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dimanche 1 mars 2009

Florence, la célébration du Printemps

Botticelli, Le Printemps, OfficesAller à Florence hors saison, c'est entrer à la Galerie des Offices comme en son palais, arpenter les salles de la Galerie Palatine dans un silence d'église, n'avoir qu'à choisir sa table pour s'installer à la terrasse d'un café.

Car en février, le froid hiver toscan réserve de belles journées ensoleillées qui donnent tout à coup l'idée du printemps.

Le poète disait, paraît-il, dans la voix de Paul Valéry : "On doit toujours s'excuser de parler de peinture". On s'en s'abstient pourtant le plus souvent, tant la peinture touche qui a envie de voir, tant elle fait surgir des sentiments d'ordinaire enfouis sous la précipitation des "activités" : chacun prend la liberté de parler de peinture parce que la contemplation d'un tableau, rencontre d'un individu avec une œuvre, est toujours singulière.

Mais pourquoi un tableau nous touche-t-il davantage qu'un autre ? Sa beauté ? Certes, mais parfois, plus encore, sa richesse. On a souvent envie de s'attarder devant les peintures qui ne se révèlent pas au premier regard. On aime qu'un tableau nous séduise par sa beauté mais aussi, et tout autant, qu'il nous intrigue. Siri Hustvedt a brillamment mis en évidence ce phénomène dans son essai, déjà évoqué, Le mystère du rectangle.

C'est peut-être ce qui explique qu'à Florence, dans la salle des Offices où sont réunis les Botticelli, la contemplation du Printemps s'avère plus passionnante encore que celle de la splendide Naissance de Venus.
Est-ce la multiplicité des personnages et des allégories possibles, est-ce l'incertitude quant à leurs rôles respectifs qui nous attirent dans ce tableau ? Est-ce le décor végétal naturel qui semble comme suspendu dans les airs sur son tapis de fleurs ? Est-ce cette expression rêveuse et un peu équivoque sur le visage et dans les yeux de Flore couverte de fleurs ?
Sur tout cela à la fois, il y va de ce que l'on voit et de ce de que l'on imagine, du désigné et de l'invisible, et de toutes ces intrigues qui se superposent à une composition d'une beauté remarquable, aux couleurs et aux détails si délicats.

Mais ici, on pense aussi à la magie du lien entre le geste d'un artiste, vieux de plus de cinq siècles, et notre regard de visiteur d'un jour ; ce geste qui rejoint et réunit la communauté d'hommes de tous horizons et de toutes époques qui, chacun à sa manière, en peignant, en parlant, en écrivant, ou juste en regardant et en respirant aiment célébrer encore et toujours l'éternel retour du Printemps.

Galleria degli Uffizi

Primavera, Sandro Botticelli, vers 1482, peinture (tempera) sur panneau de bois, 203 × 314 cm, Galerie des Offices

lundi 12 novembre 2007

Anselm Kiefer au Louvre : Athanor, Hortus Conclusus et Danaé

Athanor, Anselm Kiefer au Louvre, décorRévélé au grand public avec Chute d'étoiles, exposition organisée dans la nef du Grand Palais en juin dernier, Anselm Kiefer a désormais sa place à demeure dans l'immense Palais du musée du Louvre.
L'artiste allemand installé dans le sud de la France depuis de nombreuses années s'inscrit ainsi dans la liste de ceux qui, de Le Brun à Braque, ont orné l'architecture du Palais depuis le XVIIème siècle.

Découvrir Athanor, Hortus Conclusus et Danaé exige de se perdre au préalable dans les salles du département des Antiquités orientales entre Egypte, Mésopotamie et Iran. Puis, en haut de l'escalier nord, l'ensemble composé d'une toile et de deux sculptures se dévoile enfin, isolé de toutes autres œuvres. Le choc n'en est que plus saisissant.

Est-il mort, est-il simplement allongé, les yeux clos, au repos, en méditation ? Son corps est nu, livide, son crâne rasé. Les bras le long du corps, le visage parfaitement tourné à la verticale expriment-ils l'abandon ou au contraire l'extrême concentration sur soi, être dans le monde placé sous la voûte céleste, élément du cosmos ?
Toute l'ambiguïté du tableau Athanor est dans ce personnage, seule partie du tableau à hauteur d'homme, autoportrait de l'artiste qui renvoie le visiteur à lui-même. Le corps repose sur de l'argile rouge, dont la craquelure épaisse évoque l'écorce des arbres anciens. Au dessus, dans la monumentale verticale, un jaillissement de matière blanche, objets célestes, voies lactées, brumes grisâtres. En haut, au centre, on croit apercevoir une nuée dont s'échappe une pluie d'or et l'on imagine un soleil dans la nuit.
Sur chacun des murs latéraux, placées dans des niches, deux sculptures de l'artiste viennent compléter le décor. A gauche, Danaé, empilement de livres de plomb au dessus desquels se dresse une immense tige de tournesol, ensemble monochrome gris clair parsemé de pépites de tournesol tombées sur les livres. On songe évidemment à la pluie d'or du tableau, mais aussi à la magnifique bibliothèque de plomb et de verre de Chute d'étoiles.
A droite, Hortus Conclusus est un bouquet de douze tournesols dont les fleurs desséchées sont tournées vers le bas. Certaines ont la tige brisée. Elles ont poussé sur un sol de glaise, magmaesque, presque un tas de boue. L'impression morbide est très forte.
Chacune de ces sculptures semble répondre à la toile placée au centre : Danaé ajoute le verbe, le récit à la dimension philosophique, spirituelle du tableau ; de l'autre Hortus Conclusus renvoie à l'inévitable évocation de la mort qui se dégage d'Athanor. Le jeu des lignes horizontales et verticales vient renforcer cette opposition - et cette attirance - entre ce qui gît et ce qui élève, ou ce qui s'élève.
Et cet ensemble de lignes franches s'harmonise parfaitement avec l'architecture monumentale du Palais.

Athanor, Hortus Conclusus et Danaé
Un décor d'Anselm Kiefer
à voir au Musée du Louvre
Aile Sully, escalier Nord, 1er étage de la Colonnade
TLJ sauf le mar., de 10 h à 18 h, nocturne (22 h) mer. et vend.
Entrée 9 €, 6 € après 18 h mer. et vend.
Catalogue Anselm Kiefer au Louvre, coédition Éditions du Regard/musée du Louvre Éditions, 64 pages, 35 €.

Image : Anselm Kiefer, Athanor (2007), émulsion, schellac, huile, craie, plomb, argent et or sur toile de lin © A. Dequier / Musée du Louvre