www.maglm.fr

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 19 novembre 2007

Fragonard, Les plaisirs d'un siècle. Musée Jacquemart-André

Fragonard, La poursuite, expo, Jacquemart-AndréIl aurait pu devenir un peintre de l'Académie Royale et s'en tenir à la peinture de genre en vigueur à l'époque. Au lieu de quoi, il se consacre à une clientèle privée, qui lui permet, semble-t-il, de laisser libre cours à son bon plaisir.
Les tableaux les plus connus de Fragonard (1732-1806) montrent des sujets frivoles, emprunts de légèreté et de grâce. Ce sont d'adorables jeunes filles, femmes-enfants aux joues roses et rebondies, un peu coquines, tenant un chiot près du sein ; ce sont des couples s'embrassant tendrement ; des scènes se déroulant dans des cadres idylliques.
Et il y souffle souvent un air de liberté, comme dans La poursuite et La surprise, deux tableaux peints en 1771 dans la même veine, où les petites touches du peintre frôlent l'esquisse : les personnages sont venus se perdre dans des jardins où la maîtrise de l'homme est dépassée. Sur presque toute la hauteur des toiles, la végétation laissée à l'abandon s'épanouit et déborde ; la cascade et la sculpture se trouvent prises dans un écrin de feuillages à la superbe harmonie de verts et de roux.
Fragonard, peintre de la volupté amoureuse, a aussi peint beaucoup de scènes familiales, telles La visite à la nourrice, où il place le nouveau-né au centre d'une chaleureuse lumière.
Ainsi que le propos de l'exposition le souligne, l'artiste était également un passionné de littérature. Il s'est plu à lui rendre hommage en peignant les écrivains (voir le sombre et magnifique Songe de Plutarque par exemple), en illustrant les fables et contes de La Fontaine, mais encore en accomplissant une oeuvre graphique remarquable.
Les planches illustrant les seize premiers chants du poème de l'Arioste (1474-1533) l'Orlando Furioso, marquées par un trait à la fois enlevé, lyrique et foisonnant, révèlent une inspiration bouillonnante.
Il se consacrera avec davantage de sobriété mais non moins d'efficacité au Don Quichotte de Cervantés : le coup de crayon est plus bref, plus stylisé, et souligne à merveille l'ironie du texte.
Preuve que Fragonard n'était pas seulement un virtuose du pinceau dont la manière libre et enlevée annonçait le XIXème siècle, mais également un graphiste exceptionnel, qui n'a cessé en toutes occasions de manifester une malice et une audace des plus réjouissantes.

Fragonard, Les plaisirs d'un siècle
Musée Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann - Paris 8ème
M° St-Augustin, Miromesnil ou St-Philippe du Roule, RER Charles de Gaulle-Étoile
Jusqu'au 13 janvier 2008
TLJ de 10 h à 18 h, nocturne le lundi jusqu'à 21 h
Entrée 9,50 € (TR 7 €)
Catalogue de l'exposition préfacé par Pierre Rosenberg, de l’Académie française, président-directeur honoraire du musée du Louvre, 39 € (éditions Snoeck)

Image : Fragonard, La Poursuite, Musées d'Angers © Musées d'Angers, photo Pierre David

lundi 29 octobre 2007

Chaïm Soutine à la Pinacothèque de Paris

Chaim Soutine, vue de Cagnes, Pinacothèque de ParisNé à la fin du XIXème siècle en Biélorussie, Chaïm Soutine émigre à Paris en 1913.

A la Ruche, atelier de Montparnasse, ses contemporains sont Chagall, Kikoïne, Lipchitz - le groupe appelé Ecole de Paris.

Il noue avec Modigliani une amitié qui durera jusqu'à la mort du peintre italien en 1920.
Le même Modigliani le présente au marchand d'art Léopold Zborowski : grâce à lui, tiré de la misère la plus noire, Soutine pourra vivre confortablement de son art durant le reste de sa vie, jusqu'à ce que son estomac malade ait raison de lui en 1943.

Ce parcours n'explique pas la tourmente qui caractérise la peinture de Soutine, qualifiée souvent d'expressionniste. Enfance très pauvre dans une famille juive orthodoxe, souffrances passées, repli sur soi, solitude et dépression : beaucoup de choses ont été écrites, parfois tout et son contraire, sur un artiste qui n'a laissé aucun écrit pour confirmer ou infirmer les hypothèses, lever ce voile de mystère qui couvre en grande partie sa vie intime.

