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dimanche 19 juillet 2009

PHotoEspaña. Zhao Liang. Escenas urbanas

Zhao Liang, escena urbana, photoespana 2009A Madrid, l'historique et magnifique centre culturel Círculo de Bellas Artes (expositions, théâtre, concerts, cinéma, conférences, récitals de poésie... sans compter librairie et très agréable café) accueille dans le cadre de PHotoEspaña 2009, outre le Français Patrick Faigenbaum et le Tchèque Jindrich Styrsky, le chinois Zhao Liang à travers sa vidéo City Scenes (Escenas urbanas).

Ce documentaire de 33 minutes montre de courtes scènes du quotidien qui nous plongent dans un univers effrayant, où l'homme se trouve décalé, devenu étranger dans une ville qui s'est développée sans lui, au point de constituer pour ses habitants une menace.
On voit ainsi des employés de bureaux déjeuner à même le sol, sous l'énorme pile d'un pont de béton, au milieu d'artères de circulation gigantesques.
Dans un terrain vague, entre des lignes électriques et des immeubles immenses, un homme seul, jeune, attrape un parpaing, fait quelques pas en titubant, avant de le jeter devant lui. Il le reprend, marche, recommence. Perdu mais une avec sorte d'impuissante révolte, bouleversante.
Madrid, circulo de bellas artes, terrasse café
Citadins bien habillés ici, pauvres là, parlant dans le vide, errant, assis sur le trottoir, dans un wagon de métro... Solitude extrême dans un univers de buildings, de grues et de pelles mécaniques à perte de vue dans un brouillard de pollution omniprésent. Scènes de violence aussi, la nuit, histoires sans parole dont le résultat s'étale sous nos yeux, implacable : un homme étendu, abandonné, comme laissé mort.
On est pris de malaise devant cet essor économique, cette urbanisation exponentielle dont l'humanité, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes, semble la première exclue.

Zhao Liang. Escenas urbanas
PHotoEspaña 2009
Círculo de Bellas Artes
Alcalá 42 - 28014 Madrid
Jusqu'au 26 juillet 2009
Du mardi au samedi de 11 h à 14 h et de 17 h à 21 h
Le dimanche de 11 h à 14 h

Images : Zhao Liang. City Scenes
et terrasse du café du Círculo de Bellas Artes

lundi 30 avril 2007

Digital Diaries. Catherine Ikam/Louis Fléri

Catherine Ikam« La réalité c'est ce qui refuse de disparaître quand on a cessé d'y croire ».

L'aphorisme de Philip K. Dick est au cœur des oeuvres de Catherine Ikam et Louis Fléri, artistes de la vidéo et de l'image numériques, qui font actuellement l'objet d'une exposition à la Maison européenne de la photographie.

Relations entre apparence et réalité, virtuel et humain, singularité et archétype : les travaux de Fléri et Ikam interrogent l'homme contemporain des nouvelles technologies – dont les possibilités paraissent quasi-infinies –, sur la question d'un rapport au réel fondamentalement remanié.

En concevant, en 1980, Fragments d'un archétype, où l'on voit l'Etude des proportions du corps humain de Léonard de Vinci figuré par un homme filmé et découpé sur plusieurs écrans en une « sculpture » monumentale, Catherine Ikam fut la première à introduire la fragmentation dans l'art vidéo.

Avec Louis Fléri, elle crée désormais des personnages 100 % virtuels à partir de captures en trois dimensions.
La reproduction des expressions humaines est saisissante ; ils sont à la fois nous et autres, visages immenses et tristes venus de nulle part, auxquels il ne manque que ce trois fois rien, l'éclat de vie qui viendrait pétiller du fond des yeux ...

Le visiteur est pourtant invité à intervenir dans cet univers électronique éthéré.
Ici, en bougeant devant Elle, gigantesque visage projeté sur le mur, il la verra réagir, le suivre du regard, tourner, incliner la tête ... avant de repartir au fond d'elle-même avec une cruelle indifférence.

Là, avec Identité III, il s'assoit sur un tabouret et se voit fragmenté, le visage zoomé sous différents angles à travers une multitudes de caméras et d'écrans ...
L'effet surprise est évident – on a du mal à se reconnaître bien qu'aucune transformation ne soit opérée – avant un rapide repli : difficile de se voir représenté « en oeuvre » ...

Enfin, avec Digital Diaries, espace restitué en 3 D grâce à des lunettes, le public assiste à la projection de photos, fragments de vidéos et de lettres gravitant et s'avançant au premier plan, au gré du hasard, sur fond noir.
A l'aide d'un track ball, il peut modifier – imperceptiblement à dire vrai – leur trajectoire.
Cette création est peut-être la plus forte : presque hypnotique, elle évoque le processus involontaire de la mémoire, qui fait ressurgir tout à coup un visage, un mot, une scène de vie. Jaillissements du souvenir dans lesquels la volonté de l'homme intervient avec une relative impuissance.

Ces interactions avec le visiteur donnent du sens à ces propositions, mais inquiètent autant qu'elles rassurent.
Si l'homme est encore quelque peu le maître de la « machine », le miroir d'artifice et de stéréotype qu'elle lui tend vient troubler, sur fond obscur, sa propre représentation et l'idée de son devenir.

Digital Diaries. Catherine Ikam/Louis Fléri
Jusqu'au 3 juin 2007
Maison européenne de la photographie
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
Du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h
Entrée 6 € (TR 3 €), libre le mercredi à partir de 17 h

Image : Oscar (2005), Portrait interactif