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dimanche 13 décembre 2009

Une maison de poupée. Théâtre de la Colline

Ibsen, Une maison de Poupée, La Colline

Depuis huit ans, Nora vit avec son époux Helmer un amour douillet et partagé.
A la veille de Noël, la nomination d'Helmer à la direction d'une banque lui offre des perspectives d'aisance matérielle qui ne font qu'accroître son bonheur. Telle une enfant, elle prépare les fêtes en chantonnant, croque un macaron et obtient en câlinant une obole supplémentaire de son mari. Apparaît alors Mme Linde, une amie d'enfance qui jusqu'à présent a eu moins de chance que Nora. Dans un moment de confidence, Nora raconte à Mme Linde qu'au débute de son mariage, elle a dû emprunter beaucoup d'argent pour sauver la vie de son mari. On apprend au fil de la pièce qu'elle a commis un faux pour obtenir ce prêt.

"Est-ce inconsidéré de sauver la vie de son mari ?" demande-t-elle. Le romanesque de Nora vole en éclats en se heurtant à la réalité : celle de la loi qui condamne sans appel le faux en écriture. Une loi totalement étrangère au monde dans lequel Nora s'est construite, mais parfaitement intégrée par son époux, qui craint plus que tout une atteinte à son honneur. Deux systèmes se fracassent alors, celui de l'épouse qui croit en l'amour capable de tout couvrir, en l'héroïsme sans limite de son homme, bref qui vit dans le rêve, et celui d'Helmer, calqué sur la société, avec ses règles, ses compromis, ses comptes à rendre, son prosaïsme.
Face au bouleversement total de ce qui a fondé sa vie de jeune fille puis de jeune femme, Nora tirera une conclusion radicale, celle de la nécessité absolue de tout réexaminer seule, de commencer enfin à exister par elle-même.

Ibsen a écrit cette pièce magnifique en 1879 alors qu'il avait pris ses distances avec la Norvège depuis une quinzaine d'années. La dénonciation de la condition de la femme dans la société traditionnelle du XIXème - même si le texte ne peut se réduire à cet aspect - est d'une force incroyable et continue, au XXIème siècle, à propager longuement ses ondes.
Stéphane Braunschweig a pris le parti d'une mise en scène contemporaine, dans un respect scrupuleux du texte. On s'habitue très vite à entendre résonner la belle langue d'Ibsen dans un blanc appartement d'aujourd'hui, dite par des comédiens en jeans et costumes actuels. Cela est même frais, lumineux et pimpant, tout à fait agréable.
Chloé Réjon fait une Nora excellente, très à l'aise dans tous les registres de son rôle, des plus gaies et légères au début jusqu'à la profondeur et la gravité finales, en passant par les moments de danse folle et d'oubli de soi. Le Docteur Rank, sans âge, incarne l'éternité de son rôle - celui de la mort - à la perfection. Quant à Eric Caruso dans celui d'Helmer, l'impression de relative fadeur des premières répliques s'estompe bien vite, pour convaincre tout à fait dans ce rôle d'homme si respectueux des modèles et de la tradition.
Le nouveau directeur du théâtre national de la Colline, successeur d'Alain Françon, nous offre avec cette Maison de poupée un très bon spectacle, parfaitement tenu, où la modernité n'est pas prétexte à artifice, mais au contraire valorise la beauté de ce texte indémodable.

Une maison de poupée
Une pièce de Henrik Ibsen
mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig
avec Bénédicte Cerutti, Éric Caruso, Philippe Girard, Annie Mercier,
Thierry Paret, Chloé Réjon
Théâtre de la Colline
15, rue Malte Brun - Paris XX°, M° Gambetta
Jusqu'au 16 janvier 2010
Mardi à 19h30, jeudi à 20h30, samedi à 20h30 et dimanche à 19h

Stéphane Braunschweig met également en scène, du même auteur, Rosmersholm, présenté en alternance avec Une maison de poupée. Les samedis et dimanches, les deux spectacles d'Ibsen sont proposés en intégrale

Les textes des deux pièces sont publiés aux éditions Actes Sud-Papiers (2009, 16 €)

Image : © Benoite FANTON/WikiSpectacle

mercredi 9 décembre 2009

Juste la fin du monde à la Comédie Française

Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce au Français
Jean-Luc Lagarce a écrit Juste la fin du monde en 1990 alors qu'il se savait atteint du sida, auquel il allait succomber quelques années plus tard, à l'âge de 38 ans. Ce n'est qu'après sa disparition que la pièce a attiré metteurs en scène et public, au point d'entrer en 2008 au répertoire de la Comédie-Française, où elle est reprise cette saison.

