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dimanche 12 août 2012

Le Musée Gustave-Moreau à Paris

Escalier du Musée Gustave Moreau

Quand les expositions de l'été se finissent, alors que celles annoncées pour l'automne n'ont pas encore commencé, une idée pour le touriste désemparé ou le Parisien revenu au bercail est d'aller tout simplement faire un tour du côté... des musées.
Par exemple, ceux auxquels on ne pense jamais, parce que peu d'événements y sont organisés et qu'ils sont cachés dans quelque hôtel particulier de rues essentiellement résidentielles.

Le Musée Gustave-Moreau dans le 9° arrondissement est typique de ce délaissement.
En vous y pointant à cette saison, un samedi en fin de matinée, vous avez la chance d'y croiser : une vieille dame venue d'Italie, un séminariste Camerounais, un jeune couple de Français plus ou moins amusé et, juste avant la fermeture, un duo de Japonaises en jupes courtes courant de bas en haut et de haut en bas. En comptant un gardien par étage plus une caissière, le rapport visiteurs/personnel est dans ce cas presque de un pour deux...

Le premier étage du bâtiment - aménagé par Gustave Moreau soi-même, qui a fait de sa maison un musée - abrite l'appartement de l'artiste. Depuis la fin du XIXème, le temps semble s'y être figé : meubles et objets décoratifs (céramiques de Palissy, chinoiseries, pièces venues du Japon) sont ceux du goût de l'époque. Ils cohabitent étroitement (trop !) avec les copies de Gustave Moreau : celles que l'artiste a fait des grands maîtres lors de son séjour italien entre 1857 et 1859 (tel un Saint George terrassant le Dragon copié de Carpaccio à Venise), ainsi que des copies d'œuvres originales du peintre symboliste.

Les deuxième et troisième étages s'ouvrent sur de grands espaces entièrement tapissés de peintures et de dessins de Moreau. Là, le plaisir commence vraiment, et l'on a envie de s'installer un moment face à ces grandes compositions où fourmillent mille détails. L'artiste formé à l'école académique - pour ensuite s'en détacher, déçu n'avoir pas été reçu au Prix de Rome - a en quelque sorte réinventé la peinture d'histoire, puisant son inspiration dans les sujets bibliques et mythologiques, notamment dans les Métamorphoses d'Ovide - pour parfois d'ailleurs les transformer au gré de son imagination.
Le rapprochement avec la peinture d'histoire s'arrête là, tant Gustave Moreau a imposé un style bien à lui, reconnaissable entre tous, alliant au ciselé du dessin le sfumato des atmosphères, à l'étrangeté des couleurs des détails décoratifs presque persans, à la violence des scènes des poses hiératiques et moyen-âgeuses.

Énigmatique, passionnante "à lire" (pour cela, ses propres écrits sont nécessaires !), la peinture de Gustave Moreau vaut avant tout pour ce qu'elle est : belle, raffinée et singulière, une peinture dont les sujets mythiques et l'esthétique puissante emportent loin, impriment leur marque et laissent songeur.

Musée National Gustave-Moreau
14, rue de La Rochefoucauld -75009 PARIS
info@musee-moreau.fr
M° Trinité ou Saint Georges, bus : 67, 68, 74, 32, 43, 49
TLJ de 10 h à 12 h 45 et de 14 h à 17 h 15 sf le mardi
Fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre
Entrée 5 euros (TR 3 euros)
Gratuit pour les moins de 18 ans et pour tous le premier dimanche de chaque mois
Tarif réduit pour les moins de 26 ans ressortissants de l'union européene

jeudi 26 novembre 2009

Titien, Tintoret, Véronèse - Rivalités à Venise

Rivalités à Venise, Titien, Vénus au miroirTitien, Tintoret, Véronèse, mais aussi Bassano, que l'on connaît moins : c'est à une véritable rencontre au sommet que le musée du Louvre nous convie jusqu'au 4 janvier 2010.

Pourquoi faut-il y aller ? Parce que la peinture vénitienne du XVIème siècle ajoute aux acquis de la Renaissance italienne la chaleur de la lumière et la passion de la couleur, et concentre des artistes dont la rivalité a exacerbé le talent.
Le contexte politique vénitien l'explique en partie : alors qu'ailleurs dans la péninsule une seule famille à la tête d'une principauté (comme les Médicis à Florence ou les Gonzagues à Mantoue) privilégie un artiste "officiel" destinataire de l'essentiel des commandes, Venise au contraire est une république où plus d'une centaine de familles de patriciens se partagent le pouvoir. Chacune choisit ses artistes pour asseoir son prestige, multiplie les commandes et favorise la pluralité. Même les institutions jouent sur l'émulation, en attribuant par concours les commandes pour les édifices religieux et publics.
Titien, le patriarche, et le plus renommé d'entre tous bien au delà de la République (l'empereur Charles Quint et son fils le roi Philippe II d'Espagne sont ses amis) ne "régnait" donc pas seul. Malgré ses efforts pour écarter Tintoret de la scène artistique, celui-ci se fit connaître par sa peinture très affirmée et un style bien différent de celui de son aîné. Véronèse en revanche n'a pas eu de mal à décrocher de grandes commandes dès son arrivée à Venise, notamment pour le palais des Doges, car le grand maître le soutenait...

