C'est un film étrange, beau, troublant. Il
garde quelque chose d'impalpable, peut-être à cause de sa fin déconcertante,
peut-être à cause du lieu où l'histoire se déroule.
Dans une ville du sud de la Thaïlande, sur cette côte touchée par le tsunami
deux ans auparavant, Ton, architecte vient superviser les travaux de
construction d'un nouveau complexe hôtelier. Il s'installe dans un hôtel tout
simple tenu par Na, une jeune femme réservée et travailleuse.
Une histoire d'amour va se nouer entre ces deux personnages.
Il y a l'étrangeté de ces deux êtres opposés, l'un qui vient de Bangkok et
cherche le calme loin de la grosse ville, et elle qui étouffe dans ce coin de
campagne pris entre mer et montagne.
Le lien amoureux qui s'ébauche, timide, doux, sensuel contient d'emblée une
ambivalence - on y croit et en même temps on ne peut y croire
complètement : une menace plane, l'ombre de l'interdit.
Il y a aussi cette drôle de ville, pauvre, éteinte, triste, où les maisons
ravagées sont laissées en l'état, comme hantées, taboues, à côté desquelles on
préfère construire tout à neuf. Des lieux aux repères incertains, aux zones mal
définies, ici route, ici mer, ici campagne, ici édifices, et un peu de tout là
et là.
Il y a enfin le plus lourd : le passé. Celui, tragique, du tsunami qui a
détruit les lieux et les êtres. Le sujet n'est pas abordé de façon explicite -
ici encore, délicatesse - mais plus le film avance, plus ce passé se met à
"crier".
Est-il possible de se reconstruire en faisant fi de ce qui fut et de ce que
l'on fut ? Les hommes sont-ils comme les maisons : peut-on les
réparer ou faut-il les laisser en l'état et recommencer simplement ailleurs
?
Jusqu'où peut aller la fidélité aux parents disparus ? Doit-on occuper la
place vide qu'ils ont laissée au point d'en devenir prisonnier ?
A toutes ces questions, Aditya Assarat ne donne pas de réponses claires ;
il se contente de les esquisser petit à petit et très subtilement. De son film
se dégage de la poésie et de la tristesse, une ambiance singulière et le
souvenir d'un moment heureux. En cela, il marque durablement, peut-être autant
qu'il nous échappe.
Wonderful town. Aditya Assarat
Avec Anchalee Saisoontorn, Ton Supphasit Kansen, Dul Yaambunying
Durée : 1 h 32