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lundi 1 octobre 2007

Beau retour au Mexique pour ''El violin'' de Francisco Vargas

El Violin de Francisco VargasLe billet inaugural de maglm était consacré à El violin, film beau et émouvant du Mexicain Francisco Vargas sur la lutte contre la dictature menée par quelques paysans, dont le personnage principal était Don Plutarco, un vieillard estropié d'une main et dont la musique était la seule arme.

L'accomplissement de ce projet relevait presque du miracle.
El violin n'était au départ qu'un court métrage de fin d'études au Centre de Formation Cinématographique du Mexique, où Francisco Vargas, après avoir étudié l'art dramatique et la communication a fait son apprentissage de réalisateur.

Bien qu'il ait eu d'emblée l'idée d'en faire un long métrage, ce n'est que grâce à la présentation du film au festival de de Guadalajara, où il a été récompensé, puis à Toulouse, dans le cadre de "Cinéma en Construction", et enfin à sa sélection à Cannes, que Francisco Vargas a pu terminer la version longue du Violin.

Le film fut donc projeté en 2006 à Cannes dans la sélection Un Certain Regard (il concourait également pour la Caméra d'Or) où il reçut le prix d'interprétation masculine pour la prestation de Don Angel Tavira dans le personnage de Don Plutarco.

Lors de sa sortie en France, le 3 janvier 2007, Francisco Vargas regrettait que son film ne soit pas distribué dans son pays. Il déplorait notamment que l'industrie du cinéma ne mise que sur des films commerciaux, "à l'américaine", alors que le public avait envie d'autre chose, avait même besoin de revenir à la culture mexicaine traditionnelle.

Mais le film a été montré un peu partout ailleurs et a reçu pas moins de 36 prix.

Au printemps 2007, il sort enfin au Mexique.
Les grands médias nationaux le soutiennent. L'hebdomadaire Proceso, enthousiaste, affirme :
« Un ejemplo de cine deseable, del mejor cine que se ha hecho en México, es El violín. El violín la película que acabe de una vez por todas con el miedo de saber quiénes y cómo somos. »

Il s'ensuit alors un immense succès, un véritable « phénomène de société » comme le soulignait un article du journal Le Monde (1er juin 2007) :

« Avec seulement 20 copies dans la capitale, plus de 160 000 personnes ont déjà vu ce long métrage en noir et blanc sans acteur connu, et qui évoque un épisode souvent occulté de l'histoire du Mexique : la répression brutale des guérillas paysannes dans les années 1960-1970. Les trois grands circuits de salles multiplexes avaient jugé inopportun de l'accueillir en 2006, à cause des tensions de la campagne présidentielle, puis de la longue crise post-électorale.
Les Mexicains, pensait-on, étaient saturés de politique. Au contraire : les gens applaudissent à la fin des projections, des écoles y envoient leurs élèves par bus entiers, les universités organisent des débats devant des amphis archicombles. Ce film indépendant, qui a coûté à peine 1 million de dollars, a obtenu, début mai, les meilleurs résultats d'exploitation après Spiderman 3, bombardé dans 950 salles. (...)
Selon Vargas, la réponse du public "est significative de l'état du pays, mais aussi du désir de voir du bon cinéma mexicain, et pas seulement des superproductions américaines".
L'impact du film est d'autant plus fort que l'opinion publique s'interroge sur des "dérapages" de l'armée, engagée depuis cinq mois dans des opérations contre les narcotrafiquants. (...)
Vargas et Canana Films ( société fondée par les acteurs Gael Garcia Bernal et Diego Luna ) veulent ensuite conduire le film jusqu'à des villages isolés, grâce à une "charette cinématographique": sa carrière mexicaine ne fait sans doute que commencer. »

C'est tout le bien qu'on lui souhaite...

Les hispanophones pourront lire une interview de Don Angel Tavira dans Proceso.

Et merci au lecteur qui m'a précisé la date de l'article du Monde.

mercredi 13 juin 2007

L'âge d'or de la presse. Du Petit Parisien au Parisien Libéré

Le Petit ParisienAu fil de quatre billets (des 3 mai, 17 mai, 23 mai et 30 mai), nous avons suivi la conférence sur l'âge d'or de la presse au XIXème siècle tenue à la Bibliothèque nationale de France le 26 avril dernier par Philippe Mezzasalma.

