Un vieil homme cherche un animal dans un
jardin, ne le trouve pas.
Il rentre, fait le tour de la maison, entrouvre les portes des chambres encore
occupées, énumère pour lui-même les tâches à faire et prononce le prénom de
chacun des siens.
Puis il se met à préparer le petit-déjeuner.
Petit à petit, chacun des membres de la famille passe ou s'arrête dans la
cuisine, qui est désormais celle de Manuel - comme toute la maison
d'ailleurs : depuis la mort de la mère un an plus tôt, c'est le
vieil oncle Manuel qui prend en charge la bonne marche du foyer.
Apparaissent donc le fils, José, adolescent, puis Luisa, l'aînée, dix-huit ans
peut-être ; beaucoup plus tard, le père.
La journée qui ainsi commence et sera le temps du film, n'a rien de
particulier, si ce n'est qu'elle est la veille des "un an de maman", comme le
dit l'un des personnages : le premier anniversaire de la mort de la
mère.
De cette disparition, on ne saura rien. De cette soeur, épouse, mère,
on ne parlera pas.
Car chacun sort de la maison pour se plonger dans ses soucis et joies
personnels : plutôt que d'aller en cours, Luisa préfère rejoindre son
fiancé, petit dealer qui ne sait pas le cœur tendre qu'il tient entre ses
bras ; José pousse dans son adolescence ; le père tente de se tirer
de sa situation financière délicate ; Manuel s'affaire sans relâche à la
maison.
Tous vont et viennent, s'activent, chacun à sa manière et à son rythme ;
parlent peu et ne se livrent jamais.
Mais ces personnages expriment une palette de sentiments et d'émotions
subtile, une tristesse qui se tait et, pudique, se dissimule derrière une vie
bien remplie et parfois gaie.
Une gravité qui cohabite avec une soif de vivre, de se construire - pour les
enfants -, de reconstruire - pour le père - de continuer - pour le vieil oncle,
pour n'apparaître qu'au détour d'un geste, d'un regard, d'un mot.
Avec la famille "tortue" - métaphore aux multiples facettes, toile de fond du
film dont la trame reste toujours très fine -, Ruben Imaz crée d'un
trait léger et délicat un univers, une ambiance, des personnages. Ils sont tous
formidablement bien interprétés. Luisa Pardo, dans le rôle de la
fille, est impressionnante, Dagoberto Gama, dans celui du père, excellent (il
jouait le rôle du capitaine amateur de musique dans El Violin),
tout comme Manuel Plata López (qui est le propre oncle du réalisateur).
Épargnant au spectateur toute démonstration, Ruben Imaz le fait entrer
dans son monde et l'y attache par une force d'évocation des sentiments
parfaitement maîtrisée.
On ne peut que remarquer le talent du jeune cinéaste mexicain (âgé de 27 ans)
et se féliciter du choix du jury du festival des cinémas d'Amérique Latine de
Toulouse. Grâce au Grand prix Coup de Cœur, ce premier long métrage,
sélectionné l'année dernière par Cinéma en Construction, pourra être distribué
en France.
Il est projeté à Paris ce soir mardi 27 mars :
A 17 h 30 au Latina, 20 rue du Temple, 75004 Paris - M° Hotel
de Ville
et à 19 h à l'Institut du Mexique, 119 rue Vieille du Temple -
75003 Paris
Familia Tortuga (Famille Tortue)
Rubén Imaz Castro
Mexique, 2006, 2 h 09
Avec José Ángel Bichir, Luisa Pardo, Manuel Plata López, Dagoberto Gama