Ecrite dans une langue simple et en même temps très fine, mêlant prosaïsme et rythme poétique, le texte ne raconte pas une histoire mais invente une situation et les dialogues qui en découlent : Louis, 34 ans, se sachant condamné, revient dans la maison familiale après des années d'absence pour annoncer sa mort prochaine. Tant de rancœurs l'accueillent à son arrivée qu'il repartira sans avoir réussi à dire la raison de son retour.

D'emblée, la mise en scène de Michel Raskine met en évidence l'inconfort de la position de Louis : alors qu'il est debout sur la scène, sa mère, sa sœur, son frère et sa belle-sœur sont assis sur une estrade. Scène de tribunal à la vérité, dont Louis demeure le seul accusé. Tour à tour, au fil de longs monologues aux accents de réquisitoires, chacun exprime sa souffrance, lui faisant reproche de son abandon.
Mais derrière cette absence, accusée sous un débordement de mots, c'est de silence dont il s'agit. Le silence de celui qui est parti sans livrer d'explication ; le même, qui, devenu écrivain, se contente d'envoyer de temps en temps quelques lignes laconiques et banales sur une carte postale, et qui, enfin revenu, continue de se taire, un léger sourire sur les lèvres, "replié sur ton infinie douleur intérieure dont je ne saurais pas même imaginer le début du début", comme lui reproche son frère cadet.
La famille s'accommode mal du silence ; l'extrême sensibilité des liens familiaux fait jaillir les mots comme ils viennent, mais dans une poignante recherche du mot juste.

Sur la complexité des rapports entre frères, entre sœur et frères et les douloureux positionnements dans le groupe familial, Jean-Luc Lagarce est d'une précision et d'une force extraordinaires. L'acuité - la cruauté, même - de son regard met en lumière les besoins d'amour, de reconnaissance, et en même temps de singularité et de liberté de chacun des membre de cette communauté.
Impressionnants, les comédiens du Français choisis pour la pièce ont fait leurs les personnages et la langue de Lagarce ; leur jeu est si subtil que l'on se demande parfois à quoi il tient. Ils évoluent à l'avant du rideau de scène, dans un espace imprécis, restituant merveilleusement l'universalité de cette pièce bouleversante.

Juste la fin du monde
Une pièce de Jean-Luc Lagarce
Mise en scène par Michel Raskine
Avec Catherine Ferran, Laurent Stocker, Elsa Lepoivre, Julie Sicard
et Pierre Louis-Calixte
Comédie-Française
Salle Richelieu, place Colette, Paris-1er, M°Palais-Royal
A 20 h 30 ou 14 heures, en alternance jusqu'au 3 janvier 2010
Durée 2 h 05 sans entracte
De 5 € à 37 €

Image : © Pacome POIRIER/Wikispectacle

dimanche 29 novembre 2009

Le Voyage de Victor. Théâtre de la Madeleine

Le voyage de Victor de Nicolas Bedos, avec Guy Bedos, la MadeleineOn est un peu triste parce qu'on a beaucoup de respect et de tendresse pour Guy Bedos et qu'on a aucune raison d'en vouloir à son fils Nicolas.
Le spectacle a la politesse de la brièveté, c'est bien sa seule qualité : aucune raison de se déplacer jusqu'au théâtre de la Madeleine pour faire ce voyage avec Bedos, écrit par le fils et joué par le père.

Le pitch ? Une esquisse : le vieux Victor (Guy Bedos) semble avoir perdu la mémoire à la suite d'un accident de voiture dans lequel son fils a trouvé la mort. Une "dame de compagnie" (Macha Méril) chargée de l'aider dans sa convalescence essaie de lui faire retrouver le fil de ses souvenirs. Petit à petit, se dévoile un lien passé entre les deux protagonistes.

