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samedi 22 août 2009

Gaston Massat (1909-1966)

Gaston Massat, Capitaine SuperbePoète, romancier, résistant, communiste, Gaston Massat aurait eu cent ans cette année.
A cette occasion, le pays du Couserans (Ariège) salue enfin la mémoire et l'œuvre de cette figure littéraire, en rééditant ses écrits tombés dans l'oubli depuis trop longtemps.
La ville de Saint-Girons a également proposé durant l'été une exposition autour des peintres amis du poète, où l'on pouvait aussi découvrir de nombreuses photos et lettres, autant de témoignages d'amitié des proches d'idées et de cœur de Gaston Massat : Paul Eluard, Aragon, Elsa Triolet, Joë Bousquet, Jean Marcenac...

Petit-fils et fils de libraires installés à Saint-Girons et à Toulouse, Gaston Massat fait ses études de philosophie dans la ville rose, où, avec son frère cadet René, il rencontre en autres le futur psychiatre Lucien Bonnafé, le poète Jean Marcenac... Ils sont ainsi quelques étudiants à créer à la brasserie Tortoni place du Capitole un groupe de mouvance surréaliste, dont Gaston Massat est un fervent connaisseur et partisan.
Ses études terminées, Gaston Massat revient à Saint-Girons où il prend la direction d'une librairie qui devient vite une sorte de « salon » sans façon, point de rendez-vous intellectuel, artistique et politique de la capitale du Couserans. Outre une abondante correspondance, il reçoit la visite de Paul Eluard, Jean Marsenac, Lucien Bonnafé... se rend fréquemment à Carcassonne voir son ami Joë Bousquet.

Engagé dans la Résistance pendant l'Occupation, l'ensemble de sa vie et de son œuvre témoignent de sa révolte et de son combat contre la dictature, la torture, les massacres de l'homme par l'homme. C'est d'ailleurs ainsi que Jean Marsenac saluera sa mémoire : « C'est grâce à lui, à cette immense fantaisie qui faisait voler en éclats le monde des gens sérieux que j'ai appris la force des mots qui remettent l'univers en question. J'ai appris avec lui la vertu véritable de la poésie qui est de dire non aux conditions inacceptables qui sont faites à l'homme par les mots qu'on accepte, les faits auxquels on obéit ».

Gaston Massat, 1909-1966Seul roman qu'il ait écrit, Capitaine Superbe a été publié aux éditions Bordas en 1946 puis dans le journal Action en 1947. Il a fait dire à Aragon qu'il était à lire « avec une espèce de reconnaissance ». Il vient d'être réédité à l'initiative de sa nièce Catherine Massat aux éditions Libertaires avec des illustrations d'Ernest Pignon Ernest.
Inspiré de l'histoire tragique du Couserans pendant Seconde guerre mondiale, dédié « A ceux qui se reconnaîtront dans le livre », il retrace les violences et meurtres commis par la Gestapo, les combats du maquis contre l'armée allemande, mettant en scène sans fard aucun exactions des miliciens locaux et faits de Résistance en juillet et août 1944.
La réussite de ce roman tient de toute évidence à la façon dont Gaston Massat a mêlé une prose poétique magnifiant le cadre naturel dans lequel il se déroule (et l'histoire d'amour qui en fait la trame) à un compte-rendu sans détour des brutalités commises, des lâchetés, du désespoir et de la révolte.

Publiés dans Les Lettres Françaises, Les Cahiers du Sud ou la revue Europe, et dans deux recueils (Piège à Loup en 1935 et Adam et Eve, La Source des Jours, illustré par Raoul Duffy, en 1948) les poèmes du Saint-Gironnais sont tout aussi poignants.
Ils ont été réunis dans leur intégralité cette année dans Voici ma voix aux éditions Le Pas d'Oiseau, à l'initiative de la ville de Saint-Girons. On y trouvera ce poème de 1949 « Je meurs d'Espagne », qui montre l'attachement à l'Espagne de celui qui durant l'Occupation a combattu dans le maquis aux côtés de réfugiés Républicains :

(...)
Je suis de vieille race sarrazine
Je suis la fleur d'un évêque en gâteau d'amis
Et d'une chanteuse borgne de Bilbao
Une aile bat pour chaque espoir
Je me souviens du temps des magiciens
Du temps où Soledad grenier des lézards
Faisait son lit d'écume et de pierres...