Cette compétition des plus fécondes est parfaitement lisible à travers le parcours, pour lequel les commissaires Vincent Delieuvin et Jean Habert ont choisi des thématiques fortes de la peinture vénitienne et confronté pour chacune d'entre elles des tableaux des différents artistes. Rivalités à Venise réunit ainsi toutes les qualité qu'on voudrait toujours trouver à une exposition : intelligence et clarté du propos, sûreté et audace dans les choix, rythme du parcours, entre rupture et progression des sujets. Qualité des œuvres enfin, puisqu'à ceux du Louvre répondent des chefs d'œuvre venus d'un peu partout, de Vienne, de Londres, du Prado, du Capodimonte à Naples, de Chicago, de Washington...

Sur les mérites respectifs des artistes, chacun se fera son opinion bien sûr, voire verra confortée celle qu'il a déjà. Le fou de Titien le restera et gardera un peu de son dédain pour les démonstratives contorsions des corps de Tintoret. A celle de la pose, on préfère l'apparence du naturel ; aux postures héroïques, les figures de ce monde ; aux musculatures antiques, la délicatesse des chairs ; à la dramaturgie extrême, l'expression toute humaine des sentiments... Comblés donc, les amoureux de Titien observeront l'évolution de sa peinture au fil du temps, grâce à des sujets proches ou identiques traités à différentes époques (Danaé, Tarquin et Lucrèce...).
La virtuosité de Véronèse apparaît de façon éclatante, comme dans le Christ guérissant une femme souffrant d'épanchements de sang de la National Gallery : par l'emploi de couleurs claires et brillantes, il rend parfaitement distincts une foule de personnages, servis par une composition classique superbe, alors que la finesse des traits et l'expression de la femme agenouillée tournant son visage vers le Christ impriment au tableau une grâce inouïe. Harmonie, lumière, richesse de la palette : c'est tout Véronèse et c'est une splendeur.

Rivalités à Venise, Tintoret, Suzanne et les vieillards, ViennePortraits de patriciens et patriciennes, autoportraits, nus féminins (avec notamment une confrontation de Tarquin et Lucrèce de haut vol), scènes religieuses quelque peu "profanées", nocturnes sacrés singuliers (des Saint-Jérôme plus poignants les uns que les autres) ... les différentes sections de l'exposition sont tout aussi passionnantes. On s'attarde aussi sur celle consacrée au reflet, qui renvoie notamment à l'un des grands débats esthétiques et théoriques de la Renaissance : le paragone, à savoir la question des mérites respectifs de la peinture et de la sculpture. Dans la suite de Giorgione qui avait peint au tout début du siècle un tableau avec une figure d'homme dont le corps se reflétait à la fois dans une armure polie, un miroir et une fontaine d'eau (aujourd'hui disparu), les artistes vénitiens se sont surpassés dans le domaine du reflet et du miroir en peinture, permettant de représenter tous les aspects d'un personnage sans se déplacer, alors qu'avec une sculpture, le spectateur est obligé de tourner autour... Tintoret a interprété ce thème avec espièglerie (l'humour et la légèreté sont d'autres traits que l'on retrouve chez ces artistes), dans son fameux Suzanne et les vieillards de Vienne. La représentation de cette scène par Jacoppo Bassano, exposée, à juste titre, dans la partie Femmes en péril est beaucoup plus directe et inquiétante. Elle montre au passage l'influence du Titien sur Bassano qui dans son dernier style emprunte au maître sa large touche. Un tableau admirable de simplicité et de clarté dans sa composition, de douceur et de sobriété dans les visages, avec ce goût des chairs blanches éclairées dans une atmosphère sombre chère à Bassano, décidément devenu lui aussi un grand de Venise.

Titien, Tintoret, Véronèse - Rivalités à Venise
Jusqu'au 4 janvier 2010
Musée du Louvre
Hall Napoléon (accès par la pyramide, la galerie du Carrousel ou le passage Richelieu)
TLJ sf le mar., de 9h à 18h, jusqu'à 20h le sam. et jusqu’à 22h les mer. et ven.
Entrée 11 € (14 € si on veut aussi profiter du Musée)

Images : Titien , Vénus au miroir, National Gallery of Art © Board of the Trustees of the National Gallery, Washington
et Tintoret , Suzanne et les vieillards, © Kunsthistorisches Museum, Vienne

dimanche 22 novembre 2009

Admirer l'Âge d'or hollandais

Catalogue de l'exposition Age d'or hollandais à la Pinacotheque Pour permettre à ses nombreux visiteurs de mieux profiter de l'exposition L'Âge d'or hollandais, de Rembrandt à Vermeer organisée en association avec le Rijksmuseum d'Amsterdam, la Pinacothèque de Paris a élargi ses horaires d'ouverture depuis vendredi dernier.

Vous pouvez désormais la visiter de 10h30 à 20h tous les jours et jusqu'à 22h les mercredi et vendredi.

A signaler aussi, une très belle idée de cadeau, pour tout de suite ou pour les fêtes de fin d'année : le catalogue de l'exposition, magnifiquement édité avec les reproductions de l'ensemble des œuvres en pleine page et des textes riches et limpides.

Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine - 75008 Paris
Jusqu'au 7 février 2010
TLJ de 10 h 30 à 20 h, jusqu'à 22 h les mercredi et vendredi
25 décembre et 1er janvier de 14 h à 18 h
Entrée 10 € (TR 8 €)

L’Âge d’Or hollandais de Rembrandt à Vermeer avec les trésors du Rijksmuseum
Éditions Pinacothèque de Paris
Relié - 28 x 24 cm, 304 pages, 45 €
ISBN : 9782358670043

mercredi 17 juin 2009

Italiennes modèles : Hébert et les paysans du Latium

Italiennes modèles au musée d'OrsayCette présentation d'œuvres du peintre Ernest Hébert (1817-1908) est l'une des manifestations dédiées à l'Italie à voir en ce moment au musée d'Orsay autour de l'exposition Voir l'Italie et mourir.
Elle nous mène dans les pas du voyage entrepris en 1853 par Hébert en compagnie de deux de ses amis peintres paysagistes, Édouard Imer et Eugène Castelnau. Partis de Marseille avec Naples en ligne de mire, c'est dans les monts Simbruini qu'ils s'attardent. Les croquis et peinture qu'ils en tirent soulignent la fascination que les autochtones ont dû exercer sur les jeunes Français.
Certes, les nombreuses études de villageois en costume traditionnel traduisent l'emballement des peintres pour un certain pittoresque. Mais le charme opère toujours face aux grands et magnifiques tableaux montrant ces jeunes et belles paysannes, sereines près de leurs sources et de leurs rochers. Elles font effectivement de parfaits modèles : ovale du visage, dessin de la bouche charnue, chevelure brune et épaisse surplombant un corps aux courbes charnelles et harmonieuses. Si ces portraits ne sont pas sans évoquer un regard empreint des canons de l'Antique, Hébert a pourtant saisi des femmes pleines de vie, dont les grands yeux noirs immobiles et les traits impassibles semblent voiler bien des pensées, un certain orgueil, un insondable mystère, et peut-être même une grande mélancolie.

Italiennes modèles : Hébert et les paysans du Latium
Musée d'Orsay
Jusqu'au 19 juillet 2009
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Image : Hébert Ernest Antoine Auguste (1817-1908), Les Filles d'Alvito, 1855, 220 x 152 cm, huile sur toile, Paris, musée national Ernest Hébert © RMN - Franck Raux

mardi 9 juin 2009

Commémoration de la Retirada : expositions Joan Jordà dans l'Aude

Expositions Joan Jorda à Montolieu et CarcassonneDe fin janvier à début février 1939, près d'un demi-million de Républicains fuient l'Espagne, où la victoire de Franco - soutenu par les régimes totalitaires allemands et italiens - a sonné le glas de la 2ème République.
La France n'est pas préparée à les accueillir et, lorsque la plupart d'entre eux arrivent en Languedoc-Roussillon, tandis que les femmes et les enfants sont répartis dans des centres d'hébergement, les hommes sont groupés sur les plages du Roussillon (à Argelès-sur-mer notamment) à même le sable en plein hiver. Ils sont ensuite internés dans différents camps dans le sud de la France. Beaucoup de ces exilés sont enrôlés dans des Groupements de Travailleurs Etrangers, certains sont déportés vers les camps d'extermination nazis. D'autres s'engagent dans la Résistance Française.

Soixante dix ans après, d'octobre 2008 à l'été 2009, la région Languedoc-Roussillon a voulu commémorer la Retirada (Retraite en espagnol), en encourageant la recherche historique et en organisant des manifestations avec les partenaires associatifs et institutionnels, afin que le passé ne soit pas oublié, et transmis aux jeunes générations.

Montolieu dans l'Aude (aujourd'hui, village du Livre et des Arts graphiques - véritable paradis des bibliophiles en terre cathare) hébergea l'un de ces camps. A son emplacement, outre quelques cachots, on peut y lire une plaque inaugurée le 11 avril dernier : "Ici dans l'ancienne usine furent internés du 30 février au 2 septembre 1939 des Républicains espagnols (au moins 400 détenus) fuyant le fascisme franquiste. Passant souviens-toi."

Expositions Joan Jorda dans l'AudeAgé de dix ans lors de la Retirada, Joan Jordà connaît l'exil, le dénuement, les camps et l'éclatement de la famille. Il se fixe définitivement à Toulouse en 1945. Pratiquement en auto-didacte, il se lance dans la peinture dès 1947. Sa première exposition personnelle, en 1976, montre son engagement dans la dénonciation de la violence des pouvoirs dictatoriaux. Egalement sculpteur, il créé pour la ville de Toulouse le mémorial en bronze L'Exode des Républicains d'Espagne. Il a aussi illustré des ouvrages de Joseph Delteil, Miguel Hernandez, Arthur Rimbaud...