Deux comédiens célèbres en tête à tête sur une scène bien située dans Paris, avec un lit ou une table voire les deux pour tout décor, la recette gagnante de certains théâtres privés commence à être bien connue. Mais s'ils ne sont pas au service d'un texte consistant, c'est l'ennui assuré. Ici, les bâillements viennent très vite. Les thèmes sont survolés à une hauteur telle que l'on en distingue aucun ; les jeux d'acteur sont si conventionnels que l'on peut fermer les yeux sans rien louper de la pièce. L'ensemble est vieux avant d'avoir été, et dénué du moindre intérêt.

Le voyage de Victor
Une pièce écrite et mise en scène par Nicolas Bedos
Avec Guy Bedos et Macha Méril
Théâtre de la Madeleine
19, rue de Surène - Paris 8° (Tel. 01 42 65 07 09)
M° Madeleine
Jusqu'au 30 janvier 2010
Les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 19 h
Le samedi à 16 h et le dimanche à 18 h
Durée 1 h
Places 32 €

mercredi 6 mai 2009

L'Ordinaire à la Comédie Française

L'Ordinaire de Michel Vinaver à la Comédie FrançaiseLa pièce entre au répertoire de la Comédie Française cette saison.
L'entrée est double pour son auteur, Michel Vinaver (né en 1927), qui en assure également la mise en scène, avec la collaboration de Gilone Brun.

Michel Vinaver a fait le choix de l'épure, où seuls les vêtements et quelques accessoires tiennent lieu de décor. La scène, avancée vers l'orchestre, amène les acteurs au plus près du public. Le dispositif n'est pas artifice mais au contraire cohérent avec l'option de l'auteur-metteur en scène : porter le texte au spectateur. Non pas le lancer, comme on le voit trop souvent. On est davantage dans l'offrande que dans la projection.
Dans ces circonstances, tout paraît reposer sur les épaules des comédiens. Ils sont tous très bons, voire même excellents - en particulier Léonie Simaga dans le rôle de Sue, Elsa Lepoivre dans celui de Pat, Sylvia Bergé dans celui de Bess ou encore Jean-Baptiste Malatre qui interprète Bob.
Mais ce serait faire fi de la direction d'acteurs, précise, réfléchie, pleine de sens. La troupe semble se l'être appropriée corps et âme.
L'on sent un plaisir, une conviction, et ceux-ci sont totalement partagés avec le public.

Le texte (dont la lecture seule vaut déjà le coup) prend sa source dans une histoire réelle qui a marqué les esprits : celle d'un avion tombé dans la neige de la cordillère des Andes et dont les rescapés ont dû, pour survivre, se résoudre au cannibalisme.
Michel Vinaver a transposé l'histoire dans le monde de l'entreprise - dont il est familier en sa qualité d'ancien PDG de la société Gillette. Le groupe de survivants compte le président de l'entreprise Housies, spécialisée dans l'implantation de logements préfabriqués, sa secrétaire, son épouse, ses vices-présidents, la fille de l'un d'eux et la maîtresse d'un autre. Autrement dit, à la fois la classe décidante et un cercle aux contours plus fluctuant qui gravite autour.
La pièce est passionnante en ce qu'elle montre ce que devient cette structure ultra établie et rigide une fois transposée en conditions extrêmes. Où l'on voit que l'obsession de ceux qui ont le pouvoir n'est autre que de le conserver tandis que la priorité de ceux qui ne l'ont pas (ou plutôt de celles qui ne l'ont pas, puisque bien sûr il s'agit des femmes) est de vivre, voire de vivre mieux, en trouvant apaisement ou épanouissement. La situation d'isolement, de danger, de manque et d'incertitude dans laquelle les protagonistes se trouvent est traitée sans détours ni pathos. L'Ordinaire a près de trente ans, mais, hormis le contexte politique - on était sous l'ère Reagan - le texte paraît bien peu daté.

