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mercredi 15 avril 2009

Eros d'argile et Thanatos fusionnels

Mitsukoshi-Etoile, Miwa KyusetsuDécouverte totale et enchanteresse à l'espace Mitsukoshi-Etoile à Paris, où sont exposées jusqu'au 9 mai 2009 des oeuvres du céramiste Miwa Kyusetsu.

Les "Argiles sculptées", comme il les appelle lui-même, créées par ce descendant (XIIème du nom) des Miwa, dynastie de grands potiers japonais bouleversent tout ce que nous connaissons de la céramique.

Bien loin de la poterie traditionnelle en effet se situent ses bols à thé et ses seaux à eau pleins de poésie, nommés Instant de vie ou encore Première floraison, où les lignes douces s'associent aux angles brisés, où la couleur est oubliée pour laisser la place à des dégradés subtils et à la terre brute.

La "révolution" Miwa Kyusetsu a commencé à la fin des années 1960, lorsqu'il a présenté sa série L'Elégante Vie de Hanako (dite Talon Aiguille), escarpin au talon incliné, très fin, qui exalte la cambrure de ce symbole de féminité, ici délicatement bridé et fleuri. En glacis blanc, parfois teinté de bois de rose, voire entièrement dorés, ils évoquent la fragilité et l'abandon et annoncent d'autres séries de sculptures, plus érotiques encore, jambes de femmes repliées et offertes, poitrines généreuses et épaules de soie. On ne saurait être plus explicite.

Certaines oeuvres sont plus mystérieuses et non moins fascinantes, notamment l'ensemble de petits personnages isolés, bouddhas immaculés sur le chemin de l'éveil. Les jeux de matière - raffinement et sensualité du glacis, simplicité abrupte de l'argile - et de lignes géométriques opposées créent l'espace et la lumière et semblent vouloir rappeler les contrastes et contrariétés du monde.

Mais les créations les plus spectaculaires de Miwa Kyusetsu sont ses monumentales Tombes de l'Antiquité, où l'artiste a mis en scène son tombeau à venir ainsi que celui de son épouse, en noir et or entièrement. Objets du quotidien ou symboliques, bouts de squelettes, masques... tout y est mais n'effraie pas, comme si ce céramiste de 69 ans, après avoir sublimé Eros, était parvenu à regarder Thanatos en face dans une majestueuse célébration.

Eros d'argile et Thanatos fusionnels
Espace des Arts Mitsukoshi-Etoile
3 rue de Tilsitt - 75008 Paris
Jusqu'au 9 mai 2009
TJL sauf les dimanches et jours fériés
De 10 h à 18 h
Entrée : 6 euros (TR : 4 euros)

jeudi 2 avril 2009

Oublier Rodin ? La sculpture à Paris de 1905 à 1914

Maillol, La Mediterranée au Musée d'OrsayL'exposition présentée au Musée d'Orsay jusqu'au 31 mai est non seulement belle, mais encore tout à fait convaincante.

Elle montre comment, au tournant du XXème siècle et jusqu'à la première Guerre Mondiale, des sculpteurs venus de toute l'Europe se sont retrouvés à Paris le temps d'une décennie pour repenser et renouveler la sculpture.

A l'époque, le modèle entre tous et pour tous est Rodin.
Mais il va devenir le contre-modèle, la statue à déboulonner si l'on ose dire. Contre son expressivité poussée à l'extrême, contre le chaos des portes de l'Enfer, il s'agit alors, pour les Bourdelle, Brancusi, Maillol, Picasso et autres Gonzales, de reprendre la réflexion plastique à son commencement, de rechercher l'essence de la sculpture : le volume, l'architecture, la ligne. Adoptant des formes de plus en plus simplifiées, ces artistes ne font pas pour autant "taire" les visages. Ils les assagissent, les épurent et trouvent d'autres réponses pour exprimer "l'intériorité" de leurs créations.