On peut voir les différents aspects de son travail à travers deux expositions complémentaires, à Montolieu et à Carcassonne, la première consacrée aux œuvres sur papier et la seconde aux toiles, sculptures et livres illustrés.
Si certaines œuvres sont abstraites, la plupart des figurations sont des scènes de souffrance, d'enfermement ou d'exil. Les corps des hommes comme ceux des animaux sont brisés, désarticulés ou ligotés. L'œil est effrayé et on croit entendre des cris s'échapper des bouches.
Dans les thématiques et dans certaines compositions, on pense au Picasso de Guernica, alors que la manière, larges aplats, peu de volumes, parfois couleurs pures, cernes noirs, évoque Miró. Quoi d'étonnant à ce que le peintre, qui s'inscrit dans l'Histoire, soit influencé par ses compatriotes, eux-mêmes marqués par leur culture nationale ? On retrouve ainsi chez Jordà la présence de la tauromachie, mais surtout des oppositions, des luttes et la thématique du chaos, dans une recherche de sens et d'humanité qui lui est propre et qui fait de ses peintures des œuvres fortes et émouvantes.

Joan Jordà, Oeuvres sur papier
Jusqu'au 30 septembre 2009
Musée des Arts et Métiers du Livre
Rue de la Mairie - 11170 Montolieu (Tel. 04 68 24 80 04)
Du lun. au sam. de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h
Le dim. de 14 h à 18 h
Entrée libre
Joan Jordà, Peintre et sculpteur
Jusqu'au 13 juin 2009
Centre Joë Bousquet et son Temps
53, rue de Verdun - 11000 Carcassonne (Tel. 04 68 72 50 83)
Du mar. au sam. de 9 h à 12 et de 14 h à 18 h
Entrée libre

A paraître : Joan Jordà, Peintre et sculpteur (coédition Centre Joë Bousquet et son Temps / Association Montolieu Village du Livre et des Arts graphiques), 112 p. sur papier ivoire, souscription 10 € au Centre Joë Bousquet et son Temps

Programme des manifestations organisées pour la commémoration de la Retirada sur le site de la région Languedoc-Roussillon

Voir également le billet consacré au livre de Jordi Soler "Les exilés de la mémoire".

mercredi 29 avril 2009

Voir l'Italie et mourir, au musée d'Orsay

Voir l'Italie et mourir au musée d'Orsay, la place saint marc au clair de luneLa mode a été lancée dès la fin du XVIème siècle par les Anglais fortunés, elle eut rapidement un grand succès auprès des Européens et ne cessa de se développer au cours des siècles suivants.

Il s'agissait, pour les membres de la bonne société, de parfaire leur éducation en accomplissant le Grand Tour, lequel passait inévitablement par l'Italie, où l'on allait, comme on le fait encore aujourd'hui, se cultiver et se pâmer devant les ruines antiques et les œuvres de la Renaissance.
La vogue connut un souffle nouveau au XIXème siècle, à la suite des fouilles des sites de Pompéi et Herculanum, mais aussi avec l'invention de la photographie.

A travers une large sélection de peintures, dessins, sculptures et surtout photos, l'exposition du musée d'Orsay éclaire un pan - celui du XIXème siècle - de l'histoire de cette inlassable attrait des Européens pour l'Italie. Le parcours est conçu comme un petit voyage en soi - déambulation entre diverses salles aux volumes différents et peu séparées les unes des autres. L'espace central est surplombé d'un faux plafond reproduisant en maxi-format des fresques italiennes. De petites statues typiques des personnages de la tradition - musiciens en particulier - œuvres de Carpeaux notamment, placés au milieu des salles viennent figurer le centre d'imaginaires petites places, alors que les murs prennent de douces teintes vertes et taupes.
Le charme est complet, d'autant que sur les murs s'étale une succession de splendeurs architecturales. Du Duomo Santa Maria di Fiore à la Basilique Saint-Marc, de Santa Maria de la Salute à la basilique Saint-Pierre, du Grand Canal au Colisée en passant par la cathédrale de Prato, sont ici réunies des vues de voyages dont campaniles, coupoles et arcs antiques ont été les étapes.

Voir l'Italie et mourir, Musée d'Orsay, CorotPour autant, l'exposition réserve bien des surprises. L'une de ses révélations est la singulière beauté de certains tirages sur papier albuminé, procédé qui offre un rendu de la lumière du sud tel que l'on croit la "sentir", mais aussi des contrastes d'une remarquable précision. L'architecture et les perspectives en sont encore magnifiées. L'on y découvre aussi des photos et des peintures d'une grande poésie, comme ces vues de Venise au clair de lune, tout à fait extraordinaires.
Beaucoup moins romantiques, mais très inattendus, sont les clichés des moulages effectués dans les empreintes des cadavres retrouvés avec la découverte des sites de Pompéi et Herculanum. Face à ces corps immobilisés en plein mouvement, on saisit toute l'horreur de ces hommes et ces femmes pris vifs dans la lave du Vésuve, autre motif de fascination pour les Européens voyageurs du XIXème siècle qui eux, découvraient alors cette tragédie de l'histoire.

Voir l'Italie et mourir. Photographie et peinture dans l'Italie du XIXème siècle
Jusqu'au 19 juillet 2009
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Images : Friedrich Nerly, Venise, la place Saint Marc au clair de lune, vers 1842, huile sur toile, 58,5 x 46,5 cm, Hanovre, Niedersächsisches Landesmuseum (inv. PNM 971) © Niedersächsisches Landesmuseum, Hannover
et Camille Corot, La Vasque de l'Académie de France à Rome, 1826-1827, huile sur toile, 25 x 38 cm, Beauvais, musée départemental de l'Oise © RMN / Hervé Lewandowski

dimanche 26 avril 2009

Filippo et Filippino Lippi. La Renaissance à Prato

Exposition Lippi au Luxembourg, NativitéLe pan de l'histoire de l'art que le musée du Luxembourg nous révèle aujourd'hui a pour cadre la ville de Prato, longtemps occultée par le rayonnement de sa voisine Florence.
Pourtant, Prato connut son heure de gloire, du milieu du XIVème au XVème siècle, époque où le commerce de tissus et de la soie vint enrichir la cité. Pour manifester ce faste, on fit élever un duomo et passa des commandes pour décorer églises et couvents.