Restent ses tableaux. Il en a peint et détruit beaucoup.
De l'exposition visible à la Pinacothèque de Paris jusqu'au 27 janvier prochain, les plus fascinants sont les paysages peints à Cagnes et à Céret. Au départ, des coups de brosse aux aplats larges et rapides, un sens de la composition très séduisant, des couleurs éclatantes et des contrastes très maîtrisés : point de tourmente encore, mais des paysages singuliers, un peu bousculés, où l'élément central, route montante ou escalier monumental, fait déjà tanguer les constructions.

Puis, à partir des années 1920, les couleurs et la matière se densifient, s'entremêlent ; les coups de pinceau sont de plus en plus mouvants. Sous les rafales du mistral, les arbres se tordent et poussent les maisons vers l'extérieur du cadre, carrément menacées d'effondrement.
Il frise alors parfois l'abstraction, mais au bénéfice d'une formidable puissance. Et l'énergie dévastatrice est bien souvent contrariée par des couleurs chaudes ici ou là qui viennent évoquer un élan vital qui refuse de céder.

Si le thème de la violence, ou du moins de la menace, est constant dans une grande partie de l'oeuvre de Soutine – comme en témoignent ses personnages osseux à l'oeil noir et aux longs doigts noueux, ses animaux morts et parfois même écorchés –, dans les années 1930 puis 1940, le peintre semble avoir trouvé la voie de l'apaisement. Âne, porc, taureau sont désormais montrés vivants et tranquilles dans leur milieu naturel.

Surtout, le très beau Paysage de Champigny (1942-1943) vient contredire tout ce que Soutine a exprimé des années auparavant : sur la crête d'une montagne, un enfant assis dans un cadre idyllique aux splendides couleurs froides regarde une blanche chèvre paître paisiblement.
Comme ici la tourmente semble loin...

Chaïm Soutine
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine – Paris 8ème
L'exposition est prolongée jusqu'au 2 mars 2008
Tlj de 10 h 30 à 18 h
Entrée 9 € (TR 7 €)

mercredi 25 juillet 2007

L'été au frais : les expositions à Paris

exposition Vieira da SilvaLe programme culturel ne connaît pas de trêve estivale dans la capitale. Pour les Parisiens qui demeurent à résidence comme pour les autres qui y viennent « pour le meilleur », les propositions sont nombreuses. En voici une petite sélection.

Côté peinture, on ne peut que conseiller l'exposition, au Musée d'Orsay, De Cézanne à Picasso, chefs d'oeuvre de la galerie Vollard (lire les billets Ambroise Vollard : parcours d'un marchand d'art exceptionnel ; Galerie Vollard : autour des livres et de Vincent van Gogh et Chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard : Paul Cézanne), mais aussi Roy Lichtenstein, Evolution à voir à la Pinacothèque de Paris jusqu'au 23 septembre.
D'autres méritent certainement le détour, telle celles organisée au Centre culturel Calouste Gulbenkian autour de l'artiste portugaise Maria Vieira da Silva, peintre magnifique de « l'abstraction lyrique », visible jusqu'au 28 septembre.

C'est dans le domaine de la photographie que les grandes expositions sont pléthores cet été. Ainsi, avec Double je, le glamour kitch devenu chic de Pierre et Gilles investit le Jeu de Paume (site Concorde) jusqu'au 23 septembre, alors que jusqu'au 16 , Alexandre Rodtchenko prend ses quartiers au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris qui lui consacre, avec La révolution dans l'oeil la rétrospective la plus importante organisée en France.
Autres expos attirantes : celle de la Maison européenne de la photographie Italie – Double vision propose la confrontation de deux regards sur un même lieu ou un même sujet en Italie, à des moments différents. Les plus grands y sont : Henri Cartier-Bresson, Mario Giacomelli, Martin Parr, Sabastiao Salgado...
Mais aussi celle des clichés de Willy Maywald, intitulée Le Pari(s) de la création, 1931-1955, visible au Musée Carnavalet jusqu'au 30 septembre : le programme annonce 250 photos dans le Paris bohème, de l'entre-deux-guerres aux années 1950.

Et puis il y a toutes les expos qui proposent des ballades un peu en aparté, bien tentantes elles aussi : celle qui a lieu en moment et jusqu'au 28 octobre au Musée des Lettres et Manuscrits Titanic – au coeur de l'océan (télégrammes, cartes postales, documents de bord et autres manuscrits) en fait partie.
La présentation organisée à la Galerie des Gobelins à l'occasion de sa réouverture serait quant à elle l'occasion d'admirer des tapisseries et tapis datés de 1607 à 2007 (jusqu'au 30 septembre).
Quant à l'exposition-parcours De l'Inde au Japon, dix ans d'acquisition au musée Guimet, elle est une excellente raison pour aller se plonger dans les superbes collections d'arts asiatiques de l'institution la plus importante en Occident dans le domaine. On y reviendra peut-être.