Exposition Oublier Rodin au Musée d'OrsayOn n'est pas encore dans le cubisme (qui ne s'exprime alors qu'en peinture), encore moins dans le non-figuratif ; mais le chemin parcouru depuis Rodin est immense - quelques unes des sculptures du maître permettent de le souligner. Plus de démonstration, plus de tour de force ; la ligne directrice est tout autre.
Mais si les artistes entendent se détourner de l'imitation et de la sensualité, bien des œuvres présentées prouvent qu'ils n'ont pas - et c'est un bonheur - chassé cette dernière. Toute la partie de l'exposition consacrée aux volumes est à cet égard remarquable, avec notamment une galerie de nus féminins où le poli extrême des rondeurs de Maillol voisine une plantureuse Renoir, une immense Pénélope de Bourdelle ou encore une douce Grande Songeuse de Wilhelm Lehmbruck.
Le lyrisme n'est pas davantage absent. Il se fait si délicat avec ce magnifique Buste de jeune fille de Zadkine, tête tournée et penchée, tout en épure, en grâce, en finesse. Et que dire de la célèbre Muse endormie de Brancusi, d'une telle tendresse !

La section consacrée aux lignes est tout aussi passionnante, où l'on voit des corps immobiles et isolés se mettre à occuper l'espace de façon audacieuse, prendre des poses inattendues, en des lignes simples qui les courbent, les agenouillent et les étirent - de façon particulièrement impressionnant chez Lehmbruck. Chez cet artiste d'ailleurs, apparaît progressivement une veine expressionniste, donnant des visages bouleversants, chavirés de souffrance silencieuse (Orante, Tête d'un penseur, Amants...), et qui semble avoir atteint son apogée avec son terrible Prostré.

Tout est beau, tout est à voir dans cette exposition de choix. Il faudrait donc aussi évoquer la salle consacrée aux reliefs, dont les volumes sont si géométriquement circoncis que leur puissance et leur douceur n'en sont que plus spectaculaires.
La Femme accroupie de Maillol, superbe et lisse, repliée et assoupie, occupe pourtant tout son espace avec une formidable présence. Comme s'il ne s'agissait pas que d'une simple question de beauté, comme si elle seule évoquait déjà tout un monde...

Oublier Rodin ? La sculpture à Paris, 1905-1914
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
Jusqu'au 31 mai 2009
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jsq 21 h 45
Entrée 8 € (TR 5,5 €)

A voir également en ce moment au Musée d'Orsay, et autour de cette exposition : un accrochage de dessins de sculptures, de Chapu à Bourdelle

Images :
Aristide Maillol, La Méditerranée, 1905-1923, Statue, marbre, Paris, musée d'Orsay © photo Christian Baraja
Wilhelm Lehmbruck, Grande figure debout, 1910, Statue, ciment, Otterlo, Kröller-Müller Museum © Coll. Kröller-Müller Museum Otterlo the Netherlands

mercredi 14 mai 2008

Musée de l’Arles et de la Provence antiques

Musée de l’Arles et de la Provence antiques, danseuse romaineLorsque les habitants de l’Arles du deuxième siècle (Arelate) devaient aller assister aux courses de char, ils quittaient le haut de la ville pour cette zone de marais en bord de Rhône où venait d’être construit le cirque.
Quel cirque ! On a enfoncé 28 000 pieux de bois dans le marais pour stabiliser une piste qui faisait son kilomètre de boucle. 20 000 spectateurs s’entassaient pour hurler les noms de leurs favoris.

Le visiteur d’aujourd’hui fait le même chemin pour rejoindre le Musée, sans les marais, sans la foule (s’il s’agit d’un jour de février), mais avec quelques traces du cirque.
Le bâtiment qui protège les collections antiques est nettement moderne, et on aimerait que le lien avec la ville soit mieux dessiné par l’urbaniste. Mais l’intérieur est vaste, les grosses pierres y sont à l’aise, les grandes mosaïques s’y étalent sans complexe, on peut y flâner sans qu’aucune cloison ne vienne rompre l’errance.