C'est dans ce contexte que le florentin Filippo Lippi (1406–1469) fit son entrée à Prato, sollicité par la ville pour orner la cathédrale.
Les commandes se multiplièrent et l'atelier de ce frère carmélite compta de nombreux disciples.
Certes, ce foisonnement artistique ne dura guère - dès le début du XVIème siècle, Prato fut écrasée par sa grande rivale Florence sous la férule des Médicis - mais il donna naissance à des œuvres magnifiques. L'exposition du Luxembourg en témoigne.

Y sont réunis une soixantaine de tableaux et sculptures, issus en grande partie du musée de Prato (en cours de rénovation) et montrés en France pour la première fois.
Si ces œuvres permettent de se rendre compte de l'intense activité artistique de Prato à cette époque, elles révèlent également l'importance des échanges avec les artistes florentins. La présence d'Uccello, de Fra Angelico - maître de Filippo Lippi -, de Botticelli - dont Lippi père fut le maître avant que Lippi fils en deviennent l'élève - montre les influence entre ces deux cités, il est vrai séparées d'une quinzaine de kilomètres seulement.

Exposition au musée du Luxembourg, Lippi, Vierge à la ceintureDe ce parcours toscan à la présentation très élégante, on retient avant tout le travail de Filippo Lippi. Son évolution est ici bien visible. Déjà très beau mais encore hiératique dans les années 1430, il devient ensuite de plus en plus vivant, de plus en plus soigné dans les détails comme dans la composition.
Les trois grands tableaux religieux que Lippi a exécutés avec son élève et ami Fra Diamante, présentés côte à côte sont à cet égard des merveilles : La Présentation au Temple, avec ses éléments d'architecture très Renaissance ainsi que La nativité avec saint Georges et saint Vincent Ferrer, où l'artiste a multiplié les groupes de personnages à différents plans : anges, musiciens, enfants, et enfin les saints tout devant, réunis autour d'une scène très familière, pleine de tendresse et d'humanité. Les deux peintures entourent le clou de l'exposition : la Vierge à la Ceinture.
Cette splendide composition, comme les autres éclatante de couleurs, fourmillant de détails, de riches étoffes, mais aussi pleine de délicatesse dans les traits, de transparence dans les chairs, est une évocation de l'histoire de la ville. Selon la légende en effet, la ceinture de la Vierge lui appartient depuis qu'un marchand de Prato l'a ramenée de Terre Sainte au XIIème siècle.
Mais la Vierge à la ceinture rappelle également la vie de Filippo Lippi. Celui-ci a peint ce tableau pour le couvent Sainte-Marguerite en donnant à la sainte les traits de sa belle, Lucrezia Buti, une nonne échappée du couvent. De cette scandaleuse aventure, en 1457, naquit Filippino Lippi, peintre comme son père, et dont les œuvres présentes ici soulignent l'influence de son maître Botticelli.

Filipo et Filippino Lippi. La Renaissance à Prato
Musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard - Paris 6ème
Jusqu'au 2 août 2009
Ouvert TLJ
Lundi et vendredi de 10 h 30 à 22 h
Mardi, mercredi, jeudi et samedi de 10 h 30 à 19 h
Dimanche et jours fériés de 9 h 30 à 19 h
Entrée 11 € (TR 9 € et 6 €)

Images : Filippo Lippi, Fra Diamante, Nativité (ou Adoration de l’Enfant) avec saint Georges et saint Vincent Ferrer, c. 1456, Détrempe sur panneau, 158 x 168 cm, Museo Civico, Prato © Archivio Museo Civico di Prato
et Filippo Lippi, Fra Diamante, Vierge à la Ceinture entre saint Thomas et la commanditaire Bartolomea de 'Bovacchiesi et les saints Grégoire, Augustin, Tobie, Marguerite et l'archange Raphaël c. 1456-1465 Détrempe sur panneau, 199 x 191 cm, Museo Civico, Prato © Archivio Museo Civico di Prato

dimanche 8 février 2009

Le Chemin de peinture au MAMAC à Nice

Le chemin de la peinture à NiceUn bâtiment qui prend sa place dans la ville, qui sur trois niveaux présente des volumes amples dans lesquels les œuvres sont à l’aise.