L'audace de Michel Vinaver d'avoir monté la pièce avec tant de sobriété et de confiance dans la troupe est admirable. On se demande comment ça tient.
C'est que, pendant 2 h 30, sur ce proscénium pentu et dénudé, les comédiens, par la seule force de la langue, créent le froid, la faim, la soif, la neige, la carlingue de l'avion et la chaîne rocheuse. Un brin d'éclairage, une couverture et une tranche de viande font le reste. Il y a de la magie dans ce théâtre là, qui prend le texte à bras-le-corps sans craindre de jouer grand et franc, mais sans cri, presque tranquillement.

L’Ordinaire
Pièce en sept morceaux de Michel Vinaver
Mise en scène de Michel Vinaver et Gilone Brun
Avec Sylvia Bergé, Bess - Jean-Baptiste Malartre, Bob - Elsa Lepoivre, Pat -
Christian Gonon, Jack - Nicolas Lormeau, Joe - Léonie Simaga, Sue - Grégory Gadebois, Jim - Pierre Louis-Calixte, Dick - Gilles David, Ed - Priscilla Bescond, Nan - Gilles Janeyrand, Bill
Comédie Française
Salle Richelieu - Place Colette 75001 Paris
Jusqu'au 19 mai 2009
En matinée à 14 h et en soirée à 20 h 30
Places de 5 € à 37 €
Renseignements et location : TLJ de 11 h à 18 h aux guichets du théâtre, par téléphone au 0825 10 16 80 (0,15 € la minute) et sur le site internet

La pièce est publiée chez Actes Sud (Babel, janvier 2009, 255 p., 7,50 €)

mercredi 18 mars 2009

Amédée (ou Comment s'en débarrasser). Théâtre Silvia Monfort

Amédée ou comment s'en débarrasser, Roger Planchon, Sylvia MonfortVoici quinze ans qu'Amédée et Marguerite se tiennent enfermés dans cet appartement sans jamais voir personne.
Lui est écrivain mais ne parvient plus à écrire - seulement deux répliques au cours de ces quinze dernières années -, elle est standardiste, travaille dans un coin de l'appartement et fait bouillir la marmite.
Le couple ne se supporte plus, se chine à tout propos, ne cesse de se lancer des reproches.
Il faut dire qu'ils sont un poids sur les bras, ou du moins dans la chambre : un cadavre dont Amédée ne parvient à se débarrasser. Il les encombre, leur fait redouter toute visite, occupe leurs disputes mais aussi les occupe tout court.

De cette pièce sombre sur le couple, Roger Planchon a réalisé une mise en mise en scène très réussie ; sous des airs très légers, elle ne masque en rien la gravité du texte.
Au contraire, ses choix font d'autant mieux ressortir la cruauté du couple qu'ils mettent en valeur la joie des amours débutantes et l'attachement qui malgré le temps perdure.
L'appartement-prison d'Amédée et de Marguerite a certes les murs rayés et il y pousse de plus en plus de champignons - au moins autant que le cadavre s'allonge - mais il est aussi décoré gaiement, tout de blanc, de rose et de lilas frais.
Le couple se jette injures et assiettes, mais de joyeuses et douces chansons des beaux temps anciens viennent régulièrement, façon comédie musicale, imposer une trêve à ces déchirements, pour quelques instants de magie, de souvenirs et de rêve.
A ces intermèdes musicaux, Roger Planchon ajoute encore de petites séquences vidéo qui n'ont rien d'un artifice. Petits zooms sur les difficultés et les discussions d'Amédée et de Marguerite pour "s'en débarasser", elles soulignent astucieusement l'intimité du couple, ce qui se passe et se dit à l'abri des regards.
Quant à l'interprétation de ces deux très grands comédiens, Roger Planchon et Colette Dompiétrini, énergiques, drôles et convaincants, elle tient le spectateur en haleine jusqu'au bout de cette pièce grinçante, touchante et ici bordée d'humour d'une délicieuse façon.