Enfin, vous avez encore quelques jours pour courir au Musée du Luxembourg voir l'exposition René Lalique, Créateur d'exception qui finit le 29 juillet, sans oublier, dans un tout autre genre, bien que féminin lui aussi, la superbe rétrospective consacrée à Annette Messager, Les Messagers, à découvrir au Centre Pompidou jusqu'au 17 septembre.

Quelques idées donc, parmi un programme très fourni, auquel on a envie d'ajouter, parce qu'il s'agit d'un thème totalement inédit, Objets blessés. La réparation en Afrique au Musée du quai Branly (jusqu'au 16 septembre) : est exposé un choix de 110 « objets blessés » réparés par les populations autochtones, et issus des collections africaines du Musée.

Bel été, au frais des musées !

Image : Vieira da Silva

lundi 16 juillet 2007

Ambroise Vollard : parcours d'un marchand d'art exceptionnel

vollardA la fin du XIXème siècle, Ambroise Vollard (1866-1939), marchand d’art établi à Paris, fit des choix audacieux et éclairés qui, associés à un sens des affaires certain, lui assurèrent une place importante sur la scène artistique.

C'est le parcours exceptionnel de cet homme parti de rien mais entreprenant et visionnaire que l’exposition présentée au musée d’Orsay jusqu’au 16 septembre se propose de visiter.

Débarqué à Paris en 1890 après une enfance passée sur l'Ile de la Réunion, il monte sa première "galerie" dans un deux-pièces au pied du Sacré-Coeur. Il n'a alors ni fortune, ni relation, ni expérience dans le monde de l'art.
Il commence donc par revendre des dessins et estampes achetés sur les quais.

Assez rapidement, il expose un ensemble de dessins et esquisses à l'huile acquis auprès de la veuve de Manet. A cette occasion, il fait la connaissance de Renoir et Degas. C'est ainsi qu'il commence à mettre en place une technique - l'achat par lots - et un positionnement - la proximité avec les artistes - qui seront des éléments-clés de son succès commercial.

Mais c'est aussi et surtout à son goût pour l'avant-garde qu'il doit sa réussite ; un goût qui, associé à une vision sûre le conduit à lancer Cézanne, Gauguin, Picasso, Derain et les autres fauves, mais aussi les Nabis (Bonnard, Vuillard, Roussel).
L'accrochage des oeuvres de Paul Cézanne qu'il organise en 1895 marque un tournant dans sa carrière : première exposition monographique consacrée à l'artiste aixois, elle séduit immédiatement, à défaut des critiques, les artistes et les collectionneurs.
Ambroise Vollard prend alors sa véritable assise : d'une part parce qu'il s'est assuré le monopole des oeuvres de Cézanne, d'autre part parce qu'il commence à se constituer un réseau international d'acheteurs.

L'année suivante il peut installer sa galerie au coeur du marché de l'art parisien, rue Laffitte.
C'est à cette époque qu'il se lance dans l'exposition et l'édition d'albums d'estampes, en particulier avec les Nabis .
S'il tente (en vain) de faire connaître Van Gogh, en organisant deux accrochages, il expose également Matisse et Gauguin dont il est le mécène, entretient une profonde et durable amitié avec Renoir ... mais il est aussi celui qui fait découvrir au public parisien, en 1901, un jeune artiste âgé de 19 ans : Pablo Picasso !

Force est de constater, face à un tel panorama, que peu de ceux qui devinrent les maîtres de l'art moderne les plus reconnus échappèrent aux mains de Vollard ...

Visite de certaines salles de l'exposition très bientôt : promesse de "chefs d'oeuvre" tenue !

De Cézanne à Picasso, chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard
Musée d'Orsay
Jusqu'au 16 septembre 2007
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h
nocturne le jeudi jusqu'à 21h45
RER C, bus 24, 68 et 69, M° ligne 12
Entrée 7,50 € (TR 5,50 €)

Catalogue d'exposition
Collectif, sous la direction d'Anne Roquebert
Musée d'Orsay / RMN, 56 €

lundi 21 mai 2007

Le musée Fabre. Montpellier (2/3)

l'homme aux rubans noirsSuite de la visite du musée Fabre commencée mardi dernier (billet du 15 mai).

