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mercredi 25 juillet 2007

L'été au frais : les expositions à Paris

exposition Vieira da SilvaLe programme culturel ne connaît pas de trêve estivale dans la capitale. Pour les Parisiens qui demeurent à résidence comme pour les autres qui y viennent « pour le meilleur », les propositions sont nombreuses. En voici une petite sélection.

Côté peinture, on ne peut que conseiller l'exposition, au Musée d'Orsay, De Cézanne à Picasso, chefs d'oeuvre de la galerie Vollard (lire les billets Ambroise Vollard : parcours d'un marchand d'art exceptionnel ; Galerie Vollard : autour des livres et de Vincent van Gogh et Chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard : Paul Cézanne), mais aussi Roy Lichtenstein, Evolution à voir à la Pinacothèque de Paris jusqu'au 23 septembre.
D'autres méritent certainement le détour, telle celles organisée au Centre culturel Calouste Gulbenkian autour de l'artiste portugaise Maria Vieira da Silva, peintre magnifique de « l'abstraction lyrique », visible jusqu'au 28 septembre.

C'est dans le domaine de la photographie que les grandes expositions sont pléthores cet été. Ainsi, avec Double je, le glamour kitch devenu chic de Pierre et Gilles investit le Jeu de Paume (site Concorde) jusqu'au 23 septembre, alors que jusqu'au 16 , Alexandre Rodtchenko prend ses quartiers au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris qui lui consacre, avec La révolution dans l'oeil la rétrospective la plus importante organisée en France.
Autres expos attirantes : celle de la Maison européenne de la photographie Italie – Double vision propose la confrontation de deux regards sur un même lieu ou un même sujet en Italie, à des moments différents. Les plus grands y sont : Henri Cartier-Bresson, Mario Giacomelli, Martin Parr, Sabastiao Salgado...
Mais aussi celle des clichés de Willy Maywald, intitulée Le Pari(s) de la création, 1931-1955, visible au Musée Carnavalet jusqu'au 30 septembre : le programme annonce 250 photos dans le Paris bohème, de l'entre-deux-guerres aux années 1950.

Et puis il y a toutes les expos qui proposent des ballades un peu en aparté, bien tentantes elles aussi : celle qui a lieu en moment et jusqu'au 28 octobre au Musée des Lettres et Manuscrits Titanic – au coeur de l'océan (télégrammes, cartes postales, documents de bord et autres manuscrits) en fait partie.
La présentation organisée à la Galerie des Gobelins à l'occasion de sa réouverture serait quant à elle l'occasion d'admirer des tapisseries et tapis datés de 1607 à 2007 (jusqu'au 30 septembre).
Quant à l'exposition-parcours De l'Inde au Japon, dix ans d'acquisition au musée Guimet, elle est une excellente raison pour aller se plonger dans les superbes collections d'arts asiatiques de l'institution la plus importante en Occident dans le domaine. On y reviendra peut-être.

Enfin, vous avez encore quelques jours pour courir au Musée du Luxembourg voir l'exposition René Lalique, Créateur d'exception qui finit le 29 juillet, sans oublier, dans un tout autre genre, bien que féminin lui aussi, la superbe rétrospective consacrée à Annette Messager, Les Messagers, à découvrir au Centre Pompidou jusqu'au 17 septembre.

Quelques idées donc, parmi un programme très fourni, auquel on a envie d'ajouter, parce qu'il s'agit d'un thème totalement inédit, Objets blessés. La réparation en Afrique au Musée du quai Branly (jusqu'au 16 septembre) : est exposé un choix de 110 « objets blessés » réparés par les populations autochtones, et issus des collections africaines du Musée.

Bel été, au frais des musées !

Image : Vieira da Silva

mardi 26 juin 2007

Le musée du quai Branly

musee du quai branlyLe long de la Seine, s'étend une immense paroi de verre laissant apercevoir une végétation luxuriante.

Un mur végétal conçu par Patrick Blanc (1) prolonge l'une de ses extrémités : diversité des végétaux, camaïeux de verts avec des touches de mauve de-ci de-là... Après l'avoir détaillé, il faut prendre du recul pour admirer l'ensemble.
C'est de l'autre côté que se trouve l'entrée : simple brèche dans l'enceinte transparente, nombre de visiteurs passent devant sans la voir.

