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lundi 30 mars 2009

A Paris, les films primés aux Rencontres de Toulouse

Vil Romance, José CampusanoLes 21° Rencontres des Cinémas d'Amérique latine de Toulouse se sont achevées hier.
Dès demain mardi 31, au Nouveau Latina, les Parisiens pourront découvrir en avant-première trois des films primés.

La soirée commence à 20 h, avec le prix Signis du Court-métrage Café Paraiso de Alonso Ruiz Palacios (Mexique, 10 min, 2008). Il sera suivi du Grand Prix Coup de Cœur Impulso de Mateo Herrera (Equateur, 1 h 24, 2009), puis à 22 h, du Prix Découverte de la Critique Française et Rail d'Oc Vil Romance.

Ce dernier film, réalisé par l'Argentin José Campusano, n'a pas laissé les festivaliers indifférents. Il met en scène une histoire d'amour tragique entre le jeune Roberto et Raúl, un homme de trente ans son ainé. Malgré la dureté de Raúl, Roberto s'attache à lui, se sent à l'abri sous son aile. Mais ce lien s'avère de plus en plus dangereux, Roberto révélant sa duplicité et sa violence au fil de cette vie de couple singulière. En même temps, le spectateur découvre la famille et les amis de Roberto, et entrevoit ce qui peut le pousser à s'obstiner dans cette relation d'amour douloureuse.
Vil Romance est un film profondément dérangeant, sur la violence, sur les masques qu'elle prend (le portrait de Raúl est captivant), sur les chaînes qu'elle instaure et le pouvoir - ou non - de les briser. Filmé à la manière d'un documentaire dans un quartier peu amène de Buenos Aires, magnifiquement interprété de toutes parts, ce prix Découverte marque durablement les esprits.

Vil Romance de José Campusano (Argentine, 1 h 43, 2008)
A voir demain mardi 31 mars à 22 h
Précédé, à 20 h, de Café Paraiso et de Impulso
Au Nouveau Latina
20, rue du Temple - Paris 4ème
Tél. 01 42 78 47 86

lundi 7 mai 2007

Les Amants d'Avignon. Elsa Triolet

Les Amants d'AvignonSous l'occupation, Juliette Noël, dactylo, vit avec tante Aline à Lyon. Toutes deux élèvent José, le petit orphelin catalan que Juliette a adopté.

Discrète, réservée, un peu distante, peut-être même secrète, elle est aussi une grande rêveuse.

Mais après la mort de son frère, tombé en Lybie, elle s'engage dans la résistance.

La jeune Juliette devient alors Rose Toussaint ; elle arpente les fermes, dort dans des hôtels sordides, voyage dans des trains bondés, fait passer des documents et de l'argent au réseau de la résistance. Elle rencontre des inconnus qu'elle doit pourtant connaître. Prend des risques. A souvent froid mais rarement peur. Et aime aussi beaucoup.

Telle est le fil de la nouvelle Les Amants d'Avignon, extraite du recueil Le premier accroc coûte deux cents francs, qu'Elsa Triolet (1896-1970) a écrit pendant la guerre et pour lequel elle a obtenu le prix Goncourt en 1945.

Elsa Triolet, immortalisée pour avoir été la muse du poète engagé Louis Aragon (1897-1977), fut aussi femme de lettres et femme engagée. Elle livre ici une fiction largement autobiographique : fin 1942 elle commence à participer activement au mouvement de la résistance, fait passer des informations, se cache au gré des consignes, va et vient entre la zone libre et la zone occupée.

Elle écrit Les Amants d'Avignon début 1943 à Lyon, ville dont elle trace un terrible tableau et qu'elle déteste effectivement. La nouvelle est éditée clandestinement aux Editions de Minuit sous pseudonyme à l'automne 1943.

L'écriture d'Elsa Triolet va au rythme de son héroïne : rapide, sans apprêt, à la « lis-la comme elle court ». Il faut faire vite, et s'arrêter, de temps en temps, à l'abri d'une salle de cinéma, ou sur les hauteurs de la ville, pour se réchauffer, rêver un peu.

Il se dégage de ce phrasé sans labeur ni prétention un élan de vie irrésistible et un inexprimable charme.