Il est temps désormais de clôturer ce cycle en y ajoutant un appendice inclus dans la conférence : l'aventure exemplaire du Petit Parisien, lequel faisait partie des quatre titres, avec le Matin, le Journal et le Petit Journal qui se partageaient le lectorat sous la IIIème république.

Le Petit Parisien est créé en 1876 sous les couleurs du parti Radical. En 1880, il est racheté par un publicitaire, Paul Piégut qui inaugure une nouvelle ère avec des campagnes d'affichage, des tracts dans la rue, et, dans la veine de ce qui se pratique aux Etats-Unis, le lancement de concours.
A sa mort en 1888, Jean Dupuy poursuit dans cette direction. Il organise par exemple un concours à partir de la photographie d'une bouteille remplie de grains de blés. Les lecteurs étaient invités à deviner le nombre de grains que cette bouteille contenait. 1,5 millions de participants tentèrent leur chance !
Il organise également des référendums, par exemple sur la peine de mort : le journal reçut 1,4 millions de réponses.
Il met en place le patronage d'activités sportives, le vélo notamment.
Il lance également des souscriptions d'aides lorsque surviennent des catastrophes dans les mines.
Il organise des campagnes de vaccination gratuite pour les abonnés dans les locaux du journal ...
Il finit par écraser les concurrents, et crée même de nouveaux titres.

L'impact idéologique du Petit Parisien fut très fort sur les mentalités, sur une certaine idée de la république laïque, sur la reconquête de l'Alsace-Lorraine.

Dans l'entre-deux-guerres, le quotidien, qui possédait déjà une quinzaine de titres, rachète des journaux, prend des participations dans d'autres.
Il devient un véritable groupe.
Son ton politique est modéré et prudent. Il est réservé vis-à-vis des socialistes mais de plus en plus opposé aux conservateurs.
Beaucoup d'articles sont « signés » sous pseudonyme collectif, mais en réalité écrits par André Tardieu.

Dans les années 1930, soucieux de la menace nazie, il est obligé d'affirmer son point de vue politique. Il soutient le Front Populaire et le gouvernement Blum jusqu'en 1938.
Mais à la fin de la Guerre d'Espagne, comme La Dépêche du Midi, le journal aura un discours très virulent. Par peu du communisme il sera partisan de la chute du cabinet Blum.

Lors de la déclaration de guerre, il fait le choix de rester à Paris, de se maintenir avec la nouvelle situation. Il se retrouvera alors piégé dans la collaboration.

A la fin de la guerre, il sera totalement épuré, repris en main. Il deviendra Le Parisien libéré.

L'âge d'or de la presse
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence de Philippe Mezzasalma,
Département Droit, Economie, Politique
Conférence du 26 avril 2007
Bibliothèque Nationale de France

mercredi 30 mai 2007

L'âge d'or de la presse : panorama (4/4)

le petit parisienFin de la série L'âge d'or de la presse avec un petit panorama des tirages et des catégories de journaux à la fin du XIXème siècle.

La presse quotidienne nationale, qui se recoupe avec la presse quotidienne de Paris, est la presse traditionnellement la plus importante.

En 1870, elle compte 33 titres tirant à 470 000 exemplaires. Si on compte la « petite presse » (journaux satiriques et littéraires) on dénombre 600 000 exemplaires.
Vingt après, on est passé à 70 quotidiens pour un tirage total de cinq millions d'exemplaires !
Mais après 1914, les tirages déclineront.

Quant aux quotidiens de province, leurs tirages ont été multipliés par 10 entre le début de la IIIème République et 1914, pour atteindre 4 millions d'exemplaires à cette date !

Par ailleurs, différentes catégories de journaux peuvent être dressées en fonction de leur ligne politique.