Amédée (ou Comment s'en débarrasser). Eugène Ionesco
Mise en scène Roger Planchon
Avec Colette Dompiétrini, Roger Planchon, Patrick Séguillon
Théâtre Silvia-Monfort
Mardi, vendredi, samedi 20 h 30
Mercredi et jeudi à 19 h, dimanche à 16 h
Surtitrages pour les sourds et malentendants les 19, 22, 24, mars, 8 et 10 avril
Durée : 1 h 40
Jusqu'au 19 avril 2009
Places de 15 € à 22 €

dimanche 1 février 2009

Un garçon impossible. Théâtre du Rond-Point

Un garçon impossible au théâtre du Rond-PointUn garçon impossible, de Petter S. Rosenlund (né en Norvège en 1967) a été montée pour la première fois en 1997 au Théâtre Trøndelag. Distinguée par le prix Ibsen 1998, la pièce a depuis été présentée deux fois en France, au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis par Stanislas Nordey, puis au Studio Théâtre de la Comédie Française dans une mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia en 2000.

Un garçon impossible est cette saison donnée au Théâtre du Rond-Point dans la grande salle Renaud-Barrault. Le plateau réunit des comédiens de renom, au premier rang desquels Isabelle Carré, tandis que le chef d'orchestre n'est autre que Jean-Michel Ribes, le maître des lieux.

La pièce se déroule dans un hôpital (décor assez impressionnant en carrelages et plexiglas un peu glauques) où Cécilie, ravissante infirmière, jeune et blonde mais esseulée (Isabelle Carré) harcèle son amant, Henrik, médecin fat en costume trois pièces (joué par Eric Berger, le grand dadais de Tanguy chez Chatiliez). Naturellement, Henrik est tout autant harcelé, via téléphone portable, par son épouse désœuvrée et en mal d'enfant.
Un garçon impossible, avec Isabelle CarréSur cette ligne de départ (un schéma usé jusqu'à la corde), arrivent Sylvia (Hélène Viaux) et son fils Jim, âgé de huit ans (joué par le longiligne Micha Lescot) pour un prétendu problème d'audition : Jim n'entendrait pas la voix de son grand-père, mort, selon les précisions de Sylvia.

On change alors de registre, le bizarre fait son apparition. Impression confirmée : le grand-père (Jean-Yves Chatelais) est tellement trépassé que le voici qui déboule, tonitruant, plein de voix et de vie (et de vices, comme on ne tardera pas à l'apprendre).
Dans la foulée, tandis que Cécilie tente (avec beaucoup d'efficacité) de séduire le petit Jim, Sylvia annonce que le père du gamin n'est autre que Henrik, le médecin tout à fait empêtré. Pour finir, le môme liquidera tout le monde, car visiblement tous commencent à l'emmerder sérieusement.

Quel est le propos de cette pièce ? Le travail de Jean-Michel Ribes n'en donne qu'une vague idée. Mélange de vaudeville, de théâtre de l'absurde et de chronique du monde contemporain (quoique...) avec ses individus névrosés, pervers et violents : le spectateur a du mal à comprendre de quoi la pièce parle exactement, et surtout à en être touché.
La mise en scène, qui manque d'idée et se réfugie avec constance dans l'excès, n'est peut-être pas pour rien dans l'indifférence et l'ennui qui s'emparent progressivement du public.
L'humour est censé être grinçant. Est-il seulement ? Le fait est que personne ne rit. Quant à la noirceur de la pièce, elle semble étouffée sous les cris d'hystérie qui seuls, de bout en bout, semblent inspirer la direction d'acteurs.
Malgré l'envie de saluer les efforts des comédiens, dont on souffre de voir le talent ainsi quelque peu gâché, les applaudissements restent tièdes, avant, que, très vite, la salle pleine à craquer ne se désemplisse dans le silence et la désolation.

Un garçon impossible
De Petter S. Rosenlund
Traduit du norvégien par Terje Sinding
Mise en scène Jean-Michel Ribes
Avec Éric Berger, Isabelle Carré, Jean-Yves Chatelais, Micha Lescot, Hélène Viaux
Décors Patrick Dutertre
Théâtre du Rond-Point
2bis, av. Franklin D. Roosevelt - Paris 8ème
M°Franklin D. Roosevelt ou Champs-Élysées Clemenceau, bus 28, 42, 73, 80, 83, 93 Jusqu'au 28 février 2009
A 21 h, le dimanche à 15 h
Durée 1 h 20 sans entracte
Places de 10 € à 33 €