On s’arrêtera ainsi au hasard de la séduction de l’objet : cette grande danseuse en bas relief dont le mouvement rappelle Botticelli, est-elle vraiment en pierre ? Les amours de Leda et de son cygne ne devraient-ils pas être plus discrets ? Quel drame nous crie cet acrotère en calcaire ? Quelle procession suivent ces pères qui tiennent leurs enfants par la main ou les portent sur les épaules ? Le colis que ces esclaves serrent sera-t-il assez bien ficelé ? Le Christ assis sous la galerie arrivera-t-il à convaincre ceux qui l’écoutent ? (le troisième à sa gauche semble nettement s’assoupir).

Musée de l’Arles et de la Provence antiques, donne la main petit romainOn peut apprendre aussi beaucoup de choses sur la vie dans une colonie romaine, en particulier par les maquettes, patiemment réalisées, qui nous montrent par exemple la façon dont le velum protégeait les 20 000 spectateurs du soleil, dans l’amphithéâtre. Ou celle de la meunerie hydraulique de Barbegal, véritable industrie minotière qui produisait jusqu’à quatre tonnes et demie de farine par jour.

Les monuments antiques ne sont pas morts avec la fin de l’empire romain. Une gravure nous montre d’ailleurs l’amphithéâtre au Moyen-Âge : il est devenu forteresse, les maisons ont été construites sur l’arène et les gradins, et des tours défensives ont surmonté le niveau d’origine. Ces Arlésiens d’alors n’hésitent pas à s’exposer à travers leurs œuvres, et nous semblent si proches.

Musée de l’Arles et de la Provence antiques
Presqu’île du cirque romain - Arles (13)
Tél. : 04 90 18 88 88
Du 1er avril au 31 octobre TLJ de 9 h à 19 h
Du 2 novembre au 31 mars TLJ de 10 h à 17 h
Entrée 5,5 € (TR 4 €)

vendredi 29 février 2008

Les rochers de Rothéneuf à Saint-Malo

Les rochers de Rothéneuf à Saint-MaloQuelques mètres plus bas, les vagues grimpent sur les rochers, faits d’un granit qui paraît bien solide.
L’œil revient sur le sol de même granit, et découvre de drôles de personnages, de drôles d’animaux, sculptés dans un assemblage quelque peu pagailleux.

Au-delà des figures qui apparaissent immédiatement (des têtes totalement dégagées), des scènes émergent en bas relief : un monstre, genre crocodile à tête humaine semble prendre sous sa protection un personnage au pantalon bouffant, à moins qu’il ne s’en empare ; dans une sorte de cartouche, un homme barbu semble botter les fesses d’une femme à longue robe.

On dit qu’on peut compter quelques 300 figures au total, sur 500 mètres carrés.
La roche est parfois usée par les embruns, mais on imagine aisément avec quels détails l’artiste a réalisé son travail : les barbes, les coiffures, les vêtements sont différenciés même s’ils dénotent une même époque.
Est représentée en effet l’épopée d’une famille de corsaires (parfois aussi pirates) du XVIème siècle, les Rothéneuf, rivaux des Malouins tout proches.
Mais les sculptures ne datent pas de ce temps.
C’est un homme en robe noire, travaillant seulement au burin et au marteau, durant 20 ans environ, qui est l’auteur de cet ensemble qui rentre, si on veut catégoriser à tout prix, dans le registre de l’art brut.
L’abbé Fouré, dans les années 1890, à la cinquantaine, est victime d’une attaque cérébrale qui le rend progressivement sourd et sans parole. Marteau et burin dans les mains, il se met à sculpter tous les jours au-dessus des flots.
Mais il paraît aussi qu’il peint ses rochers : comme pour les pierres romanes, on a du mal à imaginer la polychromie de couleurs vives qui devaient faire ressortir de façon extraordinaire les scènes sculptées.

Quelle condensation de l’Histoire dans cet espace au flanc de l’Océan !
Histoire des pirates dont la sauvagerie s’allie bien à l’austérité granitique, histoire de l’abbé, qui veut continuer à témoigner sur les travers de l’humanité, notre histoire, celle de lecteurs d’une œuvre dont l’étrangeté demeure et nous arrête au dessus des vagues.