La presse conservatrice : les journaux légitimistes et bonapartistes subissent le contre-coup du développement de la presse.
On ne voit pas apparaître de journal populaire conservateur. Ces journaux tiennent à un niveau littéraire très élevé, refusent de traiter les faits divers et de publier tout roman sentimental. Par ailleurs, sur un plan politique, l'église refuse dans un premier temps de s'investir dans la presse quotidienne. Enfin, les états-majors conservateurs ont un grand mépris pour le métier de journaliste ...
L'Union, France nouvelle périclitent en même temps que le mouvement royaliste.
Survivent Le Gaulois et Le Constitutionnel.

Le Figaro, créé en 1826, est un journal satirique au départ. Il devient quotidien en 1866 et bénéficie alors d'un succès incontestable, pour la qualité de ses rubriques culturelles, ses reportages, sa façon de traiter les faits divers sur un plan sociologique, son humour féroce.

La presse républicaine : la volonté de gagner l'électorat populaire par ce moyen-là entraîne la floraison de journaux peu chers à forts tirages.

Le Temps a un parti pris de neutralité mais il est considéré à l'étranger comme la voix officielle du quai d'Orsay. Les commentaires politiques, très doctes, dus notamment à la participation de rédacteurs juristes lui valent un succès certain. Il va monter en puissance et devenir le journal de la petite bourgeoisie.

Enfin, quatre grands journaux populaires se partagent le lectorat : Le Matin, Le Petit Journal, Le Petit Parisien et Le Journal.

L'âge d'or de la presse
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence de Philippe Mezzasalma,
Département Droit, Economie, Politique
Conférence du 26 avril 2007
Bibliothèque Nationale de France

Image : Le Petit Parisien, carte postale ancienne, série Journaux et lecteurs.

mercredi 23 mai 2007

L'âge d'or de la presse : vers de nouveaux publics (3/4)

petit journalLa presse connaît une telle révolution à la fin du XIXème siècle qu'on parle « d'âge d'or de la presse ».

Il faut souligner que d'autres progrès que ceux liés directement aux innovations techniques (voir billet De nouvelles entreprises de presse) favorisent de tels succès.

Ainsi, le développement du chemin de fer et de l'automobile, mais aussi l'extension des points de vente des quotidiens parisiens permettent un réseau de diffusion extraordinairement plus étendu et efficace.
Le Petit Parisien comptait par exemple 20 000 points de vente en 1910.

Les nouvelles conditions de fabrication permettent d'amortir les coûts assez rapidement, ce qui autorise des prix de vente plus attractifs. Les journaux républicains en particulier font le choix de prix à bon marché afin d'assurer une meilleure diffusion de leurs idées.
En 1863, est lancé le Petit journal à un sou.
Ainsi, alors que jusqu'alors les journaux étaient réservés à une clientèle d'abonnés riche et cultivée, les prix très bas permettent à cette nouvelle presse de pénétrer dans les milieux populaires.

La presse d'information générale bénéficie en outre de l'évolution de l'instruction publique dans les années 1880. Les ouvriers alphabétisés se précipitent sur ces journaux peu chers vendus dans la rue ; il n'est plus besoin de se rendre dans une bibliothèque ou une librairie pour y accéder.

Mais on peut aussi ajouter à cet engouement une raison « de fond », liée à l'actualité : le besoin d'informations au moments des conflits majeurs de la fin du siècle (affaire Dreyfus en 1894, conflits religieux).
Seul bémol à cette époque : les campagnes, où la lecture des quotidiens est moins répandue. Ce ne sera qu'après la guerre que la pratique massive des journaux s'y développera.

L'apparition de nouveaux publics plus populaires engendre la prise en compte de leurs goûts supposés : le style est simplifié, les maquettes aérées. Des jeux voient le jour, le traitement des faits divers se développe.

On assiste à de grands changements également au niveau des journalistes. Auparavant, ceux-ci se targuaient de ne pas êtres des techniciens de l'information mais des hommes littéraires. Cela étant, peu à peu les journalistes se professionnalisent. La technique du reportage apparaît, au départ simplement autour des faits divers. Va également se développer la fonction de correspondant sur place, pour « la vie en région » et, plus rarement, pour l'international (Le Temps est un des rares journaux à envoyer des correspondants à l'étranger). Enfin, signe de professionnalisation, les premiers regroupements et les premiers syndicats apparaissent à la fin du siècle.