La promenade nous conduit vers les machines de Tinguely, que l’on aimerait en mouvement car il semble qu’elles soient faites pour ça. Mais tel câble d’alimentation n’a pas d’énergie, ou le visiteur n’ose appuyer sur un bouton sans encouragement.
Les sculptures de Nicki de Saint Phalle sont des assemblages d’objets de la vie quotidienne pour lesquels on hésite entre l’amusement et la gêne.
Yves Klein nous a laissé des œuvres bleues, mais pas seulement. On apprendra avec intérêt comment il a su passer d’une utilisation de la femme-objet à peindre à l’objet-femme à peindre (le corps féminin comme outil).
On comprend tout d’un coup comment Christo s’est emballé pour les empaquetages : une de ses premières œuvres est une galerie de voiture, telle qu’on en voyait autrefois sur le toits des autos, qui supporte un gros paquet bien ficelé et soigneusement empaqueté. A l’origine donc, le plus grand réalisme.
Une boutique de Ben, les Ecoles devenues classiques (support/surface, arte povera, abstraction américaine) nous font voyager dans l’histoire de l’art de la deuxième partie du XXème siècle, et nous titillent l’esprit de temps en temps.

Mais ces jours-ci, c’est l’exposition temporaire qui nous a le plus arrêté. Sous le titre « Le Chemin de peinture », cinq peintres contemporains montrent que leur moyen d’expression, par la toile et les couleurs, puisent dans l’Art en général aussi bien que dans les arts particuliers les plus divers. Leur mode est figuratif, mais aussi allusif comme la plupart de leurs bons prédécesseurs. Et comme eux aussi leur réflexion sur le temps est un thème majeur.
Gérard Gasiorowski (1930-1986) fait référence à la très longue histoire de l’art en mettant en présence la Vénus de Laussel (beauté d’il y a 25000 ans) et un orant à tête de faucon Egyptien. Même rapprochement de Denis Castellas (né en 1951) entre peinture et sculpture, à travers des œuvres de Picasso et de Julio Gonzalez.
Valérie Favre (1959) peint des scènes fantastiques, théâtralisées (elle a été actrice), où l’on reconnaît centaures et satyres évoluant dans des décors oniriques.
Alun Williams (1961) suit les traces de Garibaldi à New York, ou Jules Verne à Amiens, par des paysages résumés qui subissent une grande tache rouge.

Exposition le chemin de peinture au Mamac à NiceStéphane Pencréac’h (1970) frappe encore davantage l’inconscient : il prend pour point de départ une photographie, de très grand format, pour représenter des scènes intrigantes, qui content une histoire que nous sommes conviés à recomposer. Si l’on ne sait pas toujours ce que cela dit, « ça parle ». Telle l’Annonciation où l’on voit un intérieur bouleversé par les apparitions de l’extérieur : un aigle d’or vient se poser sur le dossier d’un fauteuil, le paysage urbain tente de passer par les fenêtres, une carcasse rouge d’animal est accrochée devant un homme le couteau au poing.
Tableaux à méditer, qui nous aident à communiquer avec le Mystérieux.

Musée d’Art moderne et d’Art Contemporain Nice
Promenade des Arts
06364 Nice cedex 4
Tous les jours de 10 h à 18 h sauf le dim., le 1er mai, le 25 déc. et le 1er janv.
Entrée libre pour tous depuis le 1er juillet 2008

Images : Valérie Favre, Redescription 2, 2007, Huile sur toile, Triptyque 250 x 195cm Coll. privée
et Stéphane Pencréac'h, L’aigle, 1994, Huile sur toile, 200 x 240 cm, Coll. Privée

mercredi 28 janvier 2009

Alexandre Trauner et Júlia Vajda à l'Institut Hongrois

Alexandre Trauner, Hôtel du Nord, Institut Hongrois de ParisLa première des deux expositions présentées jusqu'au 28 février à l'Institut Hongrois de Paris (situé à deux pas du jardin du Luxembourg) concerne un artiste dont l'univers nous est bien familier.

Il s'agit du décorateur de cinéma Alexandre Trauner, natif de Budapest (1906), émigré à Paris en 1930, où il a travaillé avec les plus grands réalisateurs, au premier rang desquels Marcel Carné, avant de partir pour les Etats-Unis dans les années 1950 collaborer avec Orson Welles, Howard Hawks, Billy Wilder (Oscar du meilleur décor pour La garçonnière en 1960)... De retour en Europe, il crée notamment les décors de Don Giovanni et Monsieur Klein de Joseph Losey, ou encore de Subway de Luc Besson, qui lui valut un César.

Pour la préparation de ses décors de films, outre les dessins et peintures, exposés dans les années 1980, Alexandre Trauner réalisait également de nombreuses photographies, sans se considérer le moins du monde comme un photographe, lui qui a été l'ami de Brassaï, David Seymour, Doisneau, Willis et Boubat entre autres.
Les photos visibles à l'Institut Hongrois, découvertes après sa mort en 1993 nous plongent avec émotion dans le cadre du célèbre film de Marcel Carné Hôtel du Nord. Ce ne sont pas des vues du tournage, mais de simples photos qu'il a prises en repérage, autour d'un canal Saint-Martin bien différent de celui que nous connaissons aujourd'hui. En 1937, il y avait davantage de péniches sur l'eau que de piétons, bicyclettes et autos sur ses berges. Les constructions étaient basses et retirées, l'espace libre offrait de belles perspectives qu'Alexandre Trauner a mis en valeur avec art. La ballade poétique dans le Paris en noir et blanc des années 1930 se poursuit avec des photos d'entrées de métro et de portes Art Nouveau, ou encore des vitrines de cafés ou de petits commerces avec leurs enseignes amusantes telles ce "Fritures et primeurs" ou ce salon de coiffure promettant un "service antiseptique"...