Chemin des Rochers Sculptés, Saint-Malo
Entrée 2,50 euros, gratuit pour les moins de 8 ans
Novembre à mars : 10 h à 12 h et 14 h à 17 h
Avril à juin / septembre et octobre : 9 h à 12 h 30 et 14 h à 19 h
Juillet et août : 9 h à 20 h

lundi 12 novembre 2007

Anselm Kiefer au Louvre : Athanor, Hortus Conclusus et Danaé

Athanor, Anselm Kiefer au Louvre, décorRévélé au grand public avec Chute d'étoiles, exposition organisée dans la nef du Grand Palais en juin dernier, Anselm Kiefer a désormais sa place à demeure dans l'immense Palais du musée du Louvre.
L'artiste allemand installé dans le sud de la France depuis de nombreuses années s'inscrit ainsi dans la liste de ceux qui, de Le Brun à Braque, ont orné l'architecture du Palais depuis le XVIIème siècle.

Découvrir Athanor, Hortus Conclusus et Danaé exige de se perdre au préalable dans les salles du département des Antiquités orientales entre Egypte, Mésopotamie et Iran. Puis, en haut de l'escalier nord, l'ensemble composé d'une toile et de deux sculptures se dévoile enfin, isolé de toutes autres œuvres. Le choc n'en est que plus saisissant.

Est-il mort, est-il simplement allongé, les yeux clos, au repos, en méditation ? Son corps est nu, livide, son crâne rasé. Les bras le long du corps, le visage parfaitement tourné à la verticale expriment-ils l'abandon ou au contraire l'extrême concentration sur soi, être dans le monde placé sous la voûte céleste, élément du cosmos ?
Toute l'ambiguïté du tableau Athanor est dans ce personnage, seule partie du tableau à hauteur d'homme, autoportrait de l'artiste qui renvoie le visiteur à lui-même. Le corps repose sur de l'argile rouge, dont la craquelure épaisse évoque l'écorce des arbres anciens. Au dessus, dans la monumentale verticale, un jaillissement de matière blanche, objets célestes, voies lactées, brumes grisâtres. En haut, au centre, on croit apercevoir une nuée dont s'échappe une pluie d'or et l'on imagine un soleil dans la nuit.
Sur chacun des murs latéraux, placées dans des niches, deux sculptures de l'artiste viennent compléter le décor. A gauche, Danaé, empilement de livres de plomb au dessus desquels se dresse une immense tige de tournesol, ensemble monochrome gris clair parsemé de pépites de tournesol tombées sur les livres. On songe évidemment à la pluie d'or du tableau, mais aussi à la magnifique bibliothèque de plomb et de verre de Chute d'étoiles.
A droite, Hortus Conclusus est un bouquet de douze tournesols dont les fleurs desséchées sont tournées vers le bas. Certaines ont la tige brisée. Elles ont poussé sur un sol de glaise, magmaesque, presque un tas de boue. L'impression morbide est très forte.
Chacune de ces sculptures semble répondre à la toile placée au centre : Danaé ajoute le verbe, le récit à la dimension philosophique, spirituelle du tableau ; de l'autre Hortus Conclusus renvoie à l'inévitable évocation de la mort qui se dégage d'Athanor. Le jeu des lignes horizontales et verticales vient renforcer cette opposition - et cette attirance - entre ce qui gît et ce qui élève, ou ce qui s'élève.
Et cet ensemble de lignes franches s'harmonise parfaitement avec l'architecture monumentale du Palais.

Athanor, Hortus Conclusus et Danaé
Un décor d'Anselm Kiefer
à voir au Musée du Louvre
Aile Sully, escalier Nord, 1er étage de la Colonnade
TLJ sauf le mar., de 10 h à 18 h, nocturne (22 h) mer. et vend.
Entrée 9 €, 6 € après 18 h mer. et vend.
Catalogue Anselm Kiefer au Louvre, coédition Éditions du Regard/musée du Louvre Éditions, 64 pages, 35 €.