L'âge d'or de la presse
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence de Philippe Mezzasalma,
Département Droit, Economie, Politique
Conférence du 26 avril 2007
Bibliothèque Nationale de France

Image : Supplément illustré du Petit Journal du 10 avril 1898, « En mer, essai de pigeons voyageurs ». Le capitaine Reynaud fait une expérience à bord du transatlantique La Bretagne reliant Le Havre à New-York, visant à apprécier les services que les pigeons voyageurs peuvent rendre à la navigation et au transport de dépêches : les essais sont satisfaisants mais le parcours que peuvent fournir les pigeons est assez limité, surtout si les conditions météorologiques sont défavorables.

jeudi 17 mai 2007

L'âge d'or de la presse : de nouvelles entreprises de presse (2/4)

voyages présidentielsSuite de la conférence à la Bibliothèque nationale de France sur l'âge d'or de la presse au XIXème siècle.

La révolution industrielle n'est pas sans influence sur le travail de fabrication des journaux.

Durant les vingt dernières années du XIXème siècle, l'évolution des machines va permettre en effet une production industrialisée. (voir billet du 11 avril 2007 sur l'histoire du livre).

La composition typographique n'est plus réalisée manuellement, ce qui fait gagner un temps considérable, sans compter, pour l'impression, l'utilisation des rotatives. Les rendements augmentent au point d'atteindre 20 000 exemplaires par heure.

Ces progrès techniques sont une révolution pour les quotidiens de Paris tout particulièrement : ils peuvent désormais sortir plusieurs éditions par jour, ainsi que des éditions de province, avec des pages, voire des colonnes différentes selon les régions.

L'accroissement de la pagination est elle aussi rendue possible : on passe du quatre pages au huit pages puis au douze pages. Ce qui veut dire qu'un nombre plus important de rubriques est désormais autorisé. Ainsi, les thèmes se diversifient, avec notamment des pages consacrées à la culture (critiques théâtrales, critiques musicales etc.).

En revanche, l'illustration pose d'autres problèmes car la gravure nécessite un temps de presse plus long. Elle sied donc mal aux quotidiens. Dès lors, les illustrations se concentrent dans les hebdomadaires : L'Illustration, Le Magasin pittoresque notamment ; ou bien dans des suppléments mensuels des journaux. Articles et illustrations ont donc généralement des supports distincts.

L'utilisation de ces nouvelles technologies nécessite des investissements considérables, donc la mise en place de véritables entreprises de presse. Celles-ci vont privilégier les moyens propres à produire un « journal moderne ».
Pour cela, il s'agit avant tout d'être proche des sources de l'information.
C'est ainsi que ces entreprises s'établissent dans des quartiers proches du pouvoir : le Petit journal s'installe rue de Richelieu, rue Lafayette et rue Cadet, Le Petit Parisien rue d'Enghien, Le Journal, rue de Richelieu également ... les localisations sont très concentrées.
Ensuite, pour avoir les informations en direct, il faut disposer du télégraphe (le reportage est tout juste en train de naître).
Enfin, les bâtiments des entreprises de presse abritent à la fois l'administration, les archives, les salles de rédaction, mais aussi leurs imprimeries. Certains iront même jusqu'à créer leur papeterie, comme le Petit journal.

L'âge d'or de la presse
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence de Philippe Mezzasalma,
Département Droit, Economie, Politique
Conférence du 26 avril 2007
Bibliothèque Nationale de France

Image : album de la série Voyages présidentiels illustrés par Paul Boyer, photographe officiel de la Présidence (Sadi Carnot) : série de planches photographiques simplement légendées (1889, E. Dentu, libraire et éditeur de la société des gens de lettres à Paris).

mercredi 16 mai 2007

100 photos du Festival de Cannes. Reporters sans frontières

reporters sans frontières, CannesLe 3 mai dernier, à l'occasion de la 17ème Journée internationale de la liberté de la presse, Reporters sans frontières a publié un nouvel album photos, consacré aux soixante ans du Festival de Cannes.

