L'art de Pierre Soulages
est presque une définition de l'art, quelque chose qui nous dépasse et qui nous
fait connaître en même temps une expérience de présence au monde parmi les plus
fortes, en nous rapprochant du réel, du tangible, de l'humain et de
l'infiniment beau.
Son art réunit la sophistication la plus extrême, la simplicité la plus
désarmante, la matérialité la plus palpable et les jeux d'optique les plus
troublants. Il utilise le noir le plus prégnant pour mieux convoquer la
lumière. Il impose une énergique volonté en privilégiant des dimensions
monumentales et en choisissant lui-même la façon d'installer ses œuvres. Mais
il donne tout le loisir au spectateur d'y tourner autour pour les voir sous de
multiples perspectives, de laisser son imagination vagabonder au delà des
motifs, des lignes, de l'obsessionnelle non-figuration. Peintre de
l'abstraction totale, il est tout autant celui de la matière, goudron sur
verre, brou de noix, papier, peinture épaisse, toile.
La rétrospective que le Centre Georges Pompidou consacre à ce jeune
nonagénaire, très réussie dans ses choix et dans sa scénographie, permet
d'embrasser en mêmes temps et lieu l'ensemble du parcours du peintre Ruthénois.
L'on y voit que tout se tient, qu'une étape de son travail en annonce une
autre, que les "ruptures", même la révolution de l'outrenoir n'en sont
pas, mais la conséquence logique d'un cheminement cohérent. Telles apparaissent
ainsi ses recherches sur la lumière, tantôt en choisissant le verre pour
support, tantôt à travers le blanc de la toile strié de noir où la lumière
semble passer comme par les interstices d'un volet, ou encore celle qui court
sur les effets de peinture, où l'alternance des mats et des brillants créent
autant d'effets différents.
Rétrospectivement, on comprend mieux pourquoi il a réalisé les vitraux en verre
translucide blanc (une idée de génie) de la splendide abbatiale romane de
Sainte-Foy de Conques dans l'Aveyron.
D'ailleurs, au sujet de ses fameux noirs et outrenoirs, ne dit-il
pas : "Les gens croient que c'est du noir parce qu'ils ont du noir
dans leur tête, en réalité, il s'agit de reflets sur les états de surface de la
couleur noire."
Car il est très agréable aussi, au fil de l'exposition, de lire les belles
phrases de Pierre Soulages, comme : "La réalité d'une œuvre, c'est le
triple rapport qui s'établit entre la chose qu'elle est, le peintre qui l'a
produite et celui qui la regarde"
Ou encore : "Ce qui importe au premier chef, c'est la réalité de la
toile peinte : la couleur, la forme, la matière, d'où naissent la lumière
et l'espace, et le rêve qu'elle porte". On ne saurait mieux dire.
Soulages
Centre Georges Pompidou - Paris IV°
M° Rambuteau
Jusqu'au 8 mars 2010
TLJ sf le mardi, de 11 h à 21 h
Entrée 12 € (TR 9 €)
Image : Soulages © Centre Pompidou
C'est une exposition
comme on aimerait en voir tous les jours, dans de vastes espaces blancs qui
laissent les toiles respirer et le visiteur déambuler à sa guise.
Dès l'entrée, le visiteur tombe sur une
maquette en marbre rose de la maison familiale surmontée d'une
guillotine.
Il faut absolument aller voir cette
exposition mise en place au Centre Georges Pompidou jusqu'au 11 février 2008
(de préférence le soir en semaine pour des questions de fréquentation), dont on
peut dire d'emblée que la scénographie est à la hauteur du programme :
magnifique de clarté d'espace et de lumière. Et son parcours laisse une large
liberté au visiteur.
Norman Dilworth,
artiste anglais dont le