Photos © Brigitte Enguerand

jeudi 7 février 2008

L'Hôtel du Libre-Echange. Théâtre de la Colline

L'hôtel du Libre-Echange au théâtre de La CollineFeydeau à La Colline avec Clovis Cornillac en M. Plinglet, l'affiche n'est pas banale.
Elle attire les foules et mieux vaut réserver sans tarder car il est de plus en plus difficile d'obtenir des places.
Et même le précieux sésame en poche, il est conseillé d'arriver de bonne heure, sous peine de voir son emplacement central relégué sur les côtés au motif d'un recentrage précoce de la salle... Ce qui serait dommage car le décor ne permet pas une vision idéale de la scène depuis les extérieurs.

L'Hôtel du Libre-Echange est cet hôtel minable où se retrouvent, par une nuit un peu folle, ensemble ou séparément, comme le dit le prospectus, deux couples qui se fuient, un ami de province encombrant accompagné de ses quatre filles, un neveu épris de philosophie dévergondé par la bonne... toutes gens qui ne devraient pas s'y croiser, y compris quelques fantômes...
Et c'est sans compter une descente de la police, mais aussi la présence du tenancier de l'établissement, assisté d'un prude garçon ... Ah vraiment "quelle nuit !''...
Le tout réglé au cordeau par Feydeau, efficacement mis en scène par Alain Françon, et dans l'ensemble très bien joué.

Il y a dans l'énergique imbroglio de ce vaudeville un risque de dérapage, celui d'une mise en scène qui se laisserait simplement porter par le texte, celui de comédiens qui se contenteraient de s'en repaître.
Or Alain Françon évite en permanence ce risque-là, laissant au spectateur tout le plaisir du mouvement de la mécanique de Feydeau, sans le fatiguer d'hystérie ni de déjà-trop-vu.
Clovis Cornillac, qui semble un peu jeune et pâle au début, s'installe progressivement dans le rôle et fait en définitive un M. Pinglet très convaincant.
Sa Mme Pinglet est joué par Anne Benoit, qui offre un moment absolument désopilant dans la dernière scène.
Mais le coup de coeur de la soirée est certainement pour Jean-Yves Chatelais, un M. Bastien plus que parfait, à la fois dégoûté et profiteur des pratiques auxquelles ces couples de bourgeois infidèles et hypocrites se livrent sous son toit.

L'Hôtel du Libre-Echange. Georges Feydeau
Mise en scène Alain Françon
Avec Anne Benoit, Eric Berger, Pierre Berriau, Jean-Yves Chatelais, Clovis Cornillac, Irina Dalle, Pierre-Félix Gravière, Gilles Privat, Maud Le Grevellec...
Théâtre National de la Colline, 1 rue Malte-Brun - Paris 20ème
Jusqu'au 24 février 2008
Mer. au sam. à 20 h 30, dim. à 15 h 30, mar. à 19 h 30
Durée 2 h
De 19 € à 27 €

mercredi 19 décembre 2007

Anatole. Arthur Schnitzler au théâtre de Menilmontant

Anatole, Arthur Schnitzler, theatre MenilmontantC'est toujours un plaisir de retrouver Arthur Schnitzler qui, de son écriture simple et élégante dépeint à merveille la société viennoise de la fin de XIXème siècle.
Dans Anatole, l'écrivain, dramaturge et médecin autrichien (1862-1931) décrit les amours d'un homme du monde, coureur de jupons devant l'éternel, épris de trop de femmes pour en respecter vraiment une seule.

Le spectacle qu'en propose la compagnie Populart Theatre restitue tout l'humour et toute la finesse de la pièce.

Anatole, impeccablement interprété par André Salzet, croit aimer les femmes mais en joue, gonflant sa gorge et se berçant lui-même des beaux mots qu'il débite et des stratagèmes qu'il invente. Ses compagnes, sincères amoureuses ou déjà anciennes amies, débordent de vie et de spontanéité. Le jouisseur narquois, mais souvent un peu perdu, amateur de petites femmes du peuple, a pour ami un Max beaucoup plus prosaïque.
Celui-ci, fidèle conseiller et témoin ne se départit jamais de son pragmatisme, et tente, en un réjouissant contrepoint aux discours mousseux du dandy, d'insuffler une certaine sagesse. Ses répliques, énoncées d'un ton pince-sans-rire, sont irrésistibles. Michel Feder y est parfait.

