Arshile Gorky
(1904-1948), peintre américain d'origine arménienne demeure assez peu connu en
Europe.
Il fut pourtant admiré dans les années 40 par les surréalistes parisiens
réfugiés aux Etats-Unis, au premier rang desquels André Breton.
Un discret mais profitable hommage lui est rendu jusqu'au 4 juin en deux points
de Paris. (1)
A l'âge de 16 ans, il fuit son pays ravagé par le génocide du peuple
arménien, mais aussi des événements familiaux tragiques – il a vu sa mère
mourir du typhus – pour rejoindre son père émigré aux Etats-Unis.
Il fait ses classes à l'école d'art de Boston, mais sa véritable école est
celle des grands maîtres européens (Cézanne, Matisse, Picasso, Braque, Léger,
Kandinsky et Miró), qu'il étudie attentivement dans les livres, les
expositions.
De cette formation approfondie naît une œuvre d'abord très visiblement
influencée par ses contemporains, en particulier par Miró et
Picasso.
Cela est saisissant avec les cubistes Nuit, énigme et nostalgie
(1931-1932) au Centre Pompidou ou encore la lithographie Chambre de la
Création, de la même période, exposée au Centre culturel
Calouste-Gulbenkian.
C'est à partir du début des années 1940 que l'inspiration d'Arshile
Gorky s'exprime pleinement.
Son trait se libère de la géométrie, trouve ses courbes et ses
orientations.
Très bel Acte de création (1947) : dessin au graphite et pastel,
fouillis en apparence mais très composé dans un bouillonnement de vie et de
couleurs d'une grande légèreté.
Des motifs reviennent – à peine esquissés, un oiseau, un pied, une cheville –
au milieu de champs d'abstraction de plus en plus larges.
La couleur, vive, explose dans Jardin à Sochi (1940-41) aux teintes
fauves, puis déborde en laissant respirer la toile dans le magnifique et
poétique Champ de maïs vivifiant (1944).
Les origines, enfin, ressurgissent. Elles sont désormais
lointaines ; c'est à l'âge de la maturité qu'elles jaillissent avec une
émouvante fraîcheur.
Voir le délicat Vallée des Arméniens (1944), dessin au graphite, à
peine constellé de pastel : le trait fluide ondule en une profonde et
élégante tristesse, venant évoquer les souffrances anciennes.
Mais c'est au cours de ces années de création parfaitement maîtrisé que le
drame croise à nouveau son chemin. Il tombe malade, subit un accident de
voiture.
Surtout, son épouse le quitte pour le surréaliste Robert Matta.
Arshile Gorky met fin à ses jours à l'âge de 44 ans, laissant une œuvre
fondatrice de l'expressionnisme abstrait américain, qui influencera à son tour
profondément ses successeurs.
On espère avoir l'occasion de la connaître plus largement en France.
(2)
(1)
Centre Georges-Pompidou
19, rue Beaubourg, place Georges-Pompidou – 4ème
Tlj sf mardi de 11h à 21h (fermé le 1er mai)
Entrée 10 € (TR 8 €), libre pour les – de 18 ans, le 1er dimanche du mois et
les titulaires du laissez-passer
Fondation
portugaise Calouste-Gulbenkian
51, avenue d'Iéna – Paris 16 ème
Du lundi au vendredi de 9 h à 17 h 30
Entrée libre
Jusqu'au 4 juin 2007 sur les deux sites
(2) Une rétrospective complète sera consacrée à Arshile Gorky à
Philadelphie en 2009. Elle fera étape à la Tate Modern de Londres.
Image : Jardin à Sochi (1940-1941)