Une vie divine. Philippe Sollers

Une vie divine de Philippe Sollers Contre la résignation, le nivellement par le bas, le triste et misérable bougli-bougla culturel et sexuel, le modèlement social, l’anxiété générale, voici le singulier, l’esprit, l’esthétique, la joie.

La corde à suivre : celle de Nietzsche.
Aux incompréhensions dont le philosophe a été victime de son temps ; à ce que, selon Philippe Sollers, il est devenu historiquement, les multiples récupérations et déformations, approches toutes fausses de sa pensée, l’auteur oppose la sienne, l’éternel retour vu comme le bonheur présent d’une "éternité vécue".
En parallèle, la démonstration par l’exemple positif : le narrateur sollersien vivant ses amours (et lesquelles !), écrivant à Paris, davantage encore à Venise (on a connu pire), dissimulant son être, jouissant de sa vie divine (on le croit).

Philippe Sollers fournit toute la matière nécessaire à l’agacement : contentement de soi, administration de leçons (ce qu’il ne cesse précisément de pourfendre), et surtout, joie trop souvent associée à un confort matériel confinant au luxe (il ne dort pas sous les ponts à Venise).

Mais on renonce vite à l’agacement lorsqu’on lit des passages de cette veine :

« Il y a bien des épisodes cocasses ou tragiques dans une existence, joies, attentes, sables mouvants, chutes, maladies, déceptions, ennuis – mais il y a aussi les souvenirs honteux, ceux qui vous font monter le sang au visage. Consternantes niaiseries, égoïsme, mensonges idiots, mauvaises actions, lâchetés, bêtises. C’est là que la Commandeuse Morale vous rejoint, se redresse, se gonfle, veut vous juger, réécrire l’histoire à votre place, vous rapetisser et vous écraser. Eh bien non, vous n’allez pas être écrasé, mais rire. « Repens-toi, scélérat ! » – « Non ! » – « Si ! » – « Non ! » – « Si, si ! » – « Non, vieille infatuée, non ! »

Beauté, liberté, quant-à-soi, soleil, présence au monde ici et maintenant, aménagements discrets pour échapper au vulgaire… bain souverain, divine proposition.

Une vie divine. Philippe Sollers
Folio Gallimard (2006, 2007 pour l’édition de poche)
503 p., 7,70 €
Site des Editions Gallimard

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