Belle idée pour l'ouverture du 60ème Festival qui se déroulera du 16 au 27 mai.
On a immédiatement envie de l'offrir ou de se l'offrir, car les photos sont magnifiques. Elles ont été choisies parmi les archives des plus grandes agences et des meilleurs photographes qui ont couvert le festival : collection Traverso, Mirkine, Daniel Angeli, Emmanuele Scorcelletti (Gamma), les archives de Studio Magazine ...

A les regarder, il semble qu'en soixante ans sont passées à Cannes les plus belles femmes du monde, les plus « stars » bien sûr : Monica Bellucci, Fanny Ardant, Sharon Stone ... pour qui le mot semble avoir été inventé, star parmi les stars !

Y compris celles qui ont commencé dans le métier toutes jeunes et qui étaient déjà sur la Croisette.
Coup de coeur pour la petite Brigitte Fossey courant sur la plage, en 1953. La même année, la très jeune Brigitte Bardot se fait coiffer (ou décoiffer ?) par Kirk Douglas ...

Des surprises, tels les portraits de Claudia Cardinale ou de Gérard Depardieu, photographiés comme jamais, en des instants volés (?), bouleversants de naturel.

Des photos historiques aussi, comme celle où sont assis côté à côte, en 1968, Claude Lelouch, Jean-Luc Godard et François Truffaut.

Beaucoup d'émotion enfin à retrouver des disparus d'hier, Philippe Noiret notamment, ou d'avant-hier, tels Françoise Dorléac – quel charme ! – , Patrick Dewaere, alors si lumineux, si radieux ...

A lire dans la revue : la préface de Vincent Cassel, l'entretien avec Gilles Jacob, président du Festival, un petit historique du Festival, le rappel des Grands Prix et Palmes d'Or depuis 1946.

Mais aussi le triste bilan des « prédateurs de la liberté de la presse ».

Les bénéfices de la vente de l'album sont intégralement reversés à RSF pour mener des actions concrètes en faveur de la liberté de la presse : assistance aux journalistes et à leurs familles souvent démunies ainsi qu’aux médias en difficulté, investigations sur le terrain afin de déterminer les responsabilités dans les cas d’assassinat, financement de frais d’avocats lors de procès de presse, accueil de journalistes contraints de fuir leur pays, etc.

En vente chez les marchands de journaux, dans les Fnac,
les librairies, les grandes surfaces ...
Au prix de 8,90 €

Site de Reporters sans frontières
Site officiel du Festival de Cannes

jeudi 3 mai 2007

L'âge d'or de la presse : la liberté de la presse (1/4)

liberté de la pressePour continuer l'histoire du livre initiée il y a plusieurs mois, on explore aujourd'hui un phénomène un peu à part avec l'âge d'or de la presse.

A part puisque, si le journal fait partie du champ éditorial, il s'en diffère toutefois par son caractère éphémère – il s'agit de diffuser l'information d'un événement – et une forme matérielle elle aussi forcément éphémère.
Son matériau de qualité médiocre fit d'ailleurs qu'il fut pendant longtemps inconcevable de chercher à le conserver.

On parle de l'âge d'or pour la période allant de 1880 à la première Guerre Mondiale, années durant lesquelles la presse connut des bouleversements sans précédent.

La révolution industrielle y est pour beaucoup avec l'arrivée des rotatives qui permettent la mécanisation de métiers qui étaient jusqu'alors artisanaux.

Mais c'est aussi au niveau des contenus que la révolution s'opère.

Son premier déclencheur est la levée d'un obstacle juridique de taille : le contrôle très serré qui s'exerçait sur la presse sous le Second Empire.

Le 29 juillet 1881 est votée la loi sur la liberté de la presse. Il s'agit de la première des grandes lois de la III° République sur les libertés publiques.

Sont ainsi supprimées toute une série de textes liberticides, les autorisations diverses, au premier chef desquelles l'autorisation de publication.
Les mesures administratives sont également simplifiées : seule la déclaration a posteriori du titre et de ses principales caractéristiques est désormais exigée.

Sont également instituées les libertés de l'affichage et celle de la vente sur la voie publique. Cette dernière nouveauté n'est pas sans importance car elle permettra une diffusion des journaux non plus seulement sur abonnement mais également par colportage et ensuite dans les kiosques.