Image : Anselm Kiefer, Athanor (2007), émulsion, schellac, huile, craie, plomb, argent et or sur toile de lin © A. Dequier / Musée du Louvre

mercredi 19 septembre 2007

Julio Gonzales au Centre Pompidou

Julio GonzalesHarmonie, beauté, cohérence : malgré la diversité des inspirations nettement visibles ici ou là dans les oeuvres du catalan Julio Gonzales (1876-1942), l'exposition qui se tient jusqu'au 8 octobre au Centre Georges Pompidou imprime le sentiment d'une homogénéité certaine.

On sent la solitude de l'artiste qui a souvent regardé autour de lui, fréquenté et travaillé avec ses contemporains – notamment avec Picasso dont il fut le praticien pour la réalisation de ses constructions en fer entre 1928 et 1932 –, mais s'est toujours gardé de s'engouffrer complètement dans le souffle solide des courants de son temps, en particulier le surréalisme et le cubisme.
Ces mouvements ne seront qu'approchés, inspirés, frôlés.

L'exposition met merveilleusement en évidence le parcours de l'artiste inventeur de la sculpture en fer, dont l'influence sur l'évolution de l'art au XXème siècle fut indéniable.

Ce parcours, c'est une origine – la ferronnerie d'art familiale –, des débuts – dessins magnifiques à la Degas dans les années 1910 à 1914 –, du talent – remarquable de bout en bout sur tous les supports qu'il a exploités –, des recherches – qui ont la grâce de demeurer « invisibles » –, un regard éveillé et curieux – cf. les influences –, parcours qui s'achève par un retour aux débuts (forcé, il est vrai par le manque de matières premières pendant l'occupation) avec le dessin, mais complètement transformé, moderne, au trait puissant et expressif.

L'évolution de ses créations sculpturales est remarquable. Aux nus féminins en bronze, tour à tour sensuels et mélancoliques succèdent les premiers reliefs en fer, visages découpés à même la feuille de métal.
Il adjoint vite barres et plaques pour élaborer des oeuvres dans lesquelles les espaces vides créés autour de la matière sont partie intégrante de la sculpture. Julio Gonzales parle alors de « dessin dans l'espace ». Ce sont des oeuvres autour desquelles on aime tourner, pour découvrir autant d'aperçus différents que d'angles de vue, tels cette Petite danseuse, cette Chevelure, ou Le Rêve Le Baiser (1934) aux proportions parfaites, tout en légèreté, force et dynamisme. Ou encore, l'une des plus belles sculptures de l'exposition, L'Ange, L'Insecte, La Danseuse (1935), silhouette hybride humaine et zoomorphe, tout droit sortie du fantastique.

Après la célèbre Montesserat, sculpture réaliste de femme criant (exposée près du Guernica de Picasso dans le pavillon espagnol de l'Exposition internationale de Paris de 1937), symbole des souffrances du peuple espagnol pendant la guerre civile, les dernières sculptures, à la fin des années 1930, une fois encore à la frontière du réalisme et de l'abstraction, mi-cactus mi-figures humaines, expriment de façon très manifeste la violence de l'époque en Europe. Ce sont les seules oeuvres porteuses d'agressivité.
Les autres évoquent des émotions plus « rentrées », mais aussi vie et mouvement.
Et, toujours, ressort une singularité, une profonde puissance créative, un élan vital hors du commun.

Julio Gonzales
Centre Pompidou
Jusqu'au 8 octobre 2007
Tlj sauf le mardi de 11 h à 21 h
Entrée « musée et expos »10 € (TR 8 €)
Catalogue 340 p., 49,90 €

Image : Jeune fille fière (1934-1936), Bronze, ADAGP- Coll. Centre Pompidou,Paris, Dist. RMN (photo : Philippe Migeat)

lundi 27 août 2007

1996-2006, De l'Inde au Japon dix ans d'acquisitions au musée Guimet (1/2)

Guimet Bodhisattava MaitreyaC'est grâce à l'industriel lyonnais Emile Guimet (1836-1918), grand passionné de l'histoire des religions, que le musée des Arts asiatiques – à l'origine musée des Religions – a ouvert ses portes en 1889.

