
Depuis huit ans, Nora vit avec son époux Helmer un amour douillet et
partagé.
A la veille de Noël, la nomination d'Helmer à la direction d'une banque lui
offre des perspectives d'aisance matérielle qui ne font qu'accroître son
bonheur. Telle une enfant, elle prépare les fêtes en chantonnant, croque un
macaron et obtient en câlinant une obole supplémentaire de son mari. Apparaît
alors Mme Linde, une amie d'enfance qui jusqu'à présent a eu moins de chance
que Nora. Dans un moment de confidence, Nora raconte à Mme Linde qu'au débute
de son mariage, elle a dû emprunter beaucoup d'argent pour sauver la vie de son
mari. On apprend au fil de la pièce qu'elle a commis un faux pour obtenir ce
prêt.
"Est-ce inconsidéré de sauver la vie de son mari ?" demande-t-elle.
Le romanesque de Nora vole en éclats en se heurtant à la réalité : celle
de la loi qui condamne sans appel le faux en écriture. Une loi totalement
étrangère au monde dans lequel Nora s'est construite, mais parfaitement
intégrée par son époux, qui craint plus que tout une atteinte à son honneur.
Deux systèmes se fracassent alors, celui de l'épouse qui croit en l'amour
capable de tout couvrir, en l'héroïsme sans limite de son homme, bref qui vit
dans le rêve, et celui d'Helmer, calqué sur la société, avec ses règles, ses
compromis, ses comptes à rendre, son prosaïsme.
Face au bouleversement total de ce qui a fondé sa vie de jeune fille puis de
jeune femme, Nora tirera une conclusion radicale, celle de la nécessité absolue
de tout réexaminer seule, de commencer enfin à exister par elle-même.
Ibsen a écrit cette pièce magnifique en 1879 alors qu'il avait pris ses
distances avec la Norvège depuis une quinzaine d'années. La dénonciation de la
condition de la femme dans la société traditionnelle du XIXème - même si le
texte ne peut se réduire à cet aspect - est d'une force incroyable et continue,
au XXIème siècle, à propager longuement ses ondes.
Stéphane Braunschweig a pris le parti d'une mise en scène contemporaine, dans
un respect scrupuleux du texte. On s'habitue très vite à entendre résonner la
belle langue d'Ibsen dans un blanc appartement d'aujourd'hui, dite par des
comédiens en jeans et costumes actuels. Cela est même frais, lumineux et
pimpant, tout à fait agréable.
Chloé Réjon fait une Nora excellente, très à l'aise dans tous les registres de
son rôle, des plus gaies et légères au début jusqu'à la profondeur et la
gravité finales, en passant par les moments de danse folle et d'oubli de soi.
Le Docteur Rank, sans âge, incarne l'éternité de son rôle - celui de la mort -
à la perfection. Quant à Eric Caruso dans celui d'Helmer, l'impression de
relative fadeur des premières répliques s'estompe bien vite, pour convaincre
tout à fait dans ce rôle d'homme si respectueux des modèles et de la
tradition.
Le nouveau directeur du théâtre national de la Colline, successeur d'Alain
Françon, nous offre avec cette Maison de poupée un très bon spectacle,
parfaitement tenu, où la modernité n'est pas prétexte à artifice, mais au
contraire valorise la beauté de ce texte indémodable.
Une maison de poupée
Une pièce de Henrik Ibsen
mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig
avec Bénédicte Cerutti, Éric Caruso, Philippe Girard, Annie Mercier,
Thierry Paret, Chloé Réjon
Théâtre de la Colline
15, rue Malte Brun - Paris XX°, M° Gambetta
Jusqu'au 16 janvier 2010
Mardi à 19h30, jeudi à 20h30, samedi à 20h30 et dimanche à 19h
Stéphane Braunschweig met également en scène, du même auteur, Rosmersholm, présenté en alternance avec Une maison de poupée. Les samedis et dimanches, les deux spectacles d'Ibsen sont proposés en intégrale
Les textes des deux pièces sont publiés aux éditions Actes Sud-Papiers (2009, 16 €)
Image : © Benoite FANTON/WikiSpectacle

On
est un peu triste parce qu'on a beaucoup de respect et de tendresse pour Guy
Bedos et qu'on a aucune raison d'en vouloir à son fils Nicolas.
La pièce
entre au répertoire de la Comédie Française cette saison.
Voici
quinze ans qu'Amédée et Marguerite se tiennent enfermés dans cet appartement
sans jamais voir personne.
Un garçon
impossible, de Petter S. Rosenlund (né en Norvège en 1967) a été montée
pour la première fois en 1997 au Théâtre Trøndelag. Distinguée par le prix
Ibsen 1998, la pièce a depuis été présentée deux fois en France, au Théâtre
Gérard Philipe de Saint-Denis par Stanislas Nordey, puis au Studio Théâtre de
la Comédie Française dans une mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia en
2000.
Sur cette ligne de
départ (un schéma usé jusqu'à la corde), arrivent Sylvia (Hélène Viaux) et son
fils Jim, âgé de huit ans (joué par le longiligne Micha Lescot) pour un
prétendu problème d'audition : Jim n'entendrait pas la voix de son
grand-père, mort, selon les précisions de Sylvia.
Feydeau à La Colline avec Clovis Cornillac
en M. Plinglet, l'affiche n'est pas banale.
C'est toujours un plaisir de retrouver
Arthur Schnitzler qui, de son écriture simple et élégante dépeint à merveille
la société viennoise de la fin de XIXème siècle.
Deux bonshommes en costumes gris sur fond
de cosmos, deux fauteuils et la lumière pour décor.
La dernière scène peut être vite oubliée,
elle ne gâche pas le bon moment passé en compagnie de ces Voisines. Le
théâtre dans le théâtre, ça ne s'écrit pas sur un coin de table ; ça
s'inscrit dans un contexte. Or, cette soirée a le contexte léger.
Il faut voir Jean Rochefort dire le texte
de Frambroise ! de Boby Lapointe, enjoué et coquin, juvénile avec sa
mèche retombant sur son grand front de 77 ans.
Vous
n'êtes pas parti en vacances au camping de Pen-ar-Coët en Bretagne cet
été ? Il est encore temps de le faire, mais à présent sans bouger de
Paris, bien calé au chaud de la Comédie Caumartin.