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lundi 1 octobre 2007

Beau retour au Mexique pour ''El violin'' de Francisco Vargas

El Violin de Francisco VargasLe billet inaugural de maglm était consacré à El violin, film beau et émouvant du Mexicain Francisco Vargas sur la lutte contre la dictature menée par quelques paysans, dont le personnage principal était Don Plutarco, un vieillard estropié d'une main et dont la musique était la seule arme.

L'accomplissement de ce projet relevait presque du miracle.
El violin n'était au départ qu'un court métrage de fin d'études au Centre de Formation Cinématographique du Mexique, où Francisco Vargas, après avoir étudié l'art dramatique et la communication a fait son apprentissage de réalisateur.

Bien qu'il ait eu d'emblée l'idée d'en faire un long métrage, ce n'est que grâce à la présentation du film au festival de de Guadalajara, où il a été récompensé, puis à Toulouse, dans le cadre de "Cinéma en Construction", et enfin à sa sélection à Cannes, que Francisco Vargas a pu terminer la version longue du Violin.

Le film fut donc projeté en 2006 à Cannes dans la sélection Un Certain Regard (il concourait également pour la Caméra d'Or) où il reçut le prix d'interprétation masculine pour la prestation de Don Angel Tavira dans le personnage de Don Plutarco.

Lors de sa sortie en France, le 3 janvier 2007, Francisco Vargas regrettait que son film ne soit pas distribué dans son pays. Il déplorait notamment que l'industrie du cinéma ne mise que sur des films commerciaux, "à l'américaine", alors que le public avait envie d'autre chose, avait même besoin de revenir à la culture mexicaine traditionnelle.

Mais le film a été montré un peu partout ailleurs et a reçu pas moins de 36 prix.

Au printemps 2007, il sort enfin au Mexique.
Les grands médias nationaux le soutiennent. L'hebdomadaire Proceso, enthousiaste, affirme :
« Un ejemplo de cine deseable, del mejor cine que se ha hecho en México, es El violín. El violín la película que acabe de una vez por todas con el miedo de saber quiénes y cómo somos. »

Il s'ensuit alors un immense succès, un véritable « phénomène de société » comme le soulignait un article du journal Le Monde (1er juin 2007) :

« Avec seulement 20 copies dans la capitale, plus de 160 000 personnes ont déjà vu ce long métrage en noir et blanc sans acteur connu, et qui évoque un épisode souvent occulté de l'histoire du Mexique : la répression brutale des guérillas paysannes dans les années 1960-1970. Les trois grands circuits de salles multiplexes avaient jugé inopportun de l'accueillir en 2006, à cause des tensions de la campagne présidentielle, puis de la longue crise post-électorale.
Les Mexicains, pensait-on, étaient saturés de politique. Au contraire : les gens applaudissent à la fin des projections, des écoles y envoient leurs élèves par bus entiers, les universités organisent des débats devant des amphis archicombles. Ce film indépendant, qui a coûté à peine 1 million de dollars, a obtenu, début mai, les meilleurs résultats d'exploitation après Spiderman 3, bombardé dans 950 salles. (...)
Selon Vargas, la réponse du public "est significative de l'état du pays, mais aussi du désir de voir du bon cinéma mexicain, et pas seulement des superproductions américaines".
L'impact du film est d'autant plus fort que l'opinion publique s'interroge sur des "dérapages" de l'armée, engagée depuis cinq mois dans des opérations contre les narcotrafiquants. (...)
Vargas et Canana Films ( société fondée par les acteurs Gael Garcia Bernal et Diego Luna ) veulent ensuite conduire le film jusqu'à des villages isolés, grâce à une "charette cinématographique": sa carrière mexicaine ne fait sans doute que commencer. »

C'est tout le bien qu'on lui souhaite...

Les hispanophones pourront lire une interview de Don Angel Tavira dans Proceso.

Et merci au lecteur qui m'a précisé la date de l'article du Monde.

mardi 3 juillet 2007

L’élégance du hérisson. Muriel Barbery

L'élégance du hérissonRenée est concierge dans une immeuble cossu du 7ème arrondissement.
Paloma, 12 ans ½, est la cadette de l'une des familles fortunées qui occupent les vastes appartements de la résidence.

Toutes deux ont un point commun : le décalage par rapport à la réalité sociale qui à laquelle elles appartiennent.

Vue de l'extérieur, Renée ressemble en tous points à ce qu'on attend d'une gardienne d'immeuble. Robes affreuses, savates traînantes, télévision l'après-midi et conversation limitée.
Mais à l'intérieur, au fond de son antre, son programme est tout autre : littérature, philosophie, mets raffinés, thé au jasmin.

Elevée dans l'aisance bourgeoise, Paloma est quant à elle prédestinée à reproduire la réussite sociale de ses parents sans souci ni question, voie dans laquelle sa soeur aînée est déjà bien engagée.
Surdouée qui le cache pour avoir la paix, comme Renée cache sa finesse et sa culture, la petite Paloma éprouve déjà le plus grand dégoût pour le seul modèle de vie qu'on lui propose et en conclut à l'absurdité de la vie.

Toutes deux racontent leur vie dans l'immeuble, les rites de ce microcosme privilégié, le mal-être qu'ils leur inspire, leurs tentatives pour trouver du sens et de la joie dans ce monde matériel, suffisant et tourné vers lui-même.

Les regards croisés que portent sur cette communauté sociale une pré-adolescente qui y appartient sans s’y reconnaître et une femme d’âge mûr qui la côtoie tous les jours sans en être font de L’élégance du hérisson un savoureux récit.

Mais c’est aussi un roman "positif " – clé de son succès d'ailleurs. Face à la vacuité et à l’absurdité de vies fondées sur l'apparence, face au déterminisme de la naissance, les deux narratrices proposent un autre choix : l’amour de l’art, de l’unique, le souci attentif de l'autre, un regard poétique sur le monde, l’ouverture sur un "ailleurs", dans un choix de vie singulier.

En cela L'élégance du hérisson relève à la fois du récit initiatique, du conte philosophique mais aussi du conte de fées, dans une inspiration qui n'est pas sans rappeler Anna Gavalda. On y retrouve l'attachement aux menus détails du quotidien et des types de personnages chers à l'auteur d'Ensemble c'est tout, individus souffrant dans ce monde, dont les sensibilités finissent par se reconnaître et qui y trouvent ainsi leur place.

Le roman se lit très vite et avec beaucoup de plaisir, mais avec aussi parfois le regret que le trait soit un peu épais et les clous visibles : on voit pourquoi L’élégance du hérisson fonctionne si bien ; il semble avoir été fabriqué pour.

L’élégance du hérisson. Muriel Barbery
Gallimard (2006)
368 p., 20 €

L'élégance du hérisson est le deuxième roman de Muriel Barbery après Une gourmandise publié chez Gallimard en 2000 et réédité en Folio.
Sorti en août 2006, L'élégance du hérisson a reçu le prix des Libraires 2007 et à ce jour a été tiré à 250 000 exemplaires.