L'officier allemand était toujours là, le gendarme au comptoir, aussi. Deux types jouaient aux cartes. L'acajou des meubles, le jaune éteint des murs, le marron des des banquettes et des vestes de cuir des eux joueurs, la cravate de l'un, le cache-nez jaune de l'autre ... juste une pointe de jaune pour illuminer ce tableau de grand maître : Les Joueurs de cartes.
Il y avait un train dans l'après-midi. Juliette déjeuna dans une gargote, triste, rance et bondée. Elle prit un café, ailleurs. Il faisait froid, il y avait de la neige à moitié fondue sous les pieds et cela sentait déjà l'après-fêtes, pénible comme une rentrée à l'aube, après une nuit de bombe, comme une table avec les restes du repas. Juliette s'arrêta devant un cinéma : il y avait une séance dans l'après-midi, tout de suite ... Elle entra.

Dans Préface à la clandestinité écrit en 1964 et ajouté à la fin du volume, Elsa Triolet, en éclairant Les Amants d'Avignon, rend hommage aux femmes et hommes qui se sont engagés dans la résistance :

Le souffle des événements avait soufflé le destin de toutes les femmes, de tous les hommes et avait mis à nu leur véritable nature. Des circonstances fantastiques avaient révélé les possibilités insoupçonnées des êtres. La vie quotidienne des dactylos, horlogers, apiculteurs, couturières, vendeuses, savants, instituteurs, concierges, le train-train de leur vie, ils le laissaient soudain se muer en danger permanent, prenant des risques insensés jusqu'à l'héroïsme. Les voilà, ces gens ordinaires, devenus chefs de maquis, agents de liaison, les voilà qui abritent des résistants, portent des paquets, cachent des armes, les prennent, se laissent torturer sans flancher, vont à la mort. La dactylo Juliette Noël est une fille comme une autre, banale comme tant d'autres. En temps ordinaire. Mais voilà venir le temps d'apocalypse et Juliette se conduira comme si le péril était la règle habituelle de l'existence et le courage allait de soi. Dans la nuit et le brouillard, il y avait beaucoup de filles banales comme Juliette.

Les Amants d'Avignon. Elsa Triolet
Folio/Gallimard, collection Femmes de lettres (2007)
Edition établie et présentée par Martine Reid
130 p., 2 €

lundi 12 mars 2007

Pascale Ferran. Lady Chatterley

lady_chatterleyLady Chatterley est un film sur le désir, la découverte de l'autre, la découverte de soi, la transformation, la renaissance. On en sort sous l'emprise d'un charme – qui n'est peut-être autre que le charme de la vie-même – et, longtemps, durable, son empreinte demeure.

Après avoir été conquis par ce film magnifique, on découvre sa réalisatrice, Pascale Ferran. Elle apparaît comme une dame simple, sincère, dont la timidité s'efface derrière la détermination.

Sa voix, singulière, semble venir d'un autre monde, qui n'est pas celui du cinéma. Pourtant, qui mieux qu'elle au cours de ces dernières années a aussi justement parlé du cinéma ?

Que ce soit à l'émission Le Masque et la Plume sur France-Inter, dont les auditeurs ont désigné Lady Chatterley meilleur film français de l'année, ou lors de la soirée de remise des Césars, dont le jury de professionnels a confirmé le choix du – d'un certain – public, Pascale Ferran, après son film, a elle-même séduit.

Avec le numéro du mois de mars, Les cahiers du cinéma offrent à leurs lecteur un petit « Carnet d'une cinéaste » contenant des notes de Pascale Ferrand, des croquis, photos qui ont servi à la préparation et à la réalisation du film.

Tout y est beau, simple, extraordinairement précis, délicat.

Notamment, on peut lire une longue « note d'intention en forme de lettre au futur coscénariste du film ».
La lettre est une telle merveille qu'on ne peut que conseiller de la lire dans son intégralité.
Elle commence par des considérations – passionnantes – purement cinématographiques pour se clôturer sur de très belles réflexions personnelles de la cinéaste. En voici tout de même des extraits.

