. Certes les artistes ont décidé de ne pas dégager les têtes : les visages sont dans les épaules. Mais on reconnaît les yeux, parfois le nez, les jambes et les pieds, les bras et les mains, des scarifications ou tatouages sur le visage, les seins pour les « féminines ». Les personnages sont assis, portent de longs vêtements, une ceinture parfois avec une boucle.

Ce ne sont pas des individus qui sont représentés, mais des fonctions, qui nous demeurent inconnues. On sait cependant que l’on peut nettement distinguer les deux genres : le fourreau du poignard, parfois arc et flèches caractérisent les statues masculines. Les colliers, les pendeloques en Y ne sont présents que sur celles où sont sculptés ou gravés des seins.

Ces pierres nous parlent encore. La disposition des œuvres, l’ambiance du musée, permettent le face à face. C’est le peintre Pierre Soulages, Rouergat comme ces statues, qui dit l’essentiel : « Ces statues-menhirs se présentent comme des œuvres hors d’un temps, d’une consistance indéfectible. C’est la densité, la frontalité, l’impression d’une puissance permanente » (1).
En redescendant les étages, on parcourt le Rouergue gallo-romain, puis moyenâgeux, et Renaissant (dans le bel hôtel de Jouery). Mais les puissances de pierre ne nous lâchent pas. Parions que c’était bien là l’intention de ceux qui ont voulu « arracher au bloc inerte une présence humaine ».

Musée Fenaille
14 place Raynaldy à Rodez (Aveyron)
mar., jeu. et ven. de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h
mer. et sam. de 13 h à 19 h, dim. de 14 h à18 h
Entrée 3 € (TR 1,50 €)

(1) Statues-menhirs, sous la direction d’Annie Philippon, Editions du Rouergue, 2002.

Image : Notre-Dame-de-Saint-Sernin

lundi 31 décembre 2007

Parlez-moi d'Amour ! au Musée des lettres et manuscrits

Parlez-moi d'amour ! Exposition au musée des lettres et manuscritsMots doux ou enflammés, mais mots toujours lyriques, à la fois si près du ridicule et si beaux. Que ne donnerait-on pas pour être dans l'état qui fait jaillir ce mouvement fou, ces mots maladroits, magnifiques, poétiques ?

Cette exposition de lettres et poèmes d'amour où, de Hugo à Piaf en passant par Apollinaire ou Picabia, les plus grands côtoient les plus célèbres voire les plus costauds, est à visiter tranquillement, au calme. Une ambiance que le Musée des lettres et manuscrits, dans un hôtel particulier retiré au fond d'un passage entre l'Odéon et la Seine, réserve à ses visiteurs heureux initiés.

Sous les vitrines, l'encre, les mots manuscrits, le papier vieilli et les sentiments si forts de tous ces disparus : l'émotion venue du passé ne tarde pas à renaître et très vite nous gagner. Magie de l'écriture.
Et des belles histoires, venues d'"anonymes" aussi, comme celle d'Alfred Roselau qui, durant le Siège de Paris en 1870-71, écrit à son épouse installée dans leur château d'Aubusson deux lettres par jour. N'ayant pas confiance dans le nouveau système postal du ballon monté, il affranchit ses lettres, inscrit au recto "A remettre à la Poste de France" et les attache à un ballon de baudruche qu'il laisse s'envoler de son balcon du 23 rue des Gravilliers dans le 3ème arrondissement de Paris. Il paraît que certaines sont arrivées à son heureuse destinataire...

Mais le clou de l'exposition est assurément la révélation au public d'un manuscrit exceptionnel. Il s'agit des lettres qu'Antoine de Saint-Exupéry a adressées, jusque dans les derniers mois avant sa disparition, en 1944, à une inconnue qu'il avait rencontrée dans le train et dont il était tombé immédiatement amoureux. La belle, mariée et enceinte, l'avait éconduit. Cet ensemble de douze feuillets, dont la moitié est ornée de dessins à l'aquarelle de l'artiste, est poignant au possible. Sur l'un des premiers, à côté du Petit Prince, on peut lire "Il était triste et donc injuste. J'ai cassé tout ce qu'il disait mais j'ai gardé le dessin parce qu'il est tellement ressemblant... Il n'est pas si méchant que ça mais il est tellement mélancolique".