Il abritait au départ les oeuvres rapportées d'une mission scientifique lancée par Emile Guimet au Japon, en Chine et en Inde.

Devenu national en 1928, le musée a accueilli les sculptures khmères du musée Indochinois du Trocadéro, puis, en 1945, a échangé ses pièces classiques et égyptiennes contre les collections d'Extrême-Orient du Musée du Louvre.

Par la suite, de nouvelles acquisitions et donations n'ont cessé de l'enrichir, au point d'en faire l'institution offrant en Occident le panorama le plus complet des arts d'Asie.

Les travaux réalisés de 1998 à 2001 ont conduit à une réorganisation complète de la présentation des oeuvres, qui permet désormais différents parcours autour de la diffusion historique des religions et selon les grandes aires géographiques.
L'éclairage à la lumière naturelle de l'époque d'Emile Guimet a été restitué.

Aujourd'hui, le musée souhaite valoriser l'enrichissement particulièrement abondant et de qualité dont ses collections ont été l'objet entre 1996 et 2006, en mettant en place jusqu'au 13 décembre, l'exposition-parcours De l'Inde au Japon, dix ans d'acquisitions au Musée Guimet.

Beau motif pour aller se perdre dans ses salles magnifiques, en repérant, au fil de sa visite, les quelques 200 oeuvres spécifiquement signalées pour l'occasion.

Petit aperçu au gré des sections.

Terre de naissance du bouddhisme, c'est naturellement par l'Inde que débute le parcours, avec l'art religieux bouddhique.

On y découvrira, notamment, un beau torse de Buddha du style d’Amaravati (IIIe siècle) en calcaire marmoréen ainsi qu'un bodhisattva Maitreya (image) du Ier ou IIème siècle, sculpture en grès rouge représentant Maitreya, bodhisattva (1) messianique prédestiné à devenir le futur Buddha, dont le culte se répandit vers le début de l'ère chrétienne et fut adopté par toutes les sectes bouddhiques.

Si dans le royaume du Champa, le long de la côte orientale du Vietnam, se développe à partir du IXème siècle un art essentiellement bouddhique, la découverte de sculptures du VIIème siècles dans un temple dédié à Shiva témoignent d'une assimilation antérieure de la culture indienne.

Un étrange objet de culte, cylindre surmonté d'un visage, attire l'attention. Il s'agit d'un étui couvre-linga en or et argent (VIIIème siècle) : dans les sanctuaires consacrés à Shiva, l'image la plus sacrée, symbolique et abstraite affectait la forme d'un cylindre, le linga (qui signifie « signe »), pierre d'aspect phallique insérée dans un piédestal mouluré. Elle pouvait, comme le montre cet objet, être magnifiée par un élément d'orfèvrerie destinée notamment à protéger le linga.

Poursuite de l'exposition-parcours très bientôt avec notamment les arts décoratifs indiens, la peinture japonaise et chinoise...

1996-2006, de l'Inde au Japon dix ans d'acquisitions au musée Guimet
Musée national des Arts asiatiques
Exposition-parcours du 13 juin au 13 décembre 2007
6, place d'Iéna - Paris 16ème
M° Iéna, Boissière - RER Pont de l'Alma
Tlj sauf le mardi de 10 h à 18 h
Entrée 6,50 € (TR 4,50 €)

(1) bodhisattva : dans la religion bouddhique, sage ayant franchi tous les degrés de la perfection sauf le dernier qui fera de lui un bouddha.