Des arbres déjà grands, une tonnelle de roses blanches, des graminées s'égayant un peu partout : l'envie est grande de flâner tout un moment dans le jardin "au petit-bonheur-le vent" de Gilles Clément.(2)

Mais il est temps de rentrer, d'aller voir à quoi ressemble l'intérieur de l'immense paquebot rouge imaginé par Jean Nouvel : le fameux musée du quai Branly qui fête son premier anniversaire ce mois-ci.
Sa création a fait couler beaucoup d'encre et déplacer un public fourni : depuis son ouverture au public le 20 juin 2006, la fréquentation du musée a atteint 1 700 000 visiteurs.

La marche d'approche est longue. On gravit une rampe en pente douce qui s'enroule autour d'un silo de verre dans lequel sont exposés (entreposés) diverses séries d'instruments de musique.
La lumière se fait de plus en plus rare. On finit par déboucher dans une curieuse et obscure atmosphère : ce sont les portes de l'Océanie.
D'emblée, le choc est immense.

Des statues de bois, de pierre, des mats aux morts immenses, une pirogue, d'étranges tambours cylindriques : tout à coup, les mots et les références manquent pour décrire les objets, exprimer les émotions.
Alors, on se laisse porter dans cet espace sans repère, se laissant attirer ici par un collier, là par un masque, plus loin par un morceau d'étoffe.
On est loin de l'accrochage traditionnel des musées (murs blancs, cimaises, alignement de vitrines ...). Ici, s'élevant jusqu'au plafond, les vitrines aimeraient se faire oublier ; certaines oeuvres, par leurs dimensions, échappent à toute protection. L'installation affranchie de toute géométrie apparente fait de la visite une douce déambulation.

Belle pause en Australie avec les peintures sur écorce dites "au rayon X", créations contemporaines signant la survivance de croyances traditionnelles.
De l'Océanie, on passe aisément à l'Asie, puis de l'Asie à l'Afrique (superbe...), et enfin de l'Afrique aux Amériques : point de frontière ; le musée a été conçu certes par grandes aires géographiques mais dans un seul et même espace, immense plateau de plus de 200 mètres de long.

A certains endroits, de petites pièces sont aménagées à la façon d'alcôves, pour évoquer un théâtre d'ombres chinoises, des paroles de devins africains, des objets et éléments de décor de la religion musulmane ...

Ailleurs, surgit un bel alignement de statuettes africaines, toutes magnifiquement dessinées.
Mais on regrette que l'essence des bois ne soit que rarement précisée.

Les indications, du reste, sont toujours très discrètes.
Parfois même – un peu trop souvent – elles sont placées sur le côté de la vitrine, de sorte que l'oeuvre et sa désignation textuelle ne sont pas dans le même champ visuel.
On se demande si une telle complication est bien nécessaire.
De même, l'absence d'éclairage de certaines vitrines laisse perplexe.

Cela étant, l'ensemble ne peut que susciter l'admiration.
L'architecture, l'agencement, la mise en place des oeuvres font du parcours du musée une immersion souveraine dans des eaux profondes et inconnues. La fascination pour "l'étrange" que les Arts premiers suscitent l'emporte à chaque instant.
Et l'émerveillement face à la beauté de certaines statuettes, de certains masques, bijoux, plumes ... est à couper le souffle.

Musée du quai Branly
Entrées 206 et 218 rue de l’Université, 27, 37 et 51 quai Branly
Accès pour les personnes handicapées au 222, rue de l'Université
Iéna, Alma-Marceau, Bir Hakeim, RER Pont de l’Alma, Bir Hakeim
Bus : 42 (Tour Eiffel), 63, 80, 92 (Bosquet-Rapp), 72 (Musée d’art moderne)
Navette fluviale : arrêt Tour Eiffel (Batobus, Bateaux parisiens et Vedettes de Paris)
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h30, fermeture de la billetterie à 17h45
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h30, fermeture de la billetterie à 20h30
Fermé le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre
Entrée 8.50 € (TR 6 €), billet "Un jour au musée" 13 € (TR 9,50 €)

(1) Lire le billet sur l'exposition ''Folies végétales'', qui a présenté cet hiver une partie des recherches du scientifique-paysagiste.

(2) Cela étant, pour des raisons tenant à ses convictions, Gilles Clément a indiqué qu'il n'entendait pas poursuivre sa collaboration avec le musée du quai Branly.

Image : sculpture de Chupicuaro, Mexique, VII-IIe siècle avant J. C., terre cuite.