« La réalité c'est ce qui
refuse de disparaître quand on a cessé d'y croire ».
L'aphorisme de Philip K. Dick est au cœur des oeuvres de Catherine Ikam et
Louis Fléri, artistes de la vidéo et de l'image numériques, qui font
actuellement l'objet d'une exposition à la Maison européenne de la
photographie.
Relations entre apparence et réalité, virtuel et humain, singularité et
archétype : les travaux de Fléri et Ikam interrogent l'homme contemporain
des nouvelles technologies – dont les possibilités paraissent quasi-infinies –,
sur la question d'un rapport au réel fondamentalement remanié.
En concevant, en 1980, Fragments d'un archétype, où l'on voit l'Etude des proportions du corps humain de Léonard de Vinci figuré par un homme filmé et découpé sur plusieurs écrans en une « sculpture » monumentale, Catherine Ikam fut la première à introduire la fragmentation dans l'art vidéo.
Avec Louis Fléri, elle crée désormais des personnages 100 % virtuels à
partir de captures en trois dimensions.
La reproduction des expressions humaines est saisissante ; ils sont à la
fois nous et autres, visages immenses et tristes venus de nulle part, auxquels
il ne manque que ce trois fois rien, l'éclat de vie qui viendrait pétiller du
fond des yeux ...
Le visiteur est pourtant invité à intervenir dans cet univers électronique
éthéré.
Ici, en bougeant devant Elle, gigantesque visage projeté sur le mur,
il la verra réagir, le suivre du regard, tourner, incliner la tête ... avant de
repartir au fond d'elle-même avec une cruelle indifférence.
Là, avec Identité III, il s'assoit sur un tabouret et se voit
fragmenté, le visage zoomé sous différents angles à travers une multitudes de
caméras et d'écrans ...
L'effet surprise est évident – on a du mal à se reconnaître bien qu'aucune
transformation ne soit opérée – avant un rapide repli : difficile de se
voir représenté « en oeuvre » ...
Enfin, avec Digital Diaries, espace restitué en 3 D grâce à des
lunettes, le public assiste à la projection de photos, fragments de vidéos et
de lettres gravitant et s'avançant au premier plan, au gré du hasard, sur fond
noir.
A l'aide d'un track ball, il peut modifier – imperceptiblement à dire
vrai – leur trajectoire.
Cette création est peut-être la plus forte : presque hypnotique, elle
évoque le processus involontaire de la mémoire, qui fait ressurgir tout à coup
un visage, un mot, une scène de vie. Jaillissements du souvenir dans lesquels
la volonté de l'homme intervient avec une relative impuissance.
Ces interactions avec le visiteur donnent du sens à ces propositions, mais
inquiètent autant qu'elles rassurent.
Si l'homme est encore quelque peu le maître de la « machine », le miroir
d'artifice et de stéréotype qu'elle lui tend vient troubler, sur fond obscur,
sa propre représentation et l'idée de son devenir.
Digital Diaries. Catherine Ikam/Louis Fléri
Jusqu'au 3 juin 2007
Maison européenne de la
photographie
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
Du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h
Entrée 6 € (TR 3 €), libre le mercredi à partir de 17 h
Image : Oscar (2005), Portrait interactif