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jeudi 22 novembre 2007

Neige. Orhan Pamuk

Neige, Orhan PamukNeige, publié en 2005 a connu un grand succès critique et public. Parmi ses précédents romans, Le livre noir et Mon nom est rouge ont valu à l'écrivain turc Orhan Pamuk une grande renommée et de nombreuses distinctions. Son dernier roman, Istanbul, Souvenirs d'une ville a été publié en 2007.
Le magnifique Neige est réédité en poche cette année.

Ka, poète turc réfugié politique en Allemagne depuis 15 ans revient dans la ville de Kars pour y réaliser un reportage sur le phénomène du suicide des filles voilées, mais aussi dans le secret espoir d'y retrouver et conquérir Ipek, ancienne et belle camarade d'université.
Une neige épaisse et continue tombe sur Kars. Dans cette ville pauvre et reculée d'Anatolie qui, à la veille des élections municipales va se retrouvée coupée du monde par la neige, vont se dérouler d'étranges journées au cours desquelles Ka sera sans cesse pris à parti.

Après l'assassinat d'un directeur d'école laïque par un extrémiste islamique, une représentation théâtrale kémaliste cousue du fil blanc par les autorités pousse les jeunes étudiants de l'école de prédicateurs à l'affrontement, aussitôt réprimé par l'armée qui réalise à cette occasion et dans un bain de sang un putsch militaire.
Au fil de ses promenades dans la ville, où chacun des camps et la grande diversité des positions des habitants l'interpellent pour lui livrer son point de vue et lui demander son avis, le poète Ka se retrouve tout à tour confronté à des conversations dans lesquelles il finit par donner raison à tout le monde.
Mais dans le fond, il est uniquement préoccupé par Ipek, qu'il souhaite très fort pouvoir emmener avec lui à Francfort, et par les poésies qui jaillissent à nouveau en lui lors de fulgurantes inspirations.

Emu par la beauté de la neige, troublé par son amour, bouleversé par la poésie, Ka réalise que ses convictions politiques marquées à gauche, forgées par les idées démocratiques et laïques ont perdu la force de ses jeunes années.

Au fil d'une écriture et d'un récit empreints de poésie - magnifiée par l'omniprésence de la neige - Pamuk livre sur les questions religieuses et politiques en Turquie un regard nuancé, qui éclaire mille facettes, ne simplifie jamais et questionne sans cesse. A lire absolument.

Neige. Orhan Pamuk
Gallimard, Du monde entier, 2005, 485 p., 22,50 €
et en Folio, 640 p., 8,20 €

jeudi 12 avril 2007

Lettera amorosa. René Char

Lettera amorosaDans ce petit livre mince au bleu brillant sont réunies deux versions illustrées du poème Lettera amorosa de René Char (1907-1988).

La première, rédigée en 1952, est accompagnée de seize œuvres de l'artiste dada Jean Arp, papiers de couleurs coupés et collés, parfois peints à la gouache. Ce manuscrit, par endroits raturé, est une première ébauche du texte.

En 1953, René Char rédige une deuxième version. Dix ans plus tard, Georges Braque l'illustrera.
Le poète et le peintre mèneront cette entreprise avec une passion et un soin partagés.

A l'occasion du centenaire de la naissance de René Char, les éditions Gallimard permettent à tout un chacun d'apprécier cette très belle oeuvre, en publiant ces livres et manuscrits rares en collection de poche.

Au fil de la lecture, sur une mise en page délicate, on admire les merveilleuses lithographies de Braque : le profil d'une femme, celui d'un couple, des motifs animaux et végétaux poétiques, dans une palette de violets, verts, jaunes, bleus splendides et lumineux.
De la très belle matière à rêver autour d'un texte magnifique.

Parfois j'imagine qu'il serait bon de se noyer à la surface d'un étang où nulle barque ne s'aventurerait. Ensuite, ressusciter dans le courant d'un vrai torrent où tes couleurs bouillonneraient.

Nos paroles sont lentes à nous parvenir, comme si elles contenaient, séparées, une sève suffisante pour rester closes tout un hiver ; ou mieux, comme si, à chaque extrémité de la silencieuse distance, se mettant en joue, il leur était interdit de s'élancer et de se joindre. Notre voix court de l'un à l'autre ; mais chaque avenue, chaque treille, chaque fourré la tire à lui, la retient, l'interroge. Tout est prétexte à la ralentir.
Souvent, je ne parle que pour toi, afin que la terre m'oublie.

Ce n'est pas simple de rester hissé sur la vague du courage quand on suit du regard quelque oiseau volant au déclin du jour.


Lettera amorosa. René Char
Illustrations de Georges Braque et Jean Arp
Poésie/Gallimard, 6 €