Le premier étage mène aux salles consacrées à la peinture et à la sculpture du XVème au XVIIIème siècles, notamment françaises.
Face aux modèles italiens, des artistes français s'affirment, tels Poussin (dont on peut voir deux tableaux), qui rayonne depuis l'Italie, ou Vouet, rappelé en France par Louis XIII.

Mais aussi un régional : Sébastien Bourdon (1616-1671), peintre qui s'est intéressé un peu à tous les genres. Il se fait remarquer avec un très bel Homme aux rubans noirs, inconnu à l'expression mystérieuse, faite de douceur, de rêve et de superbe.

Un peu plus loin, le visiteur tombe en arrêt devant deux Zurbarán (1598-1664), L'ange Gabriel et Sainte-Agathe, provenant de retables sévillans : à la différence de Velasquez et Ribera, Zurbarán ne fait pas de voyage en Italie. Il restera imprégné du contexte de Séville, travaillant presque exclusivement pour le clergé local.
Tout près, une « curiosité » : l'un des douze seuls tableaux restant du célèbre architecte et sculpteur italien Bernini dit Le bernin (1598-1680), peut-être même un autoportrait !

Puis les imposants tableaux néo-classiques, tableaux de genre ...
Parmi l'ensemble fourni d'œuvres de Greuze (1725-1805), on notera le goût très XVIIIème siècle pour la représentation de l'enfance.
Dans cette inspiration, l'anglais (et rare) Reynolds (1723-1792) a peint en 1777 un adorable Petit Samuel en prière.

Les salles consacrées au romantisme portent le visiteur sur la vague de l'orientalisme, la quête d'un « nouvel ailleurs » chers au XIXème siècle : Chassériau, mais évidemment Delacroix et ses Exercices militaires marocains (1832), ou encore ses Femmes d'Alger dans leur intérieur (1849), réalisé après son séjour au Magrheb. Il s'est visiblement plu à retrouver l'ambiance toute féminine d'un clair-obscur feutré, plein de quiétude et peut-être de mélancolie.

Puis la galerie Bruyas l'enveloppera de la brume du petit matin d'une douce Matinée (1853) de Corot, avant de le plonger dans une étonnante mais non moins poétique Pêche à l'épervier du même Corot.

Enfin, Courbet, l'homme engagé, le réaliste, crée le scandale au Salon de 1853 avec Les baigneuses : que de chair et si peu d'étoffe !

Fin de la visite la semaine prochaine avec le XXème siècle et le "clou" de la dernière partie du musée : les salles consacrées à Pierre Soulages...

Musée Fabre
39, boulevard Bonne-Nouvelle à Montpellier (34000)
Tel : 04.67.14.83.00
Tramway : Corum et Comédie
Ouvert tlj sauf le lundi de 10 h à 18 h
le mercredi de 13 h à 21 h et le samedi de 11 h à 18 h
Entrée : 6 € (TR 4 €)
Accessibilité complète aux personnes handicapées
Guide du musée Fabre (Réunion des musées nationaux)
Ouvrage collectif sous la direction de Michel Hilaire
232 pages, 15 €

Image : L'homme aux rubans noirs, Sébastien Bourdon (1657)

vendredi 30 mars 2007

Le côté de Guermantes. L'art dans les salons

proust2Dans Le côté de Guermantes, le narrateur est régulièrement reçu dans le monde aristocratique, les meilleurs salons de Paris, dont celui de la duchesse de Guermantes.

Sa découverte de ces milieux « élevés » est pour lui l'occasion d'apprécier les relations parfois nuancées, parfois grotesques que les gens du monde entretiennent avec l'art.

Dans le salon de Madeleine de Villeparisis, dame de haute noblesse mais simple, par ailleurs amie de la grand-mère du narrateur, et peintre à ses heures, M. de Norpois, interrogé sur l'exposition de peintures de Fantin-Latour, livre sans sourciller sa conviction :

- Elles sont de premier ordre et, comme on dit aujourd'hui, d'un beau peintre, d'un des maîtres de la palette, déclara M. de Norpois ; je trouve cependant qu'elles ne peuvent pas soutenir la comparaison avec celles de Mme de Villeparisis où je reconnais mieux le coloris de la fleur.
Même en supposant que la partialité du vieil amant, l'habitude de flatter, les opinions admises dans une coterie, dictassent ces paroles à l'ancien ambassadeur, celles-ci prouvaient pourtant sur quel néant de goût véritable repose le jugement artistique des gens du monde, si arbitraire qu'un rien peut le faire aller aux pires absurdités, sur le chemin desquelles il ne rencontre pour l'arrêter aucune impression véritablement sentie.