4. (...) Il me semble de la plus haute importance d'arriver à restituer cinématographiquement l'extraordinaire impression de première fois qui se dégage du livre :
La première fois que cette histoire a été racontée.
La première fois que cet homme et cette femme se sont rencontrés.
La première fois qu'un homme et une femme se sont aimés.
(Il y a quelque chose d'archaïque dans ce projet, de pré-moderne. Je pense tout le temps à Blissfully Yours et aux films de Boris Barnett. Je ne sais pas grand-chose et pourtant j'ai souvent l'impression que c'est un projet pour lequel il me faudrait encore désapprendre).
5. Etre le plus possible dans le présent des choses, dans l'espoir d'arriver à faire venir au premier plan la présence des choses et des gens. C'est évidemment l'un des motifs souterrains du livre (et du film à venir) : le miracle de l'incarnation. L'émerveillement devant la pure présence de l'autre. Mais on n'a pas le droit d'en parler. C'est comme la poésie pour Cocteau.
8.Il n'empêche, c'est un projet fou. La tâche paraît, par moments, écrasante. Mais la beauté du projet tient tout entier dans son étranger paradoxe : l'ambition la plus folle n'est accessible ici qu'au moyen de la plus grande modestie.


Carnet d'un cinéaste. Pascale Ferran, Lady Chatterley
Supplément au dernier numéro des Cahiers du Cinéma (mars, n° 621)
A lire également : le discours de Pascale Ferran lors de la cérémonie des Césars
sur le site du journal Le Monde

mercredi 31 janvier 2007

Coma. Pierre Guyotat

coma Pierre Guyotat a reçu le prix Décembre 2006 pour « Coma », texte dans lequel il fait le récit de la dépression qu'il a traversée.

Une perte du désir de vivre, un désamour de soi dans lequel se lit la poésie d'un écrivain confronté à une réalité devenue trop brutale : au delà de la poésie, de l'esthétique, Guyotat nous entraîne dans l'ultra-sensibilité qui l'a fait plonger dans la dépression.

Le texte qu'il nous livre est à l'image de l'épreuve qu'il traverse : violent, radical, douloureux, chaotique, mais tenu par un fil.
Celui de la quête qu'il entreprend pour, dans sa chute vertigineuse, retrouver un peu d'équilibre.

Il décrit cette recherche de façon très physique : sa peur de soi est telle qu'il voudrait ne devenir qu'Autre ; mais il se trouve toujours confronté à son propre contour : son corps.

La veille de l'anesthésie générale, un interne trace au feutre violet, avec désinvolture et maladresse, sur l'arrière de mes jambes, le dessin des incisions. Ce tatouage sur le dessus de ce qui sera le lendemain creusé à l'intérieur entre les muscles et les nerfs, s'il me rappelle à la réalité de l'écriture – où est la plus grande vérité, où est la plus grande beauté, dans les mots qui les suivent en surface comme des détecteurs, ou, dans la profondeur de notre vie intérieure, de notre art intérieur ? - renforce l'humiliation dans laquelle je vis sans vivre, mais sans laquelle on ne peut oser penser.

La reconquête de soi à laquelle il procède trouve sa voie dans l'écriture : une voie qui est ancienne, sienne ; et le terrorise :

Quoique j'aie devant moi la plaine la plus industrieuse et la plus lumineuse et, plus loin, la mer la plus chargée de mythes, la seule réalité, c'est, pour moi, la page où j'écris, plus réelle encore que le monde, les objets, les espaces fermés ou extérieurs, la lumière où je fais bouger mes figures.

Il est de ces lecteurs « sauvages » hors du milieu, pour lesquels les figures qu'on a créées sont des figures réelles et qu'en somme quand nous sautons de rocher en rocher dans l'entrecoupement des voix, ces figures qu'il nomme sont avec nous, même les plus modestes, les plus fugitives des livres (...) Bénédiction et terreur de créer des figures qui seront réelles au lecteur – et au juge.

La peinture guide ma main : toute ma création est dans mon regard intérieur : que cessent les tourments de ma vie et la voici devant moi : toutes les figues figures (1) de la fiction à faire, future, sont là, toutes devant moi avec tous les supports, tous les décors, toutes les lumières, tous les reliefs comme un tableau de la Création, à moi maintenant de les animer, de les faire parler sans en quitter une seule des yeux. Mais comment les faire parler depuis ma gorge muette ?

Le pouvoir de la pensée, celui de la parole, du Verbe, lui apparaissent comme les seuls pouvoirs possibles.
Il nous livre alors, au bout de ce temps long de l'écriture, et au delà de sa simple contemplation du monde, sa véritable captation, lente, son mouvement même, dont jaillit un rythme de vie étrange et beau : la langue de Guyotat, singulière, propre, inventée, d'une infinie poésie.


(1) Coquille initiale laissée apparente afin que le commentaire d'Andreossi conserve toute sa saveur.

Coma de Pierre Guyotat
Prix Décembre 2006
Mercure de France
240 p., 19 €
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