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vendredi 25 avril 2008

Le Dernier Titien et la Sensualité de la peinture

Le dernier Titien et la sensualité de la peinture à l'Académie de VeniseL'Académie de Venise réunit quelques vingt-huit tableaux que Titien a réalisés dans la dernière partie de sa longue vie, entre 1550 et 1576.

Les chefs-d'oeuvre venus d'un peu partout en Europe se répondent et se complètent au fil d'un accrochage particulièrement heureux.

Les deux premiers ne font pas mentir le titre de l'exposition, avec Venere che benda Amore, merveille de tendresse et de douceur et Danae dont le corps nu resplendit de lumière sur le draps blanc, recevant la pluie d'or dont on croit sentir la chaleur. Une atmosphère encore réchauffée par le carmin du rideau qui abrite la couche de Danaé. Les blancs et les rouges des deux toiles, leur commune sensualité créent un magnifique ensemble.

La manière de peindre de Titien à cette période, plus libre que jamais, bien qu'il ne travaillât presque exclusivement que pour la cour d'Espagne, semble lui avoir autorisé une expression des sentiments des plus hardies.

Ainsi, toujours dans la série des grandes toiles mythologiques et religieuses, qu'il appelait "poésies", Santa Margherita con il drago saisit par l'effroi qui s'en dégage.
Si l'on devine le plaisir du peintre à placer au centre du tableau le beau corps de Sainte Marguerite, soulignant sa torsion par le drapé de la robe relevée par le dragon et les bras nus tendant la croix de l'autre côté, il a imprimé à son visage un intense désarroi, auquel fait écho l'ensemble du décor : nature sombre où, sous un ciel d'orage gisent corps du dragon et crâne humain ; étoffe verte de la robe qui contribue à créer une ambiance fantastique.
Tout à côté et tout en contrastes, l'Annuciazione : au ciel lourd et au monstre répondent les anges, à la frayeur du visage penché répond une onde de bonheur ; tout n'est ici que lumière, quiétude et légèreté.

De tableau en tableau, y compris avec la sélection de portraits, dont le célèbre et impressionnant Autoritratto du Prado, les thèmes et les inspirations dialoguent dans une diversité et une cohérence remarquables.

L'exposition se termine naturellement avec la Pieta (qui est à demeure à l'Académie de Venise), destinée, selon la volonté du peintre, à orner sa sépulture dans l'église Santa Maria Gloriosa dei Frari. Titien est mort avant de pouvoir l'achever, ce qui fut finalement fait par Palma le Jeune. Le tableau n'est peint que par touches, et même avec les doigts. Testament ô combien poignant que ce tableau aux formes sans contours, ni pratiquement de couleur, où le peintre juste avant sa mort s'est représenté en vieillard implorant agenouillé aux pieds de la Vierge qui soutient le corps exsangue de son fils.

Le Dernier Titien et la Sensualité de la peinture
Galeries de l'Académie de Venise
Exposition prolongée jusqu'au 4 mai 2008
Du mardi au dimanche de 8 h 15 à 19 h 15
Lundi de 8 h 15 à 14 h
Entrée : 10 € (TR : 7 €)
Gallerie dell'Accademia di Venezia
Campo della Carità - Dorsoduro 1050
30130 Venezia

Image : Danae, Vienna, Kunsthistorisches Museum, Gemäldegalerie

mardi 6 mars 2007

Sargent, Sorolla. Peintres de la lumière (suite et fin)

SorollaPoursuite de la visite de l'exposition Sargent et Sorolla au Petit-Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, avec les œuvres de Joaquin Sorolla.

Dès ses premiers tableaux, de grandes peintures réalistes, on mesure le goût évident de l'artiste pour le travail de la lumière.

L'écume, la toile écrue de la voile du bateau gonflée par le vent, celle des chemises, se prêtent merveilleusement bien au jeu de lumière dans Le retour de la pêche. Ou encore dans Le transport du raisin : scène partie à l'ombre, partie au soleil ; l'artiste joue avec les cotonnades claires, avec le vert et le doré du raisin ...

Il poussera plus avant cette recherche avec En cousant la voile : dans cette grande composition géométrique, géraniums aux tons verts et roses vifs encadrent une grande voile à terre, autour de laquelle hommes et femmes s'affairent. Sous le reflet du feuillage, l'immense tissu blanc hésite entre ordre et désordre, ombre et plein soleil.

Soleil plus désirable encore lorsque Sorolla se met à peindre des scènes – de loisirs cette fois – au bord de la mer. Les modèles en sont l'épouse et les filles de l'artiste. L'angle photographique semble plus spontané, la peinture prise sur le vif, impressions que renforcent le naturel des fillettes, les couleurs belles et gaies, tout en mauves et dorés.

Bien qu'il s'en défende (« Moi, un peintre du portrait ? » disait-il avec ironie), Sorolla fut également un grand portraitiste.
Le travail d'exposition réalisé par le Petit-Palais permet d'établir une intéressante comparaison avec les portraits de Sargent.
Si l'Américain peignait en « verticalité », les portraits de Sorolla sont au contraire très pulpeux ; les teintes d'ocres et bruns magnifiques, l'angle parfois audacieux (Maria convalescente).
Les visages sont très expressifs, les yeux noirs impriment une présence, les traits « naturels » : visiblement, Sorolla cherchait à montrer « l'humanité » de ses sujets. A cet égard, son Autoportrait, dont le visage ressort avec force d'un éclatant col blanc, a quelque chose de fascinant.