Et maintenant au bord des yeux
Il n'y a plus que les oiseaux qui viennent
Sifflant les airs volés aux portes des prisons...
Plus un parfum ne vient de la terre des femmes ...
Et l'on dit que le pain se pourrit sous les langues
Hier Guernica était remplie de fleurs

De fleurs de sang de fleurs de bouche
Rien ne se perd des vies volées
Un mot s'est pris à la glace des lèvres
Un mot brûlant liberté.

A lire :
Capitaine Superbe, 13 € (éd. Libertaires, 170 p.)
Voici ma voix, 17 € (éd. Le Pas d'Oiseau)
et le dossier consacré à Gaston Massat dans le n° 177 de l'Ariégeois Magazine (juillet-août 2009)

jeudi 14 juin 2007

Poèmes en archipel. Anthologie de textes de René Char

poèmes en archipelPoèmes en archipel fait partie d'une série de publications et de manifestations initiées au Printemps des Poètes à l'occasion de la célébration, en ce 14 juin 2007, du centième anniversaire de la naissance de René Char.

Né sept ans avant la Première Guerre mondiale et mort peu avant la chute du mur de Berlin, René Char a traversé les périodes les plus tragiques de son siècle.

Les écrits qu'il a laissés sont aussi le témoignage des temps qu'il a connus.

On y trouve l'écho de trois étapes de l'histoire littéraire du XXème siècle : le surréalisme d'abord ; la poésie de l'engagement ensuite ; et l'évolution vers des formes aux frontières floues, s'affranchissant des genres définis (fragments, aphorismes, journal...).

L'approche anthologique et chronologique présente un grand intérêt pour qui souhaite appréhender, par une vision - loin d'être exhaustive mais d'ensemble, l'oeuvre de René Char.
En permettant de faire quelques pas sur chacune des voies qu'il a empruntées, Poèmes en archipel permet de se faire sa propre idée et de voir ce qui plaît dans ses différents textes.

L'oeuvre de René Char est réputée difficile d'accès.
On s'aperçoit, au fil du recueil, qu'elle est très diverse et que bien des poèmes sont loin de l'hermétisme qu'on lui prête de façon générale.
Et qu'un poème garde une part d'obscurité n'empêche pas d'y trouver - ou pas - de la beauté.
Ce qui est plus regrettable, c'est lorsque la prose censée l'éclairer est elle-même hermétique.
Dans son Avant-propos, Pascal Charvet promet : « Eclairant le chemin de vie et d'écriture de René Char, ce livre offre aux adolescents d'aujourd'hui, et à tous ceux dont le poète écrivait "Ils disent les mots qui leur restent au coin des yeux", les conditions d'une lecture intime ».
Tel est absolument le cas. A condition de tenir à distance, aussi souvent que nécessaire, les commentaires introductifs inutilement apprêtés et épuisamment brumeux.
A cette réserve près, Poèmes en archipel ne peut qu'être conseillé, que ce soit pour son beau travail d'édition (illustrations de choix, mise en page simple, claire et soignée sur papier épais), ses éléments bibliographiques et biographiques, le très bel hommage, en introduction, que Paul Veyne rendit au poète dans le journal Le Monde en 1990... et son format de poche.

La vie et l'oeuvre de René Char furent marquées, dans l'entre-deux-guerres, et jusqu'à la Libération, par l'engagement politique puis armé.
Dans Seuls demeurent, recueil de textes écrits entre 1938 et 1944, publié en 1945, figure 1939 Par la bouche de l'engoulevent, cri de révolte contre les enfants victimes de la guerre d'Espagne, poème en prose illustré par Picasso :

Enfants qui cribliez d'olives le soleil enfoncé dans le bois de la mer, enfants, ô frondes de froment, de vous l'étranger se détourne, se détourne de votre sang martyrisé, se détourne de cette eau trop pure, enfants aux yeux de limon, enfants qui faisiez chanter le sel à votre oreille, comment se résoudre à ne plus s'éblouir de votre amitié ? Le ciel dont vous disiez le duvet, la Femme dont vous trahissiez le désir, la foudre les a glacés.
Châtiments ! Châtiments !


Poèmes en archipel. Anthologie de textes de René Char
Edition de Marie-Claude Char, Marie-Françoise Delecroix, Romain Lancrey-Javal et Paul Veyne
Gallimard / Folio (mars 2007) 448 p., 11,50 €

Autres publications :
Pays de René Char, Marie-Claude Char, Flammarion (280 p., 45 €)
René Char. Le géant magnétique, hors-série de Télérama (100 p., 7,80 €)

Exposition René Char à la Bibliothèque nationale de France jusqu'au 29 juillet
Catalogue édité par la BNF et Gallimard, 264 p., 29 €

Lire également le billet sur la belle Lettera Amorosa