C'est donc un carcan incroyable qui est levé grâce à cette loi. Il n'y a d'ailleurs qu'à consulter les journaux de l'époque, que ce soit La Croix, Le Figaro ou autres, pour être frappé par la violence des propos ...

L'âge d'or de la presse
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence de Philippe Mezzasalma,
Département Droit, Economie, Politique
Conférence du 26 avril 2007
Bibliothèque Nationale de France

Image : L'Aurore du 13 janvier 1896

mercredi 11 avril 2007

L'histoire du livre au XIX° siècle. L'industrialisation de la production (1/4)

rotatives MarinoniAu XIXème siècle a lieu ce qu'on a l'habitude d'appeler la "deuxième révolution du livre", après celle de Gutemberg.

Mais il s'agit d'une révolution progressive, qui s'est étendue de 1840 à 1870.

De nouvelles technologies sont avant tout mises en œuvre.
Elles concernent d'abord le papier, qui pesait alors très lourd dans le prix du livre.
En 1799, Nicolas Robert a déposé le brevet du papier en rouleau, remplaçant le "feuille à feuille" : il permet d'importantes économies, en particulier de main d'œuvre.
Par ailleurs, le chiffon est remplacé par d'autres matières premières, notamment la paille.
Surtout, à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1867, la profession entérine l'usage du bois, qui plus tard sera rentabilisé par l'utilisation de nouvelles machines.
Le domaine de l'imprimerie n'avait en effet pas connu d'innovation majeure depuis Gutemberg : au début du XIX° siècle, on se servait toujours de presses à bras...
Vont être mises en œuvre au cours du siècle la stéréotypie (1), la presse hand scope, en métal, qui, avec son large plateau permet de tirer de grands formats et donc d'augmenter de façon importante la production (une centaine de feuilles à l'heure).
Mais l'innovation la plus marquante est la mise au point de la rotative, en 1872. Cette technique, qui permet de rendre mille feuilles à l'heure, a d'abord été utilisée pour la production de journaux, le Times notamment. C'est d'ailleurs pour cette raison que le terme de presse a fini par désigner aussi les journaux !

Les procédés évoluent également du point de vue de l'image, avec la mise en place de la lithographie : elle permet à l'artiste de graver directement, d'où une plus grande expression personnelle.
Agrandissant les formats, Jules Chéret adapte la technique de la lithographie à l'affiche : il met ainsi la lithographie à la disposition des publicités, en particulier pour les livres, qui seront installées dans les librairies.
Son style aurait inspiré Vuillard, Bonnard, Henri de Toulouse-Lautrec.

Avec cet ensemble d'innovations, le monde du livre a changé d'échelle au XIX° siècle : on est passé de petits ateliers à de véritables usines.
La profession va considérablement évoluer elle aussi, avec l'apparition de nouveaux personnages : ce sera "Le temps des éditeurs."
A suivre ...

Nouveau livres, nouveaux publics au XIX° siècle.
Bibliothèque Nationale de France
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence d'Eve Netchine,
Service de l'inventaire rétrospectif
Conférence du 5 avril 2007

(1) La stéréotypie consiste à mouler, dans de l'argile par exemple, les caractères. A partir de ces moules, on réalisait des plaques en plomb, qui pouvaient être conservées et réutilisées. Mais la stéréotypie sera "tuée" par la rotative.

Image : rotative Marinoni.

mardi 6 février 2007

L'Evénement, les images comme acteurs de l'histoire (suite et fin)

evenement2Poursuite de la visite de l'exposition « L'Evénement » avec la salle L'Evénement à l'heure de la globalisation, consacrée à la couverture médiatique des attentats du 11 septembre 2001.
Il nous semble avoir vu trop d'images de ce drame, il nous semble trop les connaître. La raison de cette saturation ? « Des images en boucle, toujours les mêmes, bégayées par une armée de speakers » soulignait Jean-Luc Godard quelques mois après l'événement dans Libération.

Cette partie de l'exposition propose une édifiante démonstration de l'uniformisation de la presse, en particulier dans ses représentations iconographiques.