Claire Mirande, qui joue tous les personnages féminins, le plus souvent avec une cocasserie enjouée, se révèle véritablement dans la dernière pièce, par un jeu délicat, dont surgit, sous une nuit bleutée, un très beau moment d'émotion.

Anatole de Arthur SCHNITZLER
Théâtre de Menilmontant
15, rue du Retrait - Paris 20ème (M° Gambetta)
Du mercredi au dimanche à 19 h, jusqu'au 31 décembre 2007
Avec André SALZET, Claire MIRANDE et Michel FEDER
Mise en scène Laurent CARUANA

mardi 4 décembre 2007

Les Diablogues. Morel et Gamblin au théatre du Rond-Point

Les Diablogues, au théâtre du Rond-PointDeux bonshommes en costumes gris sur fond de cosmos, deux fauteuils et la lumière pour décor.
Epure et jeux de mots : c'est parti pour 1h30 de saynètes enchaînées, ping-pong verbal dont les joueurs sont François Morel et Jacques Gamblin.

A l'origine du texte, des sketchs radiophoniques que Jean Tardieu commande en 1953 à Rolland Dubillard. Elles sont données quotidiennement sous le nom de Grégoire et Amédée. En 1975, l'auteur les adapte en pièce : voici Les Diablogues.

Ces dialogues mi-cocasses mi-absurdes nous plongent dans des situations qui n'existent que par le verbe, dans un monde qui se révèle par l'exploration du langage.

La densité de certaines scènes confère par moments au spectacle une profondeur prenante, telle celle où les compères essaient de comprendre pourquoi l'un dit "Je ne supporte pas de me promener sous la pluie". Ils déroulent alors les questions comme autant de pelotes, dans une tentative d'avancée un peu désespérée. Le duo, qui a le langage pour seul bagage, prend ainsi quelque reflet touchant.
La conviction et l'engagement des deux comédiens dans cette aventure sont forcément communicatifs, si bien que l'on finit par prendre du plaisir à suivre les joutes verbales, pourtant très datées et assez inégales.
Et l'on rit même parfois, sous l'effet de l'irrésistible talent comique de François Morel à qui cette absurdité sied plutôt bien. Jacques Gamblin, lui, en tout point son opposé - y compris physiquement, petit format sec et nerveux - joue sur le "tragique" des situations. Mais rien de sérieux dans tout cela. La soirée est à conseiller pour découvrir l'auteur si on ne le connaît pas et pour la performance des comédiens. Mais peut-être ne faut-il pas en attendre davantage.

Les Diablogues. Rolland Dubillard
Avec François Morel et Jacques Gamblin
Mise en scène Anne Bourgeois
Théâtre du Rond-Point
A 18 h 30, durée 1 h 30
Jusqu'au 31 décembre 2007

jeudi 8 novembre 2007

Les Voisines. Théâtre de Nesle

Les voisines au théâtre de NesleLa dernière scène peut être vite oubliée, elle ne gâche pas le bon moment passé en compagnie de ces Voisines. Le théâtre dans le théâtre, ça ne s'écrit pas sur un coin de table ; ça s'inscrit dans un contexte. Or, cette soirée a le contexte léger.

Succession de tableaux mettant en scène des femmes en proie à des difficultés nécessitant sans délai le secours de sa prochaine, la pièce brode avec humour sur l'épineuse question des hommes et de leur virilité : c'est toujours trop ou pas assez.

Il y a celui qui se prend pour un saint, celui qui en honore deux ; celui qui préfère une blonde, celui qui se prend pour un chien...
Pour résoudre ces cas fort problématiques, solidarité féminine oblige, ces dames trouveront bien des arrangements...