Chez Mme de Guermantes, il n'est pas rare qu'un poète soit invité à la fine table. Voici alors comment le déjeuner se déroule :

Mais le repas continuait, les plats étaient enlevés les uns après les autres, non sans fournir à Mme de Guermantes l'occasion de spirituelles plaisanteries ou de fines historiettes. Cependant le poète mangeait toujours sans que duc ou duchesse eussent eu l'air de se rappeler qu'il était poète. Et bientôt, le déjeuner était fini et on se disait adieu, sans avoir dit un mot de poésie, que tout le monde pourtant aimait mais dont, par une réserve analogue à celle dont Swann m'avait donné l'avant-goût, personne ne parlait. Cette réserve était simplement de bon ton. Mais pour le tiers, s'il y réfléchissait un peu, elle avait quelque chose de fort mélancolique, et les repas du milieu Guermantes faisaient alors penser à ces heures que des amoureux timides passent souvent ensemble à parler de banalités jusqu'au moment de se quitter, et sans que, soit timidité, pudeur ou maladresse, le grand secret qu'ils seraient plus heureux d'avouer ait pu jamais passer de leur cœur à leurs lèvres.


Bon week-end à tous.

mardi 6 mars 2007

Sargent, Sorolla. Peintres de la lumière (suite et fin)

SorollaPoursuite de la visite de l'exposition Sargent et Sorolla au Petit-Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, avec les œuvres de Joaquin Sorolla.

Dès ses premiers tableaux, de grandes peintures réalistes, on mesure le goût évident de l'artiste pour le travail de la lumière.

L'écume, la toile écrue de la voile du bateau gonflée par le vent, celle des chemises, se prêtent merveilleusement bien au jeu de lumière dans Le retour de la pêche. Ou encore dans Le transport du raisin : scène partie à l'ombre, partie au soleil ; l'artiste joue avec les cotonnades claires, avec le vert et le doré du raisin ...

Il poussera plus avant cette recherche avec En cousant la voile : dans cette grande composition géométrique, géraniums aux tons verts et roses vifs encadrent une grande voile à terre, autour de laquelle hommes et femmes s'affairent. Sous le reflet du feuillage, l'immense tissu blanc hésite entre ordre et désordre, ombre et plein soleil.

Soleil plus désirable encore lorsque Sorolla se met à peindre des scènes – de loisirs cette fois – au bord de la mer. Les modèles en sont l'épouse et les filles de l'artiste. L'angle photographique semble plus spontané, la peinture prise sur le vif, impressions que renforcent le naturel des fillettes, les couleurs belles et gaies, tout en mauves et dorés.

Bien qu'il s'en défende (« Moi, un peintre du portrait ? » disait-il avec ironie), Sorolla fut également un grand portraitiste.
Le travail d'exposition réalisé par le Petit-Palais permet d'établir une intéressante comparaison avec les portraits de Sargent.
Si l'Américain peignait en « verticalité », les portraits de Sorolla sont au contraire très pulpeux ; les teintes d'ocres et bruns magnifiques, l'angle parfois audacieux (Maria convalescente).
Les visages sont très expressifs, les yeux noirs impriment une présence, les traits « naturels » : visiblement, Sorolla cherchait à montrer « l'humanité » de ses sujets. A cet égard, son Autoportrait, dont le visage ressort avec force d'un éclatant col blanc, a quelque chose de fascinant.

Les oeuvres tardives de l'artiste sont, comme celles de Sargent, les plus personnelles.
Sorolla donne libre cours à son admiration pour les jardins arabo-andalous. Végétation luxuriante et organisée, fontaines, lumière et couleurs naturelles : Sorolla restitue dans ces tableaux l'ambiance calme et tout esthétique des décors hispano-mauresques.

La dernière salle présente des portraits marqués par l'évolution qu'a connue alors la peinture, mais aussi l'expérience et l'audace du peintre ; le cadrage s'enhardit, les détails réalistes l'obsèdent moins.
On sent que Joaquin Sorolla se régale.

Le visiteur aussi ; il est même un peu surpris de prendre autant de plaisir devant les oeuvres de ces peintres de la lumière qu'on avait un peu enterrés, mais tout à fait à tort.


Peintres de la lumière. Sargent / Sorolla
Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston-Churchill – Paris 8ème
Jusqu'au 13 mai 2007
Tlj sauf lundi et jours fériés de 10 h à 18 h
Nocturne le mardi jusqu'à 20 h
Tarif 9 € (TR 4,50 € et 6 €)
Catalogue de l'exposition 49 €, Petit Journal 2 €

page 2 de 2 -