L'alignement de Unes de journaux américains presque toutes identiques illustre les résultats d'une étude statistique menée à partir d'un corpus de 400 Unes des 11 et 12 septembre 2001 : celle-ci met en évidence que, malgré le très gros volume de productions photographiques alors disponibles, pas plus de 5 ou 6 types d'images ont été choisis.
A elle seule, l'image de de la boule de feu produite par l'explosion des réservoirs d'hydrocarbure du vol 175 lorsqu'il percuta la tour Sud est présente sur près de la moitié de ces unes.
Puis vient celle du nuage de fumé qui s'est élevé peu après dans le ciel clair de Manathan ; le lendemain, les journaux ont favorisé les images de ruine ; l'avion s'approchant des tours juste avant l'impact ; les scènes de panique dans la rue (toujours les mêmes également).
Une image acquerra dans les semaines suivantes une grande importance commémorative : celle des trois pompiers hissant le drapeau américain dans les décombres encore fumants du Word Trade Center. Elle n'est pas sans rappeler, évidemment, la célèbre photo des soldats américains hissant le drapeau sur l'île d'Iwo Jima (voir le dernier film de Clint Eastwood, dont le thème de départ est cette fameuse photo).

Le paradoxe laisse perplexe : l'événement le plus photographié de l'histoire de l'humanité semble avoir reçu le traitement médiatique le moins diversifié ...

Cette uniformisation découle en grande partie de l'extraordinaire concentration qui s'est opérée dans le monde médiatique depuis une vingtaine d'années : en 1983, l'industrie médiatique était contrôlée par une cinquantaine d'entreprises – seulement !
Mais aujourd'hui, 5 conglomérats possèdent à eux seuls la plupart des magazines, chaînes de télévision ou de radio, maisons d'éditions, studios de cinéma, fournisseurs d'accès à Internet ...
Selon certaines études, cette concentration s'accompagnerait d'une baisse de la qualité du contenu éditorial.
Il est évident, en tout état de cause, que les journaux appartenant aux grands groupes, approvisionnés aux mêmes sources, soumis à la même logique, appliquant les mêmes recettes marketing, finissent pas se ressembler étrangement ...

L'explication vaut pour l'image également, et la France n'y échappe pas. Les agences disparaissent, fusionnent, ou sont rachetées par de grands groupes financiers. Aux Etats-Unis, le traitement immédiat des attentats du 11 septembre s'est fait aux ¾ à travers l'œil de l'Associated Press.

Comment s'étonner, dans ce contexte, de cette impression – qui est une réalité – de déjà vu, de trop vu, presque d'écœurement, face à la représentation d'événements tragiques qui pourtant devraient nous émouvoir en ce qu'ils sont avant tout des drames humains ?

L'espace aménagé au centre de la salle vient nous rappeler qu'on est loin d'avoir tout vu du drame de Word Trade Center. et qu'il existe une autre façon de porter son iconographie à notre connaissance : la reconstitution de l'exposition Here is New York, a Democracy of Photographs, organisée en 2002 et regroupant une sélection des innombrables photographies d'amateurs qui avaient été prises. Enfin, nous voyons des personnes, des hommes, des femmes, des enfants. Un homme noir est assis, penché en avant, sur une chaise à même la rue, on sent l'épuisement physique et moral, tandis qu'un homme blanc plus âgé, avec un tuyau d'arrosage, le nettoie des cendres qui le recouvrent. Tout à coup, la détresse, tout à coup l'aide, le silence, l'humanité.
On se surprend à regarder un long moment ces photos accrochées de-ci de là sans plan ni priorité, scènes de vies après l'horreur, certaines en noir et blanc, les autres en couleurs, toutes différentes.
Enfin la diversité, celle dont l'événement a été vécu, celle dont cet événement a été saisi dans l'objectif.
A ce moment-là seulement, l'image nous donne à croire qu'on a vu, peut-être un peu "connu", quelque chose de ce drame.



L'Evénement, les images comme acteurs de l'histoire
Jeu de Paume – Concorde
1, place de la Concorde – Paris 8ème
Jusqu'au 1er avril 2007
Ouvert tlj sauf le lundi de 12h à 19h, le week-end dès 10h et le mardi jusqu'à 21h.
Entrée 6 € (TR 3 €)
Catalogue de l'exposition : 30 €