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vendredi 31 août 2007

Le temps retrouvé. Les regrets et l'oubli

Marcel Proust La RechercheAu début du Temps retrouvé, le dernier tome de A la recherche du temps perdu, le narrateur retourne à Combray.

Les années ont passé.

Gilberte, son premier amour, est désormais mariée à son ami Robert de Saint-Loup.
Mais celui-ci la délaisse et la confie plutôt aux soins du narrateur.

Se promenant et bavardant avec elle sur les terres de son enfance, il se rend compte qu'il n'a pas su connaître et comprendre les femmes qu'il a aimées :

Et tout d'un coup, je me dis que la vraie Gilberte, la vraie Albertine, c'étaient peut-être celles qui s'étaient au premier instant livrées dans leur regard, l'une devant la haie d'épines roses, l'autre sur la plage.

Viennent alors les regrets :

Et c'était moi, qui, n'ayant pas su le comprendre, ne l'ayant repris que plus tard dans ma mémoire, après un intervalle où par mes conversations tout un entre-deux de sentiment leur avait fait craindre d'être aussi franches que dans la première minute, avait tout gâté par ma maladresse. Je les avais « ratées »...

Mais son amour pour Gilberte est définitivement enterré car plus fort encore est l'oubli, qui ensevelit tout, y compris la peine :

Car il y a dans ce monde où tout s'use, où tout périt, une chose qui tombe en ruine, qui se détruit encore plus complètement, en laissant encore moins de vestiges que la Beauté : c'est le Chagrin.

Bonnes lectures et bon week-end à tous.

vendredi 17 août 2007

La Fugitive. L'oubli d'Albertine à Venise

Marcel Proust La RechercheLe narrateur finit par faire avec sa mère le voyage à Venise dont il rêvait si fort et depuis si longtemps, auquel il avait même un temps renoncé après la mort d'Albertine.

Mais progressivement, il oublie Albertine et peut à nouveau aimer.

C'est ainsi qu'il profite des ses après-midi pour explorer une Venise « intime » :

J'y trouvais plus facilement en effet de ces femmes d'un genre populaire, les allumettières, les enfileuses de perles, les travailleuses du verre (...) que rien ne m'empêchait d'aimer, parce que j'avais en grande partie oublié Albertine, et qui me semblaient plus désirables que d'autres, parce que je me la rappelais encore un peu.

Mais ce ne sont que les derniers soubresauts, l'agonie d'un amour bientôt mort :

De sorte que cet amour, après s'être tellement écarté de ce que j'avais prévu d'après mon amour pour Gilberte, après m'avoir fait faire un détour si long et si douloureux, finissait lui aussi, après y avoir fait exception, par rentrer, tout comme mon amour pour Gilberte, dans la loi générale de l'oubli.

Pourtant un tableau de Carpaccio dans une salle de l'Académie de Venise, Le Patriarche di Grando exorcisant un possédé faillit faire échouer cet oubli définitif, parce qu'il y a reconnu, sur le dos de l'un des personnages, un manteau lui rappelant un de ceux qu'il avait offerts à Albertine :

J'avais tout reconnu, et, le manteau oublié m'ayant rendu pour le regarder les yeux et le coeur de celui qui allait ce soir-là partir à Versailles avec Albertine, je fus envahi pendant quelques instants par un sentiment trouble et bientôt dissipé de désir et de mélancolie.

Belles lectures et bel été à tous.