www.maglm.fr

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 10 juillet 2007

Beaux hommages à La Rochelle

Muriel ou le temps d'un retourLe 35ème Festival International du Film de La Rochelle s'est achevé hier 9 juillet. Comme chaque année depuis 1973, il y eut abondance de découvertes, hommages, rétrospectives ... en dehors de tout jury et compétition.

Avec 200 films dont 150 longs métrages de fiction, le programme était chargé.
Il fut l'occasion de rendre hommage aux finlandais Anastasia Lapsui et Markku Lehmuskallio, à l'autrichien Ulrich Seidl, au japonnais Isao Takahata ainsi qu'au français Jean-Paul Rappeneau dont la filmographie fut projetée en intégralité ; mais aussi de découvrir, à travers seize films, les cinéastes iraniennes d'aujourd'hui.

Les traditionnelles rétrospectives de réalisateurs et acteurs disparus étaient placées sous le signe de la diversité : entre celles consacrées à John Ford et au « cinéma muet et érotisme », une troisième mettait à l'honneur Delphine Seyrig.

L'inoubliable fée de Peau d'Anne ("Mon enfant, ..."), comédienne de théâtre et de cinéma, mais aussi réalisatrice de documentaires, militante féministe, fut découverte au cinéma grâce à Alain Resnais qui l'engagea dès 1960 pour tourner L'Année dernière à Marienbad (Lion d'or de la Mostra de Venise en 1961).

Elle travailla ensuite avec les plus grands, Jacques Demy, François Truffaut (Baisers volés), Marguerite Duras (La Musica, India Song...), Luis Buñuel ...
Au théâtre, elle interpréta Harold Pinter (La Collection, L'Amant) et Peter Handke (La Chevauchée sur le lac de Constance).

Après L'année dernière à Marienbad, Alain Resnais ne tarda pas à faire appel à elle une nouvelle fois pour jouer dans Muriel ou le temps d'un retour, qui obtint le prix de la critique à la 24ème Mostra de Venise en 1963.
Son regard troublant, sa voix singulière ne sont pas pour rien dans l'ambiance étrange et dérangeante de Muriel ....
Film magistral sur le poids du passé, sur la construction d'un présent dont l'histoire a pour cadre Boulogne-sur-Mer, ville touchée par les bombardements et reconstruite à la hâte.
S'y croisent les souvenirs de la Seconde guerre mondiale, de la guerre d'Algérie (qui venait alors de s'achever et constituait un sujet totalement tabou) et des amours de jeunesse.
Comment reconstruire, vivre dans un aujourd'hui « neuf » alors que les erreurs du passé, les choix que l'on a fait ou les événements qu'on a subis ne veulent pas disparaître ?
Les personnages d'Hélène (Delphine Seyrig) et de son beau-fils, Bernard (remarquablement interprété par le tout jeune Jean-Baptiste Thierrée) sont poignants. En contre-point, Françoise incarne une légèreté et un ancrage dans le présent que seule l'absence de souvenirs pesants semble autoriser.
Entre eux, le personnage d'Alphonse, l'ancien amant d'Hélène peu scrupuleux, opportuniste et insincère croit pouvoir faire « comme si ». Mais il participe lui aussi de l'Histoire et ne peut lui échapper...

Muriel ou le temps d'un retour est un hommage à saluer à double titre, pour l'actrice littéralement extraordinaire, disparue en 1990, que fut Delphine Seyrig et pour le cinéaste exceptionnel qu'Alain Resnais demeure depuis près de cinquante ans.

Festival International du Film de La Rochelle

jeudi 22 mars 2007

Triomphe du temps. Quatre contes. Pascal Quignard

triomphe du tempsLes contes s'enchaînent sans aucune frontière matérielle.

La première phrase est « Dans chaque maison, tout recoin a ses larmes ».

Le conteur dit l'histoire d'un homme qui tomba amoureux de la fille de son meilleur ami - La jeune fille elle-même peu à peu s'enflamma d'amour pour cet homme qui l'aimait avec tant de passion. Elle n'y eut aucun mal : son père l'admirait tellement -, l'épousa, lui fit un enfant, la quitta dès que sa mère arriva, la retrouva trente et un an après, et ne la quitta plus.

Dans un autre, Virgile depuis le monde des morts visite Jean Racine enfant qui étudie avec son percepteur Hamon, lequel s'endort au coin de la table, puis se permet de gronder l'enfant.

Nous sommes si peu nombreux à être morts, reprit Virgile. Ce ne serait pas une bonne chose que ce secret fût éventé. Je pense que cela assombrirait les jours de ceux qui vous entourent.
- Je n'éventerai pas votre secret, dit l'enfant. De toute façon, l'éventerais-je que je doute que je fusse cru.
Virgile était assis devant le feu, sur la pierre chaude de l'âtre.
Il étendit les jambes. Il se frotta le gras des genoux.
Il dit encore :
- Et les vivants sont-ils toujours aussi rares sur la terre?
Je ne saurais dire s'ils vivent ; ils dorment sur le coin des tables, murmura Jean Racine.
Mon enfant, d'une part il faut oublier qu'il y a si peu d'ombre chez les ombres. Et d'autre part il faut avoir en mémoire qu'il n'y a pas beaucoup de vivants chez ceux qui vivent sur toute l'étendue où portent les rayons du soleil.

Puis une femme est battue à mort par son mari pour avoir accueilli un mendiant qui revenait du monde des morts, et lui avoir offert de quoi faire le voyage pour apporter des vêtements chauds à sa mère morte qui craignait le froid.

C'était un temps où on disait Monsieur aux mendiants et où on témoignait du respect pour les morts.
Même, il arrivait qu'on leur fît dire des prières.
Même, on rêvait qu'allongés dans la vie éternelle ils reposent.


Triomphe du temps. Quatre contes. Pascal Quignard
Galilée, collection Lignes Fictives
74 p., 15 €
Août 2006