Et puisqu'il est naturellement impossible de tous les citer, finissons sur ces mots écrits par Romain Gary à son amie Christel Kryland : "Et rien jamais, ni le mariage, ni l'amour ni les enfants ne te rapprocheront de moi plus que ça : l'effort d'être un homme".
Et voilà.

Parlez-moi d'Amour !
Exposition prolongée jusqu'au 18 mai 2008
Musée des lettes et manuscrits
8, rue de Nesle - Paris 6ème (M° Odéon, St-Michel, Pont-Neuf)
Du mar. au ven. de 10 h à 20 h, les sam. et dim. de 10 h à 18 h
Entrée 6 € (TR 4,50 €)
Programme des manifestations autour de l'exposition sur le site

lundi 17 décembre 2007

Le chant du monde, l'art de l'Iran Savafide 1501-1736

Le chant du monde, l'art de l'Iran safavide, musée du LouvreL'aspect éminemment décoratif de cette exposition justifierait à lui seul sa visite. Mais les amoureux du symbolique et de la poésie liront avec profit les explications et les cartels du début pour apprécier la portée des objets et livres qu'elle présente.

Car l'art développé sous la dynastie safavide, qui régna sur le monde iranien de 1501 à 1736 était avant tout métaphorique. Ses motifs traduisent les mythes développés dans la littérature persane pour célébrer la beauté de l'univers, création divine.

C'est ainsi que la forme circulaire des plats et des bassins à vin symbolise la voûte céleste (elle-même symbole de l'univers) ; la fleur ou la rosace placée en leur centre le soleil ; le nuage stylisé le ciel printanier.

Ces thèmes ne sont pas apparus avec le monde islamique, mais sont issus de l'Iran ancien, antérieur de plus d'un millénaire à la révélation du Coran.
Celui des libations par le vin en est un exemple significatif. Substitué au rite de libation par le sang, aboli au début du premier millénaire avant J.-C., le banquet de libation de vin était très important à la cour iranienne. Il ponctuait les grandes fêtes, comme celle du nouvel an ou celle de rupture du jeûne.
L'art safavide en est très imprégné, que ce soit à travers les objets : bassins à vin, coupes, aiguières en forme d'oiseaux évoquant l'ancien rite sacrificiel, plats ornés de grenades et de coings consommés lors de ces libations ; mais aussi dans l'art du livre. Les peintures de manuscrits montrent le souverain et sa cour célébrant le banquet dans un cadre idyllique, herbe vert émeraude, ciel bleu lapis, arbres en fleurs, oiseaux, fruits, tapis et musiciens...

A noter que, tout comme l'exposition Chefs-d'oeuvre islamiques de l'Aga Khan Museum organisée au Louvre au même moment, celle-ci présente des pages du fameux Shâh Name (Livre des rois) de Shâh Tahmâsp, chef d'oeuvre de la peinture de manuscrit avec son débordement de couleurs bleues, mauves, roses et vertes, sa finesse, sa délicatesse... (lire le billet du 13 décembre).

Le chant du monde, l'art de l'Iran Savafide 1501-1736
Musée du Louvre
Jusqu'au 7 janvier 2008
TLJ sf le mar., de 9 h à 18 h et jusqu'à 22 h mer. et ven.
Entrée 9,50 €
Catalogue, 469 p., 42 € et album de l'exposition, 8 €
(coéditions musée du Louvre/Somogy)
Voir également le mini-site de l'exposition

Image : page du manuscrit du Shāh-Nāme de Shāh Tahmāsp : Zāl à cheval lève les yeux vers l’aire du Sīmorgh (page de manuscrit peinture, Washington, Arthur M. Sackler Gallery, Inv. LTS 95.2.46)

- page 2 de 4 -