Image : bodhisattva Maitreya Epoque kushâna. Fin du Ier siècle ou première moitié du II ème siècle. Inde du Nord. Uttar Pradesh. Région de Mathurâ. Grès rouge. © Thierry Ollivier / RMN

jeudi 12 juillet 2007

Norman Dilworth, Une évolution naturelle

Norman DilworthNorman Dilworth, artiste anglais dont le musée Matisse Le Catau-Cambresis présente la première rétrospective en France jusqu'au 30 septembre, a sa façon bien à lui de parler de ses oeuvres.

Il montre des carrés de bristol noirs et blancs, dans lesquels il a découpé des formes géométriques. A partir de ces gabarits, il explique comment ont été élaborées les « sculptures » accrochées au mur.

Certaines sont si minces que, de loin, on pourrait y voir des tableaux. Une ambiguïté qui s'explique au regard du parcours de l'artiste, qui, après sa formation classique en peinture et en sculpture, a commencé par dessiner (alors très influencé par Giacometti, qu'il avait rencontré lors d'un séjour à Paris), avant de réaliser ses premières sculptures métalliques, très fines et linéaires.
Malgré l'évolution de ses travaux, cette prégnance du trait ne quittera guère Dilworth-sculpteur.

Etrange résultat donc, que ces sculptures murales en noir et blanc, où le blanc du mur « fait partie de l'oeuvre » ainsi que l'artiste le souligne.
Mais si l'on suit bien ses explications, avec un zeste de logique et surtout quelques rudiments de géométrie, on s'aperçoit que l'étrange demeure fort éloigné de la genèse des oeuvres de Norman Dilworth.
En réalité, il joue avec les règles mathématiques, créant des maquettes dans un premier temps, avant de transposer la sculpture dans des dimensions qui peuvent parfois être monumentales.

Son axe géométrique fétiche : l'angle. En découpant un volume ou une surface, par exemple carrée, et en repositionnant les différentes parties ainsi créées, il développe « l'idée de progression dans l'enchaînement des angles ».

On voit alors la rigidité de la forme d'origine éclater en légèreté et mouvements. Un dynamisme particulièrement saisissant avec Parts of a square (1985), Black and white line ( 1985-2006), Half by half by half by half (1988) en bois peint, ou la très grande sculpture en acier Toon (2007), spécifiquement créée pour l'exposition.

Mais Norman Dilworth, malgré ses explications parfois dignes d'un cours de géométrie ne se prend pas pour autant au sérieux : « C'est le jeu de la manipulation qui me plaît. J'aime beaucoup le mot français ludique » déclare-t-il.
Ce qui fonde ses créations, c'est la multiplication des expérimentations ; il n'est pas là pour « raconter une histoire » ajoute-t-il.

Certains trouvent à quelques unes de ses oeuvres des airs de ressemblance avec le monde végétal ? L'artiste ne peut les contredire, puisqu'il s'est lui-même amusé à les nommer Branching (1994) ou Puff ball (Fleur de pissenlit, 1972).
Cela étant, il affirme qu'il n'a pas la volonté de reproduire la nature ; simplement, à force de manipuler des formes mathématiques élémentaires, il aboutit à un résultat proche de ce qui existe effectivement dans la nature.

Mais la création la plus impressionnante est certainement la dernière du parcours, pour laquelle il fallut repousser les cloisons : 1.2.3.4.5. (1997/2007).
On y retrouve le jeu de la géométrie cher à Dilworth, mais aussi celui de la matière et du vide : l'oeuvre semble sculpter l'air et créer un espace à elle seule, dans lequel on a envie de déambuler, passer dessous et multiplier les perspectives.
On est alors troublé par une succession de sensations opposées, lourdeur et légèreté, confort du « rond » et peur de l'anguleux ; tout à coup on lui trouve de noueuses formes végétales, alors que l'instant d'après on croit voir surgir le monstre du Loch Ness....

Norman Dilworth, Rétrospective Une évolution naturelle
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
8 juillet – 30 septembre 2007
Petit journal (gratuit), catalogue (102 p., 22 €)
Renseignements pratiques : consulter le billet Musée Matisse Le Catau-Cambresis

Image : 1.2.3.4.5. (1997/2007), photo Philip Bernard