Julia Vajda à l'Institut Hongrois de ParisA l'étage, l'autre exposition est consacrée à une artiste hongroise peu connue, Júlia Vajda (1913-1982), épouse du peintre Lajos Vajda. En recherche tout au long de sa vie entièrement dédiée à la peinture, Júlia Vajda a exploré différents styles, y compris durant les longues et souterraines années du Rideau de fer. Aujourd'hui, son pays souhaite faire connaître au public hongrois et étranger cette artiste dont l'oeuvre abondante et singulière s'inscrit, malgré l'isolement, dans les courants picturaux européens de son temps.
L'exposition parisienne montre des collages ainsi que des dessins à l'encre de chine, des aquarelles, tempera et huiles sur carton ou sur papier, où lignes entremêlées, crochets et cascades tracent des univers étranges, parfois tourmentés et souvent oniriques.

Hôtel du Nord.Alexandre Trauner
Paysages intérieurs. Júlia Vajda
Jusqu'au 28 février 2008
Institut Hongrois de Paris
92, rue Bonaparte - Paris 6ème
TLJ sauf dim., du lun. au jeu. de 9 h à 21 h, ven. de 9 h à 19 h, sam. de 14 h à 19 h

dimanche 28 décembre 2008

Mantegna au musée du Louvre

Exposition Mantegna au LouvreDe l'école de Padoue du milieu du Quattrocento, il a repris ces mille ornementations, guirlandes décoratives, angelots, fruits rebondis et marbres polychromes, autant de petites festivités qui animent le tableau et enchantent le regard.

De l'humeur vénitienne, il a aimé la douceur des personnages belliniens, cet air faussement rêveur d'une Sainte Justine délicieusement drapée d'un vêtement au rose délicat. Devenu l'époux de la fille de Jacopo Bellini, il a entretenu, pendant une petite dizaine d'années, un dialogue fructueux avec son beau-frère Giovanni, autour d'une lumière raffinée, de couleurs vives et d'un sens narratif proche de celui du théâtre.

Mais c'est peut-être du côté de la sculpture qu'il faut chercher l'inspiration la plus déterminante d'Andrea Mantegna (1431-1506). En 1443, Donatello, le plus grand sculpteur de son siècle, le Florentin imprégné des idées humanistes et du retour à l'Antique vient à Padoue pour y déployer son art pendant dix ans. De là peut-être est née chez le jeune Mantegna cette veine sculpturale, monumentale, souvent jugée "sévère", ses mises en perspective et ses décors antiquisants.

De toutes ces inspirations, la magnifique exposition du Louvre rend compte. Elle présente le parcours de Mantegna de façon chronologique mais prend soin d'entourer ses œuvres de celles d'autres peintres de son temps, faisant apparaître les influences réciproques et les modalités de diffusion des styles, grâce à des supports comme la gravure ou la collaboration des artistes avec les artisans, orfèvres, menuisiers, tapissiers, potiers...

Tout autant, ce parcours est un hommage au talent et au succès précoce d'Andrea Mantegna, de ses premières réalisations, notamment pour la chapelle Ovetari alors qu'il n'est âgé que de dix-huit ans, au triptyque de San Zeno de Vérone, resté à son emplacement d'origine mais dont on peut admirer ici réunis les trois panneaux de la prédelle. Ils témoignent d'un sens de la mise en scène qui n'a d'égal que celui du détail, digne des maîtres flamands.
Saint-Sebastien du Louvre, MantegnaPuis, très vite, Mantegna est demandé à la cour des Gonzague à Mantoue, où il s'installe en 1460 pour y rester jusqu'à sa mort.
Les tableaux et décors les plus splendides - et souvent somptueux - se succèdent. Si le célèbre Christ mort de Milan n'a pu faire le déplacement, le musée fait en revanche côtoyer son Saint-Sébastien avec celui de Vienne, moins monumental mais peut-être plus touchant, et plus intrigant aussi avec son cavalier dans les nuages. Avec leur décorum ultra-antique, les deux manifestent la nostalgie d'un âge d'or classique idéalisé.

A tant d'austérité, les dernières toiles apportent un divertissement inattendu : avant le cycle des neuf toiles des Triomphes qui occupèrent ses dernières années, Mantegna dut répondre à la commande d'Isabelle d'Este Gonzague, qui voulait orner son studiolo de peintures de différents artistes, et surtout d'oeuvres novatrices. La Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu offre un ensemble d'êtres étranges symboles de l'avarice, de l'ignorance, de la paresse... : voici un Mantegna à l'imagination prolifique, dont la fantaisie et l'inventivité rappellent celles de certaines de ses gravures, où il trouvait quelque espace de liberté, tels Le Combat des dieux marins, plein de monstres en mouvement.

Andra Mantegna s'éteint au tout début du XVIème siècle, après avoir croisé Léonard de Vinci à Mantoue. Il paraît que les deux artistes ne se comprirent pas. Il faut dire que s'ouvrait alors une autre ère, faite de sfumato et d'expressions de l'âme ; la "modernité" de Mantegna n'était déjà plus.