Les scènes cocasses voire farfelues tirent leur force du talent comique des comédiennes, en particulier celui de Chantal Delatour, Christine Herivan et Nathalie Geoffroy.
Un regret toutefois : que ces potentialités ne soit pas suffisamment exploitées. L'auteur-metteur en scène a tendance à faire jouer chacune d'entre elles de façon relativement monolithique d'une saynète à une autre.
C'est dommage, car il est bien évident qu'il y a "de la réserve", du talent, quoi !

Les Voisines
Comédie de Franck d'Ascanio
Théâtre de Nesle
8, rue de Nesle - Paris 6ème
Mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 21 h
Jusqu'au 24 novembre 2007
Places : 15 € / 20 €

mercredi 24 octobre 2007

Jean Rochefort dans "Entre autres" au théâtre de la Madeleine

Entre autres, Jean Rochefort au théatre de la MadeleineIl faut voir Jean Rochefort dire le texte de Frambroise ! de Boby Lapointe, enjoué et coquin, juvénile avec sa mèche retombant sur son grand front de 77 ans.
Il faut le voir chanter Félicie aussi, les yeux plein de malice et le corps ondulant, entraînant sans forcer le public avec lui.
Il faut l'écouter lire Primo Levi, ému et recueilli, refusant tout enchaînement musical vers le texte suivant. L'écouter ressusciter la voix nasale de Michel Audiard, le temps d'un coup de fil professionnel plus que savoureux.
Se laisser gagner par son regard d'enfant quand il évoque une rencontre avec Jacques Prévert, l'admiration encore intacte un demi-siècle plus tard.

Certes, il concède, parce que cela l'amuse apparemment beaucoup, de mémorables imitations du caméléon, du singe ou du coït du lion. Il est tordant dès qu'il le veut ; il le sait, ce qui le dispense d'en rajouter.

Mais le spectacle de Jean Rochefort, ouaté par les quelques notes attentives de l'accordéon de Lionel Suarez est avant tout un hommage aux grandes plumes et aux artistes qu'il a aimés. De Philippe Noiret à Michel Serrault en passant par Fernand Raynaud, le comédien convoque une armée de talentueux disparus, en se gardant de manifester une quelconque nostalgie. Il fait d'Entre autres une harmonie de teintes douces, assourdies par la tendresse des souvenirs, que sa visible sincérité et son élégance mettent merveilleusement en lumière.

Entre autres. Jean Rochefort
Lionel Suarez à l'accordéon
Théâtre de la Madeleine
19, rue de Surène, Paris 8ème
du mardi au samedi à 21h
matinée le dimanche à 15h
Places de 15 € à 50 €

jeudi 20 septembre 2007

On choisit pas ses vacances. Comédie Caumartin

On choisit pas ses vacancesVous n'êtes pas parti en vacances au camping de Pen-ar-Coët en Bretagne cet été ? Il est encore temps de le faire, mais à présent sans bouger de Paris, bien calé au chaud de la Comédie Caumartin.

Il y a les habitués, ceux qui adorent y revenir chaque année, et il y a celles qui subissent les joies de la vie communautaire au plein air en rêvant d'un séjour en hôtel-thalasso.
Il y a celui qui arrive un peu tard et se retrouve coincé dans sa canadienne contre les sanitaires, et l'inspectrice qui vient vérifier quelques 324 points qualité pour une improbable troisième étoile...

Ce pourrait être caricatural et grossier, c'est tout simplement extrêmement drôle.

Dès la première scène, on y est.
Les dialogues et les situations s'enchaînent avec délices et surprises et les cinq comédiens tous très bons composent de façon bluffante dix-sept personnages parfaitement incarnés.

Cette galerie de portraits tous très attachants, y compris l'inspecteur des impôts (le bonhomme "installé" près des cabinets, c'est lui !), la fluidité de la pièce et le talent comique indéniable de la troupe font de On choisit pas ses vacances une comédie totalement réussie.

On choisit pas ses vacances
Une comédie de Jean-Christophe Barc et Dominique Bastien
Avec Aurélie Boquien, Juliette Galoisy, Nathalie Portal, Jean-Christophe Barc et Dominique Bastien
Comédie Caumartin
26, rue Caumartin - Paris 9ème
Du mardi au samedi à 21 h 30, matinée le dimanche à 15 h
Location au 01 47 42 43 41
Billets de 15 € à 30 €

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