Les oeuvres tardives de l'artiste sont, comme celles de Sargent, les plus personnelles.
Sorolla donne libre cours à son admiration pour les jardins arabo-andalous. Végétation luxuriante et organisée, fontaines, lumière et couleurs naturelles : Sorolla restitue dans ces tableaux l'ambiance calme et tout esthétique des décors hispano-mauresques.

La dernière salle présente des portraits marqués par l'évolution qu'a connue alors la peinture, mais aussi l'expérience et l'audace du peintre ; le cadrage s'enhardit, les détails réalistes l'obsèdent moins.
On sent que Joaquin Sorolla se régale.

Le visiteur aussi ; il est même un peu surpris de prendre autant de plaisir devant les oeuvres de ces peintres de la lumière qu'on avait un peu enterrés, mais tout à fait à tort.


Peintres de la lumière. Sargent / Sorolla
Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston-Churchill – Paris 8ème
Jusqu'au 13 mai 2007
Tlj sauf lundi et jours fériés de 10 h à 18 h
Nocturne le mardi jusqu'à 20 h
Tarif 9 € (TR 4,50 € et 6 €)
Catalogue de l'exposition 49 €, Petit Journal 2 €

lundi 5 mars 2007

Sargent, Sorolla. Peintres de la lumière (1/2)

Lady AgnewJohn Singer Sargent (1856-1925) et Joaquin Sorolla (1863-1923) ont tous deux rencontré le succès de leur vivant mais sont peu connus aujourd'hui.

L'exposition se propose - avec succès - de mettre en avant le travail sur la lumière de ces deux artistes du XIX° siècle post-impressionnisme.

Sargent est né à Florence dans une famille américaine aisée ; il a reçu une éducation toute européenne.

Sorolla, né à Valence en Espagne, vient d'un milieu beaucoup plus modeste.
C'est en Espagne précisément que leurs inspirations se sont croisées, où les deux jeunes artistes ont été très impressionnés par la peinture de Velasquez, admiration très visible dans certaines de leurs oeuvres.
Le Petit-Palais , musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris avait donc plus d'un motif pour effectuer un rapprochement, qui n'a effectivement rien d'artificiel, entre les deux peintres.

Le parcours, à la fois chronologique et thématique, est étayé de commentaires simples et opportuns. L'éclairage des oeuvres, parfois naturel, est particulièrement réussi.

D'emblée, l'oeil est surpris avec les premiers tableaux d'intérieurs et portraits de Sargent : Robert Louis Stevenson et sa femme et Le verre de Porto : on est loin de l'académisme de la scène d'intérieur. Sargent peint ces couples appartenant aux classes sociales élevées avec une audacieuse humanité : sur les deux tableaux, chacun des époux regarde de son côté. Une porte ouverte sépare Stevenson de sa femme, curieuse sensation ...

Sargent ne manquera d'ailleurs pas de choquer à Paris : le portrait de Virginie Goutreau Madame X, montrant le modèle les épaules nues dans une pose alors considérée provocante, exposé au Salon en 1884 va susciter un scandale qui le conduira à s'expatrier à Londres l'année suivante.
Cet épisode ne lui aura pas porté malchance, bien au contraire : dans la haute société britannique, il deviendra rapidement le portraitiste le plus demandé de son époque.
Dans ses peintures de groupe et portraits d'apparat, le rapprochement, comme pour Sorolla, avec Les Ménines de Velasquez est évident. Mais ses portraits sont aussi caractérisés par patte qui lui est toute personnelle, celle d'une certaine « verticalité ».
Les visages blancs, les vêtements pourpres ressortent des décors sombres, l'équilibre couleurs/composition est très séduisant.

On retrouve ici un contraste qu'on avait admiré plus avant du parcours : après son séjour en Espagne, Sargent, marqué également par la peinture de Goya, a réalisé des tableaux de scènes typiquement hispaniques montrant qu'il a su réinterpréter l'influence des maîtres qui l'ont inspiré : la magnifique Gitane ou encore La danse espagnole mettent en scène un clair/obscur parfaitement apprivoisé.

Plus personnelles sont ses oeuvres tardives : l'aquarelle autorise un coup de pinceau vif, enlevé, qui capte la lumière et rend la transparence. Avec Venise, il se place au niveau de l'eau pour saisir les gondoliers dans un tableau très vivant, magnifiquement coloré de verts et de bleus. Mêmes teintes et beaucoup de naturel avec Femme turque au bord d'une rivière : les vêtements du modèle étendu se fondent avec l'eau et les végétaux qui l'entourent, pour une impression de repos et de symbiose avec la nature est très réussi.
Preuve que John Singer Sargent a su déployer son talent dans des oeuvres de styles extrêmement différents.

Poursuite de la visite des Peintres de la lumière demain en compagnie de Joaquin Sorolla...


Peintres de la lumière. Sargent / Sorolla
Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston-Churchill – Paris 8ème
Jusqu'au 13 mai 2007
Tlj sauf lundi et jours fériés de 10 h à 18 h
Nocturne le mardi jusqu'à 20 h
Tarif 9 € (TR 4,50 € et 6 €)
Catalogue de l'exposition 49 €, Petit Journal 2 €