Mantegna
Musée du Louvre
Jusqu'au 5 janvier 2009
TLJ, sf le mardi, de 9 h à 18 h et jusqu’à 22 h les mercredi et vendredi
Jusqu’à 20 h tous les samedis, les 27,28,29 décembre et les 3,4,5 janvier
Billet spécifique pour l’exposition Mantegna : 9,50 €

Images : Andrea Mantegna, Sainte Justine (1453-1455), Bois; H. : 1,18 m ; L. : 0,42 m, Milan, Pinacoteca di Brera, inv. 165 © Sovr. Beni artistici e storici, Pinacoteca di Brera, Milan et Saint Sébastien (vers 1478-1480 ?), Tempera sur toile de lin; H. : 2,55 m ; L. : 1,40 m Paris, Musée du Louvre, dép. des Peintures, RF 1766 © 2008 C2RMF/ Jean-Louis Bellec

mercredi 10 décembre 2008

Pollock et le chamanisme. Pinacothèque de Paris

exposition Pollock et le chamanisme à la Pinacothèque de ParisDe l'américain Jackson Pollock (1912-1956), chef de file de l'expressionnisme abstrait, l'on connaît surtout les drippings, qu'il réalisait en versant ou en jetant de la peinture sur la toile étalée au sol.

La Pinacothèque de Paris propose jusqu'au 15 février 2009, à travers une exposition ambitieuse, d'aborder son œuvre sous un jour nouveau.
Réunissant une quarantaine de tableaux et de gravures issus de collections privées, elle met en lumière l'influence du chamanisme sur l'œuvre de Jackson Pollock, y compris sur la période dite des drippings. La démonstration s'appuie sur les travaux de l'historien d'art Stephen Polcari, commissaire de l'exposition, en pointant les résonances de l'oeuvre de Pollock avec celle du surréaliste André Masson et les rites des cultures amérindiennes.

Entre les explications fournies sur les pratiques initiatiques et les très beaux objets des peuples amérindiens utilisés lors des rites (tels que masques, mats totémiques et cuillères gravées), les superbes tableaux colorés de Pollock des années 1930 et du début des années 1940 trouvent à l'évidence une place de choix. Les rouges, les jaunes, les oranges et les verts s'affrontent et éprouvent leur puissance dans des formes étirées et mouvantes. Il y a le chaos, la contrariété des forces, mais aussi la transformation, la renaissance.

Ces tableaux déjà très physiques et animés laisseront place, à partir de 1947 (mais non exclusivement), à la fameuse "peinture gestuelle" du dripping. Si l'on peut voir dans ces jaillissements de couleur pure le résultat d'une spontanéité presque enfantine, ils évoquent aussi une danse autour de la toile. Pollock les exécutait-il dans une sorte de transe ? Faut-il y voir une autre manifestation de l'influence du symbolique chez Pollock ? Ces lacis de lignes recèlent-ils une signification ?
Beau débat. En toute hypothèse, et chamanisme pour chamanisme, ces tableaux "amérindiens", avec leurs couleurs de feu et la formidable énergie qu'ils dégagent n'ont pas leur pareille pour venir réchauffer, à point nommé, le redoutable hiver parisien.

Pollock et le chamanisme
Jusqu'au 15 février 2009
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine - Paris 8ème
TLJ de 10 h 30 à 18 h, jusqu'à 21 h ts les 1ers mercredis du mois
Les 25 déc. et 1er janv., de 14 h à 18 h
Entrée : 9 € (TR 7 €)
Ateliers enfants les mercredis et samedis : 9 €, durée 1 h 30 (à réserver)

dimanche 17 août 2008

Trésors de l'Accademia Carrara de Bergame

Exposition à la fondation de l'HermitageMaglm est en vacances... mais les expos continuent ! Avant de partir, j'ai repéré ceci pour vous... à vous donc d'aller voir, chers lecteurs !

La peinture italienne est à l'honneur cet été à la Fondation de l'Hermitage à Lausanne, où est présentée une sélection de toiles issues de la collection de l'Accademia Carrara de Bergame.

Outre une école des Beaux-Arts, l'Académie lombarde, fondée en 1796, abrite plus de mille huit cents oeuvres datées du XVème au XIXème siècles.
L'exposition de la Fondation de l'Hermitage réunit des artistes de l'école vénitienne, avec Giovanni Bellini, Carpaccio, Titien, Canaletto, Longhi ou encore Guardi, mais aussi du florentin Botticelli, du lombard Lorenzo Lotto, sans oublier un Saint-Sébastien de Raphaël... au total, ce sont plus de cent oeuvres de la Renaissance au XVIIIème siècles qui sont à admirer jusqu'au 26 octobre 2008.

La peinture italienne, de la Renaissance au XVIIIème siècle
Trésors de l'Accademia Carrara de Bergame à Lausanne
Fondation de l'Hermitage
2, route du Signal - CH - 1000 Lausanne 8
Jusqu'au 26 octobre 2008
Du mar. au dim. de 10 h à 18 h, le jeu. jusqu'à 21 h
Entrée CHF 15. (10 €)
Tarif réduit pour les retraités, les étudiants, les apprentis et les demandeurs d'emploi
Entrée libre pour les enfants

Image : Antonio Canal, dit Canaletto,Le Grand Canal vu du Palais Balbi, 1730, huile sur toile, 62 x 90 cm,Bergame, Accademia Carrara, legs Guglielmo Lochis © photo Accademia Carrara de Bergame

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